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electrocd

Rien à voir?

François Tousignant, Le Devoir, 24 février 1997

La «communauté électroacoustique» était en fête en fin de semaine à Montréal. On n’a présenté pas moins de neuf concerts en quatre soirs dans la petite salle du Théâtre La Chapelle. Comme ce genre de manifestation est rare à Montréal, il faut reconnaitre avec plaisir que l’événement a été assez couru. C’est le type de soirées qui sont fascinantes car elles nous permettent d’entendre une interprétation autre de ce répertoire malheureusement négligé que celle figée sur le disque. Bien que ce dernier demeure toujours une porte ouverte sur ce répertoire, rien ne vaut une bonne écoute, calé en salle, comme pour les concerts instrumentaux.

On peut alors profiter à fond de la spatialisation de la musique, du volume des sonorités. Je ne parle pas seulement du niveau d’intensité sonore, mais encore plus du poids relatif des sonorités telles que retransmises par l’orchestre de haut-parleurs (qu’on nomme aussi acousmonium). J’ai donc eu la chance d’assister à deux concerts.

Je connaissais bien les pièces de Jonty Harrison. Au disque l’impression est plus que bonne. En salle, on est déçu. Si les œuvres ont toujours ce côté insolite de la non-régularité dans le temps et que le titillement cervical est encore stimulant, l’usage de l’acousmonium n’apporte que fort peu de choses sinon une profondeur dans la perspective avant-arrière du lieu du son. La sonorisation est belle et fort «agréable» à écouter: pas de coups d’assommoir gratuits, mais n’enrichit guère le propos. Le compositeur se révèle le être un interprète ordinaire on le regrette.

Une écoute plurielle

On ne saurait dire de même de Tu de Michel Chion. En virtuose de la mise en habitation de sa musique, Chion force une écoute plurielle. Les petites voix tournent dans l’espace et tissent un réseau de significations parallèles au texte dont le contenu est tout tiré de La Flûte enchantée. Le compositeur joue sur les attentes, les prévisions d’écoute, parfois les satisfaisant avec humour, souvent en leur donnant une orientation nouvelle.

L’univers sonore est moins inaccoutumé que Harrison. Chion fait encore et toujours du Chion, ce qui est loin d’être un défaut, et il joue de la séduction et du raffinement avec une maestria généreuse. Ici encore, il faut souligner la grande «humanité» de la sonorisation. Dans un tel environnement acoustique, l’oreille est stimulée et l’intelligence sollicitée sans ostentation superfétatoire. Alors on embarque dans l’univers de l’œuvre et le temps passe très vite. On aurait aimé que ce «mystère» dure longtemps encore… tant la matière semble riche sous ses apparences naïves. On pense un peu au meilleur Tournier qui s’adresse aux enfants, disant des choses d’apparence simple, mais ô combien profondes, sans que l’on sache exactement quoi. N’est-ce après tout pas là un des mystères de la musique?

Michel Chion chez lui [Photo: Philippe Lebruman, Paris (France), juin 2008]
Michel Chion