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  • La preuve par neuf

    Gabriel Vialle, La Marseillaise, no 13831, 23 mars 1991

    Le Groupe de musique expérimentale de Marseille entretient avec le Québec des relations déjà anciennes. Des échanges de musiques et d’artistes — créateurs et interprètes — ont tissé, par—dessus l’Atlantique, des liens musicaux et amicaux. Depuis octobre, le GMEM accueille le Québécois Christian Calon, bien connu dans le monde de l’acousmatique, musique diffusée par appareils sonores. Un disque de lui a ouvert la collection du label québécois, empreintes DIGITALes seul éditeur d’Amérique du Nord spécialisé en électroacoustique. On notera que, par la publicité de ce label, La Marseillaise est connue des mélomanes de là-bas: ce cocorico, bien pâle à côté de celui des supporters de l’O.M. est flatteur pour notre journal…

    Le concert de jeudi soir — salle Zino Francescatti: parfaite acoustique — était une occasion de rencontrer le Canada, à travers les œuvres de neuf compositeurs issus de trois villes (Montréal, Toronto et Vancouver) sortis du catalogue du label précité. Peu de Marseillais, au demeurant, ont su profiter de cette occasion…

    Certaines de ces œuvres, tout droit sorties du disque Électro clips, sont brèves (3 minutes) mais n’en présentent pas moins un grand intérêt, justement par la contrainte qui a amené le compositeur à exprimer d’emblée sa personnalité ou son originalité, C’est le cas du Mi bémol d’Yves Daoust qui réalise une véritable polyphonie de sons, de formes, de sens. Même constatation pour Associations libresGilles Gobeil déchaîne ses intentions (bonnes et mauvaises) sur les sonorités d’une guitare qui n’en peut mais. Très beau travail sur le soufffle (le clip s’appelle Breathing Room — espace de respiration)—de Hildegard Westerkamp: un hymne à la vie par cette mise en évidence des rapports battements du cœur/respiration. Quant aux Les oiseaux de Bullion (Claude Schryer), ils déroulent leur «diptyque écologique» sous forme d’un montage précis de sons réels non traités.

    La pièce d’Alain Thibault (8 minutes) crée autour de la voix de Pauline Vaillancourt une émouvante aura de poésie et de pureté. Le soleil et l’acier se veut «référence à la force des contrastes» et, effectivement, l’atmosphère presque irréelle de la partition vient du voisinage de la voix et d’une sorte de métallophone. Leur dialogue tend et détend en permanence la corde sonore d’une véritable «rencontre du troisième type».

    Des deux autres pièces plus longues, qui terminaient chacune des deux parties du concert, on retiendra le superbe Minuit dont l’auteur Christian Calon nous a fait entendre de larges extraits. Hymne à la vie et refus de la mort et du néant, approche sans cesse plus pointue d’un calme et d’une sérénité contrariés par les soubresauts du monde et du «gaspillage illimité auquel la nature procède à l’encontre du désir de durer»: un long moment où quelques irruptions de la voix humaine, parlée, déconcertent l’auditeur plus qu’elles ne le rassurent.

    De Robert Normandeau, Jeu paraissait bien long malgré la volonté d’explorer toutes les possibilites de sens du mot «jeu». Beau travail de traitement des sons, de montage et de contrastes mais une diffculté certaine à s’accrocher aux méandres de ce voyage.

    Une fois de plus, et ce pour l’ensemble du programme, reste posée la question d’un travail plus poussé de mise en lumière, de mise en espace, de mise en scène de ces œuvres qui n’ont pas à leur service l’attrait d’une présence physique de l’interprète.

    … parfaite acoustique…

    D’un océan à l’autre: Traces électro

    Alain Brunet, La Presse, 5 mars 1991

    Demain soir au Théâtre Les Loges, deux électroacousticiens ayant endisqué sur l’étiquette empreintes DIGITALes bouclent la boucle d’une tournée canaclienne: Alain Thibault et Daniel Scheidt.

    D’un océan à l’autre, la tournée Traces électro a effectivement mis en relief la plupart des artistes de ce petit label en pleine expansion.

    Selon Jean-François Denis, un des principaux dirigeants de cette jeune entreprise, les ventes des produits empreintes DIGITALes vont bon train; non seulement ces disques sont-ils distribués partout au Canada, mais encore tente-t-on de les implanter sur les marchés europeen japonais et américain. «Et nous avons méme réalisé des profits! A vrai dire, je suis très surpris de ces résultats», de renchérir Denis.

    Ne partons pas en peur, environ 400 exemplaires de chacune des productions empreintes DIGITALes ont été vendus; il y a énormément de pain sur la planche avant que le petit label ne réussisse à établir une distribution sérieuse à l’extérieur du Canada. Mais si l’on considère le peu de moyens financiers dont dispose cette forme musicale à tout le moins exploratoire, les petites victoires d’empreintes DIGITALes tiennent de l’exploit.

    Deux productions

    En quelques mois à peine, deux productions viennent d’être mises en marché. À l’occasion du festival Montréal Musiques Actuelles (en novembre dernier), l’équipe d’empreintes DIGITALes avait d’abord lancé le disque Électro clips: «Il s’agit de 25 miniatures de trois minutes, conçues par différents compositeurs nord-américains, originaires des USA, du Mexique, du Canada et du Québec. A cause de leur courte durée, ces pièces sont plus accessibles que la moyenne des œuvres électroacoustiques. Électro clips fait même partie du top-40 de CKLN, une station alternative de Toronto!», raconte Jean-François Denis.

    Le plus récent produit empreintes DIGITALes sera d’ailleurs lancé demain; Action/Réaction serait le premiet disque de Daniel Scheidt, compositeur originaire de Colombie-Britannique.

    Au terme de la tournee Traces électro qui, d’un océan à l’autre, a fait connaitre les differents compositeurs liés au petit label, on a choisi Alain Thibault et Daniel Scheidt pour le concert montréalais.

    Spécialiste de la forme multi-média, Thibault presentera donc ce soir de dernières œuvres relativement récentes: OUT, Le soleil et l’acier (la soprano Pauline Vaillancourt est la seule inteprète en chair et en os de cette pièce) ainsi que Concerto pour piano MIDI (et le pianiste Jacques Drouin) figurent au programme.

    Si l’on connait les ruades rythmiques et l’utilisation éclairée des technologies de pointe chez Alain Thibault, on ne sait que peu de choses de la démarche de Daniel Scheidt, spécialiste des systèmes interactifs.

    Les œuvres de Scheidt ont ceci de particulier: elles misent sur des logiciels informatiques capables d’analyser le discours d’un musicien d’en codifier!es improvisations et de réagir à celles-ci. S’établit alors un langage entre l’ordinateur et différents instrumentistes, demain soir, le clarinettiste Claude Schryer, la soprano Catherine Lewis, le percussionniste Trevor Tureski et… une machine seront les interprètes de Daniel Scheidt. Pour mener à bien ses projets, l’artiste a déjà fait appel des improvisateurs aussi renommés que le tromboniste afro-américian George Lewis bien connu des jazzophiles.

    … les petites victoires d’empreintes DIGITALes tiennent de l’exploit.

    Ambiance électroacoustique

    Martin Geoffroy, McGill Daily français, 5 mars 1991

    Le directeur de l’Association pour la création et la recherche en électroacoustiques du Québec (ACREQ), Yves Daoust, est content. Au cours de la demière décennie, Montréal est pratiquemment devenue la Mecque de la musique électroacoustique en Amérique du Nord. Des dizaines de concerts de cette musique encore trop marginale ont été donnés dans la demière année seulement. Visiblement détendu par ces premiers succés populaires, le directeur nous a donné sa définition de la musique électroacoustique.

    La musique électroacoustique est un «tripotage électronique» des sons. Le travail se fait essentiellement à partir d’une information électrique pour ensuite restituer cette dernière sous forme d’onde acoustique. «Par exemple, on a un trombone qui ne joue aucun son de trombone, parce que le son est modifié par manipulation électronique», explique Yves Daoust. En fait,c’est un mélange d’instruments conventionnels ou modifiés et de montages sonores enregistrés au préalable en studio. «La musique ne se fait plus comme elle se faisait il y a 25 ans: la technologie n’est pas innocente, elle influence notre mode de production et de pensée» spécifie Yves Daoust. Pour le directeur de l’ACREQ, 90% de notre culture sonore actuelle est électroacoustique. «Notre consommation de musique se fait essentiellement par des moyens électroacoustiques comme le disque ou la radio par exemple» argumente Yves Daoust.

    «L’électronique ne va pas disparaître, il va se perfectionner», affirme le directeur. Avec l’avénement des musiques mixtes, regroupant des bandes magnétiques à des instruments en direct rien ne semble vouloir arrêter la marche créative des électroacousticiens. «Le grand compositeur Pierre Boulez, qui a longtemps renié l’électroacoustique dans les années 60, s’est maintenant converti à ce genre d’approche moderne», soutient Yves Daoust.

    La musique populaire a trop utilisé l’électronique au niveau de la production d’album. Ce qui fait dire à Yves Daoust que «la technologie contient toujours ses propres germes d’auto-destruction». Le directeur cite en exemple le demier Michael Jackson qui a son avis est surproduit. «C’est tellement raffinée comme travail de studio que bientôt les gens vont en avoir marre et vont avoir envie de retrouver les bonnes vieilles guitares fuzzées», affirme Yves Daoust. Contrairement à certains musiciens électroacoustiques le directeur de l’ACREQ croit que les orchestres symphoniques vont continuer d’exister. «On va toujours jouer du Mozart ou du Beethoven», affirme Yves Daoust.

    La musique électroacoustique est née vers 1950 dans des stations de radio. «Elle est née de la volonté de faire de la création radiophonique», soutient Yves Daoust. C’est donc un phénomène relativement récent dont les multiples voix restent à explorer, ce qui a décidé l’ACREQ à parrainer la recherche en électroacoustique. Par exemple, on a réussi à mettre au point un «spatialisateur sonore» qui fonctionne relativement bien. «C’est une machine qui fait en sorte que le son puisse être réparti et contrôlé par ordinateur sur plusieurs haut-parleurs en même temps» explique Yves Daoust. L’ACREQ travaille en ce moment sur un système de son conçu spécialement pour répondre aux besoins particuliers de la musique électroacoustique.

    L’exploration étant la plupart du temps un phénomène marginal dans le monde de la musique, il y a lieu de se demander à quoi peut bien servir une association comme l’ACREQ. Elle s’est d’abord donnée pour mission de promouvoir la musique électroacoustique québécoise. L’association édite des enregistrements musicaux sur cassettes d’artistes québécois et fait la promotion de ces derniers à l’étranger. L’association organise aussi des ateliers de création sonore dans les écoles pnmaires et secondaires. Les élèves peuvent alors s’initier à diverses techniques inhérentes à l’électroacoustique comme la prise de son, l’échantillonnage ou le montage par exemple. «La durée des ateliers est habituellement de huit heures, mais après seulement deux heures les jeunes maîtrisent déjà assez les techniques pour commencer à jouer» soutient Yves Daoust.

    Le directeur de l’ACREQ sort un premier disque compact sur étiquette empreintes DIGITALes au mois de juin. Un album qui aura l’air d’une trame sonore de film. Gageons que cette première offrande sonique est trés attendue des amateurs.

    Au fur et à mesure

    Félix Légaré, Voir, 28 février 1991

    La petite maison de disques empreintes DIGITALes, la première et la seule à se consacrer exclusivement à l’électroacoustique dans toute l’Amérique du Nord, vient de souffler une bougie. Question de célébrer ses premiers pas, la famille s’embarque pour une tournée canadienne, Traces électro, qui s’arrétera dans sept villes, dont Montréal le 6 mars.

    Ravi, le compositeur Jean-François Denis, co-fondateur de l’étiquette avec Claude Schryer, pliait ses bagages quand je l’ai contacté au téléphone. Le sourire presque audible, le musicien m’annonçait que le bébé avait maintenant quelques dents: «On a constaté un profit. C’est pas hyper rentable, pas encore, mais ça peut vivre, quoi. On a reçu des subventions pour les trois premiers disques. Mais on a réussi à produire les deux derniers sans aucune aide.»

    Une performance remarquable dans un milieu où chaque disque ne s’écoule qu’à près de 400 exemplaires. Avantages: cette musique est souvent conçue directement sur bande. On s’épargne ainsi de coûteuses sessions de studio. «Puis les ventes par la poste évitent les frais de distribution et augmentent la marge de profit,» ajoute monsieur Denis.

    Raison de plus pour festoyer, le monde des sons trafiqués bouge plus que jamais au pays. «Les choses s’activent depuis la fondation, en 1986, de la CEC (Communauté électroacoustique canadienne), qui a nettement favorisé les échanges.» Et permis de rapprocher des compositeurs jusque-là isolés.

    Pendant que le fer est chaud, la toumée Traces électro, «la première qui ait jamais eu lieu ici, à ma connaissance», viendra battre la mesure de Vancouver à Québec. Les compositeurs Christian Calon, Robert Normandeau, Alain Thibault, qui ont chacun leur album chez empreintes DIGITALes, y présenteront leurs pièces tout comme Daniel Scheidt, qui en profitera pour lancer le sien, Action/Réaction. Jean-François Denis et Claude Schryer seront aussi de la partie, et six interprètes, dont le pianiste Jacques Drouin et la soprano Pauline Vaillancourt. L’événement de Montréal sera toutefois écourté, puisque trois artistes y ont déjà diffusé leurs œuvres l’an demier. Le 6 mars, au Théâtre Les Loges.

    Une performance remarquable…

    Interview: Jean-François Denis

    Stephan Dunkelman, Les Cahiers de l’ACME, no 112, 28 février 1991

    Ancien président de la CÉC (Communauté électroacoustique canadienne), Jean-François Denis, que nous avons rencontré l’année passée au festival de Bourges, s’est lancé dans la production et l’édition de musiques électroacoustiques. Il nous a paru intéressant de connaitre les motivations qui ont entrainé ce type de projet.

    Qu’est-ce que DIFFUSION i MéDIA? DIFFUSION i MéDIA a été formée par Claude Schryer et moi-même dans le but de créer une société de production d’arts médiatiques, cela pour la bonne et simple raison qu’il n’en existait encore aucune au Canada.

    Qu’entendez-vous par art médiatique?

    Je veux parler des arts technologiques: l’électroacoustique, la vidéo, le théâtre musical, la publication de livres interactifs dans le genre «hypermédia» qui a été très populaire en Amérique du Nord, les CD-ROM. La première réalisation de cette société a été de créer le label de disques compacts empreintes DIGITALes qui se spécialise en électroacoustique. Cela n’existait pas et il nous a semblé indispensable de créer un type de rapport direct avec ce genre, un peu comme ECM l’a fait avec le jazz. Nos quatre premières réalisations couvrent déjà un éventail assez large du domaine électroacoustique avec Christian Calon qui est très musique concrète, Robert Normandeau qui l’est moins exclusivement puisqu’il emploie plus volontiers des sons de synthèse alors qu’Alain Thibault est tout à fait électro-instrumental, à la limite de l’électro-pop. Enfin, le quatrième disque sera consacré à 25 électro clips (pièces courtes de trois minutes) commandées à 25 compositeurs différents pour célébrer la tenue du festival «Montréal musiques actuelles».

    Quelles sont les limites que vous vous étes imposées?

    La règle première qui régit notre travail est de s’investir dans des projets qui nous tiennent à cœur. Les limites de la société seront déterminées par nos goûts et si les projets ne concernent pas l’électroacoustque, ils seront édités sous un autre nom.

    Comptez-vous vous limiter aux compositeurs canadiens?

    Dans l’absolu, non. Toutefois, au début, nous devrons nous y tenir par manque de moyens: les autorités canadiennes n’acceptant de subsidier que des compositeurs nationaux. Comme nous sommes encore trop tribunaires des aides gouvernementales, nous ne publierons, pour le moment, que des compositeurs canadiens.

    Si un compositeur étranger obtient les subsides nécessaires, peut-il se faire produire chez vous?

    Tout à fait, pour autant que le projet nous plaise.

    Y-a-t-il des rapports entre la CÉC et vous?

    Non, les seuls contacts que nous entretenons sont ceux que nous avons avec les compositeurs ou que nous pouvons avoir avec n’importe quel autre organisme.

    Votre action se limite-t-elle à des compositeurs connus et reconnus ou bien envisagez-vous aussi, par exemple, de produire un CD qui reprendrait les meilleures œuvres d’étudiants durant une période de cinq ans afin de promouvoir ainsi de jeunes compositeurs?

    Nous n’avons pas encore envisagé d’autres perspectives que celles citées plus haut: travailler avec un compositeur ou un concept, comme pour le CD Électro clips. Dans la même optique, nous travaillons sur un projet de pièces radiophoniques. Il ne peut y avoir qu’un thème fort pour que nous envisagions de rassembler plusieurs compositeurs sur un même CD. Afin de répondre plus précisément à la question, il est évident que nous sommes actuellement — j’insiste sur actuellement — encore trop tributaires des aides extérieures, ce qui explique que nous devons travailler avec des compositeurs connus. Mais, ceci est une exclusive qui tendra à disparaître au fur et à mesure du développement de notre indépendance financière.

    Avez-vous des projets en coproduction?

    Nous comptons produire, avec l’Ina-GRM, un double CD de Francis Dhomont: le concept est monté, il ne manque plus que les fonds.

    Quels sont les rapports que vous entretenez avec d’autres maisons de productions?

    Comme nous ne faisons concurrence à personne, nous ne pouvons avoir que de bons rapports avec les autres maisons, fructueux ou non. Toutefois, ceux-ci n’ont encore rien donné de concret par manque de temps. Le projet de coproduction avec l’Ina-GRM prouve que c’est possible et même souhaitable pour la diffusion mutuelle de nos productions. Nous sommes donc ouverts à toute collaboration sous fomme d’échanges de services (réseau de diffusion, fichier, etc). Nous collaborons avec une publication dont le premier numéro est sorti le mois dernier et qui s’intitule Leonardo Music Journal et nous sommes en relation directe avec une nouvelle revue de musicologie qui s’appelle Circuit. De cette manière, nous pourrons créer un réseau de producteurs car il est primordial, dans la situation où se trouve l’électroacoustique, de conjuguer les efforts fournis.

    Votre rayon d’action en Amérique du Nord se cantonne-t-il au Canada?

    Il y a un pré-circuit aux États-Unis. Le plus dur, dans notre domaine, concerne la diffusion. il est très simple de trouver un distributeur dans un pays étranger, mais il est difficile d’en trouver un «bon» dans ces mêmes pays étrangers; c’est-à-dire quelqu’un qui connaisse les endroits-clés pour diffuser notre produit et qui ne bloque pas la situation comme cela s’est déjà produit avec certaines petites marques qui ont été inclues dans des réseaux de distribution de grandes marques et qui pour des raisons de rentabilité, ont été mises au placard par ces mêmes grandes marques. Il existe, par exemple, une marque allemande disponible en France mais pas en Belgique car la marque de renom ne distribue pas celle-ci dans ce pays. Nous voulons éviter ce genre d’aberration et entrer en contact avec des petites firmes qui sont dans le méme cas que nous ou bien trouver un distributeur qui s’intéresse à notre projet.

    Vous envisagez, comme le laissait supposer le début de notre entretien, la publication de livres… Qu’en est-il exactement?

    DIFFUSION i MéDIA est, en effet, intéressé par la publication d’une série de livres. Exemple tout à fait imaginaire, Robert Normandeau travaille sur un texte pour sa thèse de doctorat: «Le cinéma pour l’oreille». Il n’est pas dit que nous ne soyions pas candidat à la publication de ce livre, qui serait complémentaire à notre travail sur l’électroacoustique. Nous comptons également — mais c’est encore à l’état de projet — publier des petits fascicules d’analyses destinés à la pédagogie. Dans cet optique, nous encodons des index dans nos disques compacts afin de pouvoir isoler des sous-sections dans une pièce et de pouvoir concentrer une analyse sur une petite partie d’une œuvre. Par exemple, dans le Concerto pour piano MIDI d’Alain Thibault, il y a trois mouvements mais aussi onze sous-sections repérées par des index.

    Ces analyses seront-elles écrites par un analyste ou par les compositeurs?

    Je pense que pour l’électroacoustique il est plus intéressant de le faire faire par le compositeur et je vois ces fascicules plus comme des indices que comme des analyses. Il est évident que nous introduirons les partitions d’écoute dans ces «indices». Il serait intéressant de créer des piles Hypercard représentatives du travail d’un compositeur et de les envoyer dans toutes les universités, ce qui constituerait un outil pédagogique intéressant pour les professeurs comme pour les étudiants qui benéficieraient ainsi de l’équivalent d’une démo pour un logiciel musical.

    Les aides gouvernementales semblent importantes dans le fonctionnement d’empreintes DIGITALes, comment, dès lors, éviter le piège de la musique exclusivement canadiennne?

    Ceci est une de nos préoccupations essentielles. Toutefois, a y a encore beaucoup de musiques québécoises et canadiennes qui méritent d’être éditées en disques compacts. Nous avons cependant différents projets — avec un compositeur anglais notamment — mais il nous faut de l’argent et aussi du temps pour en trouver. En attendant des jours meilleurs, une des solutions permettant de pallier à ce problème est d’ouvrir les portes aux coproductions. Il faut multiplier les contacts, non seulement avec les sociétés de distributions, mais aussi avec les organismes de relations entre les pays francophones.

    Quel rôle pourrait jouer votre société lors de l’organisation d’un festival d’électroacoustique au Canada, un peu celui des CD des lauréats du concours de Bourges par exemple?

    Si nous avons les fonds, c’est envisageable puisque cela correspond à la notion de concept. Pour le moment, c’est impensable sur le plan financier, d’autant plus que ce genre de projet implique d’endosser l’activité d’un groupe qui ne partage pas nécessairement les mêmes politiques que les nôtres.

    En tant qu’ancien Président de la CÉC, comment ressentez-vous les changements inhérents aux fonctions différentes effectuées dans votre nouveau travail?

    Ce travail me pemmet de moduler mes énergies qui, à la CÉC, étaient diluées. Ce projet est privé, plus personnel, je n’ai plus à être démocratique ou représentatif d’une institution. À la présidence de la CÉC, je devais consacrer une énergie incroyable à consulter les gens et à les convaincre si le besoin s’en faisait sentir. Avec DIFFUSION i MéDIA, les décisions se prennent plus rapidement et doivent enthousiasmer les deux partenaires. Le travail est donc tout à fait différent, moins prestigieux peut-être, mais plus épanouissant car il me permet de réaliser plus rapidement des idées qui me tiennent à cœur.

    Nos quatre premières réalisations couvrent déjà un éventail assez large du domaine électroacoustique…

    Computer Composers Create On the Musical Edge

    Alison Appelbe, The Vancouver Courier, 27 février 1991

    Weird but appealing sounds bounce off the walls of the clapboard Western Front building on East Eighth Avenue.

    Simultaneously, it seems as if some giant, gentle cosmic force is tapping the building with a pair of sticks, an organ reverberates at your back, and the pure, sweet line of a clarinet swirls around the centre of the room.

    What is at work is North Vancouver composer Daniel Scheidt communicating through his computer and multi-track synthesizer with Québécois instrumentalist Claude Schryer, to create an interactive work for clarinet and electronics.

    “It’s hard to put a finger on what it is,” says Scheidt, when asked to explain the improvisational nature of the computer-enhanced sound. “There’s a relationship that develops between the performer and my software — there’s that dialogue. The computer is following the live perfonnance. There’s a feedback loop, but it’s more like we’re both talking at once than a conversation. Both are listening to one another.”

    Well, in the world of music-on-the-edge you don’t ask too many questions; it’s better to just listen.

    “I would be very happy for people to say, ‘That was a different way to make music,’” Scheidt continues. “I think we need new wavs of thinking to help solve problems. I think there’s validity to posing the potential for newness. If I’m helping people to loosen up — then that’s my reward.”

    Scheidt is one of eight composer/performers taking part in a cross-Canada tour of live electroacoustic concerts called Electro Traces.

    The others are all from Montréal, and comprise what has been called “the hottest thing on the Canadian new music scene” — a group called DIFFUSION i MéDIA (co-founded by Schryer) that has made a series of compact discs on the empreintes DIGITALes label.

    The tour began in Vancouver last week, with the release of Scheidt’s own new CD, Action/Réaction, featuring interaction with a number of prominent instrumentalists.

    And while the Quebec musicians are most interested in the details of sound, Scheidt, who studied at Queen’s University and the University of Victoria, says he’s more into “the working process.”

    “I’m making music in a non-traditional way. I don’t work with notation — and I’m using the computer to explore different kinds or relationships.”

    He even presents musicians with puzzles and mazes to wander about in, and somehmes his installations invite public participation. However, “sound in the space” is the focus of the Electro Traces tour.

    “All the other composers have a history of presentation — of exploring an acoustic space,” Scheidt says.

    They use an eight-channel sound systern that will ‘spatialize’ the sound and rnove it around. Called ‘acousmadcs,’ it purports to offer a third dimension to musical works.

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