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electrocd

Billet

Robert Normandeau dans La Lettre du musicien

«À propos des concerts du 16 février», Jacques Bonnaure, La Lettre du musicien, no 84, 1 mars 1990
jeudi 1 mars 1990 Presse

En seconde partie, Robert Normandeau présentait Rumeurs (Place de Ransbeck), qui obtint le 2ème Prix du Concours international de musique électroacoustique de Bourges 1988. Le titre évoque bien ce Théâtre d’ombres (pour reprendre le titre de la dernière œuvre de François Bayle) qu’est la musique acousmatique. L’objet sonore repérable est-il le signe de la réalité, ou son ombre, sa rumeur? L’œuvre se fonde sur une grande hétérogénéité de sons: bruits, voix déformées, silences. Il y a même un élément quasi anecdotique, proche des musiques de thrillers: on entend des portes, des serrures qui grincent, de mystérieux souffles. Et puis encore… de la musique. Rumeurs (Place de Ransbeck) est la pièce la plus musicale de la soirée. Ça et là surgit un accord tonal, une voix. Robert Normandeau a élaboré quelque chose comme une harmonie acousmatique. De même que, dans les traités classiques, les dissonances se résolvent en accords parfaits, de même ici, les sons bruts, agressifs, se résolvent en oiseaux lointains, avec une remarquable fluidité. Jusqu’à la fin, Robert Normandeau aura tenu le paradoxe d’osciller «entre le sonore et le sens» sans prendre position. Et ce faisant, il remonte aux sources mêmes de l’acte musical, message sémantique et geste esthétique replié sur soi.