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  • Électro clips, Jean-François Denis dans Revue & Corrigée

    «Label: empreintes DIGITALes», Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no 13, 1 juin 1992
    lundi 1 juin 1992 Presse

    Arrivé en force dans le paysage de la musique électroacoustique en 1990 avec trois CDs, le label empreintes DIGITALes s’est très vite imposé et ce à juste titre: large ouverture sur la scène canadienne, unité générale du projet, présentation et production (du transfert audionumérique au pressage, on sent la signature eD) soignées, présence à tous les niveaux (underground et institutionnels). Bref, une efficacité totale! Jean-François Denis (fondateur et premier président de la Communauté électroacoustique canadienne, ce qui marque bien sa volonté d’ouverture et d’efficacité) est le responsable de cette dynamique qui fait rougir de jalousie certains centres de création, ici et ailleurs. À la manière d’un groupe de rock, il s’organisait une tournée française en juin demier avec Francis Dhomont et Robert Normandeau.

    Interview

    R&C: Quand et comment est né DIFFUSION i MéDIA?

    Jean-François Denis: Pendant mes années d’enseignement à l’université Concordia. je me suis rendu compte qu’il existait au Canada un répertoire étonnant d’œuvres pour bande. Dans cette université par exemple, il y avait 700 œuvres accumulées au cours des années de concert. Cette université organise une dizaine de concerts par an. Il y avait aussi un intérêt grandissant chez les étudiants pour réécouter ces œuvres. En plus, à cette époque les compositeurs canadiens gagnaient de nombreux prix dans différents concours. Mais, pour nous, il était impossible d’entendre ces musiques, on ne pouvait que voir le nom et le titre primés.

    Il y avait donc de très bonnes pièces mais pas le moyen de ramener ça chez soi pour l’écouter! J’ai fait un petit sondage auprès des compositeurs à Montréal en leur disant que je voulais créer une étiquette de disques et savoir s’ils seraient intéressés à participer au jeu.

    J’ai fondé DIFFUSION i MéDIA en 1989 avec Claude Schryer. Aujourd’hui il n’en fait plus partie. DIFFUSION i MéDIA est là pour les arts médiatiques, la diffusion et la production. empreintes DIGITALes est sa première réalisation, une étiquette de disques de musique électroacoustique (premier disque en janvier 1990). Depuis, il y a aussi SONARt consacrée à des musiques instrumentales de studio (premier disque en mars 1992). Il y aura aussi la publication de livres.

    R&C: Quel a été l’accueil?

    Jean-François Denis: Il a été très positif à tous les niveaux. Cela a été un sacré coup au Canada. C’était l’une des premières fois où la qualité (ceci dit très humblement) graphique, la qualité des textes (bilingues), la qualité des musiques étaient réunies. La qualité, en général du produit, est la chose la plus remarquée, la générosité aussi: les livrets ont 24 pages et l’information est la plus complète possible. Et même au niveau international, l’accueil a été très bon grâce aux distributeurs puisque j’ai choisi volontairement d’être associé avec des personnes de même esprit, de même taille aussi, puisque DIFFUSION i MéDIA c’est une seule personne comme Metamkine, Odd Size (France), Arte Musica Nueva (Japon), Recommended No Man’s Land (Allemagne)… qui sont des entreprises très spécialisées qui connaissent leur matériel et du coup sont les meilleurs moteurs. Cet appui est très important.

    R&C: Y-a-t-il une idée directrice au niveau des premiers CDs?

    Jean-François Denis: Oui, on peut voir qu’avec les sept premiers disques, le spectre est très large: de la musique pour bande très abstraite à une musique pour bande de type anecdotique ou réferentiel en passant par des musiques interactives et des musiques extension de l’orchestre, presque électro-pop.

    Désormais, empreintes DIGITALes se consacrera de plus en plus à l’électroacoustique. Chez nous on appelle cela électroacoustique, ici on parle de plus en plus d’acousmatique. L’année prochaine, sept disques seront produits, avec un disque de musique mixte, celui de Serge Arcuri. Sinon il y aura Annette Vande Gorne, Denis Smalley

    R&C: Ce n’est donc pas réservé à des compositeurs canadiens?

    Jean-François Denis: Non. Au début, c’était seulement pour des raisons techniques. Vu le rythme de production, cela serait impossible sans une aide financière extérieure. Au Canada, il existe un programme du Ministère des Communications qui s’appelle le PADES (Programme d’aide au développement de l’enregistrement sonore) avec 5 volets dont un consacré à la production des musiques specialisées et là, il y a trois catégories, dont une pour l’électroacoustique (c’est hyper-gouvernemental). On reçoit donc de l’argent et c’est très bien subventionné. Comme je suis capable de fournir une grande partie du travail (conception graphique, studio, traduction…), on peut produire les disques avec ces subventions. Alors quelque part les disques sont gratuits à produire. En vérité, ils ne le sont pas puisqu’il y a un temps très important à fournir. Cet organisme subventionne évidemment les artistes canadiens, donc pour le moment, c’est canadien. Mais j’ai reçu une bourse du Conseil des arts de Grande-Bretagne pour le disque de Denis Smalley et il y a des négociations pour celui de Annette Vande Gorne.

    Puisque les disques se vendent bien et que l’argent rentre, je vais pouvoir investir dans des projets non subventionnés, comme le disque Électro clips par exemple. Et il y aura un autre projet Électro clips pour l’automne 93 avec des compositeurs de partout.

    R&C: Est-ce toi qui a contacté tous les compositeurs?

    Jean-François Denis: En général, c’est moi qui contacte le compositeur, qui manifeste l’intérêt de concevoir un disque qui s’écoute, puis on voit ensemble quelles pièces choisir et l’ordre sur le disque. Il faut dire aussi que cela fait dix ans que je patauge dans ce milieu à plein de niveau dont celui organisationnel de la CÉC (Communauté électroacoustique canadienne). J’ai donc rencontré beaucoup de compositeurs, du moins tous les canadiens. En tant que président de la CÉC, j’ai également rencontré d’autres compositeurs un peu partout. À Bourges par exemple où durant le festival, on peut rencontrer plein de monde. C’est donc moi qui contacte les personnes mais il y a toujours une ouverture et une curiosité, je suis toujours intéressé pour entendre de nouvelles musiques.

    R&C: Y a-t-il d’autres structures similaires au Canada?

    Jean-François Denis: Lorsque j’ai mis sur pied ce projet, j’ai fait très attention de ne pas dupliquer le travail de quelqu’un d’autre. Il y avait un trou au niveau de l’électroacoustique. Mais il y a des projets individuels, des compositeurs qui font leur propre étiquette comme par exemple Barry Truax avec Cambridge Street Records. Il y a à peu près une dizaine de disques électro canadiens qui sont sur des étiquettes très indépendantes.

    R&C: Le double CD de Francis Dhomont marque-t-il un changement?

    Jean-François Denis: Non, ça continue. Mais il va y avoir une pause d’un an environ puisque le CD de Francis est sorti en novembre 91 et que le prochain sortira en novembre 92.

    Il y a un genre d’épuisement, on finit par faire le tour et il faut que je fasse très attention aux prochains projets. Il ne faut pas qu’il y ait des disques absolument pour qu’il y ait des disques, mais des disques parce qu’il y a de la musique dessus. Je tiens assez à ce qu’il y ait un seul compositeur sur chaque disque, je trouve cela plus intéressant. C’est pour cela aussi qu’il y aura une nouvelle série sur empreintes DIGITALes qui s’appellera la série [Compact Compact], des disques de 40 minutes. Parce que certains compositeurs n’ont pas des heures et des heures de musique et qu’il faut diffuser la musique actuelle. Et il y a aussi des compositeurs qui travaillent lentement. Par exemple c’est le cas de Gilles Gobeil qui travaille depuis au moins dix ans et qui n’a que 37 minutes de musique! Si les statistiques sont bonnes, on pourrait faire un premier disque en l’an 2002. Cela n’a aucun sens puisqu’il fait une musique qui doit être écoutée aujourd’hui.

    Le but premier d’empreintes DIGITALes, c’est la diffusion, la dispersion de ces musiques… partout.

    R&C: C’est quelque chose qui n’est pas rentré dans l’esprit des studios en France. En général, les pièces sont déià anciennes quand elles sortent, et il n’y a pas le même esprit au niveau de la distribution et de la promotion.

    Jean-François Denis: C’est la grande distinction avec une étiquette de disque interne à une structure préexistante qui, quelque part, n’est pas sa fonction première. On fait des disques parce que c’est bien, c’est pratique, cela fait de belles cartes de visite. Et le CD est plus élégant que la cassette autoproduite.

    Je pense et je persiste à croire que l’électroacoustique est une musique qui s’écoute et que c’est même le fun à écouter. On n’a pas besoin d’être initié, il n’y a plus de conventions nécessaires. Une sono adéquate et un public qui écoute, et ça marche.

    R&C: Comment s’est effectué le choix des participants pour le disque Électro clips?

    Jean-François Denis: J’ai choisi les compositeurs avec Claude Schryer. On en avait contacté une trentaine en leur passant une commande.

    Pour le prochain Électro clips, le concept sera différent car le défi était intéressant à relever une fois mais c’est tout. La forme sera différente: des pièces de 2’45” + 15”. Il y aura trois sons de fournis qui devront étre utilisés et si j’ai l’énergie, il y aura aussi une commande à 25 vidéastes pour faire chacun une vidéo sur la portion 15”. Ce sera un disque international pour célébrer la tenue du ICMC à Tokyo en 1993.

    C’est aussi l’idée qu’empreintes DIGITALes est archives (on ramasse des pièces) et moteur (on passe des commandes).

    R&C: Et il y a aussi SONARt?

    Jean-François Denis: En pataugeant dans la production de disque, je me suis aussi rendu compte qu’il existait d’autres projets, d’autres réalisations sonores intéressantes. Voulant garder empreintes DIGITALes pour l’électroacoustique, j’ai crée une nouvelle étiquette, SONARt, qui se consacre à un autre style de musique assez cerné: des musiques instrumentales de studio. Cela me permet d’avoir un autre créneau pour d’autres projets intéressants et puisqu’il n’y a personne pour les réaliser… Le prochain projet est une pièce pour soprano solo, c’est en fait du théâtre musical. On finit actuellement la mise en son.

    R&C: Parlons maintenant de la situation au Canada. Y a-t-il des lieux de programmation régulière?

    Jean-François Denis: Il n’y a pas de lieux exclusivement réservés à l’électro. Par contre je suis impliqué dans une société de concerts qui s’intéresse à la présentation de projets de cet ordre. Elle s’appelle Réseaux et c’est avec Robert Normandeau et Gilles Gobeil. Il y a un autre organisme qui a 12 ans d’existence, l’ACREQ (Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec), et depuis trois ans, il y a une série qui s’appelle Clair de terre (série de Robert Normandeau) qui propose des concerts de musique sur support diffusés toujours dans le même lieu à Montréal (Planétarium).

    R&C: Y a-t-il des studios comme en France?

    Jean-François Denis: Non absolument pas. Les studios sont généralement personnels. Quand les compositeurs ont terminé leur formation, ils ont au cours de ces années là accumulé à gauche et à droite de l’équipement pour pouvoir produire, sinon en totalité, du moins en grande partie, leur musique. Il y a des exemples isolés de coopérative mais c’est exceptionnel.

    R&C: On a une image très active du Québec par rapport à ces musiques, plus qu’en France.

    Francis Dhomont: Cela vient aussi de l’esprit. L’esprit français est plus individualiste. Là-bas il y a une volonté de regrouper toutes les énergies, d’être forts par nous-mêmes. Pour l’électroacoustique, des gens très différents se sont rencontrés, se sont regroupés même avec des esthétiques différentes, ils ont échangé des idées, des musiques… ce qui est loin d’être le cas en France, alors qu’il y a une grande richesse ici aussi mais chacun reste dans son coin. Il n’y a pas l’équivalent de la CÉC en France.

    R&C: J’ai l’impression qu’en France on protège son territoire, on craint l’autre.

    Robert Normandeau: Bernard Fort (du GMVL) faisait remarquer qu’à partir du moment où il y avait de gros montants d’argent injectés dans un groupe… La différence chez nous, c’est qu’il n’y a pas de groupes. La CÉC, c’est une réunion d’individus. Personne n’a de territoire à protéger. Ceux qui auraient quelque chose à protéger, ce sont des professeurs d’université or il n’y a rien qui les menace. Les enjeux ne sont pas les mêmes. Au Québec, la situation est particulière car c’est avant tout à Montréal que ça se passe. On est tous dans la même ville et Montréal représente la moitié de la population du Québec.

    R&C: Francis, tu es arrivé au Québec en 1978. Quelle était la situation à cette époque?

    Francis Dhomont: J’ai eu l’impression d’assister à une naissance. L’ACREQ en était à ses débuts puisque j’ai assisté au dépôt des statuts. Il ne se passait pas grand chose. À l’Université de Montréal, on m’a présenté les studios et j’ai demandé à écouter des musiques mais il n’y en avait pas. ll y avait un studio débutant avec peu de matériel. Il n’y avait pas non plus de studio personnel ou de production de concerts. D’année en année, les choses se sont mises en place, les cours se sont développés ainsi que les concerts. Les jeunes compositeurs sortis des universités ont commencé à monter leur propre studio. Puis tous ces gens ont commencé à se réunir.

    L’impulsion, en dehors d’empreintes DIGITALes, vient souvent d’anciens de mes étudiants avec qui des rapports amicaux se sont établis.

    R&C: Jean-François, tu es aussi compositeur. Envisages-tu de sortir ta musique chez empreintes DIGITALes?

    Jean-François Denis: j’évite car j’aime la crédibilité. Et ne pas y être conserve cette crédibilité. Au début, je le pensais mais avec le temps j’aime cette distance et le fait que je puisse défendre ces musiques sans que ce soit légèrement incestueux.

    Arrivé en force […] empreintes DIGITALes s’est très vite imposé […] à juste titre…

    Atlantide; Golgot(h)a dans SOCAN — Paroles & Musique

    «Une nouvelle étiquette: SONARt», Johanne Barrette, SOCAN — Paroles & Musique, 1 juin 1992
    lundi 1 juin 1992 Presse

    DIFFUSION i MéDIA, producteur des disques empreintes DIGITALes consacrées à la musique électroacoustique, lançait en mars dernier sa nouvelle étiquette: SONARt. Cette dernière est consacrée aux musiques instrumentales pour haut-parleurs, conçues en studio, que Jean-François Denis, co-fondateur de DIFFUSION i MéDIA avec Claude Schryer, a baptisées musiques “invisibles”.

    SONARt, toute jeune qu’elle soit, se divise déjà en deux volets. Le premier, radio, propose un compact réunissant Atlantide, de Michel-Georges Brégent, et Golgot(h)a, de Walter Boudreau et Raôul Duguay. Atlantide, fable sonore sur le thème du continent perdu, exploite toutes les techniques d’enregistrement multipistes. Les flûtes de l’ensemble Flûtes Douces, les instruments anciens de l’Ensemble Glaude-Gervaise et les saxophones du Quatuor de Saxophones de Montréal, y côtoient les sons des chœurs, des instruments d’orchestre et des synthétiseurs. En 1985, le Concours international d’œuvres radiophoniques Prix Italia lui attribuait le Prix spécial du jury. Golgot(h)a, qui explore le thème du chemin de croix, s’est mérité le Prix Paul-Gilson 1990 de la Communauté des radios publiques de langue fran,caise. À l’occasion du lancement, Golgot(h)a été créée en concert à l’Église Saint-Jean-Baptiste à Montréal par l’Ensemble de la SMCQ .

    L’automne prochain verra l’inauguration du deuxième volet de SONARt, soit théâtre, avec la transposition discographique de Ne blâmez jamais les bédouins, du dramaturge québécois René-Daniel Dubois, interprétée sur scène l’an dernier par la soprano Pauline Vaillancourt sur une adaptation musicale d’Alain Thibault.

    Robert Normandeau dans SOCAN — Le Milieu

    «Montréal fête la musique d’ici», SOCAN — Le Milieu, 1 juin 1992
    lundi 1 juin 1992 Presse

    La musique joue un rôle important dans les célébrations du 350e anniversaire de la fondation de Montréal, qui ont lieu cette année. En effet, neuf œuvres ont été commandées à des compositeurs canadiens sous la bannière de Montréal Fête, une série de concerts présentés à travers la ville cet été. Une œuvre de Pierre Grandmaison pour orgue et petit orchestre a été créée le 17 mai à la basilique Notre-Dame, lors d’un office divin commémorant la première messe célébrée à Montréal, et un spectacle multimédia d’une heure mettant en vedette la musique électroacoustique de Robert Normandeau est présenté au Planétarium Dow jusqu’au 7 oct.

    Dans les mois qui viennent, les Montréalais auront l’occasion d’assister à un concert gratuit de l’ACREQ dans le cadre de son Printemps électroacoustique, le 14 juin au parc Lafontaine. Cet événement, décrit comme un théâtre sonore, se terminera sur des interprétations de nouvelles œuvres de R. Murray Schafer, Myke Roy et André Duchesne qui mettront à contribution 150 musiciens, huit guitares électriques et, pour l’œuvre de Schafer, une danseuse sur une scène flottante.

    Un grand nombre de compositeurs canadiens seront également à l’honneur tout au cours de l’année: l’Orchestre mondial des jeunesses musicales, sous la direction d’Eduardo Mata, présentera une nouvelle œuvre de Denis Gougeon (les 12 et 13 août); l’Orchestre symphonique McGill sous la direction du chef d’orchestre Douglas McNabney créera Disolulions I d’Arlan Scholtz, pour soprano, clavecin et orchestre (4 oct.); et sept pianistes québécois interpréteront une nouvelle pièce de François Dompierre, dans le cadre du Festival international de piano de Montréal, à la salle Wilfrid-Pelletier (8 oct.). Pour des informations complémentaires, composer le (514) 872-1992.

    Robert Normandeau dans Le Devoir

    «La cinquième salle de la PdA sied mal à la musique», Carol Bergeron, Le Devoir, 1 juin 1992
    lundi 1 juin 1992 Presse

    Ce concert d’ouverture du Musée d’art contemporain de Montréal servalt également à l’inauguration d’une toute nouvelle salle. Sans nom si ce n’est qu’on la dit «Ia cinquième» du quadrilatère de la Place des Arts, cette salle a toutefois été conçue pour un usage pluridisciplinaire. C est en somme un autre lieu polyvalent qui, ainsi qu’il semblait facile de le prévoir, n’aura avec la musique que des liens accessoires.

    Comment ne pas s’étonner qu’en cinq tentatives, on ne soit pas encore parvenu à doter le plus important complexe culturel de la ville d’un seul espace véritablement conçu pour le concert!

    Les musiciens devront donc s’accommoder de ce petit théâtre de 350 places ou le laisser à d’autres utilisateurs qui profiteront de sa «géographie variable». Ils exerceront encore une fois leur patience à attendre. À attendre la très hypothétique constructlon du Conservatoire de Montréal dans lequel, avec un peu de chance, on fera enfin l’effort de doter la Place des Arts d’au moins une salle exclusivement consacrée à la musique de chambre.

    Nettement trop sèche, l’acoustique de cette «cinquième salle» étouffe irrémédiablement les instruments conventionnels: la percussion, le piano, les vents, les cordes y travaillent dans le vide. Seule la musique électroacoustique pourrait-elle y trouver son profit. Capable de créer l’illusion de son propre espace sonore, il ne lui resterait plus qu’à trouver un dispositif idéal de diffusion en se servant notamment de la grande mobilité des sièges — on parle de 41 configurations possibles.

    Acoustiquement la plus magique, musicalement la plus captivante l’œuvre de Robert Normandeau fut la seule à pouvoir donner du volume à cette salle trop basse de plafond. Partagés de manière à servir d’introduction aux cinq autres pièces du programme ses Fragments étaient diffusés à travers un orchestre de 16 haut-parleurs alimentés par un magnétophone 16 pistes.

    Dans la même logique, les deux claviers-synthétiseurs DX-7 ajoutèrent à la percussion et au cor anglals une certaine résonance artificielle bienvenue. Mais cela Serge Arcuri ne pouvait l’avoir prévu lui qui accompagna ses Fresques imaginaires des sonorités apaisantes et inoffensives du «nouvel age».

    Le minimalisme insignifiant de Hoketus provoqua une réaction presque unanime de rejet. L’auditoire hua copieusement ce que le compositeur néerlandais Louis Andriessen avait peut-être écrit pour tourner en dérision les répétitifs américains.

    Les Cinq études pour figures de Jean Derome cherchent apparemment dans la laideur des associations de timbres qui ne parviennent pas à masquer l’indigence de la pensée musicale. Le contraire de ce qu’avec aussi peu d’instruments, la Torontoise Alexina Louie est parvenue à imaginer pour donner au trombone virtuose d’Alain Trudel quelques minutes de séduisante poésie sonore.

    Destinés à conjuguer les effectifs instrumentaux du NEM et de la SMCQ (une trentaine de musiciens) les pièces de Bouchard et de Longtin souffrirent différemment de l’aridité de l’acoustique. Ire tourna ainsi à la colère vaine qui ne permit point de juger de l’apparente qualité de l’écriture orchestrale de Linda Bouchard Hommage à trois peintres québécois, Gaboriau, Toupin, Ferrron et les autres… permit à Michel Longtin de s’amuser avec une opulente formation qui contenait trois pianos, des percussions, des vents et des cordes. Une œuvre qui capte avec bonheur les vibrations invisibles qui, pour un musicien, habitent l’univers de la peinture.

    Cycle de l’errance, Les dérives du signe, Mouvances~Métaphores dans Les Cahiers de l’ACME

    «Critique», Les Cahiers de l’ACME, no 129, 31 mai 1992
    dimanche 31 mai 1992 Presse

    Réalisé en coproduction avec le GRM, ce double CD permet, pour la première fois, de réunir 7 des œuvres électroacoustiques les plus significatives de ce compositeur français vivant au Canada. Plusieurs fois primé à Bourges, il est pour beaucoup, de par son activité créatrice et didactique, dans l’épanouissement de l’acousmatique au Québec et dans la profusion de compositeurs québécois venus écumer les festivals européens depuis plusieurs années. Ce coffret est accompagné de commentaires, de nombreuses photos et de partitions d’écoute de trois de ses pièces. Il est diflicile de ressortir une œuvre plutôt qu’une autre puisqu’elles sont toutes belles, mais surtout importantes pour l’acousmatique ainsi que pour la place que prendra ce genre dans l’histoire de la musique. Nous ne saurions trop vous conseiller de vous procurer ce double CD distribué par ADDA pour l’Europe et Empreintes DIFGITALes pour l’Amérique du Nord. Il est également possible de se le procurer au GRM (pour la France) ou chez Musiques & Recherches (pour la Belgique).

    Nous ne saurions trop vous conseiller de vous procurer ce double CD…

    Robert Normandeau dans Voir

    «Paire naturelle», Dominique Olivier, Voir, 29 mai 1992
    vendredi 29 mai 1992 Presse

    Quoi de plus naturel, pour inaugurer une salle de concert située dans un musée consacré à l’art contemporain, que d’inviter à y jouer une institution musicale vouée, elle aussi à la diffusion du répertoire contemporain. Rien d’original, direz-vous. Mais voilà, le concert inaugural de la cinquième salle de la Place des Arts, sise au nouveau Musée d’art contemporain qui lui est contigu, n’a rien d’un concert ordinaire. Il s’agit d’une première dans l’histoire de Montréal, qui depuis 1989 possédait deux sociétés de concert entièrement orientées vers la musique du XXe siècle.

    Depuis 25 ans, la Société de musique contemporaine du Québec officie dans l’interprétation, la création, et la diffusion de la musique nouvelle. Mais depuis trois ans, un autre organisme, lui aussi de qualité remarquable, et qui a très rapidement débordé le cadre québécois. s’est installé à Montréal, en tant que seul ensemble de musique contemporaine travaillant sur une base permanente en Amérique du Nord: le Nouvel Ensemble Moderne. Une rivalité désastreuse aurait pu s’en suivre, mais nous n’avons constaté jusqu’à maintenant qu’une saine émulation, qui semble vouloir se poursuivre pour donner à Montréal une stature particulière dans le domaine de la musique du XXe siecle. Le concert du Musée va les réunir enfin, pour la première fois de leur histoire, peut-être en combat singulier, peut-être aussi en une association amicale et constructive, comme le souhaitait Mme Lorraine Vaillancourt, directrice artistique du NEM, dans une entrevue qu’elle nous accordait il y a quelque temps. Bien sûr, quand on arrive en second, la situation est plus délicate, et on doit espérer que se maintienne l’équilibre qui existait déjà dans le milieu musical. La SMCQ perdait il y a quelques années son fondateur et directeur artistique, Serge Garant, devait s’adapter à son nouveau chef au tempérament fougueux, Walter Boudreau, et se retrouvait face à une autre institution qui pouvait lui mettre des bâtons dans les roues, ou lui voler tout simplement son public. Il n’en fut rien, et la quart de centenaire SMCQ a toujours le vent dans les voiles, tout comme le NEM qui ne cesse de remporter des succès internationaux.

    S’il existait au départ une distinction théorique entre les répertoires couverts par les deux ensembles, dans les faits elle est beaucoup moins claire. Dans ce concert inaugural, ils joueront tour à tour ensemble et séparément, dans des ceuvres de toutes allégeances: du Louis Andriessen, un Néerlandais minimaliste; du Serge Arcuri, un de nos jeunes compositeurs québécois; du Alexina Louie, une Canadienne aux antécédents orientaux apparents; du Jean Derome, connu pour son travail en musique actuelle; du Linda Bouchard, une Québécoise vivant aux États-Unis; du Michel Longtin, une vedette nationale, un de nos meilleurs compositeurs pour orchestre; et finalement du Robert Normandeau, compositeur électroacoustique dont nous parlions dernièrement dans cette chronique, et qui a été chargé de composer cinq courtes pièces établissant le lien entre les œuvres au programme.

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