Trois rêves d’oiseau
François Bayle
Trois rêves d’oiseau
- François Bayle
- Année de composition: 1963-71
- Durée: 9:48
- Instrumentation: support stéréo
- ISWC: T0030176727
Stéréo
Création
- 6 février 1972, Concert, Musée Guimet, Paris (France)
Moqueur, remix du troisième des Portraits de l’Oiseau-qui-n’existe-pas (no 15 — 1963), conçu à l’origine pour les images animées du peintre Robert Lapoujade, est un “vintage”, une archive de mes débuts
Des figures instrumentales écrites
Triste survient, opposant de sombres et lentes trajectoires à des jacasseries irritées, dans une technique de travail “à la main” directement sur platine tourne-disque (quelques decennies avnt les pratiques DJ
L’ensemble s’équilibre avec le troisième rêve Zen, serein et argenté, apposant sur un tremblé harmonique les dessins irréels d’un uirapuru véritable, cet oiseau du Brésil qui annonce la mort paisible (ce moment provenant de l’Expérience Acoustique).
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L’œuvre est ici remixée à partir des sons originaux le moins possible restaurés.
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Il m’a été suggéré de faire figurer à ce programme un
Depuis longtemps cette pièce me retient. Une singulière ténacité est ici à l’œuvre
De la série de catastrophes qui s’abat sur lui — coupures brutales (par inserts fichés dans la bande comme des coins dans le bois, raccords qui le font
Il y a, au fil de l’écoute, le sentiment d’être en présence d’un phénomène qui défie les lois physiques (Le sommeil d’Euclide, déjà). Un tel mouvement ne puise pas sa force à une source habituelle. Est-il mouvement de l’âme
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Le titre montre l’allusion à cette chambre noire qui le lieu où se forme une image, c’est-à-dire qu’ici, ce n’est pas le noir, c’est le silence. Le son se dessine sur du silence, les contours du visible se dessinent sur l’invisible qui, en son, est le silence. Nous avons un conditionnement avec ce titre. Fin de staccato, toccata, vibrato, rubato, mouvements de l’ordre d’une minute. Les pas… Si l’on mesurait en centimètre de bande la durée effective de ces marques de pas, on s’apercevrait que cela ne fait que quelques mètres, quelques secondes, mais la prégnance est considérable. Il y a effectivement des marqueurs très forts qui impressionnent fantastiquement la conscience. Les manifestations de présence laissent une trace très significative. Ce qui me préoccupait dans
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Le titre — en hommage musical à Max Ernst — veut évoquer le monde des images auditives accordées à la fantaisie des rapports inattendus. L’étrange naît du familier. Que rappellent ces roulements, ces murmures, ces élans, ce chant, ces rondes paisibles, ces éclats soudains, ces calmes revenus
D’abord mon amour pour Jules Verne (Espaces inhabitables, Jeîta) ses symboles. Autant que mon impossibilité à ne pas refléter l’expérience surréaliste dont ma génération est héritière. C’est ainsi qu’on y
Cette section est en effet dédiée à
J’avais écrit lors de la création, dédicacée à P Schaeffer, P Henry, I Xenakis — ensemble,
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Deux
La transformation de la première
Avec le même instrument a été traitée une seconde
Les fragmentations de cette deuxième
Les phonographies présentées à l’état presque naturel dans la partie antérieure sont ici
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1er mouvement
De quoi se libère l’art de sons invisibles
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Commande de l’État (Direction de la musique, France) et de l’Ina-GRM (Paris). Création le 6 juillet 1989, Nice — Cloître de Cimiez — Festival MANCA. Prix Ars Electronica 1989.
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Relancés par une énergie giratoire, par l’exposé d’une scène, d’un paysage aux personnages harmoniques, des éléments disloqués s’assemblent. Une figure finale survient, moment éphémère.
Je pensais — mais parce que c’est au-delà de l’audible je n’ai pu mieux m’en approcher — à ces belles lignes de Borgès, où se chante la nouvelle alliance, la nouvelle expérience, qui agite les vibrations, les noue, les défait
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Parmi les métaphores supérieures — dont la musique offre justement la plus notoire réussite — celle du ciel en est bien proche. On y rattachera ces autres
Comment rester insensible à tant d’attraits acousmatiques
Ayant dans une autre œuvre salué ceux de ma parentèle, c’est à mes maîtres des années soixante, Karlheinz Stockhausen et Olivier Messiaen, que j’ai pensé adresser cette méditation, sur le mystère des qualités et des couleurs.
Commande spéciale du Ministre pour le cinquantenaire de la musique concrète. [Version stéréophonqiue réalisée en 1997.]
La nature — ce réservoir d’organismes et de formes temporelles — propose bien des schèmes à notre imagination rythmique
Les figures de temps, dont la trace sonore révèle le mouvement intérieur, surprennent par leur vocabulaire familier. Susciter un désir ou plaisir d’écoute à partir des perceptions plutôt temporelles, de leurs élans, images, figures, éclats, tel est bien le projet, son idée dynamique.
Plusieurs
Voici, mises en œuvre, quelques figures du temps. Il y a celle qui presse et fuit, — qui bat et martelle, — qui déferle en vague, — qui se retire, s’inverse, — qui éclabousse en gerbe, — qui ruisselle en pluie, — qui coule, en s’égrenant, — qui perle lentement, — qui gicle par saccades, — qui gire en tourbillon, — qui s’évapore…
Variations du
Contemplation aux harmoniques pythagoriciennes bien sûr, puisqu’ainsi parle le poète
[…]
[…] Tout arrive pour la première fois, mais de manière éternelle.
Celui qui lit ces mots les invente.
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En cinq étapes le parcours d’écoute aura accompli un trajet, celui de l’unité temporelle allant vers son grain le plus fin, et la perception sensible s’aiguisant progressivement dans son appréciation des images et des formes.
La fugacité des couleurs, la vélocité des figures iront se résoudre en spirale (cette forme tri-dimensionelle du cercle), selon laquelle l’image-son initiale (les cloches) va se trouver prolongée à l’infini dans l’image-son finale
… bouillonnement, pression du temps
L’effervescence sonore s’installe et comme un gaz occupe le volume d’écoute.
Mais celui-ci semble comme troué de soudaines amnésies, de parasitaires réminiscences. D’irréelles plages de durées venues d’ailleurs s’interposent. Etranges multiples.
… espacement, temps-miroir
L’air du temps porte le son et ses reflets…
De même que deux tonalités ne sont jamais aussi éloignées entre elles que décalées d’un petit intervalle, de même des sonorités très différentes peuvent aisément fusionner, tandis que très proches elles resteront distinctes.
Ce qui alors vient me chanter comme musique, c’est le jeu de ces associations-dissociations entre figures proches et images lointaines. La perception immédiate les appréhende comme une odeur. L’animalité de l’écoute y flaire une piste et, retournant la mémoire des formes, retrouve les schèmes et les désirs enfouis.
Alors la représentation fonctionne
Les ailes du temps portent les reflets du son.
Ainsi l’écho des cloches sur les murs des cours intérieures (et singulièrement celles de l’église Saint-Séverin d’où je les écoute chaque jour depuis 30 ans, avec en prime les
… si proche (à quinze mètres à peine)… si loin (je ne suis pas oiseau)
Ainsi les
Et les différences microtonales, les fusions des matières, les percussions de souffle, les accents dans les lignes. Les mutations de proche en proche, les distances…
L’air porte les ailes.
Le temps porte les battements.
… morcellement, temps interne
Entités agitées, glissées. Figures presto-subito, gigues presque lentes. Étirements contractés, accents contrariés, points espacés, lignes harmonisées. Où est-on, où en est-on
Quelle est cette agitation, palpitation, altération
Suis-je concerné par ce fourmillement, tremblement
Suis-je le lieu de cette vibration temporelle
Mais, pourrait-t-il…quand et pourquoi, et pour qui d’autre… se reproduire
(Ne suis-je moi-même un
… déplacement, pulsion du temps
Qu’est-ce qu’une
Le mot vient du verbe
Le
C’est aussi, l’allure ou manière d’être, ce qui ne peut cacher la faille psychologique
Créée le 20 octobre 2000 sous le titre
… ruissellement, temps tourbillon
D’abord la grêle légère de ces
Puis ces souffles glissés qui doucement montent en parcourant circulairement l’aire d’écoute…
Puis ces figures, en forme de constellations que le vent encercle…
Puis ces cercles qui s’agrandissent, s’encerclent eux-mêmes concentriquement, s’animant, s’apaisant…
Puis ce grain fin qui tisse sa trame et celle-ci qui s’étoffe et couvre l’espace…
On l’aura compris, ce jeu pourrait durer…
Ombrages et trouées
Se glisser à l’intérieur du temps d’une étincelle
Un grand frisson va couvrir de sa ramure une zone de bruissements trouée de lumières et de couleurs.
Le continuum multi-résonant émet des formes. Des marques s’y dissimulent, des figures, des signes. Ici ou là, des entités dynamiques enchevêtrées surgissent. Parfois ces
Les accidents de l’attention circulent parmi les appels ou plutôt
Cinq moments se succèdent, maillés de rappels, d’étirements
Couleurs inventées
Deux sensibilités auditives s’expriment dans ce diptyque, deux conceptions de la forme papillonnante
Après l’intensité survient ici un moment de calme. Ne s’offre plus à entendre, dans sa “concrète immaterialité”, que l’image multiple de résonances colorées et galbées, pour seulement en faire jouer (ainsi que d’un rouge posé sur des lèvres bien dessinées) ses volumes et ses brillances.
L’écoute mise sous pression par ce qui précédait, tout à coup s’enlève et se dilate comme un gaz chaud, ascendant.
Cinq
L’écoute colorée bascule alors sur l’écoute dynamisée, qui l’emporte par son martellement jusqu’à la fin avec couleurs-mouvements et couleurs-temps.
Créée le 1er octobre 2002 sous le titre
À
Karheinz Stockhausen , in memoriam… par sa musique immense il a augmenté l’espace de la terre et maintenant par elle encore il agrandit le ciel…
« L’Univers nerveux deFrançois Bayle est à la fois serré et ouvert. C’est un espace de circulation maximale où la sonorité se propose plus qu’elle ne s’impose. De grandes distances sont franchies. L’ardeur et la précipitation de cet univers en hyper-vitesses n’est pas oppressant — phosphorescent plutôt: les sons s’illuminent de leurs mouvements.»
Un tissu vibratile sous haute tension. Espace cosmique ou simplement toile d’araignée (peu importe l’image mentale associée), un réseau tendu de lignes de forces en tout cas. Antenne pour capter des signaux faibles. Parmi les parasites qui arrivent par paquets, sous pression, une forme accidentée, hésitante, dans la région du sous-grave. (Mais peut-on nommer forme quelque chose d’aussi informe
[xii-07]
Plaçons-nous à la croisée de ces deux chemins de l’attente musicale, l’horizontal et le vertical.
À travers ces aptitudes spontanées, il est en effet deux tendances naturelles. Celle qui d’un déroulement temporel, va suivre le fil quasi stable, tenter de le maintenir en s’attachant aux micro-variations des textures. Mais celle aussi qui plutôt s’ouvrira à l’épaisseur du présent de la sonorité, à son épanouissement dans l’espace audible, du grave à l’aigu, du proche au lointain, plus ou moins éclairé, coloré d’harmonies passagères.
Selon ces deux modalités de la sensation auditive, le devenir des entités multiformes vont se déployer en gerbes jaillissantes, flottantes, retombantes.
Et ces deux modes de concrétisation du monde des formes — lignes ou surfaces — saisissent la perception de façon bien spécifique.
Tandis que l’oreille ‘différentielle’ apprécie immédiatement les modifications fines de durées ou d’aspérités, l’oreille ‘arithmétique’ discerne instantanément les rapports de distances et de superpositions. L’une se réjouit d’incessantes ‘saillances’, l’autre capte et retient les apparitions de ‘prégnances’.
« Faire jouer ces attractions différenciées, articuler ces sensations opposées.
Provoquer l’apparition de ‘figures croisées’.
Dessiner ces chemins, les contrarier, les survoler…
Mêler, démêler les trajectoires spatiales, dans la disposition multiphonique de la projection sonore. Se donner un espace de jeu.
Mais auparavant organiser les polyphonies en faisceaux rassemblés, ou en gerbes…
Provoquer l’écoute attentive, l’attirer par des brillances, l’accélérer, la trouer de silence.
L’aiguiser…»
Par jeu, j’ai voulu aussi ressusciter quelques images-sons d’œuvres antérieures. Ainsi, donc
[xii-12]
Au départ m’anime l’idée de mouvement, la poussée d’un flux. Une double poussée, puisqu’à celle qui doucement va envahir la surface d’écoute, s’ajoutera aussi cette autre, verticale, qui (nous) soulève. Élévation, révélation. Par strophes successives s’épauleront ces deux pressions, l’une toute en douceur, l’autre en impatience. Nappes et tourbillons, courants ascendants.
[xii-12]
Figures de flexibilité, en plusieurs états
[xii-12]