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electrocd

Francis Dhomont

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    Review

    David Olds, SOUNDNotes, October 1, 1992

    This release, the seventh from empreintes DIGITALes, is obviously a labour of love. Put out to coincide with the 65th birthday of composer Francis Dhomont, these two discs include more than 150 minutes of music (although music is a term that Dhomont disdains when applied to his “acousmatic” art). They are accompanied by a bilingual 216-page book of program notes, graphic representation of scores, catalogues of works and writings, an extended biographical essay, a definition of the term acousmatic and, most notably, 67 tributes by Dhomont’s colleagues. Somewhat daunting in its scope, this project makes abundantly clear just how large a presence Dhomont projects in his adopted home of Quebec.

    A Frenchman by birth, he has been active in electroacoustic composition for more than 30 years. He has been teaching at l’Université de Montréal since 1980 and has been very influential in the development of electroacoustic technique and excellence in Quebec since then.

    Mouvances~Métaphores [now out of print but reissued as IMED 9607 and IMED 9607] presents his work of the past decade, and the seven works recorded here give a good picture of the breadth of possibility within the world of musique concrète and acousmatic art. Dhomont’s sonic landscapes provide numerous landmarks for the explorer, with the recognizable sounds of trains and nightingales to reassure us as we wander through corridors and countrysides of unknown terrain. In Chiaroscuro, in tribute to the composers associated with the Évenements du Neuf concert-series in Montréal, we hear traces of compositions by John Rea, Denis Gougeon, José Evangelista and Claude Vivier. For the most part, however, we are unaware of the origins of the material, which Dhomont crafts through a variety of studio techniques into a compelling aural banquet.

    The first disc in the set, Cycle de l’errance (“Cycle of Wanderings”) [IMED 9607], consists of a triptych composed between 1982 and 1989. The individual pieces (Points de fuite, … mourir un peu and Espace / Escape) are interrelated and provide a sonic treatise of Dhomont’s preoccupation with sound and its placement in space.

    The second disc [Les dérives du signe (“The Drift of the Sign”), IMED 9608], while presented as a cycle as well, seems a much more arbitrary grouping, joined for convenience rather than by initial design. I wonder — given the historical focus of the accompanying words — whether we would not have been better served by the inclusion of an earlier work by this pioneer, especially when we consider that several of the pieces here have been previously available on CD.

    This collection is an excellent introduction to the French school of acousmatic composition for the uninitiated, and a must-have for anyone with a serious interest in the electroacoustic arts.

    … a must-have for anyone with a serious interest in the electroacoustic arts.

    L’électroacoustique

    François Bourgouin, L’écouteur, April 25, 1992

    Le samedi 2 novembre 1991 avait lieu à la Chapelle historique du Bon-Pasteur un événement singulier. Souvent appelée à produire des concerts de musique plutôt classique, cette fois-ci, la Chapelle était le théâtre d’un lancement de disque de musique électroacoustique et par la même occasion on célébrait l’anniversaire d’un des compositeurs de cette catégorie musicale des plus importants non seulement sur la scène québécoise et canadienne mais internationale.

    Ce compositeur c’est Francis Dhomont, québécois d’adoption mais d’origine française, auquel on avait réservé pour ses 65 ans une surprise de taille. Mais avant de distinguer les nouvelles tendances qui se dessinent à l’horizon de la musique électroacoustique il serait peut-être utile de revenir vers l’arrière et tracer en quelques lignes les fondements de ce type de musique qui gagne de plus en plus d’adeptes. La musique électroacoustique est en fait l’adjonction de deux types de musique soient la musique électronique (électro) et la musique concrète (acoustique). Ce qu’on entend par musique concrète signifie que celle-ci est réalisée à partir de sons qui ne sont pas nécessairement produits par des instruments de musique. Ils proviennent donc de machines ou d’objets déjà existants. Plusieurs ont vu dans ce type de musique le bruit davantage que la musique. Les premières réalisations remontent à 1921 à Paris par les futuristes itadiens Marinetti et Russolo. Mais c’est en 1948 que la musique concrète véritable nait sous l’instigation de Pierre Schaeffer auquel on doit notamment la Symphonie de bruits et l’Étude aux chemins de fer. Ainsi, grâce à des changements de vitesse, de hauteur et de divers procédés de transformation on obtient un nouveau type de composition musicale hors des sentiers battus. Aussitôt, soit en 1949, se joint à Schaeffer le compositeur Pierre Henry dont plusieurs des œuvres marqueront les générations suivantes. On se rappellera de sa Symphonie pour un homme seul et Voile d’Orphée qui ne seront pas sans influencer un peu plus tard Pierre Boulez, Jean Barraqué et Olivier Messiaen. La musique électronique quant à elle, dont les sources remontent à 1913 (5 ans avant la mort de Debussy) est le fruit des ingénieurs Melssner et Armstrong qui imaginent la lampe triode en oscillatrice qui permet de produire des sons. Jorg Mager tirera parti de cette nouvelle tendance pour créer des instruments de musique et faire de la musique par des moyens non-traditionnels. On lui doit notamment l’invention du Spherophon. Plus tard, Maurice Martenot inventera les ondes portant son nom et qui sont à l’origine d’un nombre impressionnants de chef-d’œuvres. C’est cependant à Cologne en 1951 que prendra véritablement son essor la musique électronique sous l’influence de Herbert Eimert. À ce stade-ci de l’évolution de ce genre musical, on veut uniquement travailler avec des sons qui n’existent pas dans la nature et qui sont donc par extension «inouis». C’est à partir de 1953 que la fusion de la musique concrète à la musique électronique se réalise et qui donnera donc lieu finalement à la musique électroacoustique. La première œuvre marquante de musique dite électroacoustique de cette époque est Gesang der Jünglinge (Le Chant des adolescents) de Karlheinz Stockhausen. À partir de ce moment les choses se développent à un rythme très rapide. Les œuvres se succèdent tout autant que la création de studios de plus en plus sophistiqués. Voilà brièvement pour l’aspect européen du mouvement. Au Canada, c’est principalement dans les universités que se joueront les cartes de l’électroacoustique et qui sont encore aujourd’hui les foyers tant de la création que de l’exécution. C’est grâce à la collaboration de Hugh Le Caine et Arnold Walter que nait à l’Université de Toronto en 1959 le premier studio de musique électroacoustique. Au Québec, l’Université McGill créera en 1964 le McGill Electronic Music Studio (EMS) sous l’initiative de Istvan Anhalt et Hugh Le Caine. Cinq ans plus tard (1969) nait à Québec le premier studio francophone du pays: Le Studio de musique électronique de l’Université Laval (SMEUL) fondé par Nil Parent. Quelques années plus tard, Montréai emboite le pas et c’est maintenant qu’entrent en scène ies Éric Regener, Walter Boudreau, Robert Léonard, Louise Gariépy, Marcelle Deschênes, Jean Piché et bien sûr Francis Dhomont, l’objet principal de cet article. Au cours des années furent donc créés des programmes universitaires de baccalauréat, maitrise et doctorat en musique électroacoustique. Parallèlement, et afin de se consacrer uniquement aux musiques électroacoustiques fut créé en 1977 l’ACREQ, l’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec. Au nombre des fondateurs figurent Yves Daoust, Marcelle Deschênes et Michel Longtin. Ce groupe hors du commun permettra à la nouvelle génération de se familiariser aux tendances internationales par la venue au Canada des figures dominantes du milieu. D’autre part, Jean-François Denis et Kevin Austin fonderont en 1986 la Communauté électroacoustique canadienne (CÉC), laquelle permet la concertation entre les divers intervenants du milieu via la publication du Bulletin et de Contact! Bien entendu, on ne saurait passer sous silence la contribution au cours des années, d’une manière ou d’une autre, de personnalités aussi importantes que Serge Garant, Micheline Coulombe Saint-Marcoux, Gilles Tremblay ou Pierre Mercure. Voilà en quelques lignes le portrait de la musique électroacoustique au Québec. Cependant, il faut absolument mentionner la création en 1989 du groupe DIFFUSION i MéDIA par Jean-François Denis (mentionné ci-dessus) et Claude Schryer, lesquels ont rendu possible la création de la marque de disques empreintes DIGITALes consacrée uniquement à la musique électroacoustique. C’est dans la foulée de ce mouvement que fut donc lancé le 2 novembre 1991 le dernier né de cette marque de disques consacré cette fois à Francis Dhomont. Il s’agissait du 7e lancement pour cette jeune compagnie en moins de deux ans, soit une allègre moyenne d’un disque compact par saison. Les premiers titres furent consacrés à Christian Calon, Robert Normandeau, Alain Thibault, Daniel Scheidt, Yves Daoust et à un disque réunissant 25 compositeurs canadiens et étrangers appelé Électro clips. Donc au cours de cette soirée mémorable nous eûmes l’occasion d’entendre des œuvres de Francis Dhomont qui se retrouvent sur le coffret richement compiétés par un livre de 200 pages consacré au compositeur et agrémenté de 70 témoignages de personnalités tant du milieu québécois qu’européen. Francis Dhomont apparait donc, à la lecture de ce document, comme une personnalité phare dans le domaine de la création électroacoustique. Les 70 témoignages expriment chacun à leur façon les qualités non seulement musicales du compositeur mais surtout la reconnaissance envers l’homme dont les œuvres ont un rayonnement international. Également au menu de la soirée une œuvre-hommage, un collage réalisé avec des extraits d’œuvres de 16 compositeurs québécois et étrangers qu’ils estiment redevables, d’une manière ou d’une autre à Francis Dhomont. Ce fut également l’occasion d’annoncer publiquement le lancement d’une nouvelle société de concerts appelée Réseaux dont la première manifestation était ce concert anniversaire. Francis Dhomont, faut-il le rappeler, fut lauréat de nombreux concours internationaux dont le Concours international de musique électroacoustique de Bourges (France), la «Mecque» de la musique électroacoustique. D’ailleurs, la maison de disques Chant du Monde édite chaque année les œuvres des gagnants du concours de Bourges. Outre Dhomont, on retrouve sur l’un ou l’autre de ces disques compacts les œuvres de Normandeau, Gobeil et Calon ce qui témoigne de ia vitalité mais surtout de la qualité de nos compositeurs sur le plan international. Bref, la musique électroacoustique est en pleine évolution, elle est très dynamique, a des applications extra-musicales c’est-à-dire au théâtre, la danse, les arts visuels et même la publicité. Alors que les moyens de production étaient il y a à peine quelques années extrêmement onéreux, les développements technologiques permettent maintenant d’acquérir le matériel nécessaire à un coût beaucoup moins prohibitif et par extension permettent aux artistes la possibilité de mettre en chantier leurs idées de façon beaucoup plus souple. Les possibilités de l’électroacoustique sont vastes et méconnues. Les compositeurs n’ont pas fini de nous étonner. Leur imagination est vive et ils nous réservent encore de nombreuses surprises.

    … un des compositeurs de cette catégorie musicale des plus importants non seulement sur la scène québecoise et canadienne mais internationale.

    Critique

    Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no. 12, March 1, 1992

    La rencontre entre le label canadien empreintes DIGITALes et Francis Dhomont était inévitable. En effet, Francis Dhomont (né à Paris en 1926) est, depuis son arrivée au canada en 79, à la base de la dynamique québécoise en ce qui concerne la musique acousmatique. Alors il fallait lui rendre hommage et c’est pour ses 65 ans qu’est sorti ce double CD accompagné d’un livret de 220 pages (français/anglais), pour tout savoir sur ce compositeur resté trop longtemps dans l’ombre, et agrémenté de témoignages de nombreuses personnalités. Deux CDs. Le cycle de l’errance et Les dérives du signe qui présentent sept pièces composées entre 1982 et 1991, plus de deux heures et demi de musique qu’il faut savourer avec patience en y revenant régulièrement. Sept pièces marquees par le mouvement, l’espace («Mouvances») et le voyage constant entre concret et abstrait («Métaphores»). Il s’en dégage une grande unité renforcée parfois par le retour d’éléments sonores d’une pièce à l’autre (encore une marque du mouvement mais aussi le prolongement du discours). Du fait de cette cohérence, je me demande finalement si ce double CD n’est pas à recommander à toute personne désireuse de découvrir la musique acousmatique. Mais ensuite… gare à l’accoutumance!

    … à recommander à toute personne désireuse de découvrir la musique acousmatique. Mais ensuite… gare à l’accoutumance!

    Francis Dhomont: deux disques pour un anniversaire

    Stéphane Roy, Circuit, no. 3:1, March 1, 1992

    Le 2 novembre 1991, tous s’étaient donné rendez-vous à la Chapelle historique du Bon-Pasteur de Montréal pour célébrer l’anniversaire de l’acousmaticien Francis Dhomont. Les collègues compositeurs, amis, gens de la radio, étudiants et écrivains étaient là pour dire et écouter dire à Francis Dhomont ce que sa générosité d’homme et de créateur a su faire jaillir au fond de chacun d’eux.

    Francis Dhomont est un grand initiateur qui ne cesse de répandre et de partager l’amour de son art. Le compositeur, le pédagogue, le communicateur, l’écrivain, le polémiste a surpris parfois, mais toujours il a su capter l’intérêt de ceux qui étaient à l’écoute: il a persuadé sans contraindre, seulement par sa profonde conviction personnelle. Il n’a jamais imposé de diktats; en grand pédagogue et communicateur, il a partagé sa passion, une passion que j’oserais dire rigoureuse, car le penseur a toujours opéré une réflexion discursive sur son art. Enfin, le compositeur a donné naissance à des œuvres génératrices, des œuvres dotées d’un curieux pouvoir de fascination, étonnant les uns et suscitant l’admiration chez les autres.

    Cet événement-anniversaire a été arganisé par Réseaux avec l’aide de huit principaux collaborateurs. La première partie de la soirée a été consacrée au lancement du double compact Mouvances~Métaphores, sous étiquette empreintes DIGITALes en collaboration avec BVHAAST d’Amsterdam et l’Ina-GRM de Paris. L’ensemble, d’une présentation particulièrement soignée, comporte un livret bilingue de 208 pages dans lequel se trouvent les notices de présentation, les notes de programme, un catalogue d’œuvres et d’écrits, une biographie détaillée préparée par François Guérin et soixante-sept témoignages de collèques, compositeurs et amis de Francis Dhomont. Fait remarquable on a rassemblé entre les différentes sections de ce livret de nombreux extraits de partitions d’écoute. À l’occasion de ce lancement, deux œuvres extraites du coffret, … mourir un peu et Espace/Escape, ont été données en concert sur un acousmonium de dix-huit haut-parleurs.

    D’autres activités, préparées dans le plus grand secret, figuraient au programme. Ainsi, Francis Dhomont a eu la surprise d’assister à la présentation d’une œuvre-hommage — fort bien assemblée par le compositeur Gilles Gobeil — constituée exclusivement d’extraits d’œuvres commandés à seize compositeurs québécois.

    Enfin, en guise de présent, un coffret d’anniversaire a été remis au compositeur. Ce cofret contenait le texte intégral des témoignages, un dossier rassemblant des analyses thématiques et structurales de son œuvre, ainsi que l’ensemble des partitions d’écoute des œuvres figurant sur le disque. Le lancement attendu du deuxième numéro de la revue L’Espace du son, dirigé par Francis Dhomont, concluait la soirée.

    Mouvances~Métaphores, œuvres synthèses

    Le disque Mouvances~Métaphores est animé par deux thématiques. Un premier volet s’organise autour du thème de l’errance, tryptique dominé par la notion de voyage, de déplacement dans des espaces virtuels ou réels, évocation de trajectoires diverses, de ruptures, de rencontres. Œuvre autobiographique s’il en fut, métaphore d’une «errance» que Francis Dhomont assume depuis tant d’années entre le Québec et l’Europe. Points de fuite (1982) est l’œuvre génératrice de ce cycle, puisque ses éléments et sa symbolique se retrouvent cités dans les deux autres pièces, … mourir un peu (1984-1987) et Espace/Escape (1989).

    Les Dérives du signe constituent le second volet thématique du disque avec quatre œuvres: Novars (1989), Chioroscuro (1987), Météores (1989) et Signé Dionysos (1986-1991). Ici règnent l’«ambiguïté des signes,» le sens «détourné,» le déplacement d’un univers de référence vers un second univers, une «seconde nature» à laquelle l’objet symbolique n’était pas destiné. Francis Dhomont écrit: «La mouvance est ici celle des sables. On croit tenir l’image mais elle fuit entre les doigts ou se laisse recouvrir, engloutie par une image nouvelle qui se referme sur elle.» (Dhomont, 1991, p. 17). L’ubiquité du sens domine ici comme ailleurs dans l’œuvre de Dhomont. Longtemps préoccupé par les modèles linguistiques, il a aussi posé la question de l’intériorité et de l’extériorité de l’œuvre, il énonce la problématique notamment dans Espace/Escape, où il dit avoir tentê la «rencontre d’éléments hétérogènes reliés par deux critères — l’un sonore et dénotatif (situation du son dans l’espace), l’autre symbolique et connotatif (renvois au thème de l’errance) […]» (Dhomont, 1991, p. 16). L’ambiguité posée par cette double perspective d’écoute — celle du son et du sens —, Francis Dhomont la revendique avec conviction à travers les deux parcours thématiques que constitue Mouvances~Métaphores.

    L’acousmatique pensée par Francis Dhomont

    Dans ses œuvres comme dans ses écrits, Francis Dhomont est un ardent défenseur de l’art acousmatique. Cet art s’articule autour d’une pensée; il se fonde aussi sur des œuvres vivantes porteuses de leur propre dynamique évolutive. Comme produit culturel, il est appuyé par une démarche historique résultant d’une évolution esthétique et non d’un assujettissement conceptuel. L’acousmatique tire son origine d’autres musiques — elle a originellement «autonomisé des variables,» comme dirait Jean-Jacques Nattiez — pour devenir un art nouveau, libéré des apories des musiques «grammaticales.»

    L’acousmatique n’a théorisé son objet qu’après avoir été confrontée avec l’expérimentotion. Est-ce pour autant du «bricologe»? Si l’acousmaticien éprouve et expérimente, il pose des choix tout aussi intentionnels et organisés que ceux pratiqués dans d’autres musiques. L’évolution de l’acousmatique a souvent été contrée par l’attitude normative des idéologies esthétiques et «technicistes» dominantes. Ce que Francis Dhomont combat avec des arguments fort bien articulés, c’est cet art de la concession que l’on exige de l’acousmatique. Si cette forme d’expression porte en elle sa spécificité, et c’est ce qu’il croit, pourquoi tenter olors de l’adapter aux comportements musicaux dominants, de diluer sa portée novatrice en l’astreignant à ce qui préexiste? Est-ce de la musique? demande-t-il. Tout dépend des a priori que chacun impose à sa réflexion, mais comme les définitions précèdent souvent les réalités vécues, l’ambiguité terminologique demeure. À une phénoménologie de la perception devrait se joindre une phénoménologie de la réflexion esthétique, cela éviterait bien des attitudes réactionnaires, et l’auditeur y verrait plus clair: les leçons cagiennes auraient-elles été oubliées?… A titre d’exemple, Francis Dhomont s’insurge contre le mythe que «pour être de la musique, la musique doit être chaque fois recréée par ceux qui la jouent» (Dhomont, 1989, p. 115). Cette conception n’est-elle pas issue d’un conditionnement historique fondé à la base sur l’impossibilité pour la musique d’être mémorisée contrairement à la peinture ou au roman? Ingarden affirmait que la partition n’est pas l’œuvre; cela est juste, mais aujourd’hui «ce qui est une nouveauté radicale, révolutionnaire, c’est que maintenant la chose enregistrée «est» l’œuvre.» (Dhomont, 1989, p. 114). Dès l’avènement de l’enregistrement, une certaine musique devient un art de support comme l’est devenu le cinéma par rapport au théâtre. Ce leurre de la musique réanimée par son interprétation relève d’un a priori esthétique qui refuse au sonore l’accès à toute autonomie hors du visuel; la préséance de l’œil sur l’oreille appartient au mème cercle vicieux que celle de la pensée formaliste sur l’écoute réduite et l’expérimentation en composition. Et la peinture, le roman, le cinéma, la video alors, demande Dhomont, ne sont-ils pas figés? Et pourtant on relit, on revoit, on en redemande encore. Quant à la musique, «lui reprocher d’être une expression figée ou de la ‘musique en boîte’ […] équivaut à reprocher au tableau de donner à voir le même sourire sur le même visage, au film les mêmes plans dans un ordre immuable, au livre de répéter les mêmes signes aux mêmes endroits» (Dhomont, 1989, p. 115).

    Un langage: l’acousmatique

    Qualifier aujourd’hui une œuvre d’électroacoustique ne veut plus rien dire, et c’est pourquoi Francis Dhomont préfère utiliser le terme d’acousmatique, lequel est plus propre à décrire un langage, une pensée, une manière plutôt qu’un médium technologique.

    L’acousmatique, «c’est un esprit, une pensée, possédant ses propres mecanismes ses abstractions: une cosa mentale» (Dhomont, 1986, p. 79). Comme tout langage elle est aussi l’objet d’un métalangage, d’une réflexion dont Francis Dhomont n’hésite pas à faire remanter l’origine au Traité des objets musicaux. Cette œuvre multidisciplinaire de Schaeffer (1966), qui se réclame de l’approche phénoménologique, défend la primauté de l’oreille contre les conditionnements musicaux et les approches scientistes. Pour Francis Dhomont l’état actuel de la musique acousmatique est tributaire de cette réflexion. S’il y a un style GRM et des tendances esthétiques qui ont proliféré de par le monde, donnant des «croisements fructueux qui préservent du dogmatisme et de la stérilité» (Dhomont, 1986, p.77) c’est parce qu’en amont, une pensée a stimulé une telle arborescence.

    L’acousmatique est un art de support qui rend la substance musicale manipulable à valonté. Ce qui avant ne pouvait que se penser peut maintenant être expérimenté, manipulé, trituré, être pleinement offert à la perception sans approximation aucune. Pour Francis Dhomont, l’œuvre a priori — celle qui va de l’abstrait au concret, qui ne peut être assurée d’une quelconque équivalence entre sa poïétique et son esthétique et garantir ainsi un résultat artistique — a exploité les paramètres et les unités formalisées par son exercice d’écriture. La notation, initialement conçue comme procédé mnémonique ou de réalisation, devient le code d’un certain «positivisme» musical par lequel s’engendre la musique. C’est ce que Francis Dhomont dénonce comme «le rejet du qualifiable ou profit du qantifiable» (Dhomont, 1989, p. 116). Parler de la substance musicale en des termes approximatifs parce que non quantifiables, mais obtenir en revanche un résultat à la mesure de notre oreille, est le choix que fait l’œuvre acousmatique. Cela ne veut pas dire rester dans le domaine du vaporeux, de l’imprécision et de la cécité conceptuelle; la musique acousmatique s’articule à travers une terminologie qui lui est propre, suffisamment précise, claire et opérationnelle au niveau de so dénomination pour alimenter une réflexion. Alors que toute forme de notation de réalisation oblige à la précision — nécessaire parce que l’existence de l’œuvre en dépend — l’acousmatique n’a pas à se préoccuper d’une telle exactitude puisqu’elle n’a pas d’interprète.

    D’autre part, Francis Dhomont déplore que l’électroacoustique recoure à une pensée technologique s’articulant sur une recherche fondamentale de nature technique et dont l’œuvre n’est plus que la démonstration. Non que l’évolution technologique soit pour lui sans intérêt — il lui reconnaît d’ailleurs la possibilité d’«entrainer de nouvelles images de son et la mise en place de nouveaux rapports entre ces images, et de nouvelles fonctions.» (Dhomont, 1988, p.70) — mais une fascination naïve pour le médium entraine la créction d’œuvres qui n’ont de musical que le nom.

    Témoignages

    Comme une mosaïque, les hommages publiés avec les deux disques compacts ont éclairé, chacun à sa manière, les nombreux visages de Francis Dhomont. Voici quelques extraits de ces témoignages qui permettront de cerner la personnalité multiple de ce compositeur.

    Ces textes soulignent d’obord, et unanimement, la droiture de l’homme, sa capacité d’affronter avec une intégrité exemplaire les pressions sociales et politiques imposées par l’environnement intellectuel. Ses étudiants, amis et collègues voient en lui l’homme ponctuel, respectueux de ses engagements et d’autrui, ne refusont jamais un service et n’exigeant rien en retour, mais ils reconnaissent aussi et surtout celui qui foit figure de Maître, qui incite à la réflexion, qui questionne, ce professeur fécond et de grande culture doté de l’autorité naturelle que l’on reconnait chez qui porte un amour profond à son art. Homme doué de grandes qualités humaines, enthousiaste et disponible mais aussi bouillant, provocant et intransigeant, Francis rèvèle sa noblesse à travers sa simplicité, sa profondeur et son authenticité.

    Tous se réjouissent de connaître ce poète migrateur pour la santé artistique et l’oxygène électroacoustique qu’il insuffle à chaque lieu — certains regrettent même qu’il n’existe qu’à un seul exemplaire. Ici comme outre-mer, Francis Dhomont est reconnu pour son rôle d’ambassadeur important de l’acousmatique. Partageant et échangeant les prodigalités du trièdre avec les richesses d’outres contrées, il a fait beaucoup dans l’art du métissage des genres. Francis est aussi un animateur très sollicité. Homme d’action persévérant et tenace, il a su animer avec grand talent et pendant plusieurs onnées un événement comme le Festival de musique contemporaine de Provence. Ses Acousmothèques sur France-Musique ainsi que ses Voyages au bout de l’inouï à Radio-Canada témoignent d’une grande virtuosité dans la manipulation du médium radiophonique: là comme ailleurs, le poète, le penseur et le communicateur fusionnent avec le compositeur. Enfin, toujours soucieux de détendre les axes fondamentaux de l’acousmatique, Francis Dhomont a dirigé les deux numéros spéciaux de la revue Lien sur L’Espace du son. À la manière d’un homme de la Renaissance en grand humaniste et en infatigable explorateur, il rassemble et classe les morceaux d’un puzzle pour le rendre intelligible et cohérent.

    Et le compositeur, que pense-t-on de lui? Pour plusieurs, il y a et aura toujours cet indicible Soleil noir, obscure clarté qui éclaire l’environnement acousmatique depuis plus de dix ans. Un Soleil qui représente un grand défi, en intégrant avec succès un texte de nature abstraite et spéculative dans une forme musicale très dense. Tous reconnaissent de différentes façons la fécondité du compositeur à l’aube de ses soixante-cinq ans. À la manière d’un mystèrieux alchimiste, Francis Dhomont maîtrise de subtils dosages, qu’il n’hésite pas à partager d’ailleurs. Il est aussi un créateur d’illusions, de simulacres, un holographiste sonore qui passe pour un maître de la technologie la plus folle à cause de sa grande virtuosité, mais détrompons-nous: sans rejeter l’évolution technologique, Francis Dhomont est reste un bel et bon artisan, qui, patiemment et passionnément, taille et retaille sons et bruits jusqu’à ce qu’en jaillisse la musique. À la manière de la sculpture et du monument d’architecture, ses œuvres sont saisies comme de merveilleux objets plastiques situés dans un espace imaginaire. Dhomont donne à «voir» des œuvres sans visuel, à toucher des œuvres sans matière, il occulte le moyen technologique par un mystérieux envoûtement poétique.

    À ce créateur brûlé par l’urgence de l’œuvre à réaliser, à cet homme de lutte et homme de charme qui tisse sa dentelle avec des poings de velours, nous souhaitons, dans l’attente impatiente de nouvelles œuvres, un bon anniversaire.

    … toujours il a su capter l’intérêt de ceux qui étaient à l’écoute…
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