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electrocd

Mfinda — Rencontre avec les mémoires ancestrales

Laryssa Kim

Mfinda — Rencontre avec les mémoires ancestrales

  • Laryssa Kim
  • Année de composition: 2025
  • Durée: 11:07
  • Instrumentation: support 16.2 canaux
  • Commande: Musiques & Recherches

Le Mfinda est un concept spirituel de la forêt dans la religion Bakongo, considéré comme le point de rencontre entre le monde physique du peuple Bakongo et le monde spirituel de leurs ancêtres.

Mfinda — Rencontre avec les mémoires ancestrales est pour moi un projet fondamental, dans lequel j’explore la mémoire afrodescendante en Europe, souvent fragmentée ou effacée, en travaillant à partir d’archives sonores des peuples du Congo, mises à disposition par le Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren (Belgique). Ces enregistrements, à l’image de la relation à mes origines africaines — inscrites dans mon corps et mon visage, mais pendant longtemps absentes de mon environnement familial et culturel — apparaissent et disparaissent, par éclats, à l’intérieur de ce tableau sonore plus large. À travers cette œuvre, j’affirme ma présence dans le champ de la musique contemporaine et acousmatique, où les voix afrodescendantes sont encore rares. Mon intention n’est pas seulement de rendre hommage aux cultures et aux ancêtres, mais aussi de créer un espace sonore où la mémoire dispersée peut se recomposer et devenir force créatrice, à travers un langage à la fois surréaliste et acousmatique. La pièce devient ainsi un lieu de rencontre entre l’écriture électroacoustique, les archives historiques et la production musicale rythmique — entre passé et présent, entre oubli et réappropriation.

Sur le plan formel, j’ai conçu pour la première fois une écriture spatiale en 16.2 canaux: une octophonie centrale, complétée par quatre haut-parleurs en hauteur et quatre en champ large, permettant de sculpter un espace immersif où chaque élément — rythme, voix, souffle, archives — suit des directions précises et oriente l’écoute.

Enfin, cette œuvre est aussi une célébration: celle d’une transmission invisible, d’un dialogue avec les ancêtres, et d’une mémoire qui, même effacée, continue de vibrer en nous. C’est dans la forêt sacrée — le Mfinda — que s’accomplit cette rencontre, lieu de passage vers le monde spirituel, mais aussi espace de guérison et de renaissance.

Le premier mouvement, Battement emporté, explore le lien entre mémoire et rythme. Il s’ouvre sur une pulsation hypnotique rappelant les rythmes de la thérapie EMDR, comme une exploration intérieure où surgissent des images sonores fragmentées de mémoire. Les percussions — recréées à partir d’archives, de prises de son et de ma propre production de beats — imposent une énergie dansante et viscérale, parfois traversées par des insertions qui évoquent la présence des ancêtres. L’apparition des percussions d’eau amplifie la surprise et la vitalité, avant qu’un souffle violent n’efface tout, comme pour symboliser l’effacement du lien à ses propres origines, dans les mémoires afrodescendantes en Europe.

Le deuxième mouvement, Échos follets, s’ouvre sur un souffle de vent habité de voix qui apparaissent comme des murmures énigmatiques. Peu à peu, ces voix se transforment en vocalises, portées par des respirations rythmiques et une ligne mélodique esquissée. Les chants, traités par divers effets, résonnent alors, seuls, dans l’espace et se déploient autour de l’auditeur comme des présences rassurantes et presque angéliques. Moment le plus lyrique de la pièce, il contraste fortement avec l’énergie du premier mouvement. Le mouvement s’achève sur des sons de grillons, annonçant l’entrée progressive dans l’univers de la forêt (Mfinda).

Le troisième mouvement, Nganga — mémoire guérisseuse, marque l’entrée véritable dans le Mfinda, lieu de passage entre le monde visible et le monde spirituel où se tisse le lien avec les ancêtres. Un bruissement mystérieux révèle un feu immense qui enveloppe l’auditeur, comme une purification initiatique. La forêt nocturne, peuplée de grillons et d’oiseaux, traversée par des apparitions de voix comme des éclats de mémoire, devient alors espace de guérison: le rythme du pic-vert et la mélodie du synthétiseur préparent l’apparition de la voix d’une aïeule (qui chante une berceuse), qui se déploie ensuite dans une ascension vers le ciel. Démultipliée et éloignée dans l’espace, cette voix protectrice incarne la présence ancestrale qui guérit, transmet et soutient. La pièce s’achève dans cette dimension spirituelle, où l’accès à la mémoire originelle se révèle chemin de guérison.

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Origine et nature des enregistrements issus des archives de Tervuren:

  • Peuple de la région Haute-Sangha (République populaire du Congo) musique rituelle
  • Babinga peuple, Région Ouesso (République populaire du Congo) musique rituelle
  • Peuple Luba, Région Kolwezi — Ruwe (Congo RDC) divertissement
  • Peuple Lari, (République populaire du Congo) berceuse

Autres enregistrements de percussion ne provenant pas de l’archive de Tervuren:

  • Percussion d’eau du Peuple Baka (Les Baka, connus au Congo sous le nom de Bayaka (Bebayaka, Bebayaga, Bibaya), sont un groupe ethnique habitant les forêts tropicales du sud-est du Cameroun, du nord de la République du Congo, du nord du Gabon et du sud-ouest de la République centrafricaine. Les Baka font partie du groupe d’ethnies appelé historiquement Pygmées, ce terme est considéré comme péjoratif par plusieurs ONG ou gouvernements locaux.
  • Échantillon des percussion Zaouli de Manfla.
  • Conga joué par Clay Mahungu (enregistré en 2021 à Bruxelles).

Création

  • 15 octobre 2025, L’Espace du son 2025: Concert portrait et carte blanche: Laryssa Kim, Théâtre Marni, Bruxelles (Belgique)

Mouvements