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electrocd

Critique

Cléo Palacio-Quintin, Circuit, no 23:2, 9 octobre 2013

Ce premier disque monographique de la compositrice britannique Manuella Blackburn (1984) nous permet de découvrir six de ses œuvres composées entre 2007 et 2011, dont la plupart ont été finalistes ou primées à d’importants concours internationaux. On ne s’en étonne pas, à l’écoute de ces œuvres acousmatiques, empreintes d’une fraîcheur et d’une vitalité réjouissantes. Sa biographie nous informe que la compositrice, diplômée de la University of Manchester a également produit plusieurs œuvres pour instruments et électronique, ainsi que pour la danse. Elle fait aussi régulièrement des performances d’improvisation sur ordinateurs portables avec son duo The Splice Girls depuis 2006. Ces influences de la performance en direct sont probablement liées à l’impression de dynamique gestuelle bien présente dans toutes ces pièces réalisées en studio. On sent toujours le mouvement, le souffle, le phrasé… ces musiques respirent et coulent naturellement. Il y a quelque chose de sincère et de naturel dans les sonorités, souvent peu transformées, et qui ainsi conservent leur présence originale. Les formes sont effectivement bien audibles.

Vista Points (2009), entièrement composée à partir de sons de guitare électrique, est une œuvre résolument colorée, dont les contrastes entre les moments d’activité et les moments de vide sont parfaitement équilibrés. Switched on (2011) est un fabuleux montage de sons de commutateurs, cadrans et boutons enrobés de fourmillements électriques. Les sons courts «regroupés en grappes complexes, cascades et explosions» créent un monde ludique et animé. On a l’impression qu’Alice au pays des merveilles est entrée dans une boîte à musique! Le style imaginatif de la compositrice se laisse aussi bien entendre dans son exploration de sons captés à Tokyo, dont des enregistrements d’instruments traditionnels. Ces emprunts culturels sont savamment articulés par les stratégies créatives de la compositrice, développées à partir de la spectromorphologie de Denis Smalley. C’est également le langage spectromorphologique qui a alimenté la réflexion et le développement des procédés structurels de création de Kitchen Alchemy (2007), pièce dans laquelle les sons d’une panoplie d’ustensiles de cuisine et d’appareils électroménagers sont transformés en sonorités sophistiquées et dès lors méconnaissables. La pièce Cajón! nous entraîne dans une combinaison très réussie des sons de l’instrument espagnol du même nom, de claquements de mains (palmas de flamenco) et de textures bruitistes. Le résultat est décidément rythmique et enjoué, dans un élan gestuel qui se renouvelle constamment.

Le disque se termine sur Spectral Space (2008), œuvre inspirée des qualificatifs de l’espace spectral tel que décrit par Smalley. La présence de Denis Smalley se fait ici directement entendre. Les matières sonores sont toutes dérivées de fichiers sonores fournis par le compositeur, ceux-ci ayant préalablement servi à la création de sa pièce Wind Chimes en 1987. Les sons de carillons de céramique et autres sons métalliques d’origine avaient été transformés par Smalley à l’aide du système numérique du studio 123 au Groupe de recherche musicale (GRM) à Paris. Leur qualité sonore et leur clarté étaient remarquables malgré les limitations des outils de l’époque. Manuella Blackburn revisite élégamment ces matériaux en les disposant très habilement dans l’espace spectral. Le tout s’amalgame en couleurs chatoyantes. Malgré les matériaux très distincts utilisés dans chacune des œuvres, on reconnaît toujours aisément la touche de la compositrice. Ces musiques sont sans aucun doute porteuses d’une voix originale à découvrir, et à suivre…

Formes audibles
Ces musiques sont sans aucun doute porteuses d’une voix originale à découvrir, et à suivre…