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Alibi des voltigeurs

Étienne Lalonde

Alibi des voltigeurs (2012)

Minutage Texte dans l’œuvre (Français)

Je ne suis le parfum de rien (le temps tombe)
Un paysage entre les mains du vent (est-ce le chemin?)
Endormi, je rends visibles les côtés de l’air
Jusqu’à ce que les oiseaux me réveillent en sursaut

… Trop tard
Il ne donne pas de nouvelles (horloge lundi, horloge jeudi)
Les stores encore baissés…

Avec une forte lumière
Même morte
Tâcher de dormir
Maintenant

Un grand fleuve
Une promesse
Les vents qui nous hantaient
Une noyade invisible car le naufrage d’être vrai

J’ai fait le lit pour ce soir
Est-ce le chemin?
Est-ce demain dans ma voix qui dépasse?
Je commence quelque part… (horloge lundi horloge jeudi)
J’ai mes draps, mes fantômes

Je forme un poing pour sentir mon souffle et m’assurer des mots qui partent du sommeil.

Mes souvenirs qui prennent l’eau
Se font rides
Bras
Tendresses
S’accrochent aux lèvres

Vieillir à pas de géant
Ma fatigue peut dormir
En fin de ligne de caresses

Notre odeur de fumée
Plusieurs lampes allumées
C’est pareil chaque matin (horloge lundi, horloge jeudi)

Le temps gris cherche son air
Écouter
Chuchotement

Quelque chose de profond
Une série de brouillards
Et le silence bruyant de tous ces désordres.

Vous recevrez le soleil le matin par la porte, la route, le train à prendre et le journal à lire et vous êtes en mode silencieux et majestueux et rapide. Vous savez que vous avez au moins une demi-heure avant que votre regard ne fonce dans tout ce qui, autour de vous, fait partie du réel. L’air. Vingt-quatre heures de tout ça. Je sais. Rattraper. Temps précieux. Maintenant. Me rendre. Vous vous retrouvez pâle, fatigué, avant de n’avoir fait que… Vous assoir. Et vous le faites. Je ne peux en profiter.

Dès que les sanglots chargent, le silence sort de tout. Fuyons comme un dimanche. Les bruits de la clarté. L’étendue d’arbres qui mentent. Le soleil est écrit en grosses lettres sur le mur. L’herbe haute lance des soupirs, des excuses… Un cœur.

Tu étais trop court
L’été
Par les fleurs de literie
Qui finissent toujours sèches
Au plancher
Où s’endorment tantôt
Le compte complet du vent
La plupart des mensonges
Retrouvés au printemps
Le soleil manquait d’air

La plupart de mes mots traînent une atmosphère. Le froid comme une épée. De la terre gelée, ils avancent le soleil pour que le brouillard se taise. Vu du nord, l’air parait plus mince, atlantique, quand mon souffle apporte le lever du matin.

Le jour fondu au noir, les soupirs encore chauds, la nuit qui rase le jour. Le temps d’une journée fraîche, je refuse d’attendre. Tout, trop vite. C’est ce qui approche.

Dans les limites de l’air
Une lumière affolée
Le ciel un peu plus près
Le chemin de chaque jour
La vie domestique
Dans les obstacles vivants
Que le soleil enlève
Mon vautour
Est un ensemble de choses
Sinon un courant d’air

Sur le mur, des souvenirs, des portraits. Le temps tombé des yeux, des traits de chaque visage qui donne au présent des airs fraîchement anciens. Il est tard. L’heure se fait sentir. Des yeux froids. Comme si, à travers ces regards, le travail de plusieurs années avait su faire son chemin.

(La nuit qui rase le jour, le temps d’une journée fraîche, Je refuse d’attendre, dehors… Le jour fondu au noir, les soupirs encore chauds, la nuit qui rase le jour…)

Dans les limites de l’air
Une lumière affolée
Le ciel un peu plus près
Le chemin de chaque jour

Les jours pairs manquent de peau, de désirs à corder le long du droit chemin. La famille tient de bout. Les cris sont éloquents. Les cris de toi sur moi. piano seul, éventré. La clarté nous déteste…

La vie domestique
Dans les obstacles vivants
Que le soleil enlève
Mon vautour
Est un ensemble de choses
Sinon un courant d’air

Nuit d’été…

Une rupture. Un obstacle. Un trompe-l’œil. Une comète. Visages. Esprits. Fantômes.

Des fenêtres, une maison. Le souvenir d’une robe vide. De deux visages mêlés, alors posés dans l’herbe. Courir à l’existence. Tandis que dans chaque nuit pousse lentement un fantôme. Le son de la pénombre qui rattrape le soleil.

L’heure de l’horloge qui sonne…

Faire des boîtes
Des trous
En même temps que l’orage
Né puis parti
Sur la pointe des pieds
Je suis venu à la fenêtre
Je suis resté couché