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  • Annunciations dans Revue & Corrigée

    «Chronique», Cyrille Lanoë, Revue & Corrigée, 1 juillet 2013
    lundi 1 juillet 2013 Presse

    Fortner Anderson est un poète performer originaire du Midwest américain vivant à Montréal. Un exil qui dure et qui a trouvé plusieurs connexions dont celle avec la bouillonnante scène montréalaise autour des activités du lieu La Casa del Popolo, qui a vu naitre notamment les projets autour du groupe post-rock-progressif Godspeed you! black emperor. Des connexions aussi avec sa scène des musiques électroacoustiques via des collaborations avec Alexandre St-Onge et Sam Shalabi. Quatrième disque à son actif, Annunciations est construit sur un système de “commande”, un peu comme le disque de Thurston Moore Root (lo-recordings, cd/lp, 1999) sur lequel le guitariste convoque trente artistes à remixer des parties guitares créées par Thurston pour l’occasion. La variante ici est que l’on a donné des textes à lire au poète et qui ont ensuite été remis à plusieurs artistes issus principalement des sphères des musiques électroacoustiques au sens large: Ned Bouhalassa, Andy Williamson, Christian Calon, Nicolas Bernier, Martine Crispo, Chantal Dumas, Alessandro Bosetti, Christian Kesten et John Berndt pour en faire bien sur bon usage, dans des créations sonores qui sonnent évidemment poésie sonore et musique électroacoustique. Trois cd encartonnés et un livre (que je n’ai pas eu avec la copie promo et dont je ne peux évidemment moins vous parler). Une présentation à s’y méprendre avec les structures en place telles DAME et Empreintes Digitales. Nous ne sommes malgré tout pas véritablement dans de la poésie sonore telle qu’on l’entend (ne vous attendez pas à du Paul Dutton par exemple), mais plus dans de la lecture, dans le spoken word. Lecture de textes choisis à tendance environnementale et politique. Autour de textes sur les changements climatiques, sur Guantanamo ou encore sur des rapports de missions spatiales, Fortner Anderson a toutefois réinterprété ces textes sous une forme poétique. Surtout sur la pièce de Chantal Dumas, It’s a small world. Celle d’Alessandro Bosetti est plus que surprenante, virant chanson minimale proche de Ghedalia Tazartés ou David Fenech, voire Robert Wyatt. Quand je vous dit surprenant. Dans l’écoute chronologique des trois cds, cette pièce It Is Amazing (C’est surprenant, en français, ndlr) (Gesualdo’s waterboarding) tombe à pic. Et annonce le meilleur cd des trois. Non pas que je m’ennuie, mais pas forcément surpris jusque là. Dû surement aussi au texte pas facile à digérer puisque très pregnant, pour nous non-anglophones. Donc on s’en remet au sonore, qui lui était jusque là un peu formel, sans éclat. Décidément ce troisième cd compile les trois pièces les plus expérimentales, celle de Christian Kesten avec un vrai remix et un travail sur les hésitations et le souffle naturel de Fortner Anderson, qui prend à contre-pied tout le monde, personne n’y ayant pensé jusque là. Pour finir sur une composition plus tendue par John Berndt. Parfois proche du spoken word de Jello Biafra (ex Dead Kennedys) qui a lui aussi travaillé sur Guantanamo sur son disque Jello Biafra & the Guantanamo School of Medicine, voire Henry Rollins. J’ai mis beaucoup de temps à essayer de comprendre ce disque. Pas véritablement facile d’accès pour moi. Bien content malgré tout d’avoir insisté et découvert ce formidable troisième disque.

    … formidable troisième disque.

    Palimpsestes dans Circuit

    «Critique», Cléo Palacio-Quintin, Circuit, no 23:1, 1 juillet 2013
    lundi 1 juillet 2013 Presse

    Dans son attendu sixième disque sur l’étiquette empreintes DIGITALes, Robert Normandeau présente cinq œuvres composées entre 2005 et 2010. La pièce éponyme Palimpsestes (2005, 11) ouvre le bal. Il s’agit de la quatrième et dernière œuvre du cycle Onomatopées de Normandeau, débuté avec Le renard et la rose en 1995. La forme de Palimpsestes respecte la structure temporelle des autres œuvres du cycle, toujours présente en arrière-plan, d’où le choix du titre. Encore une fois, le compositeur traite avec brio une panoplie de sons vocaux originaux qui deviennent autant de sonorités chatoyantes et colorées, captivant notre attention, en passant par des mouvements de «Furie et rythme», «Amertume et timbre», «Colère et dynamique», «Fatigue et espace» et «Sagesse et texture».

    Dans Murmures (2007, 11), le cinéma pour l’oreille de Normandeau se transporte sur la Place de Ransbeck en Belgique où est situé le studio Métamorphoses d’Orphée, lieu de création de l’œuvre Rumeurs (Place de Ransbeck), entièrement réalisée avec des moyens analogiques en 1987. Cette nouvelle visite sur la Place de Ransbeck se passe en numérique et révèle avec raffinement les moindres murmures captés par microphone.

    Jeux de langues (2009) met en valeur des sons de respirations, de souffles et de bruits mécaniques d’instruments à vent (flûtes à bec, flûtes traversières et saxophone baryton) joués par des instrumentistes multilingues. Des sons de verre sont jumelés à ces souffles et créent une atmosphère éthérée et lumineuse. On demeure cependant toujours dans un état d’extrême intimité, comme si l’on se retrouvait à l’intérieur de ces instruments. Cette œuvre coupe littéralement le souffle à chaque écoute, par sa force d’évocation et l’impression d’emprisonnement voluptueux qu’elle procure. Dans le livret du disque, le compositeur dévoile avoir composé cette pièce avec l’idée de contribuer au genre de l’érotisme, genre rarement abordé en musique, contrairement aux autres arts contemporains comme la littérature, la peinture et le cinéma.

    La musique se poursuit dans la thématique du souffle avec le titre Anadliad en gaélique, qui signifie souffle ou inspiration en gallois. Le décor est cependant tout autre avec cette cornemuse en ouverture, le pibgorn, un instrument à vent gaélique à vent, et le souffle des Dieux évoqué par les vents et orages de la côte galloise. Cette pièce, d’ailleurs la plus récente du disque (2010), nous transporte dans de grands espaces ouverts dans lesquels l’on aimerait se perdre indéfiniment, sous la pluie et l’orage qui gronde au chant des cornemuses.

    La pièce de clôture démontre la fascinante maîtrise de la forme chez Normandeau, qui nous offre une pièce en Palindrome (2005-06, 07). On pourrait réellement écouter cette œuvre «à l’envers» et entendre exactement la même musique. Celle-ci s’inscrit dans un cycle de pièces vouées à un rituel d’écoute attentive, idéalement en situation de concert, mais tout autant fascinante au casque ou sur de bons hautparleurs. La musique comprend peu d’événements dont l’évolution lente ne cause aucun changement brusque et propose ainsi une écoute «de l’intérieur du matériau sonore»… En un mot: hypnotisant.

    Avec ce disque, Robert Normandeau prouve une fois de plus son statut de maître incontesté de la musique électroacoustique. Malgré qu’elles soient conçues pour diffusion sur acousmonium, la réduction en stéréo des compositions est réalisée avec le plus grand soin et conserve parfaitement les sensations d’espace présentes dans chacune des œuvres. Normandeau revisite ses thèmes chers et les renouvelle, tout en nous amenant sur de nouvelles pistes et en prenant des risques. Un disque riche et authentique qu’on ne se lassera pas de réécouter et qui mérite sans aucun doute le prix Opus du Disque de l’année que l’on vient de lui attribuer.

    Un disque riche et authentique qu’on ne se lassera pas de réécouter…

    Formes audibles dans Monsieur Délire

    «Journal d’écoute», François Couture, Monsieur Délire, 1 juillet 2013
    lundi 1 juillet 2013 Presse

    Un nouveau nom s’ajoute à l’écurie électroacoustique d’empreintes DIGITALes: la Britannique Manuella Blackburn. qui n’a pas encore 30 ans. Formes audibles propose six œuvres de durée moyenne (8 à 15 minutes); des œuvres qui portent la marque des grands acousmaticiens français et britanniques, particulièrement Dhomont et Smalley. Chaque pièce est centrée sur un instrument-source (la guitare électrique, le cajón), un lieu (le Japon dans Karita oto), un concept (Spectral Spaces). Or, malgré cette diversité d’approches, les pièces présentées ici tissent une identité musicale homogène et bien campée. Des œuvres sensibles et riches, donc, empreintes d’un certain «classicisme» électroacoustique.

    Les pièces présentées ici tissent une identité musicale homogène et bien campée

    Topographies dans Blow Up

    «Frenesia Post-Industrial», Girolamo Dal Maso, Blow Up, no 182/183, 1 juillet 2013
    lundi 1 juillet 2013 Presse

    Martin Bédard è un compositore canadese di musica elettroacustica dall a brillante carriera accademica e con numerosi riconoscimenti (festival, premi, istituzioni accademiche e culturali) da una part e all’altra dell’oceano. Topographies è un lavoro curatissimo a partire dal package Tutto in in cartoncino (no plastica) con una bella e appropriatissima immagine sulla cover e un pieghevole all’interno (che “è” l’interno) ricchissim o di informazioni. La prima impressione all’ascolto è quella di una topografia del caos e del disastro. Basta prestare appena un po’ più di attenzione e il giudizio si capovolge: questo è un lavoro pie no di pensiero. Non solo perché nulla sembra lasciatoal caso, per la strutturazione dei pezzi, lucidamente organizzati con l’alternanza di sonorità fragorose troppo chiaramente elaborate elettronicamente: rumorosità, ritmiche percussive, macchinari sincopati roboantì, come un treno lucidamente impazzito. Più che un grafico dei luoghi — troppo statico e astratto — quella di Bédard è un a scrittura del rumore che li riempie. Anche il libretto — esso pure pieno di segni, di parole — non è una didascalia, ma parte del progetto, come un vettore, una freccia che indica luoghi sfatti industrial-post-industriali in cui (almeno mentalmente) collocarsi. Nel fragore generale si possono intuire rumori diversi (rumori “diversamente” rumori), altri tipi di sonorità. Questa auscultazione rende l’ascolto più interessante e attento, quasi a impedire preventivamente (ma con una certa rigorosa fatica richiesta) di essere frastornato. Basta pensare a come si spegne Topographie de la noirceur o alle pau se oniriche, spazzate da venti gelidi e inquietanti, di Push & Pull o di Champs de fouilles. La violenza e il suo impatto sonoro non è, però, tanto quello di luoghi ma delle reazioni che questi luoghi suscitano. Bédard rifugge nel modo più assoluto da uno sguardo compassionevole: in lui solo nuda, cruda ostensione, ostinata ricollocazione. I luoghi sociali che frequenta sono di per sé carichi di tensioni, in cui complessità, alterità e violenza squassano le sicurezze ordinarie: un carcere (luogo di reclusione), una ronda notturna, la ferrovia (luogo di passaggio per eccellenza nella modernità), un ponte crollato nel 1907, scavi archeologici (che — per un italiano — fa un po’ impressione pensare situati in Canada). In tutto questo la riflessione sull a memoria, su una certa memoria, su ciò che si tende a dimenticare o a lasciare da parte (e quindi bisogno andarci in questa parte, in questa realtà posta ai margini: bisogna andare ai margini, marginalizzarsi). Senza dimenticare l’identità francofona di Bédard, con il suo carico simbolico di lotta identitaria. A Michel Foucault sarebbe piaciuto questo disco, per i luoghi che frequenta, pure ad Artaud che l’avrebbe amato con odio implacabile, e pure Bataille che l’avrebbe trovato pieno di pensiero, non di “pensieri”, ma di suoni e rumori gravidi di pensiero, in atto di pensare, pregni, toccati, scalfiti e scassati dal pensare che hanno fatto scaturire. Un pensiero che “si” rivolta (come lo smascheramento di una trama autoriflessiva, auto-distruggente e insieme auto-costitutiva), energia dischiudentesi, sempre in atto, in eccitazione permanente, di cui esplora con lucidità e rigore il versante patologico più che quello vitalistico. I luoghi (topoi) di Bédard sono spazi pieni di suono da cui è risucchiata come una ventosa la vita, tragica, violenta, impetuosa, eppure sospesa, fragile, esposta. Un esercizio di pensiero. Filosofia militante. Musica.

    … suono da cui è risucchiata come una ventosa la vita, tragica, violenta, impetuosa, eppure sospesa, fragile, esposta. Un esercizio di pensiero. Filosofia militante. Musica.

    Topographies dans De:Bug

    «Kritik», multipara, De:Bug, no 174, 1 juillet 2013
    lundi 1 juillet 2013 Presse

    Wie das Label ist auch Martin Bédard in Montreal zu Hause, wo er studiert und (bei Robert Normandeau) promoviert hat und wo er heute unterrichtet. Thema seiner Kompositionen, hier das erste mal auf Albumlänge versammelt, ist allerdings die Stadt Québec. Das Stadtgefängnis als Ort gefrierender Erinnerungen, brüchiges Metall und der Brückeneinsturz von 1907, ortstypische Klangsignale (lokale “Phonokultur”, so Bédards Ausdruck) und archäologische Ausgrabungen. Förderungsaffine Themen, zu denen sich zwei freiere Arbeiten gesellen, über die literarische Figur eines Nachtwächters die eine, über Züge die andere. Zuweilen hört man ja, in der Akusmatik klinge alles wie auf Albumlänge aufgeblähte Kino-Hitech-Surroundsound-Demonstrations-Jingles. Egal was Bédard hier anpackt: dem spielt er voll in die Karten – und gewinnt am Ende doch. Der Rausch an übereinanderstürzenden metallischen Drones und flatternden Gatings, entfesselten Farb- und Dynamikschlieren ist bei ihm schlicht nochmal ein paar Grade schärfer und zupackender als anderswo. Hyperrealer Fiebertraumtaumel von Anfang bis Ende. Groß, natürlich. Und vor allem.

    Hyperrealer Fieberstraumtaumel von Anfang bis Ende. Groß, natürlich. Und vor allem.
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