Sauter au contenu principal
electrocd

Billet

Francis Dhomont, empreintes DIGITALes dans Le Devoir

«Du côté de l’électroacoustique», Carol Bergeron, Le Devoir, 23 avril 1994
samedi 23 avril 1994 Presse

Deux concerts acousmatiques présentés par le compositeur Francis Dhomont et le Cercle de Composition de la Faculté de musique de l’Université de Montréal rassembleront des musiques de Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Slovaquie, Suède et du Québec, dimanche à 13h00 et à 20h30 à la Faculté de musique de l’avenue Vincent-d’Indy.

Attardons-nous donc un instant sur cette musique en prenant pour acquis qu’il n’est plus nécessaire de définir le terme acousmatique, considérant que l’électroacoustique qui l’englobe, couvre un secteur de la musique contemporaine qui n’a cessé de se développer depuis sa naissance vers la fin des années quarante.

Pour reprendre la pensée du compositeur belge Annette Vande Gorne, l’émergence de ce nouveau mode d’expression témoigne que certains artistes ont fait un choix: plutôt que d’opter pour un «retour au passé, à ses formes et consonances», ils ont préféré le risque d’une «projection vers le futur», ils ont parié sur des technologies nouvelles qui les ont orientés vers la mise en forme d’un langage mieux adapté à leur sensibilité. Près d’un demi siècle plus tard, l’électroacoustique a en quelque sorte engendré des musiques acousmatiques, concrètes, mixtes, électroniques, interactives, écologiques etc.

Une des plus importantes caractéristiques de l’électroacoustique est sans doute la suppression de l’intermédiaire entre le compositeur et l’auditeur. En fixant son travail sur une bande magnétique, l’électroacousticien ne dépend plus de l’interprète, ce traducteur qui risque de gauchir sa pensée. En principe, tout est réglé d’avance: le message et la manière de le dire. Dans ce cas, le disque laser, surtout à cause de la perfection de la technologie qu’il emploie, s’impose comme un outil exceptionnel de diffusion. Un outil unique par la qualité du lien qu’il permet entre le créateur et le mélomane.

Ainsi, les musiciens ont-ils rapidement compris qu’ils avaient tout intérêt à se faire connaitre par le disque numérique. Or, jusqu’à présent, le marché du disque classique ne s’est pas préoccupé avec un empressement comparable du secteur électroacoustique qu’il semble plutôt vouloir restreindre à la marginalité d’une circulation officieuse. C’est en vain, par exemple, que l’on fouille les guides du disque compact publiés chez Fayard, Plon et Robert Laffont. Il faut souvent se décarcasser pour acquérir tel disque paru en France, en Italie, en Hollande ou en Suède.

Enfin un catalogue

C’est donc pour répondre à un pressant besoin qu’un catalogue des musiques électroacoustiques vient d’être coédité en Europe par l’Ina-GRM (11, av. Président Kennedy, F 75786, Paris Codex 16, France) et Musiques & Recherches (Place de Ransbeck 3, B 1380 Ohain, Belgique) — c’est en communiquant à l’une de ces deux adresses que l’on pourra se le procurer sous forme imprimee ou sur disquette d’ordinateur. Quelque 1400 œuvres réparties sur plus de 250 DC. Y ont été répertoriées: par auteurs, les œuvres réalisées directement sur un support d’une part, et celles qui ont nécessité la participation d’interprètes d’autres part par éditeurs, reprenant le titre général du DC et sa référence — on y trouve également les adresses des éditeurs. Soit dit en passant, les productions canadienne et québécoise n’y ont pas été ignorées puisque les auteurs du catalogue se sont assurés de la collaboration de personnes ressources sur place.

Bien que récemment parus sous l’étiquette québécoise DIFFUSION i MéDIA, les disques de Michel Chion, Annette Vande Gorne et Serge Arcuri ont bel et bien été répertoriés dans le nouveau catalogue franco-belge. Respectivement de France, de Belgique et du Québec, ces trois musiciens reflètent le rayonnement international qu’en très peu de temps et par un souci exemplaire de qualité, l’éditeur montréalais a su donner à son entreprise. Et ici, la meilleure preuve de la confiance qu’il a su gagner auprès des musiciens vient sans doute de la présence même de Michel Chion, l’une des figures dominantes de la musique électroacoustique. Son Requiem avait d’abord été publié en France, dans la prestigieuse collection Ina-GRM (AM 689.05) en microsillon, après sa création en 1973.

Destinées à la bande magnétique les œuvres qui forment le programme de ces trois laser reflètent neanmoins des esthétiques fort différentes. Chion nous confronte à une fresque où le dérisoire rappelle à certain Jérôme Bosch. Vande Gorne dépeint une vision cosmique des éléments de la nature alors qu’Arcuri prête une oreille sensible aux bruits d’une nature et de microcosmes qu’il explore et qu’il invente.

… ces trois musiciens reflètent le rayonnement international qu’en très peu de temps et par un souci exemplaire de qualité, l’éditeur montréalais a su donner à son entreprise.