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electrocd

Annette Vande Gorne

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    Des expériences plaisantes, pourquoi pas?

    François Tousignant, Le Devoir, 8 août 1998

    Avant de vous quitter pour trois petites semaines, non que je vous fasse des infidélités, seulement question de reposer ces doigts qui ont tant martelé ce clavier, et de permettre à ces oreilles d’aller respirer l’air du large, avant de VOUS quitter donc, une petite expérience hors du commun.

    Il s’agit d’une production de notre essentielle étiquette de découvertes empreintes DIGITALes menée par ce Don Quichotte de l’électroacoustique qu’est Jean-François Denis. Vous l’avez sûrement vu en magasin, si vous êtes férus de lèche-rayon; reste à vous dire ce qu’il y a à entendre.

    Tout d’abord, un avertissement: cet enregistrement de la Belge Annette Vande Gorne ne tombe pas dans l’électroacoustique pure et dure, celle des structures autosuffisantes et des architectures abstraites aux sonorités déroutantes.

    Non, Annette Vande Gorne joue dans ces trois œuvres d’un art de la mise en scène sonore qu’on pourrait dire héritier du mélodrame du XVIIIe siècle, rejoignant en partie la définition d’origine: un texte parlé sur un fond musical expressif. L’experience est digne de ce que veut parfois tenter la Chaîne culturelle, sans que ses artisans, trop peu artistes, sachent y arriver.

    Alors, un soir, détendu, mettez ce disque dans votre lecteur et — sans lire la pochette, je n’insisterai jamais assez là-dessus! — asseyez-vous dans la pénombre pour vous griser d’abord des paroles si bien écrites de Werner Lambersy, de la voix du narrateur — presque aussi enivrante que celle de Gérard Philipe — et du «fond» sonore de Vande Gorne.

    Curieux de devoir admettre que dans ce que d’habitude on veut entendre comme événement musical, ici c’est la participation verbale qui prédomine. La compositrice fait office d’intermédiaire, de faire-valoir d’une humilité aussi expressive que sincère. Cela est d’autant plus efficace que l’oreille — comme le sentiment, cela vous semble-t-il bizarre? — navigue perpétuellement entre deux niveaux premiers d’écoute: la concentration sur la narration, l’attention au contexte acoustique.

    Alors, quand on se laisse pénétrer de cet univers, on pressent un autre rythme, raffiné (j’oserais «féminin» uniquement si on accepte cette définition comme représentant une sensibilité autre que la traditionnelle, qui propose une vision sensoriellement différente des us coutumiers des bonzes acousmaticiens). On arrive même à le ressentir.

    En cela, Noces noires est une expérience remarquable, symphonie verbale d’images chocs, sonorités de ponctuation des vertiges des impressions provoquées, telle une matrice qui se transmute elle-même aux transformations de son fruit généré. Le titre du disque, Impalpables trouve toute sa justification.

    Les amoureux de science-fiction préféreront la porte d’entrée du Le ginkgo. Tous s’accorderont peut-être pour trouver Architecture nuit plus «ésotérique».

    C’est un des autres charmes de cette musique, celui de ne pas s’enfermer dans un seul compartiment et d’explorer un genre des facettes qui tentent de s’imbriquer dans un portrait qu’on rêve parfait.

    … une expérience remarquable, symphonie verbale d’images chocs…

    Review

    Ear Magazine, 1 mai 1998
    I love this woman’s compositions, sound and textures… Brilliant. The Best — Highly Recommended + Third Ear Mention: Most Impressive!

    Rien à voir avec Calon, Vande Gorne, Parmegiani et les autres

    Le Devoir, 19 février 1998

    Hier commençait au Théâtre La Chapelle la troisième série de concerts Rien à voir. Au menu: cinq jours d’électroacoustique, des compositeurs venus de tous les horizons, trois lancements de disque. Ces concerts ne sont pas comme les autres: aucun musicien sur place, mais vingt haut-parleurs faisant entendre des œuvres déjà fixées sur bandes.

    Le festival veut souligner le 50e de la musique concrète. En 1948, alors qu’il était responsable du Studio d’essai de la Radio française, Pierre Schaeffer se rendit compte qu’un disque souple permettait de transformer le son, de le moduler. Comme les couleurs pour le peintre, la musique peut être utilisée en tant que véritable matériau.

    Le concept a fait des petits et a étendu ses tentacules. À la suite de Schaeffer, les Québécois se sont employés à développer ce créneau. Il est d’ailleurs revenu à trois d’entre eux — Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau — de lancer hier le festival Rien à voir, tout à entendre.

    Aujourd’hui, le public pourra entendre le travail de recherche de Christian Calon, un compositeur autodidacte qui partage sa vie entre le Québec, la France et l’Allemagne.

    La soirée de demain sera entièrement consacrée à la Belge Annette Vande Gorne. Samedi, pleins feux sur le Français Bernard Parmegiani, dont on entendra un total de six pièces. À la séance de 18h30: Bidule en ré (1969), Entre-temps (1992), Sonare (1997); à celle de 20h30: Violostries (1965), Pour en finir avec le pouvoir d’Orphée (1972) et La création du monde (1982-1984).

    Le festival Rien à voir, tout à entendre se conclura par un concert-surprise. On sait tout de même que ce concert mettra en vedette Parmegiani, dont on entendra l’œuvre la plus célèbre, De natura sonorum, et cinq jeunes compositeurs de Montréal.

    Le festival ne quittera son repère du Théâtre La Chapelle que pour un seul événement. Aujourd’hui, à 13h, sera donnée en première nord-américaine Die Zimmer der Erinnerung (Les Chambres de la mémoire) de Christian Calon, au Goethe-Institut, au 418, rue Sherbrooke Est.

    Par ailleurs, seront lancés trois disques, tous sur étiquettes Empreintes DIGITALes: Miniatures concrètes (24 clips électroacoustique), Les corps éblouis de Christian Calon et Impalpables d’Annette Vande Gorne.

    … cinq jours d’électroacoustique, des compositeurs venus de tous les horizons, trois lancements de disque.

    Donner corps à la musique

    Mario Cloutier, Le Devoir, 27 février 1996

    Quel est l’intérêt de s’asseoir de vant des hauts-parleurs dans une salle de concert? Répondre à cette question c’est commencer à définir l’expérience électroacoustique. Et c’est ce que font très bien deux praticiens de ce vaste domaine du possible: les compositeurs, professeurs et coproducteurs de la série de musique électroacoustique ou acousmatique dans le cadre de Musiques échange Québec-Belgique, le Québécois Robert Normandeau et la Belge Annette Vande Gorne.

    La forme, c’est la réalité et la réalité figurée, d’expliquer la dame. Toute réalité passe par la forme et la figuration aussi. L’acousmatique tente de suggérér des formes dans la tête de l’auditeur.» Et de compléter Robert Normandeau: «la musique électroacoustique suggère, provoque fait naître des formes avec des moyens différents de la musique instrumentale ou traditionnelle.»

    Ce soir et demain, le public pourra donc en avoir plein les oreilles avec 14 pièces de 14 artistes qui représentent la quintessence de l’art acousmatique en Belgique et au Québec. À Montréal seulement, une vingtaine de compositeurs travaillent dans ce domaine. Le Québec est d’ailleurs reconnu mondialement pour sa force électroacoustique.

    Trois compositions ont été commandées spécialement pour Musiques-échange aux Québécois Gilles Gobeil, Robert Normandeau ainsi qu’au Belge Jean-Louis Poliart. Les deux programmes comprennent également des œuvres des Belges Ingrid Drese, Slavek Kwi, Todor Todoroff, Elizabeth Anderson, Stephan Dunkelman, et Marie-Jeanne Wyckmans, et des Québécois Luc Fortin, Marc Tremblay, Pierre Sainte-Marie, Stéphane Roy et Jacques Tremblay.

    Mais il n’y aura pas de musiciens ou de compositeurs sur la scène de l’Agora de la danse, que des orchestre de hauts-parleurs. Un tel dispositif «scénique» représente toutefois un intérêt indéniable pour les amateurs d’expériences musicales sonorisées et spatialisées. Donner corps à la musique, c’est un peu le credo des électroacousticiens, ces créateurs d’holographies sonores.

    «Dans un concert acousmatique, note Robert Normandeau, il y a l’idée de rituel qui rassemble plusieurs personnes dans un même lieu et, également, la projection de la musique dans l’espace. La perception du son et le pouvoir de discrimination de l’oreille humaine est très fort.»

    Mais la musique électroacoustique n’est pas qu’affaire de forme.

    Le contenu, hautement personnel et stylisé, des enregistrements renvoie à une présence indéniable, celle d’un auteur qui se pose en quelque sorte en dieu-le-père du son, le temps d’une piece musicale.

    «Dire exactement ce qu’on veut dire avec le temps qu’on veut utiliser pour le dire, explique Annette Vande Gorne. En musique électroacoustique, le message et le sens sont pleinement assumés par le compositeur.»

    Commne un romancier

    La musique électroacoustique ne fait pas partie des arts d’interprétation au même titre que les autres familles musicales. En concert tout est contrôlé, à l’opposé de ce qui survient avec la musique actuelle des Jean Derome, René Lussier et cie, par exemple. Mais le rapport à l’expérimentation est le même, sauf qu’ici l’acte d’improvisation se fait à l’avance.

    «Comme fait souvent le romancier dans un bouquin, raconte Annette Vande Gorne, les personnages mènent le jeu. En électroacoustique, les sons inscrivent la direction, la piste. Notre façon de penser les sons est complètement différente. Ils sont étudiés morphologiquement, selon la texture, la forme, l’espace, la représentation iconique…»

    Robert Normandeau travaille d’ailleurs dans le sens d’un cinéma pour l’oreille. Quand il compose, son organisation sonore se base sur les sons référentiels, mais il existe autant de styles et de caractères qu’il y a de compositeurs en musique électroacoustique.

    On aura également compris que cette grande famille musicale ouverte sur le futur, en raison d’une lutherie qui bouge continuellement, pose surtout la question de la perception et de la réception du public. Anne Vande Gorne donne l’exemple d’une de ses compositions construite uniquement avec de l’eau. «Il s’agissait de faire entendre ce qu’il y a dans l’eau, mais qui n’est pas de l’eau. Ce qui demande une écoute très attentive, les yeux fermés.»

    Robert Normandeau croit la communion non seulement possible, mais évidente avec le public «L’acousmatique est un art de la réflexion qui permet de mener jusqu’au bout une démarche profondément individuelle mais c’est en allant au fond de soi qu’on atteint à l’universel.»

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