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  • Lieux inouïs dans Le Devoir

    «L’espace et les sons», François Tousignant, Le Devoir, 29 novembre 1998
    dimanche 29 novembre 1998 Presse

    Reprenant en ses propres mots le «qui dit quoi à qui» du Groupe de recherches musicales (GRM), Robert Normandeau publie des œuvres de jeunesse, celles qu’il avoue juger toujours assez bonnes et représentatives de son travail pour continuer de vivre sur la place publique. Dans le monde de l’électroacoustique, trop souvent aveuglement tourné vers la nouveauté technologique, il est bon de se retrouver en face d’une musique qui, même si parfois datée techniquement, n’en garde pas moins une valeur intrinsèque importante: celle du désir—et du potentiel surtout—de communication.

    Les lieux dont il est question ici sont les lieux non explorés de l’oreille, ces endroits que l’imagination poétique de Normandeau suscite, tente de créer, levant un voile sur un univers de sens que le dialogue avec sa musique voudrait provoquer. La question de la perception réside alors plus dans «qu’est-ce que je, auditeur, veux prendre avec moi pour en faire quelque chose et partager cette découverte avec le compositeur qui m’en a ouvert le chemin? À quel carrefour nous rencontrerons-nous?».

    Cela semble ardu? Pas vraiment. On entend dire souvent de la musique «moderne» qu’on n’y comprend rien. À bien y penser, au fait, que comprend-on d’une symphonie de Haydn? En appliquant les mêmes stratégies perceptives aux deux répertoires on obtient des réponses souvent identiques même si le plus nouvel objet parait plus irréductible à l’analyse usuelle, ou que sa non-familiarité — donc sa non-conformité à un code culturel établi et accepté — nous le rend moins sympathique.

    C’est uniquement question de préjugé que la musique de Normandeau, après quinze minutes d’écoute attentive, va rapidement réduire en miettes. Cela ne veut pas dire qu’il faille tout aimer. La poésie séductrice de bien des trames sonores ici présentées va convaincre bien des récalcitrants tout en laissant bien des adeptes froids.

    C’est que Normandeau s’applique délicatement, tout au long des œuvres, à trouver la cohérence psychologique du tissu acousmatique, ne jouant jamais le jeu de l’agression per se, préférant aller plus loin dans les sombres ombres du sens en devenir. Mémoires vives en est le plus bel exemple a mon avis.

    Je n’ai qu’un seul regret: cette musique si vibrante en salle avec l’orchestre de haut-parleurs perd un peu de perspective, ainsi réduite aux deux canaux de notre limitative stéréophonie domestique. Je préfère ce regret au silence.

    Musiques naïves dans Voir

    «Dernières parutions empreintes DIGITALes», Dominique Olivier, Voir, 26 novembre 1998
    jeudi 26 novembre 1998 Presse

    Lors du dernier mini-festival d’art acousmatique Rien à voir — organisé par Réseaux au Théâtre de la Chapelle —, l’étiquette de disques montréalaise empreintes DIGITALes lançait sa plus récente fournée. L’étiquette, qui n’est consacrée qu’à la musique électroacoustique, offre deux nouveaux «compacts-compacts», c’est-à-dire des disques d’une durée plus courte dans un boîtier plus compact, et trois CD d’une durée normale. Comme toujours, les pochettes sont absolument admirables. Les compositeurs Yves Daoust, Jacques Tremblay, Robert Normandeau, Darren Copeland et Ned Bouhalassa nous en font voir de toutes les couleurs, couleurs de son, bien entendu. À souligner, le remixage de Lieux inouïs de Normandeau et le très beau disque de Daoust, touchant, à la fois familier et débordant d’imagination: Musiques naïves.

    … très beau disque de Daoust, touchant, à la fois familier et débordant d’imagination: Musiques naïves.

    the door in the wall… instrumentS d’illusion?, vivie’vinçente dans Le Devoir

    «Libérez le clavecin!», Clément Trudel, Le Devoir, 21 novembre 1998
    samedi 21 novembre 1998 Presse

    Le clavecin servant de support à la musique actuelle? Il ne s’agit pas d’un anachronism. Rencontre avec la claveciniste vivie’ vinçente qui vient d’endisquer 14 œuvres de ce type, dont six sont des compositions acoustiques. Elle nourrit, avec des amis compositeurs tel John Beckwith, le projet de marier le vénérable instrument au banjo, à l’accordéon et à la harpe celte!

    Se trouvant des affinités avec Barbara Pentland, compositrice prolifique maintenant âgée de 86 ans et souvent considérée comme rebelle et radicale, vivie’ vinçente vient de lui dédier un album de deux DC dont la première plage s’ouvre sur ostinato et dance, de Pentland; il s’agit de courtes pièces remontant aux années soixante.

    Un peu à la manière du peintre Fernand Leduc obsédé par la lumière à travers ses microchromies, la musicienne vivie’ vinçente explore toutes les facettes du silence auquel elle livre les sept dernières minutes du disque (The Idea of Silence). C’est à la faveur de la crise du verglas qu’elle se conforta à l’idée («tous les voisins étaien t partis») qu’un univers où l’on ne blesse pas le silence a son côté paradisiaque: «on a besoin du silence pur imaginer, à l’intérieur, la musique». En entrevue, elle évoquera les propos et les méthodes de travail d’un Glenn Gould qui fuyait l’arène des concerts, préférant modeler à sa manière une œuvre en studio, sans être livré «live» aux mélomanes. Puis soulignera que l’une des œuvres les plus prenantes de Brian Cherney, Déploration, sert d’illustration à cette musique qui peu à peu «devient silence».

    Il y avait motif à célébration, hier, pour cette claveciniste méticuleuse qui tint à réaliser elle-même le design de l’album; mais aussi ambivalence, du fait qu’elle émerge d’un «enfer» qu’elle préfère ne pas décrire.

    D’un des compositeurs, Pierre Desrochers, qui écrivit pour elle en 1994 Eudoxia, elle dira qu’il fut traité de manière injuste («l’être humain est l’être humain») par un milieu où souvent «on se blesse plutôt que de s’encourger». Desrochers «gagne sa vie comme compositeur de la musique de film», précise-t-on dans une note fournie par le Centre de musique canadienne au Québec (CMC), où l’intéressé dit «être de plus en plus dégouté du milieu de la musique contemporaine au Québec»; mais il s’accroche toujours à la composition «pour l’amour de la musique».

    Le lancement se déroulait à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, hier, en même temps que le CMC signalait un nouveau disque (Doberman-Yppan) de Louise Bessette (piano) et Martine Desroches (violon) interprétant la Sonate (opus 58) de Jacques Hétu, en plus d’œuvres d’André Prévost et de Rodney Sharman.

    Expérimentations

    Mme vinçente n’est pas la seule claveciniste arrimée au répertoire contemporain — il y a aussi Jane Chapman et Vivienne Spiteri. C’est à cette dernière qu’était destinée la pièce Saumur (Bruce Mather, compositeur et œnologue impénitent) créée l’automne dernier à Toronto. vivie’ vinçente reprend Saumur dans son album — The Door in the Wall…instrumentS d’illusion? étiquette Isidorart — dont l’enregistrement débuta le 2 janvier dernier; vinçente sut plus tard que c’était le jour anniversaire de Pentland, celle qui parvint à s’échapper d’un cursus trop rigide à la Julliard School de New York et contester son professeur Jacobi pour donner une chance à son style propre.

    Ce qui frappe chez vinçente, c’est une absence d’a priori, une disponibilité à se livrer à l’expérimentation; certaines des pièces sont enregistrées alors qu’on se livre à un déplacement ou choréographie des micros. Elle ne croit pas qu’il faille s’en tenir rigidement aux indications d’un compositeur: «le compositeur a fait sa partie; là, noir sur blanc, se retrouve ce qu’il a imaginé, dans sa tête… il revient à l’interprète — c’est une responsabilité, même une obligation, de faire quelque chose qui joue, qui rit, qui pleure à travers son instrument».

    Mais la tension que peut engendrer une demande de «performance» en public fait hésiter la claveciniste: «la musique est quelque chose que l’on ne devrait pas soumettre à des pressions extra-musicales comme le temps, ou les yeux des autres». Consciente des limites de son instrument, vivie’ vinçente croit, par son travail en studio, «libérer la musique jouée au clavecin», recomposer au besoin des œuvres qui n’ont pas été conçues pour clavecin. C’est vers «une musique absolue, une sorte de musique abstraite» qu’elle ose se diriger, la situation pouvant être celle d’un compositeur ne songeant pas à un instrument particulier lorsqu’il crée. Elle prononce même ce que d’autres considéreront comme une hérésie: un «instrument amusical, presque anti-musicale».

    Je me sens rassuré d’entendre vivie’ vinçente exposer par la suite sa conviction que «la musique est le plus bel art…elle est moi, je suis elle, les liens avec la musique sont pour moi, maintenant, permanents».

    Le titre de l’album est emprunté à une nouvelle de HG Wells (The Door in the Wall) que vivie’ vinçente me narre en détail. Un garçcon errant franchit un jour une porte mystérieuse dans un mur pour, finalement, être rejoint par une dame dont le livre de contes est la réplique exacte de ce que le garçonnet a vécu à ce jour. Il se refusera à aller au-delà de cette page, reviendra dans la réalité pour être sans cesse hanté par une porte verte pratiquée dans un mur blanc et….mais il ne faut pas vendre la chute.

    La porte, symboliquement, pourrait être celle du studio où la claveciniste retrouve l’univers sonore qu’elle excelle à façonner, à recréer par fois à l’aide de bandes. Le résultat étonne souvent. Ce collage de pièces choisies et choyées par vivie’ vinçente est une invitation au voyage, au-délà de l’idée reçue voulant que le clavecin soit fait avant tout pour le baroque et le préclassique.

    … une disponibilité de se livrer à l’expérimentation…

    L’oreille voit dans Splendid E-Zine

    «At a Glance Reviews», Noah Wane, Splendid E-Zine, 16 novembre 1998
    lundi 16 novembre 1998 Presse

    In the acousmatic tradition, Randall Smith’s music consists of sonic “symbols” intended to be “seen” by the listener’s mind. This is perhaps the most visual music you’ll ever hear (see?). I’ll warn you right away, the proper effect is not achieved by putting this music on in the background. You need to give it your full attention. A darkened room will help, as will closing your eyes and imagining the sounds emanating from behind a closed curtain. If you’re doing it correctly you’ll be drawn into a whole sonic world, full of bizarre people, places and things. The ear sees (L’oreille voit)! For further details, please aurally ogle Ruptures.

    … you’ll be drawn into a whole sonic world…

    Île bizarre dans Minimal

    «Review», GC, Minimal, no 18, 1 novembre 1998
    dimanche 1 novembre 1998 Presse

    Desiludam-se os que encontraram em La face cachée des choses (1995) um dos melhores discos do ano. Mais, ainda, se o anterior Duo déconstructiviste (1994), com Michel F Côté, não os seduziu tanto. É que este now álbum da teclista-cantora das Justine (esse mesmo, o quarteto free-pop constituído só por mulheres) ainda é mais arrojado que os anteriores trabalhos, não sendo obra para digerir com a maior das facilidades. Sampler, percussões electrónicas e gira-discos são os instrumentos aqui usados para fazer uma música povoada de citações surrealistas, projecções futuristas e memórias (inultra) passadas…

    Stéphane Roy dans SOCAN — Paroles & Musique

    «Cet électroacousticien accumule commandes et créations», Dominique Olivier, SOCAN — Paroles & Musique, 1 novembre 1998
    dimanche 1 novembre 1998 Presse

    Deux pôles bien distincts orientent actuellement la vie du compositeur Stéphane Roy. D’une part l’électroacousticien compose intensisément accumulant commandes et créations tout en terminant une thèse de doctorat en musicologie. D’un autre côté il s’occupe activement de ses jeunes enfants — quatre ans et 2 mois — en restant à la maison. «Je compose le soir et la fin de semaine» précise Stéphane Roy. Cette entente qu’il a prise avec sa compagne lui permet de poursuivre une carrière déjà bien amorcée avant son départ du pays. «Je suis au Missouri, à Saint Louis, depuis un an et demi mais toutes mes commandes viennent encore du Canada», souligne-t-il. Au moment où je le rejoignais chez un ami, à Montréal, le compositeur enregistrait son œuvre mixte Inaccessible azur pour quatuor instrumental et bande, dans un studio de la Société Radio-Canada. La pièce était créée à Vancouver [par l’ensmeble Standing Wave le 29 mai 1997], et sera jouée, le 11 novembre à Toronto avec l’ensemble Continnum.

    Stéphane compose, en ce moment, une autre œuvre pour cet ensemble dont le texte est tiré des Métamorphoses d’Ovide. «C’est un projet qui comprend cinq compositeurs, deux faisant de la musique mixte, dont moi. Après coup, sur ces musiques, un film va être fait. C’est l’inverse de ce qu’on voit habituellement. L’œuvre va quand même être autonome et sera présentée en concert». La création est prévue pour l’automne 1999. Le clarinettiste François Houle, de Montréal, lui a également commandé une œuvre mixte pour clarinette et bande «J’aime beaucoup la musique mixte. Je trouve qu’il y a énormément de choses à explorer du côté instrumental dans l’optique du mélange avec la partie électroacoustique. J’essaie de mettre sur le même plan la partie instrumentale et électro, c’est un peu mon dada.»

    Stéphane Roy était de plus l’invité de la 4e édition de Rien à voir, mini-festival de musique électroacoustique organisé par Réseaux, qui a lieu deux fois l’an. Au concert qui lui était consacré, le 28 octobre dernier, on a pu entendre Paysages intérieurs (1988), Récit pour cordes (1998), Crystal Music (1994) et, en création, Trois petites histoires concrètes (1998), une commande de Réseaux inspirée du 50e anniversaire de la musique concrète.

    … il y a énormément de choses à explorer du côté instrumental dans l’optique du mélange avec la partie électroacoustique.
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