Pour souligner les contrastes du XXe siècle, la jeune maison de disques montréalaise empreintes DIGITALes, nous propose neuf albums de musique électroacoustique de compositeurs québécois et canadiens. La présentation en est très soignée; on va même, pour certains disques, proposer un disque fait pour l’écoute chez soi ou à la radio et un second, avec les mêmes œuvres, pour la diffusion en concert. Cela vous permettra de faire quelques expériences. N’ayant pas la place pour parler de tous ces compositeurs en une seule fois (il y a en un par disque), nous n’avons choisi que deux disques.
D’abord celui de Robert Normandeau, le représentant probablement le plus recompensé de nos compositeurs de musique électroacoustique.
La construction du disque est fascinante par l’ordre des œuvres présentées ici: du petit bonbon d’entrée qui n’effraiera personne (Bédé), on avance graduellement dans un univers plus inspiré par les sonorités de Stockhausen (Éclats de voix, Tropes), pour aboutir à la grande forme plus originale et ambitieuse de Tangram.
Si les citations de Tropes sont parfois assez poétiques, il nous faut admettre une certaine réticence à une petite complaisance dans la beauté des extraits de Mozart. Spleen est de loin la pièce qui a remporté la palme auprès de notre fils de 13 ans et c’est tant mieux! Osons avoir ce courage et plonger à la découverte. Comme le disait si justement Baudelaire: «Enfer ou ciel, qu’importe / Aller au fond du Gouffre, pour trouver du Nouveau.» Nous avons cependant préféré le souffle de Tangram, avec toutes ces fines variations toujours intelligentes et surtout pour le plaisir de nous délecter dans les moments de tension croissante qui trouvent leur solution en une forme toujours étonnante. Osez, par un soir de tempête, sous un éclairage tamisé.