Artifacts (I) est tirée d’une série (projetée) de pièces construites entièrement à partir des sons d’un violon décrépit. De taille adulte, l’instrument me fut donné par ma grand-mère, alors que j’étais trop petit pour me souvenir de l’occasion. C’était sa manière de dire à mes parents qu’ils devraient me payer des leçons. J’ai finalement appris le violoncelle; le violon a ramassé la poussière, souffrant la valse des saisons humides et sèches, jusqu’à l’effondrement de son âme. Ma pièce explore la mémoire et la représentation (erronée) d’événements passés, à travers la documentation et l’enregistrement. Ce violon semblait offrir une source sonore appropriée à un tel projet. J’ai utilisé les cordes (frottées, pincées, frappées, grattées, pliées de l’autre côté du pont) et le corps même de l’instrument (le son du microphone grattant la peinture et le vernis, les coups sur le corps, l’âme valsant à l’intérieur de l’instrument). Pour le traitement des matières sonores, je me suis inspiré de divers supports d’enregistrement, du bruit de vieux 78 tours à celui de fichiers MP3 corrompus. En matière de composition, je souhaitais aussi suggérer certains marqueurs stylistiques. Et j’étais conscient des évocations et des manipulations temporelles inhérentes à l’enregistrement, la perception du temps historique, ainsi que le temps dans le domaine personnel ou nostalgique, et de la manière dont ces lignes temporelles se croisent.
— Nick Storring [traduction française: François Couture, xi-08]
Distinctions