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  • Lieux inouïs in Le Devoir

    “empreintes DIGITALes laissera certainement sa marque”, Carol Bergeron, Le Devoir, April 7, 1990
    Saturday, April 7, 1990 Press

    Né en 1955 à Québec, Normandeau se consacre à l’électroacoustique avec autant de détermination que Calon, son ainé de cinq ans. Lui aussi semble irrésistiblement attiré par ce qu’il appelle «la libération des espaces intérieurs».

    Il va chercher chez des maîtres électroacousticiens français comme François Bayle, Francis Dhomont ou Bernard Parmegiani, à la fois l’inspiration et le désir de poursuivre encore plus loin l’investigation d’un monde sonore encore plein de promesses.

    A propos de leurs musiques — auxquelles il ajoute celle de Calon — il affirme «qu’elles l’aident à vivre en ce qu’elles lui font découvrir des zones inexplorées qui s’ouvrent devant lui comme des lieux de recueillement et de méditation.»

    Réunies sous le titre Lieux inouïs, les cinq pièces gravées sur disque de Normandeau représentent l’essentiel de son œuvre, du moins, de ce qu’il tient à diffuser. Et, soit dit en passant, la réalisation technique est ici supérieure au disque de Calon en ce que les bruits de bande ont été totalement effacés.

    Le langage est celui d’un magicien des sons. On en revient à la comparaison avec Ravel. Normandeau transforme une chose apparemment banale comme un claquement de porte (Rumeurs) en une cellule rythmique qui se modifie et qui chaque fois déclenche des images sonores variées et superbes. Ce sont des portes qui en se fermant derrière nous, nous obligent à continuer d’explorer un microcosme habité par le compositeur.

    Ailleurs, dans Mémoires, on admire comment des bribes de plusieurs requiems se sont intégrées jusqu’à se fondre à sa substance même de la trame sonore. Nous sommes aussi fort heureusement débarrassés de la «citationite» cette plaie qui ronge tant de pièces contemporaines. C’est sans doute que Normandeau possède l’étoffe d’un compositeur capable de se forger une langue propre, capable d’exister par la propre force de son talent.

    Ainsi, les deux premières éditions d’empreintes DIGITALes s’inscrivent-elles au palmarès des réussites. Le prochain laser rassemblera des œuvres d’Alain Thibault, un autre électroacousticien québécois fort doué.

    Le langage est celui d’un magicien des sons.

    Lieux inouïs, Robert Normandeau in La Presse

    “Le premier disque de Robert Normandeau”, Alain Brunet, La Presse, April 1, 1990
    Sunday, April 1, 1990 Press

    Lieux inouïs, le disque de l’électroacousticien Robert Normandeau, était lancé dans un lieu incongru. Pas nécessairement inouï, mais inusité.

    Le concept est intéressant: goûter de savants brassages sonores au Planétarium Dow, dont le nom rappelle des brasseurs autrefois célèbres…

    Sous les étoiles et les dispositives du Planétarium, on plane. On risque certaines turbulences, mais on plane quand même. Évidemment, tout dépend du point de vue où l’on se place.

    «Je tiens à cueillir mes sons moi-même, souligne Normandeau. Chacun d’entre eux ont une histoire. Je ne me sers presque pas des synthétiseurs». Surprenant, pour un genre qui semble embrasser les plus neuves technologies.

    Le centre de l’actuelle démarche de Normandeau consiste en un projet intitulé «Cinéma pour l’oreille». «Ce qu’on a compris du cinéma peut parfois étre transposé dans le langage musical. C’est ce qui m’intéresse: raconter des histoires à partir des sons. Chacun peut y percevoir ce qu’il veut bien y piger».

    Son premier disque rassemble l’essentiel de son travail créatif depuis 1985. Ajoutons que notre homme est le premier étudiant inscrit au doctorat en électroacoustique à la faculté de Musique de l’Université de Montréal.

    Au terme de notre courte conversation, je lui dit que mon séjour au Planétarium a, somme toute, été couci-couça. Il me suggére d’écouter Lieux inouïs sans support visuel. D’accord, on essaie. C’est effectivement mieux.

    En ce qui me concerne, les plus beaux moments de cette musique sont ceux où le présent experimental se lie avec le passé classique; de très beaux chants sont ainsi repris et traités avec circonspection! Pour ce qui est du reste je sens que tout cet échafaudage manifeste énormément de travail, certes mais camoufle un peu trop le fondement du propos, le centre emotionnel de l’œuvre.

    Remarquez que je suis un pur néophyte dans ce domaine qui ne m’a pas encore totalement séduit. Mais il y a tout un milieu de créateurs qui s’acharnent à faire proliférer le genre, donnons donc la chance aux coureurs.

    … les plus beaux moments de cette musique sont ceux où le présent experimental se lie avec le passé classique…

    Jean-François Denis, empreintes DIGITALes in La Presse

    “La naissance d’une étiquette électroacoustique”, Alain Brunet, La Presse, April 1, 1990
    Sunday, April 1, 1990 Press

    Jean-François Denis, compositeur et initiateur de l’étiquette empreintes DIGITALes, prêche pour sa paroisse. Une jeune paroisse.

    Le disque du compositeur Robert Normandeau vient tout juste d’être lancé sur empreintes DIGITALes. Un enregistrement de Christian Calon a préalablement été mis en marché et l’on prévoit deux autres galettes d’ici quelques mois: le compositeur Alain Thibault et une compilation d’«Istantannés électro» figurent au menu.

    C’est beaucoup pour un label si frais.

    «Il y a environ 300 000 amateurs de musique contemporaine en Amérique du Nord. Alors pourquoi ne pas tenter notre chance?», soutient Denis. Pas si bête, le jeune homme.

    De concert avec un autre artiste montréalais, Claude Schryer, Jean-François Denis a senti l’urgence de mettre à jour le travail d’une foule de créateurs, dont l’ébullition se limite à un cercle d’initiés, regroupés autour d’un petit organisme — l’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec (ACREQ); petit cercle qui peut devenir vicieux, à force de fermenter dans la même marmite.

    On sait également que l’approche électroacoustique est un certain prolongement institutionnel de la musique contemporaine de tradition européenne; au lieu de l’orchestre, le compositeur dispose de toute la batterie des sons rendus possibles par l’électricité et l’électronique. Un genre sérieux, cela va de soi.

    Or jusqu’à une date récente, il n’existait aucun label électroacoustique sur le continent, et ce malgré l’activité de nombre de compositeurs. «À Montréal, plusieurs d’entre eux sont laissés pour compte et gagnent pourtant des prix à l’étranger. C’est le cas des Robert Normandeau, Christian Calon, Gilles Gobeil, Stéphane Roy, Mario Rodrigue, Marcelle Deschênes, Francis Dhomont, Jean Piché, Michel A Smith, Yves Daoust, etc.», d’énumérer le patron d’empreintes DIGITALes.

    Denis ajoutera que plus d’une vingtaine de projets seraient endisquables dès maintenant. «Un disque électroacoustique ne coûte pas cher car les créateurs disposent de leurs propres studios, avec tout l’équipement nécessaire».

    D’accord. empreintes DIGITALes devra maintenant faire ses preuves, car elle plonge dans une aventure totalement inconnue. Et puis, le fait qu’aucune firme n’ait risqué l’aventure n’est-il pas un facteur symptomatique?

    «C’est le phénomène Hygrade, rétorquera Denis. Si on offre un produit de qualité, on en voudra davantage». Et on est loin de parler de «fast food».

    empreintes DIGITALes devra maintenant faire ses preuves, car elle plonge dans une aventure totalement inconnue.

    Lieux inouïs in La Presse

    “Un printemps électroacoustique”, Alain Brunet, La Presse, March 25, 1990
    Sunday, March 25, 1990 Press

    Nous sommes en plein Printemps Électroacoustique, une série d’événements plutôt marginaux. Mal médiatisée, mal mise en marché, cette musique est encore à s’organiser. À l’aube de cette année, le compositeur Jean Lesage avait écrit, dans La Presse, que le Québec regorgeait d’artistes issus de cette communauté à tout le moins avant-gardiste. Et que certains d’entre eux gagnaient des prix en Europe sans faire d’éclat sur notre territoire.

    D’accord, mettons-nous à l’écoute.

    Demain et mardi, le Printemps électroacoustique présente Ni terrible ni simple, un spectacle performance de la claveciniste Catherine Perrin, mis en scène par Jean Asselin (Mimes Omnibus); à voir à la petite salle du Théâtre Élisée. Le 29 mars, d’autres œuvres électroacoustiques seront présentées à la Chapelle historique du Bon-Pasteur; l’événement s’intitule Autour de Luc Ferrari.

    Mercredi prochain au Planétarium Dow, le compositeur Robert Normandeau lance son premier disque sur étiquette empreintes DIGITALes, un nouveau label qui tente de s’immiscer sur le marché nord-américain. Une démarche cousine de l’étiquette Ambiances Magnétiques, mais dans le domaine électroacoustique.

    La semaine prochaine, on vous parle de l’événement Électro clip, ambitieuse entreprise radiophonique qui se déroulera en direct de la Chapelle historique du Bon Pasteur, jeudi le 5 avril. Vous verrez alors que c’est un excellent moyen d’immersion.

    … le compositeur Robert Normandeau lance son premier disque sur étiquette empreintes DIGITALes…

    empreintes DIGITALes in Qui fait quoi

    “empreintes DIGITALes”, Jean-François Brassard, Qui fait quoi, no. 72, March 15, 1990
    Thursday, March 15, 1990 Press

    C’est à Jean-François Denis, Suzanne Lortie et Claude Schryer que l’on doit la création d’une nouvelle maison de production et de diffusion d’arts médiatiques, DIFFUSION i MéDIA. Et c’est par ce canal qu’ils mettent sur pied empreintes DIGITALes, une étiquette de disques vouée exclusivement à la musique éiectroacoustique. Les moyens sont réduits et le public-cible est limité, mais le capital-idées est copieux.

    «Notre plan de développement prévoit la parution de quatre disques compacts d’ici novembre» explique Jean-François Denis. Fin janvier, on inaugurait officiellement l’étiquette avec Ligne de vie: récits électriques, du compositeur Christian Calon suivront Lieux inouïs, de Robert Normandeau (28 mars), puis Volt, d’Alain Thibault (25 avril). «Nous demeurons réalistes, reprend M. Denis. Il peut s’écouler deux ou trois ans avant qu’un enregistrement franchisse le cap des 1000 copies vendues.»

    Robert Normandeau in La Lettre du musicien

    “À propos des concerts du 16 février”, Jacques Bonnaure, La Lettre du musicien, no. 84, March 1, 1990
    Thursday, March 1, 1990 Press

    En seconde partie, Robert Normandeau présentait Rumeurs (Place de Ransbeck), qui obtint le 2ème Prix du Concours international de musique électroacoustique de Bourges 1988. Le titre évoque bien ce Théâtre d’ombres (pour reprendre le titre de la dernière œuvre de François Bayle) qu’est la musique acousmatique. L’objet sonore repérable est-il le signe de la réalité, ou son ombre, sa rumeur? L’œuvre se fonde sur une grande hétérogénéité de sons: bruits, voix déformées, silences. Il y a même un élément quasi anecdotique, proche des musiques de thrillers: on entend des portes, des serrures qui grincent, de mystérieux souffles. Et puis encore… de la musique. Rumeurs (Place de Ransbeck) est la pièce la plus musicale de la soirée. Ça et là surgit un accord tonal, une voix. Robert Normandeau a élaboré quelque chose comme une harmonie acousmatique. De même que, dans les traités classiques, les dissonances se résolvent en accords parfaits, de même ici, les sons bruts, agressifs, se résolvent en oiseaux lointains, avec une remarquable fluidité. Jusqu’à la fin, Robert Normandeau aura tenu le paradoxe d’osciller «entre le sonore et le sens» sans prendre position. Et ce faisant, il remonte aux sources mêmes de l’acte musical, message sémantique et geste esthétique replié sur soi.

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