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electrocd

Michel Chion

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Akousma

Alain Brunet, La Presse, October 19, 2016

Michel Chion, Troisième symphonie, l’audio-divisuelle

À l’Usine C le 19 octobre, 18h

Le compositeur français qualifie sa troisième symphonie d’œuvre «audio-visuelle». Il s’applique à y faire s’entrechoquer sons et images de différentes manières. Cette œuvre a pour objet de «célébrer la vie sans aucune référence religieuse» et d’évoquer la mort «plus solaire que pluvieuse». De plus, Michel Chion dit avoir eu recours aux principes musicaux de la composition pour monter les images et les faire interagir avec les sons.

Pita, Get In

À l’Usine C le 19 octobre, 20h

Pita est le pseudonyme du fondateur des Éditions Mego, Peter Rehberg. Londonien transplanté à Vienne, ce vétéran de la scène électro s’inspire du bruitisme, de l’ambient, de l’industriel, du drone, de la techno, mais aussi des premières vagues électroacoustiques. Pita a enregistré une douzaine d’albums au cours des deux dernières décennies. C’est un habitué des plus grands festivals électro: Sónar, All Tomorrow’s Parties, CTM Berlin, Donaufestival. Il a reçu le prix Ars Electronica en 1999. Get In, qui sera présentée à Montréal, suit les œuvres Get Out (1999) et Get Off (2004). De la suite dans les idées… au cœur du son.

Adam Stanović, Escapade et Mettallurgic

À l’Usine C le 20 octobre, 20h

Directeur du programme de maîtrise en art sonore de l’Université de Sheffield, Adam Stanović se spécialise dans la composition d’œuvres électroacoustiques de type acousmatique. On a pu entendre ses œuvres dans quelque 500 festivals et concerts à travers le monde. Escapade se veut un assemblage inédit de micro-fragments de musiques orchestrales. Quant à Mettallurgic, elle met en scène l’exploration sonore d’un morceau de métal via la résonance, la percussion et autres manipulations physiques de l’objet, et aussi via le traitement électronique de ces manipulations.

Antwood, Pièces de l’album Virtuous.scr

À l’Usine C le 21 octobre, 20h

Antwood est le pseudonyme de Tristan Douglas, artiste canadien endossé par les labels Cocobass et B.YRSLF Division (sous le pseudo et jeu de mots Margaret Antwood). Il jouera à Akousma les versions alternatives de pièces tirées de son plus récent album, Virtuous.scr. L’idée de cet album se fonde sur la question suivante: l’intelligence artificielle peut-elle respecter un code d’éthique qui lui est propre si elle connaît un éveil «émotionnel»? Autour de cette thématique, la musique expérimentale investit les codes de la musique populaire se déployant dans un environnement électronique.

Richard Chartier, Recurrence / Retracing

À l’Usine C le 22 octobre, 20 h

Actif depuis la fin des années 90, le Californien Richard Chartier s’est taillé une réputation dans les sous-tendances néo-moderne et micro-son de l’art sonore. Sa musique et ses installations ont été présentées en Europe, en Asie, en Océanie comme en Amérique du Nord. En 2000, il a fondé le label Line et assumé la direction artistique de nombreuses installations sonores. Son approche se veut autoréflexive: sa musique minimaliste explore l’espace sonore tout entier à travers les différentes caractéristiques de la relation entre émetteur et récepteur d’une œuvre: l’écoute, la perception, l’attention, le silence, etc.

Francis Dhomont, Cycle des profondeurs I, II e III

Au Conservatoire de musique de Montréal les 20, 21 et 22 octobre, 17h45

Parmi les pionniers vivants de l’électroacoustique, Francis Dhomont a amorcé un très long cycle de création à la fin des années 40. Il a passé une large part de sa vie professionnelle entre la France et le Québec. Nombre d’œuvres importantes du répertoire lui sont attribuées, dont les trois volets de ce Cycle des profondeurs, présentés en autant de jours. Sous le regard d’un soleil noir (1979-1981) relate un naufrage intérieur, inspiré des écrits du psychiatre et psychanalyste Ronald D Laing. Forêt profonde (1994-1996) est un mélodrame acousmatique d’après un essai de Bruno Bettelheim. Le cri du Choucas (2014-2015) évoque l’approche psychanalytique de Marthe Robert.

Michel Chion; Pita; Adam Stanović; Antwood; Richard Chartier; Francis Dhomont

Copieux festival Montréal/Nouvelles Musiques

Christophe Huss, Le Devoir, January 22, 2009

Le festival international Montréal/Nouvelles Musiques (MNM), sous l’égide de la Société de musique contemporaine du Québec, aura lieu du 19 février au 1er mars prochain. Cette quatrième mouture veut aborder, selon Walter Boudreau, «les mythes et légendes qui ont marqué nos civilisations, de certaines œuvres phares du XXe siècle à des légendes amérindiennes mises en musique par nos compositeurs».

MNM sera aussi l’occasion de parachever l’hommage à Claude Vivier, largement célébré la saison dernière. Sur 11 journées, NMN proposera 24 concerts réunissant les œuvres de 57 compositeurs, avec pour événement un «méga-karaoké collectif» à l’église Saint-Jean-Baptiste, avec 300 musiciens amateurs réunis autour de sept solistes, Raôul Duguay et Walter Boudreau pour interpréter In C de Terry Riley.

Parmi les têtes d’affiche, on remarque la présence du Français Michel Chion, accueilli par Réseaux et qui créera une de ses œuvres électroacoustiques, Le Souffle court. La Fonderie Darling sera le cadre d’un spectacle multidisciplinaire de Michel Gonneville sur les changements climatiques. Quant à Vivier, on note que son œuvre Paramirabo sera exécutée par l’ensemble Musique Avenir, dirigé par Véronique Lacroix, puis par le Ives Ensemble de Toronto et par un groupe français.

Walter Boudreau et la SMCQ recevront également la visite de René Bosc, dans un concert qui comprendra des œuvres de Ligeti, de Xenakis et de Cage.

Parmi les têtes d’affiche, on remarque la présence du Français Michel Chion, accueilli par Réseaux et qui créera une de ses œuvres électroacoustiques, Le Souffle court.

Rien à voir?

François Tousignant, Le Devoir, February 24, 1997

La «communauté électroacoustique» était en fête en fin de semaine à Montréal. On n’a présenté pas moins de neuf concerts en quatre soirs dans la petite salle du Théâtre La Chapelle. Comme ce genre de manifestation est rare à Montréal, il faut reconnaitre avec plaisir que l’événement a été assez couru. C’est le type de soirées qui sont fascinantes car elles nous permettent d’entendre une interprétation autre de ce répertoire malheureusement négligé que celle figée sur le disque. Bien que ce dernier demeure toujours une porte ouverte sur ce répertoire, rien ne vaut une bonne écoute, calé en salle, comme pour les concerts instrumentaux.

On peut alors profiter à fond de la spatialisation de la musique, du volume des sonorités. Je ne parle pas seulement du niveau d’intensité sonore, mais encore plus du poids relatif des sonorités telles que retransmises par l’orchestre de haut-parleurs (qu’on nomme aussi acousmonium). J’ai donc eu la chance d’assister à deux concerts.

Je connaissais bien les pièces de Jonty Harrison. Au disque l’impression est plus que bonne. En salle, on est déçu. Si les œuvres ont toujours ce côté insolite de la non-régularité dans le temps et que le titillement cervical est encore stimulant, l’usage de l’acousmonium n’apporte que fort peu de choses sinon une profondeur dans la perspective avant-arrière du lieu du son. La sonorisation est belle et fort «agréable» à écouter: pas de coups d’assommoir gratuits, mais n’enrichit guère le propos. Le compositeur se révèle le être un interprète ordinaire on le regrette.

Une écoute plurielle

On ne saurait dire de même de Tu de Michel Chion. En virtuose de la mise en habitation de sa musique, Chion force une écoute plurielle. Les petites voix tournent dans l’espace et tissent un réseau de significations parallèles au texte dont le contenu est tout tiré de La Flûte enchantée. Le compositeur joue sur les attentes, les prévisions d’écoute, parfois les satisfaisant avec humour, souvent en leur donnant une orientation nouvelle.

L’univers sonore est moins inaccoutumé que Harrison. Chion fait encore et toujours du Chion, ce qui est loin d’être un défaut, et il joue de la séduction et du raffinement avec une maestria généreuse. Ici encore, il faut souligner la grande «humanité» de la sonorisation. Dans un tel environnement acoustique, l’oreille est stimulée et l’intelligence sollicitée sans ostentation superfétatoire. Alors on embarque dans l’univers de l’œuvre et le temps passe très vite. On aurait aimé que ce «mystère» dure longtemps encore… tant la matière semble riche sous ses apparences naïves. On pense un peu au meilleur Tournier qui s’adresse aux enfants, disant des choses d’apparence simple, mais ô combien profondes, sans que l’on sache exactement quoi. N’est-ce après tout pas là un des mystères de la musique?

Le prisonnier du son à l’écoute: Michel Chion, musicien aussi «concret» que marginal

Louise Leduc, Le Devoir, February 22, 1997

Dans le café, ce jour-là, rue Saint-Denis, il y avait beaucoup de bruit Ou serait-ce de la musique? Le compositeur Michel Chion avait l’air attentif, mais l’était-il vraiment? Un musicien «concret» comme lui n’a-t-il pas les oreilles toujours à l’affût de quelque bruit de verres entrechoqués, de chaises qui craquent? Peut-on vraiment avoir l’attention d’un «prisonnier» du son comme stipule une de ses pièces? De la musique concrète, concrètement, c’est… «Je ne suis pas un reporter du son. Il en existe des tas dans l’enviromement mais le véritable travail de création consiste à les travailler électroniquement. En musique concrète comme en jazz, les sons sont aussi importants que les notes», explique Michel Chion dont le concert aujourd’hui au Théâtre La Chapelle viendra conclure une série de quatre soirs de musique électroacoustique. «Une fontaine, des bouts de métal, une voix tout peut être utilisé à ce qui ressemblera ultimement à une bande sonore de film. En concert, cette œuvre, fixée et impossible à reproduire, sera jouée sur bande et amplifiée par quantité de haut parleurs. Si l’expérience du concert devient ainsi dépendante de support high-tech, la fabrication de l’œuvre est au contraire très manuelle. «Je n’aime pas faire de la musique devant un écran d’ordinateur amplifié par quantité de haut parleurs. J’ai besoin d’utiliser mes mains, agir sur les bandes, les faire bouger avec mes mains, un peu comme le font les rappers avec les tables tournantes. Que le résultat rappelle le cinéma s’explique aisément Michel Chion est lui-même réalisateur et a notamment été primé pour son court-métrage Éponime. Chion est aussi professeur d’un domaine neuf l’étude systématique des rapports audiovisuels, à Paris.

«Les étudiants des écoles de cinéma acquièrent une trés bonne culture picturale, mais il leur manque souvent ce qui fait la différence entre une bon et un mauvais film: l’utilisation judicieuse des sons et de la musique.»

Marginal

En bon pédagogue qu’il est, Michel Chion, conscient de la marginalité de son travail, multiplie les comparaisons aux autres formes d’art plus «conventionnelles». «Debussy a pu inventer quelque chose de nouveau et de beau en musique car il avait cet amour de la peinture et des objets. Les limites qu’il voyait à la peinture, il les repoussait en musique et a ainsi pu, par exemple, peindre en musique la tombée du soir.»

Et Michel Chion continue les exemples: Schubert qui écrivait sa musique en pensant à la littérature et à Goethe en particulier, Bergman qui a fait plusieurs films en s’inspirant de la musique. Michel Chion, lui, ne se gêne pas pour emprunter au cinéma et aux mots, qui lui servent de prétexte pour utiliser le son de la voix.

En arrivant au studio pour travailler, Michel Chion n’a évidemment aucune partition devant lui. Simplement quelques esquisses, quelques lignes directrices. L’improvisation fera le reste, si la reprise d’un même son 50 ou 100 fois peut être assimilée à une improvisation… «C’est amusant de constater à quel point les gens oublient que la musique classique comporte aussi une grande part d’improvisation. Sinon, comment Schubert aurait-il pu, à 35 ans, avoir composé 600 œuvres?»

Assistant personnel à une époque de l’inventeur de la musique concrète, le regretté Pierre Schaeffer, Michel Chion dit avoir hérité, comme lui, du doute. «Vers la fin de sa vie, il était devenu sombre et pessimiste et trouvait que l’art contemporain se complaisait trop dans l’inhumain. L’homme, très culpabilisé, craignait d’être allé trop loin.»

Cette remise en question n’a pas ébranlé pour autant son disciple Chion. «Certains artistes foncent comme des taureaux et croient que l’art contemporain doit tout écraser. Moi je me sens schaefferien justement parce que j’accepte mes doutes. C’est le rôle de l’artiste de permettre aux gens de vivre leurs contradictions, chose que ne permet plus la société. Tous ont pourtant leur moment de doute, leur moment d’hésitation entre le doute et la révolte, le goût de crier tantôt «vive Dieu», tantôt «à bas dieu.»

Michel Chion, lui, rêve d’entendre un jour les artistes dire honnêtement, à la télévision, qu’ils croient que leur travail est important, mais que parfois ils en doutent. Pour le reste, que sa musique ne soit ni comprise, ni acceptée par tous, tout de suite, ne l’inquiète pas. «Une œuvre, c’est comme une bouteille à la mer. Et il faut qu’elle touche les personnes une à une.»

C’est le rôle de l’artiste de permettre aux gens de vivre leurs contradictions, chose que ne permet plus la société.