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  • Jean-François Denis et Études pour Kafka couronnés aux Opus

    lundi 31 janvier 2011 Général

    Hier soir lors du 14e Gala des Prix Opus à Montréal, Jean-François Denis, le directeur d’empreintes DIGITALes — maison de disques qui célébrait 20 ans d’édition discographique en 2010 —, a été couronné du «Prix Opus 2009-10: Directeur artistique de l’année». Le disque Études pour Kafka de Francis Dhomont s’est mérité le «Prix Opus 2009-10: Disque de l’année — Musiques actuelle, électroacoustique».

    Études pour Kafka dans MaXoE

    «La passion Kafka par Francis Dhomont», Seb, MaXoE, 9 octobre 2010
    samedi 9 octobre 2010 Presse

    Compositeur électroacoustique majeur, Francis Dhomont a traversé le 20e siècle pour apporter sa vision et sa passion pour la musique et la recherche. Reconnu comme un artiste incontournable, ses œuvres ont été primées à plusieurs reprises. Le travail sur le texte est l’une de ses préoccupations majeures. À l’occasion de la sortie chez empreintes DIGITALes de l’album Études pour Kafka, dédié à l’auteur tchèque nous avons donné la parole au compositeur. Un témoignage sincère, véritable introduction à l’univers de l’auteur de La Métamorphose

    Le dernier album de Francis Dhomont, Études pour Kafka, publié sur le label canadien empreintes DIGITALes, réunit trois travaux préliminaires à une pièce en construction depuis plusieurs années maintenant: Le cri du Choucas. Cette pièce qui doit prendre place dans le Cycle des profondeurs débuté il y a près de quinze ans devrait être présentée très prochainement.

    L’intérêt que porte le compositeur pour Kafka trouve un écho presque naturel dans sa musique. Sous le regard d’un soleil noir et Forêt profonde, les deux premiers volets de ce cycle étaient déjà construits en utilisant des bribes de phrases tirées de textes de l’auteur praguois. Dans Études pour Kafka, prémices au cri du Choucas, la prégnance de l’univers Kafkaïen est bien réelle.

    Concrètement les études publiées aujourd’hui se composent de trois pièces autonomes dont une se construit véritablement autour d’un texte de Kafka, Brief an den Vater, et les deux autres autour de la perception de l’univers de l’auteur par le musicien.

    Premières traces du Choucas renvoie à la biographie même de Kafka. Le choucas, qui est un oiseau de la famille des corvidés, proche du corbeau était représenté sur l’enseigne de la boutique du père de Kafka. La symbolique animale, dans tout ce qu’elle peut renvoyer de sombre et de mystérieux dans les cultures germaniques et nordiques, trouve ici un réel écho. Elle colle parfaitement en effet aux thématiques développées par Kafka: peur, anxiété, trouble… Pour cette composition impressionniste, Francis Dhomont a donc travaillé la matière sur sa perception de l’œuvre de l’auteur torturé. Placé en début d’album, cette pièce de quinze minutes est une parfaite introduction à Brief an den Vater, la Lettre au père, qui constitue le deuxième volet de l’enregistrement. La pièce tire sa substance de la fameuse lettre (jamais envoyée) écrite par Franz à son père Hermann en 1919. Dans ce long réquisitoire Kafka tente de mettre en lumière l’ensemble des récriminations qu’il porte à son père. Ce texte semble essentiel dans la compréhension de la psychologie de l’auteur tchèque. Les phrases choisies par Francis Dhomont l’ont été car elles résument assez explicitement les griefs que formule Kafka à l’égard de son père et, surtout, parce qu’elles révèlent les angoisses de l’écrivain, le moule dans lequel il a pris forme et, par là même, le substrat de ses thèmes littéraires. La pièce se construit en utilisant comme matériaux de base les voix du comédien Martin Engler (narration) et du compositeur allemand Hans Tutschku. Elles donnent un aspect acide à l’œuvre construite, amplifiant l’effet de trouble. Le compositeur arrive donc à ses fins: l’introduction du texte par la voix, transformée, défigurée, participe à la mise en abîmes. À propos de K poursuit quant à elle l’exploration des thèmes récurrents de l’univers de l’auteur tchèque. Essai global qui préfigure Le cri du Choucas à venir…

    L’une des grandes réussites des Études pour Kafka vient du fait que les compositions n’entrent jamais dans le démonstratif. Francis Dhomont n’introduit pas ici de jugement sur l’auteur ou sur son univers, car aussi sûrement que celui de Kafka était troublé et torturé, les nôtres peuvent à divers degrés l’être tout autant.

    Le compositeur arrive donc à ses fins: l’introduction du texte par la voix, transformée, défigurée, participe à la mise en abîmes.

    Études pour Kafka dans Musique Machine

    «Review», Russell Cuzner, Musique Machine, 30 septembre 2010
    jeudi 30 septembre 2010 Presse

    Exploring the possibilities of sound on tape has preoccupied Francis Dhomont since the 40s. His compositions tend to exclusively focus on the manipulation and morphological interplay of natural sounds that are ‘performed’ acousmatically, diffused across a range of loudspeakers. Approaching eighty years’ of age, Dhomont has chosen Kafka as his latest existential theme, following work that centred on the writings on mental illness by controversial psychiatrist RD Laing and the Freudian interpretations of fairy tales by Bruno Bettelheim. The sleevenotes of Études pour Kafka make it clear that these are preliminary studies for a longer, unreleased work, called Le cri du Choucas.

    Premières traces du Choucas, the first study of three presented here, is the most sinister. Its suspenseful shifting drones, seemingly sourced from neither glass nor metal but closest perhaps to taught strings, immediately place the listener in an alert, suspicious state describing the walls of a pitch dark tunnel in which unseen automatons scurry and mechanical insects swarm. Dhomont’s spectral filters ensure that the majority of layers have a digitised sheen that obscures their origins, expanding and contracting to create stealthy movements not unlike creeping around Nurse With Wound’s extended soundpools. Occasionally a short moan or syllable is detectable, but distortion and stuttering make the struggle to communicate frighteningly futile.

    Human voice is used most extensively on the second piece, Brief an den Vater, which focuses on a narrator reading a letter from Kafka to his father (itself, a failed attempt at articulating why he was so scared of him, which remained unsent), but is also accompanied by a rich bed of tones seemingly created from treated vocal syllables that writhe and fluctuate as they intrude on the reading in an ominous and unstable manner. Both the discernible words and their corruptions are occasionally introduced by the turning of paper and the strong, hurried scribbling of the writer’s pen, presenting the album’s most lucid of sonic meditations on Kafka’s behaviour, while moody, atonal utterances both flood softly and chatter violently with a steely finish potentially describing the inner trauma accompanying the writer’s outward attempts to articulate.

    Digitally twisted vocal fragments continue to dominate the last ‘study’, À propos de K, joined again by metallic and glassy tones slicing wraith-like through air, but also interspersed with footsteps on land and in shallow water. This combination fills the irregular aborted attempts to speak with panic, and describes the hopelessness of escape and confusion that Kafka’s protagonists often endured.

    Having said that, the title and sleevenotes prime the listener to consider what they know about Kafka’s life and literature before the sounds start to form any allusions. Had the title been Études pour Ballard, or pour Orwell, it would have perhaps been just as easy to connect the sinister, nightmarish sounds to their work. In view of this, Kafka can be considered more a compositional tool, a starting point from which these studies were determined and, as such, the work stands in its own right as a highly stimulating and engaging piece of electroacoustic theatre that will leave its audiences chilled and inspired.

    4/5

    … a highly stimulating and engaging piece of electroacoustic theatre that will leave its audiences chilled and inspired.

    Études pour Kafka dans Paris Transatlantic

    «Review», Massimo Ricci, Paris Transatlantic, 5 mai 2010
    mercredi 5 mai 2010 Presse

    These studies, says Francis Dhomont, are “self-standing compositions prefiguring Le cri du Choucas, a long work on the world and character of Franz Kafka initiated twelve years ago.” As such, they constitute a good opportunity to enter a riveting universe of disquieting sonorities that reveal a portion of the magnificent mental picture of this 83-year old visionary, born in France but equally present and active in Québec. This is strikingly disturbing music that you wouldn’t want to give as a birthday present to an inexperienced friend. Premières traces du Choucas, dedicated to composer Hans Tutschku, starts with baffling electronic spirals. It soon turns into an even more obscure dramatization, morphing drones and modified vocal elements cooperating in an aggravating soundscape that can’t decide between idiosyncrasy and hopeful anticipation, alternating nearly immobile tendencies and samples in perennial turnaround that imply omniscience while recalling the turmoil of a psychotic brain. Brief an den Vater, based on the text of Kafka’s unsent letter to his father written in 1919, uses voices (Tutschku again plus actor Martin Engler’s) to augment the listener’s perceptivity amidst fragments of forlorn non-harmony and cacophonous injections, transforming the listening environment into an entanglement of different thoughts, most of them negative. The official commentary of this mayhem (the above-mentioned Engler) appears as a faceless, German-accented grave tone symbolizing the end of all hope, directly connected to the impossibility of knowing what the future will bring. In terms of spectacular affirmations, the conclusive À propos de K is the record’s highpoint, snippets of church choir and elongated bell resonances introducing a mixture of brutish utterance and divine stasis, bizarre units (including liquid matters, orchestral openings, human steps and ping-pong balls) becoming visible throughout. Yet it’s the black-hole quality of Dhomont’s chosen materials — instability generated via waveringly imprecise harmonies — that leaves a definitive mark on the mind. Overall, a hard to swallow but outstanding release. Headphones are a must.

    … outstanding release. Headphones are a must.

    Études pour Kafka dans Mouvement

    «CD de la semaine», Laurent Catala, Mouvement, 30 avril 2010
    vendredi 30 avril 2010 Presse

    En rapprochant son univers acousmatique de celui, tout aussi trouble et intériorisé, de Franz Kafka, Francis Dhomont conduit un intrigant parallèle entre deux œuvres artistiques aux champs d’investigation convergents. Une expérience de travail, sur la durée et sur l’expressivité au sens large, qui traduit chez le compositeur une attirance pour l’ambiguïté toujours renouvelée.

    Depuis les années 1940, le compositeur québécois [d’origine française] Francis Dhomont explore méticuleusement le champ des possibles sonores à partir d’une écriture sur supports magnétiques très personnelle. Une véritable exégèse acousmatique qui a conditionné l’intégralité de sa carrière musicale depuis le milieu des années 1960, et qui s’attache principalement à révéler les ambiguïtés entre les sons projetés et les impressions — fugitives et contradictoires, suggestives ou plus imposantes — qui en résultent. Dans cette traçabilité du conflit sonore qui l’anime, Francis Dhomont n’en finit plus de chercher des clefs, des pistes, des éléments de révélation d’une intrigue qui se noue et se dénoue sans fin, sans qu’une quelconque logique ne vienne en dicter les modalités. Nul doute que dans ce contexte empirique, des points d’accointance se manifestent avec d’autres créateurs qui poursuivaient, à leur manière, une recherche équivalente sur des lignes expressives ou comportementales, et notamment sur leur aspect paradoxal ou leur non-sens.

    L’écrivain Franz Kafka fait partie de ses auteurs qui ont toujours fasciné Francis Dhomont par l’acuité avec laquelle ils traquent leur environnement jusque dans ses replis les plus psychologiques. Et en ce sens, cet Études pour Kafka s’assimile autant à un hommage qu’à une ligne de convergence méthodologique. Les trois pièces qui composent ce disque, publié sur le label québécois Empreintes Digitales — Francis Dhomont partage sa vie entre la France et Montréal — s’inscrivent donc autant dans la durée que dans la construction d’un véritable processus artistique. Le compositeur en convient lui-même: «Les œuvres d’envergure, comme … mourir un peu, Sous le regard d’un soleil noir ou Forêt profonde, me demandent toujours une longue période de réflexion — des années parfois — et de multiples études qui explorent les thématiques, testent les matériologies et annoncent l’œuvre finale. Elles en sont les prolégomènes. Cependant, celles proposées ici ont dépassé, par leur forme achevée, le niveau de l’esquisse et constituent des compositions autonomes qui préfigurent Le cri du choucas, une longue œuvre, entreprise depuis douze ans, sur l’univers et la personnalité de Franz Kafka.» Premières traces du choucas, Brief an den Vater et À propos de K, les trois pièces proposées ici, sont donc des épreuves sonores autonomes, mélange des habituelles recherches du musicien et des thématiques kafkaïennes (la solitude, la peur, l’incompréhension face au caractère impersonnel et complexe de la société et des choses qui entourent l’individu). La mise en son se révèle ainsi particulièrement impressionniste, à l’image de l’introductif Premières traces du choucas, qui balaie l’espace sonore d’harmonies fusantes se délitant progressivement dans des congestions d’organismes malingres. Ponctuées de textes lus en allemand, Brief an den Vater induit un climat encore plus nauséeux, baigné de volutes sonores enveloppant, submergeant et modifiant la narration. Enfin, avec ses contrepoints entre accords suspensifs et turbulences auditives exfiltrées, À propos de K délimite d’étonnantes lignes de démarcation entre clarté et confusion dans un jeu de faux-fuyant lunatique. Un exercice de rapprochement intrigant entre deux œuvres artistiques qui, serait-on tenté de dire, se découvrent et s’explorent sans retirer totalement le voile de mystère qui va si bien à chacune d’entre elles.

    Un exercice de rapprochement intrigant entre deux œuvres artistiques…
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