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Nous sommes les yeux crevés du soleil

Étienne Lalonde

Nous sommes les yeux crevés du soleil (2007)

Extrait de Nous sommes les yeux crevés du soleil (2007) incorporé à la pièce De la fenêtre (2020-12) sous forme de dialogue: femme (voix de Céline Bonnier) / homme (voix de Pierre Lebeau).

Minutage Texte dans l’œuvre (Français)

[femme] Que dépose le ciel à la place des fenêtres…

[homme] Au commencement était la chair
Une chair en forme d’enfant
Qui pourrit dans une tête
L’attelage des dimanches sourds
Ces enfants que l’on porte
Au bout de l’agression
Leur doux chant étouffé
Au début de mentir

[femme] Tu ne te soustrais pas
Aux désastres qui restent
Mais rends à l’oubli
Une pénitence sale
Ton enfance parle tout bas
Dans une chambre pour la chute
Tu enterres ton âme
Avec tous ses bruits sourds
Dieu comme trente corps
Dimanche après la guerre

[homme] La fenêtre donne
Cent fois sur le pire
Nos corps se versent
Tirant Dieu dans la chute
Des poulies pour la tête
À l’endroit du soleil
Desserrez la courroie
De vos laisses intérieures
Creusez-vous un bestiaire
Pour quelques étoiles
Brûlées dans la tête
À même une lumière
Épaissie jusqu’au deuil

[femme] Nécessairement rêver
Les yeux pris dans l’automne
Qui maintenant pèse une tonne
Dans la camisole de force
Éclatée du soleil
Le registre des restes
Au début de septembre

[homme] L’automne nous confond
Dans les dommages du ciel
Nature morte infectée
Dix milles suicides mal essuyés
Pareils à des linges gras
Contre nos années de guerre

[femme] Je ne suis le parfum de rien
J’ai rampé dans des trous
[homme] Tu poses tes lèvres au centre du crime
[femme] Et dans tous les déserts

J’ai barré mes sourires
J’ai donné la parole aux gifles
Je suis l’obligé de l’expiation
J’ai le geste fermé pour chants avec portes
Or dans mes muscles j’ai la nuit pour toujours

Je n’occupe pas le lit sans danger
Je peins en rouge les corps
Que dépose le ciel à la place des fenêtres
Pour un peu de lumière
Car en ce moment par le vide de tes yeux
On pourrait supposer
Que tu ne respires pas à la même place que moi

Secouant nos fantômes
Nous ne demandons rien au soleil
Un peu de lumières peut-être
Qu’il ait ses brulements et nous les nôtres

Dans tes mains aussi j’ai parlé longuement
Les ruptures ne se heurtent plus à rien
Chaque peau a une voix de femme
À partir de septembre
Pris dans une trappe de sens
Tous les côtés de la nuit vont aussi manquer d’air