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electrocd

Billet

Action / Réaction dans Contact!

«Compte rendu», Laurie Radford, Contact!, no 4:4, 1 avril 1991
lundi 1 avril 1991 Presse

Le tout dernier de cette étiquette, Action/Réaction, s’ajoute à son catalogue grandissant d’enregistrements électroacoustiques. Ce disque est une collection des œuvres de Daniel Scheidt. Réalisées au cours des cinq dernières années, ces œuvres servent d’introduction au travail fascinant du compositeur avec les systèmes interactifs. Un des aspects les plus importants de ce disque est la participation de cinq interprètes remarquables qui ont travaillé avec Scheidt durant le développement de ses logiciels de composition. L’auditeur est initié aux multiples aspects de cette musique mis en évidence par l’approche individuelle de chaque interprète, fait qui ne peut que favoriser cette manière de composer et augmenter la valeur de ce disque.

Action/Réaction débute avec Obeying the Laws of Physics (1987), une des premières œuvres interactives du compositeur et qui a été exécutée de nombreuses fois par le percussionniste Trevor Tureski. Une part de risque qui faisait partie de l’exécution de cette œuvre semble avoir été remplacée par une interaction plus fine: entre les moments d’activité acharnée, chaque son a le temps d’apparaître, de s’exprimer avant de disparaître à nouveau. Il est cependant difficile de faire la part des sons qui sont provoqués par l’instrument de Tureski et de ceux qui proviennent de l’ordinateur, générés en réponse. Cette incertitude qui agrémente la présentation en concert de cette œuvre se transforme dans l’enregistrement en une certaine ambiguïté. (Il y a là peut-être un rapprochement visuel à faire entre l’enregistrement d’œuvres interactives et le tournage de la danse). Il faut noter que ce disque nous présente différentes exécutions des œuvres de Scheidt. La flexibilité de ce langage, du point de départ algorithmique en passant par les formes changeantes qui naîssent chaque fois qu’intervient un interprète différent est un aspect de ce compositeur qui fait la force de ses œuvres. A Digital Eclogue (1986) représente le début des explorations interactives de Scheidt. Il est tout à fait normal que cet enregistrement de 1986 se retrouve dans cette collection récente, ne serait-ce que pour son côté improvisateur et le subtil échange entre l’exécutant et l’ordinateur. Stories Told (1989) est une des œuvres majeures de ce disque. La soprano Catherine Lewis tisse une fascinante série d’«histoires» grâce à un langage inventé par Robin Dawes. Qu’il s’agisse de son aria en suspens au centre de l’’uvre, de la robustesse du début et de l’avant-dernière section ou de sa finale songeuse, cette pièce réussit à examiner notre capacité de donner un sens à une suite d’inflexions syntactiques et de nuances qui sont accompagnées de timbres attirants. (Les textes de ces histoires font partie du livret et ne peuvent qu’augmenter l’intérêt de cette œuvre). Le tromboniste George Lewis nous fait traverser le monde de Norm ’n George (1990) faisant preuve d’un grand vocabulaire d’improvisations. George Lewis est aussi renommé pour sa maîtrise des techniques d’extensions de l’instrument, masquant ses origines acoustiques et créant dans le contexte de cette uvre un mélange timbral et gestuel avec les réponses du système. Dans Squeeze (1990), Daniel Scheidt fait appel au joueur de clarinette basse Lori Freedman et, avec le même programme que dans la pièce précédente, réussit à explorer d’autres dimensions. La clarinette et l’ordinateur sont ressérrés de note en note d’une manière presqu’ imperceptible, créant de doux «clusters» qui vibrent en ascension dans des gestes qui se terminent avec d’élégants glissandi opposés.

On reconnaît dans la présentation d’Action/Réaction, dans les textes d’appui français/anglais qui sont aussi attirants que pertinents, un souci de qualité qui fait la réputation de l’étiquette empreintes DIGITALes.