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Chambre 635, Procession

Dominique Bassal

Chambre 635, Procession

«Tous les quelques massacres, on rassemble les survivants de chaque village ravagé et on les enjoint à former une procession funéraire, au sein même du palais où ces orgies de meurtre ont été pensées et organisées.

Un long et étroit chemin désigne l’itinéraire à suivre, et constitue l’unique filet d’une clarté bleuâtre dans une salle, que l’on devine immense, entièrement plongée dans la pénombre.

Mais bientôt est dévoilé, par touches progressives d’une lumière plus chaude, un second étage en surplomb. Les marcheurs n’ont pas le droit de lever les yeux, mais chacun sait ce qui se tient sur les terrasses de ces falaises artificielles: les cadavres des massacrés, momifiés dans des poses loufoques. Et entre les macchabées maintenus à peine debout par des crochets métalliques, on a disposé les femmes et les jeunes filles battues et torturées, les enfants amputés, les yeux et les doigts éclatés, les hommes éventrés et agonisants.

Maintenant, déposés au sein de la procession par des mécanismes tournants de bois et de bambou, les patapoufs, à peine vêtus de dentelles et de rubans, viennent danser et folâtrer parmi les pleureurs. Lestes malgré leur embonpoint, leurs muffles cruels étirés en grimaces grotesquement rieuses, ils miment, par des jetés, battements, pointes, entrechats et arabesques, les tourments des victimes et des survivants.

Personne ne proteste, personne n’exprime de réprobation: dans la chambre 635 comme dans la réalité parallèle où nous pourrissons, une partie des victimes subit, tandis que les autres fantasment qu’ils partagent la cruauté de leurs oppresseurs.»

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