Filmusique-Filmopéra
Maurice Blackburn / Yves Daoust
… des sons gravés directement sur la piste optique de la pellicule… — Revue & Corrigée, France
- Compositeur·trice(s): Maurice Blackburn, Yves Daoust
- Rédacteur·trice(s): Réal La Rochelle, Louise Cloutier
- Graphisme: Luc Beauchemin, Jean-François Denis
- Phonothèque québécoise / Musée du son • ONF — Office national du film du Canada
2 × CD (AN 27005/06, 1996)
Disque 1
- 1Twirligig (Maurice Blackburn) (1952), 3:22
- 2A Phantasy (Maurice Blackburn) (1952), 7:15
- 3Blinkity Blank (Maurice Blackburn) (1955), 5:15
- 4Je (Maurice Blackburn) (1961), 15:11
- 5Caprice de Noël (Maurice Blackburn) (1963), 8:56
- 6Jour après jour (Maurice Blackburn) (1962), 27:44
- 7L’Eau + (Maurice Blackburn) (1967), 9:03
Disque 2
- 1«E» (Maurice Blackburn) (1981), 6:26
- 2Ciné-crime (Maurice Blackburn) (1968), 8:24
- 3Verbération (Maurice Blackburn) (1969-70), 22:21
- 4Notes sur un triangle (Maurice Blackburn) (1966), 4:45
- 5Mourir à tue-tête (Maurice Blackburn) (1979), 4:42
- 6Les Filles du Roy (Maurice Blackburn) (1974), 2:54
- 7Maurice Blackburn, ou portrait d’un méconnu (Yves Daoust) (1982, 95), 27:25support
- Étiquette: Analekta
- AN 27005/06
- 1996
- UCC 774204700522
- Durée totale: 155:12
- Boîtier Jewel Quad
- 125 mm × 143 mm × 23 mm
- 200 g
Sur le web
Notes liminaires
La conception sonore filmique Utopie ou projet inachevé?
Dans la mouvance des fêtes du premier centenaire du cinéma, il peut être bon de rappeler que ce siècle de la révolution de l’image est aussi celui d’une quête éperdue pour le son, d’un donné phonographique entrevu dès l’origine pour une étroite symbiose avec l’image en mouvement.
Quand, au tournant du XXe siècle, Edison bricole son Kineto-Phonograph ou son Cinephonograph, quand Gaumont produit des Phonoscènes, ces inventeurs indiquent qu’ils ont plongé dès l’aube dans la
Qu’il y ait eu quelques décennies de progression technologique asymétrique, chez ces rejetons séparés par un destin mélodramatique (ils étaient, croyait-on aussi, devenus frères ennemis comme dans La Thébaïde de la Grèce antique), cela a peu d’importance en bout de piste, moins en tout cas que les résultats paradoxaux issus de leur réunion tardive dans le cinéma sonore, où se produisit une nouvelle fracture. D’une part, un son conçu comme une sorte de transcription crypto-réaliste, un trompe-l’œil naturaliste. D’autre part, ceux qui (cinéastes, compositeurs, ingénieurs du son) croyaient en une bande sonore composée comme une partition, jouant en contrepoint avec le montage filmique.
Maurice Blackburn est de ceux-là. Sa longue carrière à l’ONF, son incessant combat sur ce terrain ont considérablement enrichi les cinémas québécois et canadien, tout en le plaçant à son heure dans cette longue chaîne culturelle universelle qui passe entre autres par Gregori Kozintsev et Dimitri Chostakovitch, Serge Eisenstein et Serge Prokofiev, Dziga Vertov, Walter Ruttmann, Kurt Weill, René Clair, Rouben Mamoulian, Ernst Lubitsch, Arthur Hoérée, Arthur Honegger, David Raskin, Orson Welles et Bernard Herrmann, Jacques Tati…
Que ces compositeurs/cinéastes aient, même aujourd’hui, du mal à se faire entendre n’est qu’un des paradoxes du premier siècle du cinéma qui n’a peut-être été jusqu’ici qu’une lente gestation. Aussi, importe-t-il d’écouter ces cinéastes d’un peu plus près, par le truchement de la phonographie, pour ensuite aller les écouter/voir. Sait-on jamais, le second siècle du cinéma sera peut-être celui d’une première apothéose du sonore filmique
Maurice Blackburn ne pouvait rêver et mériter plus émouvant hommage que cette composition. Elle prend ici sa place en parallèle aux œuvres du mæstro, à titre de témoin sensible et de prolongement de sa cinéphonographie. Et puis, Blackburn et Daoust ne s’étaient-ils pas déjà rencontrés à l’ONF, dans les sous-sols de l’Atelier de conception sonore
Une expérience singulière
L’histoire du sonore filmique à l’ONF pousse ses racines jusque dans les années 1950, avec Norman McLaren et Maurice Blackburn
Depuis quelques années, cette expérience générique ressurgit sous d’autres formes avec les travaux, par exemple, des monteurs et concepteurs sonores Pierre Bernier, Claude Langlois, Catherine van der Donckt et Claude Beaugrand, des musiciens René Lussier, André Duchesne, Robert Marcel Lepage et Jean Derome, de même que dans les performances cinéma/ musique initiées par Pierre Hébert.
L’ONF a donc gagné quelques galons sur ce terrain au fil des ans. Mais c’est l’idée et le projet de l’Atelier de conception et de réalisations sonores qui a matérialisé le mieux l’apport de cette institution à l’évolution (théorique et pratique) de la bande sonore au cinéma. Si cet Atelier a eu et a encore l’air d’un fantôme, cela est dû sans doute à la secondarisation historique de la bande sonore dans le processus de création filmique, non à la justesse de ses orientations ni à l’intérêt de quelques-unes de ses réalisations.
Partition sonore filmique pour un ‘nouvel opéra’
C’est à Maurice Blackburn, devenu chef de musique au Programme français, qu’on doit l’idée et la mise sur pied d’un Atelier de conception et de réalisations sonores.
Ce n’est qu’au début des années 1970, toutefois, que le projet d’un Atelier semble mûr. En 1971, le directeur du Programme français Gilles Dignard donne son accord à un essai de trois mois pour la réalisation d’une bande sonore de musique électroacoustique, dans le cadre du projet Régions 80. Alain Clavier (stagiaire chez Schaeffer au début des années 1960) est engagé pour réaliser Cathédrale, une bande pilote de 8 minutes (janvier à mars 1971). En avril, l’Atelier prend forme, quoique avec peu de matériel et au milieu d’un certain scepticisme des cinéastes.
Blackburn collabore à quelques réalisations de l’Atelier
L’Atelier arrive néanmoins à produire, outre les trames sonores de quelques films, un album de deux disques, Musiques de l’ONF, vol. 1, puis, dans sa mouvance, un autre phonogramme d’Alain Clavier pour accompagner une livraison de Medium-Media sur La Qualité de la vie, ainsi qu’une bande réalisée par Louis Portugais sur la radio communautaire. Mais c’est bientôt le cul-de-sac. Au début des années 1980, l’ONF coupe les budgets.
Servir les films en structurant la bande sonore
Une chose est certaine. Pour les initiateurs de ce
Cette affirmation programmatique recoupait ainsi, en 1977, ce que Maurice Blackburn avait affirmé dans un memorandum le 19 avril 1971
Yves Daoust explicitait
Celle-ci n’a plus uniquement une fonction de sonorisation, elle n’est plus appliquée, comme un vernis, sur un visuel terminé qui a déja tout son sens, mais acquiert un rôle actif. Elle enrichit le film par ses propres moyens expressifs. Un contrepoint à deux voix s’établit entre le visuel et le sonore.
Ce que l’Atelier de conception sonore visait, au fond, était l’émergence d’un nouveau métier créatif du cinéma, une sorte d’égal du directeur de la photographie, qui pourrait prendre la direction de la bande sonore. On tend aujourd’hui à l’appeler le concepteur sonore ou le Sound Designer. Métier qui veut s’imposer en développant chez les cinéastes, écrit Blackburn,
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