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electrocd

Bernard Parmegiani

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    Papa! C’est de la poésie

    Michael D Hogan, Ici Montréal, 12 février 1998

    En 1948, Pierre Schaeffer, alors responsable du studio d’essai de la Radio française, découvrait les possibilités du disque souple pour enregistrer, transfommer et organiser des sons existants dans l’environnement. On assistait ainsi à la naissance de la musique concrète. Cinquante ans plus tard, ce type de musique n’a cessé d’évoluer et est plus présent que jamais dans notre univers sonore (indicatifs radio et télé, pubs, créations radio, etc.). Réseaux, une société de diffusion des arts médiatiques, a donc décidé de célébrer l’anniversaire de ce vaste champ d’expérimentation de la musique moderne en présentant Rien à voir (3) une série de neuf concerts acousmatiques et de rencontres avec des compositeurs invités: Mark Wingate, Christian Calon, Annette Vande Gorne et, surtout, Bernard Parmegiani, à qui l’on rendra hommage pour la circonstance.

    Bernard Pammegiani compte parmi les plus grands compositeurs de musique concrète. Plus tôt cette semaine, il nous a parlé depuis son studio de Paris. Bien que très loquace, l’homme se révèle assez peu en entrevue. Issu d’une famille de musiciens et très tôt fasciné par le découpage et le collage d’images, Parmegiani est d’abord venu à la création sonore comme technicien, puis comme ingénieur de son à la radio et à la télévision. Il fut ensuite invité à faire un stage au Groupe de recherche musical piloté par Pierre Schaeffer et Pierre Henry. C’est à cette époque qu’il eut l’occasion de réaliser des films, tant du point de vue de l’image «de synthèse» que du son. Puis vint la composition de Violostries, qui le rendit célèbre.

    Ce qui frappe au premier abord dans ce cheminement, c’est la multiplicité des champs d’investigation (il a aussi pratiqué la pantomime pendant quatre ans), autant que l’incessante rencontre entre les préoccupations pour l’image et pour le son. Il est également intéressant de constater la fréquence avec laquelle reviennent dans son discours des mots se rapportant à une certaine indétemmination: intuition, pressentiment, inconscient, diffusion, hasard.

    La musique concrète est un genre très jeune. Aussi, n’a-t-elle pas encore développé de grammaire commune, à l’instar de la musique orchestrale. Les compositeurs peuvent donc se permettre d’explorer une multitude de possibilités dans l’arrangement de leurs différents matériaux sonores. Parmegiani explique: «C’est en traduisant de manière plus ou moins consciente les images de ma vie onirique dans l’œuvre que j’organise ces agencements.» Et toute autre expérience quotidienne peut aussi y être intégrée (une lecture, une rencontre, le souvenir d’une expérience passée). «C’est dans la rencontre réussie de tous ces éléments que se produit un moment de trouble indéfinissable. Soudainement, cette musique génératrice d’images mentales ouvre à l’auditeur les portes menant à son propre cinéma intérieur.»

    La musique électroacoustique est souvent considérée comme austère et difficile d’accès. Pourtant, elle n’est que l’expression (plus ou moins bien rendue parfois, il est vrai) d’un paysage intérieur. Beethoven, à qui on faisait les mêmes reproches en son temps, est aujourd’hui siffloté dans toutes les chaumières. Parmegiani dirait qu’il faut se mettre des «oreilles fraîches» et les garder ouvertes. Edgar Varèse, qui a aussi touché à la musique concrète aimait raconter cette anecdote: se promenant sur un site où l’on diffusait une de ses pièces, il croisa un homme avec ses enfants. L’homme pestait contre ce magma informe, mais sa fille lui répondit: «Chut papa! C’est de la poésie».

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