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electrocd

Billet

Robert Normandeau dans Voir

«Paire naturelle», Dominique Olivier, Voir, 29 mai 1992
vendredi 29 mai 1992 Presse

Quoi de plus naturel, pour inaugurer une salle de concert située dans un musée consacré à l’art contemporain, que d’inviter à y jouer une institution musicale vouée, elle aussi à la diffusion du répertoire contemporain. Rien d’original, direz-vous. Mais voilà, le concert inaugural de la cinquième salle de la Place des Arts, sise au nouveau Musée d’art contemporain qui lui est contigu, n’a rien d’un concert ordinaire. Il s’agit d’une première dans l’histoire de Montréal, qui depuis 1989 possédait deux sociétés de concert entièrement orientées vers la musique du XXe siècle.

Depuis 25 ans, la Société de musique contemporaine du Québec officie dans l’interprétation, la création, et la diffusion de la musique nouvelle. Mais depuis trois ans, un autre organisme, lui aussi de qualité remarquable, et qui a très rapidement débordé le cadre québécois. s’est installé à Montréal, en tant que seul ensemble de musique contemporaine travaillant sur une base permanente en Amérique du Nord: le Nouvel Ensemble Moderne. Une rivalité désastreuse aurait pu s’en suivre, mais nous n’avons constaté jusqu’à maintenant qu’une saine émulation, qui semble vouloir se poursuivre pour donner à Montréal une stature particulière dans le domaine de la musique du XXe siecle. Le concert du Musée va les réunir enfin, pour la première fois de leur histoire, peut-être en combat singulier, peut-être aussi en une association amicale et constructive, comme le souhaitait Mme Lorraine Vaillancourt, directrice artistique du NEM, dans une entrevue qu’elle nous accordait il y a quelque temps. Bien sûr, quand on arrive en second, la situation est plus délicate, et on doit espérer que se maintienne l’équilibre qui existait déjà dans le milieu musical. La SMCQ perdait il y a quelques années son fondateur et directeur artistique, Serge Garant, devait s’adapter à son nouveau chef au tempérament fougueux, Walter Boudreau, et se retrouvait face à une autre institution qui pouvait lui mettre des bâtons dans les roues, ou lui voler tout simplement son public. Il n’en fut rien, et la quart de centenaire SMCQ a toujours le vent dans les voiles, tout comme le NEM qui ne cesse de remporter des succès internationaux.

S’il existait au départ une distinction théorique entre les répertoires couverts par les deux ensembles, dans les faits elle est beaucoup moins claire. Dans ce concert inaugural, ils joueront tour à tour ensemble et séparément, dans des ceuvres de toutes allégeances: du Louis Andriessen, un Néerlandais minimaliste; du Serge Arcuri, un de nos jeunes compositeurs québécois; du Alexina Louie, une Canadienne aux antécédents orientaux apparents; du Jean Derome, connu pour son travail en musique actuelle; du Linda Bouchard, une Québécoise vivant aux États-Unis; du Michel Longtin, une vedette nationale, un de nos meilleurs compositeurs pour orchestre; et finalement du Robert Normandeau, compositeur électroacoustique dont nous parlions dernièrement dans cette chronique, et qui a été chargé de composer cinq courtes pièces établissant le lien entre les œuvres au programme.