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  • Promenades dans Metapsychosis

    «Continuum #1», Michael Eisenberg, Metapsychosis, 8 août 2026
    lundi 10 août 2026 Presse

    Un cercle hors de l’arbre (A Circle Outside the Tree) was inspired freely by the film La Jetée (1962) by Chris Marker (1921-2012). The piece was realized in September-October 2014 at Studio PANaroma de Música Eletroacústica da Unesp (São Paulo, Brazil) and finalized in 2015 at the composer’s studio.

    The veils of ambiguity descend upon a floating cube suspended in the non-place. The cube is filled with a murky grey-brown vapor that rolls, swells, and ripples. This perpetually morphing miasma is in constant motion, like gentle waves seen in stop motion, tiny whitecaps cresting moments before dissipation, only to be reborn elsewhere within the cube. The movements are slow and lethargic, yet mesmerizing as they beckon the bejeweled chalice of imaginal elixir waiting just beyond its vaporous, undulating walls. The entire tableau exudes an aura of chaos while, at the same time, revealing an underlying order whose patterns forever elude intuition.

    Go ahead, press play. Become a participant. Dark, strange audal transductions are quite possible, right there, inside that cube. Unknown unknowns. Gobeil’s Un cercle hors de l’arbre is the breadcrumb trail to follow. Many paths lie before you, many trajectories branch in unexpected directions, and many stories await their telling.

    Michael Eisenberg

    Following a bachelor’s degree in compositional techniques, Gilles Gobeil undertook his master’s in composition at Université de Montréal under Serge Garant. In the final years of his studies, he was introduced to electroacoustic practices by Marcelle Deschênes and Francis Dhomont. This discovery stimulated in him a desire to commit entirely to the exploration of unfamiliar forms and original timbres that the mastery of the tools availed by the electroacoustic studio offered. Since the completion of his studies, he has directed his creative interests almost exclusively to the creation of acousmatic and mixed works.

    His practice falls within what is known as “cinéma pour l’oreille” (cinema for the ear). Many of his compositions are inspired by literary or cinematic works and seek to “visualize” them through the medium of sound. Although his catalogue is comprised mainly of acousmatic and mixed works, he has also made forays into the fields of dance and film. Oftentimes traces of his experiences with instrumental music can be discerned.

    Go ahead, press play.

    Oscillations planétaires, Chantal Dumas dans Le Devoir

    «Chantal Dumas a transformé notre rapport au son, au silence et à l’écoute», Sylvain Campeau, Le Devoir, 4 juillet 2026
    samedi 4 juillet 2026 Presse

    Sa démarche artistique était à son image: respectueuse, curieuse et pleine de générosité envers autrui.

    Une artiste d’exception, pratiquant un art tout aussi exceptionnel, nous a quittés. Chantal Dumas, une figure incontournable de l’art audio, s’est éteinte à l’âge de 67 ans le 17 mai dernier. Son œuvre vibrante, toute consacrée au sonore, reste profondément humaine, transformant notre rapport au son, au silence et à l’écoute. Son départ laisse un grand vide, mais son héritage artistique continuera de résonner à travers les innombrables paysages sonores qu’elle a pu capturer et magnifier au fil de sa carrière. Son champ d’activité était des plus vastes. Il s’étendait au field recording, à l’installation interactive, à l’art radiophonique, à l’art audio et à l’électroacoustique; des moments variés et divers couvrant un large spectre de la production sonore.

    Certes, pour Le petit homme dans l’oreille, partie de Radio Roadmovies, créé et réalisé conjointement avec Christian Calon, et pour Le parfum des femmes, dont une version CD est encore disponible, il y a 86400 Seconds — Time Zones, pièce de 2015 commandée par Julie Shapiro pour l’émission Soundproof (ABC RN’s Creative Audio Unit, Sydney, Australie) et par le centre en art actuel Sporobole (Sherbrooke, Canada); ou encore Les Chantal Dumas, de 1994, commandée par le centre d’artistes en art audio et électronique Avatar et réalisée dans le studio Blue Moose, à Berlin, et dans le studio du GMEM (Marseille, France). Plus récemment, avec Oscillations planétaires, œuvre réalisée pour la Deutschlandfunk Kultur en 2018, elle évoque le monde géologique et les mouvances souterraines. De nombreuses radios étrangères ont diffusé ses travaux. Parmi celles-ci, on compte ABC (Australie), Deutschlandfunk Kultur (Allemagne), ORF Kunstradio (Autriche), Sveriges Radio P2 (Suède), sans oublier la Société Radio-Canada.

    Cette palette nous donne un simple aperçu d’une œuvre qui s’est déployée en Amérique et en Europe, avec des incursions réelles et virtuelles en d’autres lieux plus lointains.

    Mais ici, c’est sa participation à l’exposition collective C’est arrivé près de chez vous (2009) au Musée national des beaux-arts de Québec (MNBAQ) que l’on retient. Elle a aussi expérimenté ses installations et compositions au Festival international de musique actuelle de Victoriaville (Québec). On a même entendu résonner ses interventions dans une rame du métro de Montréal pour Ligne de fuite (2007) de l’artiste Rose-Marie E Goulet, à la Maison fontaine pour L’or bleu (2014), présentée par le Goethe-Institut Montréal dans le Quartier des spectacles (Montréal, Québec), ainsi qu’aux séries de concerts Experimental Intermedia (2011) et Harvestworks (2012) à New York (États-Unis).

    Elle a de plus multiplié les collaborations et les rencontres interdisciplinaires, travaillant notamment avec Marc Boivin (danse), Fortner Anderson, Nicole Brossard, Sylvain Campeau, Hélène Dorion, Geneviève Letarte, Chantal Neveu, Simon Dumas et Rhizome (poésie), Magali Babin (arts visuels), Michel Huneault (photo), Rose-Marie E Goulet (art public), Katherine Liberovskaya (vidéo), Shelley Hirsch, Christian Calon, Mario Gauthier, Martin Tétreault et les ensembles Le Grand Happening et God’Ar (sonore).

    Elle a reçu de nombreux prix pour ses œuvres. En 1993, pour La tour du vent, réalisée avec Harald Brandt, elle a été lauréate au premier concours de création radiophonique organisé par La Muse en Circuit (Alfortville) et la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM). Elle s’est aussi distinguée aux Prix Opus (Québec, 2009-2010), au Concours international Phonurgia Nova (France, 1997, 2001) et au prix Bohemia Radio (République tchèque, 2010) pour Les petits riens (mécanique du quotidien). En 1997, la pièce Le parfum des femmes a remporté le premier prix du EAR’97 International Electroacoustic Competition (Hongrie) et le prix SACD/fiction au concours Phonurgia Nova de la création radiophonique (France). En 2001, Le petit homme dans l’oreille s’est vu attribuer le Grand Prix documentaire au concours Phonurgia Nova de la création radiophonique. Depuis 2003, elle se consacrait à des environnements et des installations sonores, dont le dispositif interactif et immersif Le vivant bruit du corps, qui a connu plusieurs variations.

    Chantal Dumas était une collectionneuse des ondes et des ondulations. Équipée de ses microphones, elle parcourait le monde et son environnement immédiat pour collecter tout le sonore disponible. Ce matériau brut, elle le triturait et le sculptait avec une sensibilité hors du commun.

    Plus que tout encore, c’était une femme d’une grande bienveillance, dotée d’une écoute extraordinaire. Sa démarche artistique était à son image: respectueuse, curieuse et habitée par une profonde générosité envers autrui.

    Elle avait, a écrit le musicologue et artiste Mario Gauthier, le don de l’entendement. Tout ce qui nous entoure résonne d’une tonalité singulière. Des gens et des choses tout à la fois émanent des résonances qui doivent bien dire quelque chose d’eux, évoquer une part de leur être, surgir d’eux comme un fragment de leur essence. Chantal Dumas avait ainsi le don d’entendre ces oscillations, de les capter et d’en faire œuvre.

    En 2019, Avatar, centre d’artistes en art audio et électronique à Québec, a fait paraître une importante publication sur le parcours créatif de Chantal Dumas, Le son refuge. En lien avec cette publication, une quinzaine de pièces de son répertoire avaient alors été mises en écoute libre.

    Un hommage sera rendu à l’artiste au Complexe funéraire du Mont-Royal le dimanche 5 juillet.

    Son œuvre vibrante, toute consacrée au sonore, reste profondément humaine, transformant notre rapport au son, au silence et à l’écoute.

    Jean-François Denis, empreintes DIGITALes dans SOCAN — Words and Music

    «Jean-François Denis: Electroacoustic Music Trailblazer», Catherine Genest, SOCAN — Words and Music, 19 juin 2026
    samedi 20 juin 2026 Presse

    The 2026 Christopher J Reed Award is presented to Jean-François Denis, co-founder of the record label empreintes DIGITALes, which is entirely devoted to electroacoustic music.

    Created to recognize exceptional work in music publishing, this year’s edition honours a man of many talents, a dedicated builder at heart, driven by an archivist’s sense of purpose.

    More than an entrepreneur and artist, Jean-François Denis has pursued music publishing for the right reason: to ensure that—through his label’s recordings, electroacoustic works too often confined to university archives and accessible only within closed academic circles—would leave a lasting trace.

    “When I was teaching at Concordia, the office I shared with Kevin Austin had shelves full of tapes—hundreds of electroacoustic works that had accumulated over the years after being performed in concert,” he says. “I thought it was a little absurd that I had access to them because I had the key, but no one else did.”

    Finding One’s Lane

    From the outside, Jean-François Denis might seem like an outlier, tirelessly championing an art form still largely unfamiliar to the general public. But his path has never been one of struggle. Quite the opposite: his passion for electroacoustic music has always felt natural, self-evident, and deeply rooted.

    “Looking back, I started with a BA in communications at Concordia. Toward the end of my studies, I enrolled in a few electroacoustic music classes. I had no idea what it sounded like, but someone had suggested I check out what was happening in more abstract forms of sound creation, and it really sparked something in me!

    From that point on, his path was, in a sense, set. Jean-François Denis would never turn away from the medium again. He went on to take every electroacoustic music course Concordia offered before heading to Oakland, California, to pursue a master’s degree at Mills College, which he completed in 1984.

    Bringing a Community Together

    There is something in Jean-François Denis’ approach and career that calls for patience, steady effort, and a long-term commitment to audience development, if not even cultural mediation.

    Fortunately, he has never been in it alone. Quite the opposite. If his label exists, it is above all out of a desire to bring people together. Before co-founding empreintes DIGITALes with his friend Claude Schryer in 1989, Jean-François Denis was well aware of the gap that needed to be filled, and of the demand coming from his own community and his own niche. Still, at the time, he was met with no shortage of refusals.

    “No existing record label in Montréal, Québec, or Canada wanted to have an electroacoustic collection,” he recalls. “The reason I was given was that there was no market for it.”

    When it’s pointed out to him that he proved those people wrong, Jean-François Denis looks down at his feet, smiles, and blushes shyly. “I don’t know… I don’t know what I proved…”

    Spearheading the Avant-Garde

    Jean-François Denis’ impressive track record says it all: he has lived through every technological revolution of the past four decades, often adopting new tools for transmission and distribution shortly before everyone else, whether it was cassette tapes, compact discs, DVD-Audio, Blu-ray or FLAC, or even emails.

    When it comes to artificial intelligence, he sounds almost reassuring. “Every time new technologies come along, they shake things up. At first, they create imbalances and abuses, areas of discomfort. Then we, as a society — citizens, movers and shakers, communities, companies — eventually learn to incorporate whatever it is into our lives, and then things start to make sense again. […] Governments will have to step in to regulate behaviour [around AI]. It’ll take 10 or 15 years. That’s always how it goes. The closest analogy that comes to mind is email and spams…”

    In other words, patience will once again be required. The veteran has spoken: the music industry should make it through — with a few scratches and bruises — and perhaps (this is our interpretation) emerge better and stronger for it. Jean-François Denis is equal parts pragmatist and dreamer, and that combination is rare enough that, listening to him, it’s tempting to weigh his words carefully and take them as gospel.

    Inspiring Other

    No tribute to Jean-François Denis would be complete without mentioning his community involvement. As artistic director of empreintes DIGITALes, he gives back to the broader music world, and to his peers across genres and disciplines. Over the years, Denis has served on numerous boards, including SOCAN’s since 2024. He previously made similar contributions to the Conseil québécois de la musique and the Canadian Music Centre, and even served as President of the Association des professionnels de l’édition musicale (APEM) from 2014 to 2020.

    The tribute video presented on June 19 during the Christopher J Reed Award ceremony in Montréal (as part of Les Francos), features this testimonial from Robert Normandeau, himself an artist from the extended empreintes DIGITALes family: “In 1987, Jean-François was behind the incorporation and bylaws of the Canadian Electroacoustic Community. […] That’s what allowed us to be represented at the various arts councils, among others. At the time, it was very difficult to get support.”

    In other words, if electroacoustic artists are eligible for grants and funding today, it is largely thanks to him. And if they are now held in esteem by various institutions, Jean-François Denis deserves some, and probably a lot, of the credit.

    Creating a Global Impact

    Jean-François Denis is a giant in his field. He won’t say it himself—he’s not one to toot his own horn—but electroacoustic artists around the world dream of releasing a work under his label’s banner. That’s what Michelle Ferland, Director of Operations at APEM, the organization that presents the Christopher J Reed Award and selects its recipients since 2013, pointed out to us.

    Of the 201 albums in his label’s catalogue, many are by creators who live and work abroad.

    Jean-François Denis chooses them in person while travelling, by going out to meet the artists and the works himself—the ones who will receive his seal of approval and join Denis Smalley (New Zealand / United Kingdom), Jon Appleton (United States), Hildegard Westerkamp (Germany / Canada), Paul Dolden (Canada), Annette Vande Gorne (Belgium), and Åke Parmerud (Sweden) in his most exclusive of clubs: his 37-year-old record label.

    When asked whether starting a label like that today would even be possible, especially in such a difficult economic climate, Jean-François Denis answers without missing a beat: “There’s no good time to break your finger.”

    One also has to be willing to take the leap, to quiet one’s doubts. Sometimes, it works. Jean-François Denis is living proof.

    Created to recognize exceptional work in music publishing, this year’s edition honours a man of many talents, a dedicated builder at heart, driven by an archivist’s sense of purpose.

    Jean-François Denis, empreintes DIGITALes dans SOCAN — Paroles & Musique

    «Jean-François Denis: le grand défricheur de l’électroacoustique», Catherine Genest, SOCAN — Paroles & Musique, 19 juin 2026
    samedi 20 juin 2026 Presse

    En 2026, le prix Christopher-J-Reed est remis à Jean-François Denis, cofondateur du label empreintes DIGITALes, entièrement dévoué à la musique électroacoustique.

    La récompense, qui vise à souligner le caractère exceptionnel du travail d’un éditeur ou d’une éditrice de musique, est décernée cette année à un homme aux multiples talents, à un artisan de cœur, mû par la mission d’archiver.

    Plus qu’un entrepreneur et un artiste, Jean-François Denis exerce le métier d’éditeur pour la bonne raison, pour laisser, avec les disques de son label, une trace pérenne des œuvres électroacoustiques qui étaient trop souvent cantonnées aux voûtes des universités, disponibles seulement en circuit fermé.

    «Quand j’étais professeur à Concordia, il y avait, dans le bureau que je partageais avec Kevin Austin, des étagères de bandes, des centaines d’œuvres électroacoustiques accumulées au fil des ans, après avoir été présentées en concert. Je me disais que c’était un peu bête que moi j’y aie accès, parce que j’ai la clé, mais que ce ne soit le cas de personne d’autre.»

    Trouver sa niche

    D’un œil extérieur, Jean-François Denis peut avoir l’air de ramer à contre-courant, à force d’efforts pour valoriser une forme d’art encore méconnue du grand public. Mais ce parcours qui est le sien n’est pas celui du combattant. Bien au contraire. En lui, la passion pour la musique électroacoustique coule tout naturellement de source, et depuis longtemps.

    «Si on recule, moi, j’ai fait un bac en communications, à l’Université Concordia. Vers la fin de mes études de premier cycle, j’ai suivi des cours d’électroacoustique. Je n’avais aucune idée de ce à quoi ça ressemblait, mais on m’avait recommandé d’aller voir ce qui se faisait en création sonore de manière beaucoup plus abstraite. Ça m’a beaucoup allumé!»

    Dès lors, son destin, en quelque sorte, est scellé. Jean-François Denis ne se détournera plus jamais de ce médium artistique. Il suivra tous les cours en musique électroacoustique offerts par Concordia avant de partir pour Oakland, en Californie, pour faire sa maîtrise au Mills College, des études de deuxième cycle complétées en 1984.

    Fédérer toute une communauté

    Il y a dans la démarche et le parcours de Jean-François Denis quelque chose qui commande de la patience et un effort constant en termes de développement du public, voire de médiation culturelle.

    Heureusement, il ne fait pas cavalier seul; c’est plutôt l’exact contraire. Si son label existe, c’est d’abord par désir de rassembler. Avant de cofonder empreintes DIGITALes avec son ami Claude Schryer en 1989, Jean-François Denis était bien conscient du vide à combler, de la demande provenant de son milieu, de sa niche. Pourtant, il a essuyé moult refus à l’époque.

    «Aucune autre maison de disques existante à Montréal, au Québec ni au Canada, ne voulait avoir une collection électroacoustique. [La raison qu’on me donnait] c’est qu’il n’y avait pas de marché pour ça», se remémore le principal intéressé.

    Quand on lui fait remarquer qu’il a donné tort à ces gens, qu’il leur a prouvé le contraire, Jean-François Denis regarde ses pieds, sourit et rougit timidement: «Je sais pas… Je sais pas ce que j’ai prouvé…»

    Commander l’avant-garde

    L’impressionnante feuille de route de Jean-François Denis en fait foi: il a été de toutes les révolutions technologiques des quatre dernières décennies en adoptant, qui plus est, ces nouveaux outils de transmission et de diffusion un peu avant tout le monde; de la cassette au disque compact, du [DVD-Audio] ou [Blu-ray] au format FLAC, des envois postaux aux courriels.

    Concernant l’intelligence artificielle, il se fait presque rassurant. «Chaque fois qu’il y a des nouvelles technologies, ça vient bousculer les affaires. Au début, ça crée des déséquilibres et ça crée des abus, des zones d’inconfort. Puis, la société, les citoyens, les acteurs, les milieux, les entreprises finissent par intégrer la bestiole. Et là, ça retrouve un certain sens. […] Ça va prendre les gouvernements pour encadrer les comportements [liés à l’IA]. Ça va prendre 10 ou 15 ans, c’est toujours comme ça. L’analogie qui me vient en tête, c’est celle des courriels, avec les spams…»

    Prendre notre mal en patience, donc. Le gars qui a vu neiger a parlé: le milieu de la musique devrait s’en sortir — avec quelques égratignures, quelques bleus — mais, peut-être (c’est notre interprétation) s’en trouver renforci. Jean-François Denis est un pragmatique et un rêveur, à forces égales, et cette combinaison de traits de personnalité est si rare qu’il est tentant, en l’écoutant, d’analyser ses dires, de les prendre pour parole d’évangile.

    Inspirer les autres

    On ne pourrait lancer des fleurs à Jean-François Denis sans évoquer son implication communautaire. Le directeur artistique d’empreintes DIGITALes redonne au monde de la musique au sens large, à ces collègues de tous styles confondus. Au fil des ans, monsieur Denis a siégé à moult conseils d’administration, dont celui de la SOCAN, actuellement et depuis 2024. Auparavant, il s’est impliqué de la même façon pour le Conseil québécois de la musique et le Centre de musique canadienne. Il a même été le président de l’Association des professionnels de l’édition musicale (APEM) entre 2014 et 2020.

    La vidéo-hommage présentée le 19 juin dernier, lors de la remise du prix Christopher-J-Reed à Montréal, pendant Les Francos, met en lumière ce témoignage de Robert Normandeau, lui-même un artiste appartenant à la grande famille d’empreintes DIGITALes: «En 1987, Jean-François a été à l’origine de l’incorporation et des règlements généraux de la Communauté électroacoustique canadienne. […] C’est ce qui nous a permis d’être présents à travers les différents conseils des arts, notamment. Il était très difficile d’obtenir de l’aide, à l’époque.»

    Autrement dit: si les artistes d’électroacoustique sont aujourd’hui éligibles à des bourses et à des subventions, c’est en grande partie grâce à lui. S’ils et elles sont porté·e·s en estime pour les institutions, c’est aussi un peu, ou beaucoup, à cause de Jean-François Denis.

    Générer un impact planétaire

    Jean-François Denis, c’est un géant dans son domaine. Il ne le dira pas, ne se prêtera pas les bretelles, mais tous les artistes de l’univers électroacoustique (à l’échelle du monde entier) rêvent de publier une œuvre sous l’égide de son label. C’est ce que nous faisait remarquer Michelle Ferland, responsable des opérations pour l’APEM, l’instance qui remet le prix Christopher-J-Reed depuis 2013, et qui en sélectionne les gagnant·e·s.

    Des 201 albums constituant le catalogue de sa maison, beaucoup sont signées de la patte de créateur·trice·s qui résident et créent à l’étranger. C’est en personne, en voyage, en allant à la rencontre des artistes et des œuvres, que Jean-François Denis sélectionne ceux et celles qui recevront son sceau d’approbation, qui rejoindront Denis Smalley (Nouvelle-Zélande / Royaume-Uni), Jon Appleton (États-Unis), Hildegard Westerkamp (Allemagne / Canada), Paul Dolden (Canada), Annette Vande Gorne (Belgique) et Åke Parmerud (Suède) dans son club des plus sélects, sa maison de disques forte de 37 ans d’histoire.

    Quand on demande à Jean-François Denis si relancer une telle boîte serait aujourd’hui faisable, même dans la conjoncture économique difficile, il renchérit, du tac au tac: «Il n’y a pas de bon moment pour se casser le doigt.»

    Il faut oser, en outre. Taire ses doutes. Et parfois, ça marche; Jean-François Denis en un exemple probant.

    La récompense, qui vise à souligner le caractère exceptionnel du travail d’un éditeur ou d’une éditrice de musique, est décernée cette année à un homme aux multiples talents, à un artisan de cœur, mû par la mission d’archiver.

    Jeîta ou murmure des eaux, François Bayle dans Libération

    «François Bayle: «Il ne faut pas avoir peur de dire que c’est bizarre, tout ça»», Olivier Lamm, Libération, 27 mai 2026
    mercredi 27 mai 2026 Presse

    À l’occasion de la reparution de Jeîta ou murmure des eaux, rencontre avec le compositeur français, pionnier de l’«acousmatique», qui revient sur le singulier processus créatif de son œuvre avant-gardiste.

    Un «voltigeur». Voilà comment se croque François Bayle, monstre sacré de la musique électronique française et figure centrale du Groupe de recherches musicales (GRM) fondé par le père de la musique concrète, Pierre Schaeffer, qu’il rejoignit dès 1958 avant de prendre les rênes de l’institution en 1966. Un mot qui lui sied effectivement dès lors qu’on songe aux oiseaux chers à son inspiration (l’uirapuru d’Amazonie, au chant si fabuleux qu’il lui consacra un chapitre de sa monumentale L’expérience acoustique, en 1972) autant que les entités cosmiques (la fameuse Toupie dans le ciel, 1980); mais qui contredit le poids à la fois symbolique, et littéral – combien d’heures de musique en cumulé? – de son œuvre considérable. En tout cas la reparution de [l’œuvre] Jeîta, ou Murmure des eaux dans la collection Recollection GRM, qui ravive à la faveur de rééditions ambitieuses les couleurs des classiques du patrimoine de la musique concrète (ou, comme il préfère l’appeler, «acousmatique»), est l’occasion de rappeler la fougue, la jeunesse, la singularité de la musique de Bayle, cet électron imprévisible passé en un éclair d’auditeur libre des cours de Messiaen à homme à tout faire de Schaeffer puis, à la force du culot, force créative et directeur du GRM. Une double casquette qu’il portera plus de trois décennies, au gré des modes, des vents porteurs ou décevants, des menaces et des sauvetages in extremis du GRM – mais ne lâchant jamais le cap ni la foi quant à cette avant-garde merveilleuse qu’a été, que demeure la musique électronique de recherche quatre-vingts ans après les premières études de musique concrète de Schaeffer. François Bayle nous a reçus dans son domicile parisien pour un long entretien, dont nous publions ici des morceaux de choix.

    Libération: Jeîta est inspirée par la grotte du même nom, au Liban, ouverte au public dans les années 50, puis longtemps inaccessible – notamment pendant la guerre civile. Quel souvenir en gardez-vous?

    Je l’ai connue dans ses derniers moments heureux avant la bascule. La fin de ma composition, sinistre, annonce ça. Il y a des espèces de sifflets, un sentiment de tous aux abris. Mais quand j’y suis allé en 1969, pour l’inauguration [de la galerie supérieure, ndlr] c’était le bonheur. On devait faire un festival, une biennale en alternance à Baalbek et Jeita. Et j’ai programmé le premier concert avec un programme dédié à Stockhausen. Je me rappelle qu’il avait fait venir Max Ernst et qu’on avait joué Stimmung. Il fallait pas que ça se casse la gueule.

    Libération: Pourquoi vous?

    J’avais fait une pièce qui s’appelait Espaces inhabitables qui avait eu le bonheur de ne pas déplaire à Pierre Henry et de paraître dans la collection qu’il codirigeait à l’époque chez Philips, Prospective XXIe siècle. Un jour, le spéléologue libanais Sami Karkabi a trouvé dans un aéroport à Rome un éventaire de disques et mon album a attiré son regard, avec sa pochette argentée caractéristique. Ni une ni deux, j’entends le téléphone sonner et quelqu’un à l’appareil qui me dit: «J’ai découvert une grotte et je voudrais l’inaugurer par un concert de votre pièce.» C’est comme ça que l’affaire s’est faite. Il y a peu de concours de circonstances aussi étonnants.

    Libération: Ce qui est étonnant, c’est que ce titre d’Espaces inhabitables, pour vous, était théorique.

    Et puis bon, c’était tout de même une musique bizarre.

    Libération: C’est aussi étonnant de vous entendre utiliser ce mot-là, «bizarre», pour une musique que vous avez pratiquée toute votre vie.

    C’est une musique bizarre parce qu’on ne comprend pas l’origine des sons, qui sont comme des entités fantomatiques qui se promènent dans l’espace, qui évoquent des causalités trompeuses, parce que dès qu’on a une piste, elle est contredite par un autre événement qui fait appel à d’autres ressources de l’imagination. C’est une musique invisible, les causalités sont refoulées et remplacées par des réminiscences qui sont créées par l’auditeur lui-même, donc chacun a son écoute. Il ne faut pas avoir peur de dire que c’est bizarre, tout ça.

    Libération: C’est un mot que vous avez dû entendre à peu près tous les jours à l’époque où vous dirigiez le GRM.

    On n’y est pas encore pour l’analyse formelle, on n’a pas de musicologie, alors que ça fait un siècle bientôt que cette musique existe. Il y a des grands auteurs, comme Pierre Henry, avec un immense répertoire, mais qui restent inconnus. Pierre, ce grand beethovenien, on l’a réduit aux jerks de la Messe pour le temps présent. Pourtant on a fait des classes au conservatoire, on a essayé d’instaurer un état civil honorable, une raison d’être…

    Libération: Il y a un public.

    Du public qui écoute sans comprendre, qui absorbe, qui vient, il y a beaucoup de monde. Mais on est toujours encore, on dirait, à la lisière – c’est un titre de Paul Klee – à la lisière du pays fertile.

    Libération: C’est un paradoxe formidable: le GRM a permis à la France d’être un épicentre mondial de la musique électronique. Mais il reste méconnu, y compris en France, peut-être même plus en France qu’ailleurs.

    Méconnu, c’est quand même trop dur, il y a tout un monde qui grouille sous cette pierre. Mais il faut dire aussi que le prestige de la musique instrumentale est si fort… Elle est réincarnée chaque fois qu’elle est jouée, on voit le pianiste, on voit le chef d’orchestre, on voit un savoir énorme, un travail énorme. La musique électroacoustique se débarrasse de tout ça, c’est un flux qui arrive. On est au cinéma, on écoute des images sonores, on est transporté mais on ne sait pas bien sur quoi fixer l’attention. Il y a encore du chemin à faire pour que ce soit une langue dans laquelle on se reconnaisse.

    Libération: Vous avez conçu l’Acousmonium, cette forêt de haut-parleurs qui permet l’immersion totale dans le son, pour remédier à ça.

    On a fait tout ce qu’on a pu et ça a marché localement. Même si c’est un peu le mythe de Sisyphe, il n’y a pas de concert de répertoire – les concerts, c’est toujours des créations. On ne va pas cracher dans la soupe, hein, c’est bien. C’est une aventure quand même. Et c’est ce qui est bien aussi, il y a des bifurcations, des pertes de perspectives qui font qu’on a l’impression que c’est tout neuf, que ça vient de sortir, comme dirait Coluche.

    Libération: Jeîta, pour vous, c’est une œuvre neuve?

    Oui, c’est tout neuf. Avec tout de même la distance du matériel utilisé qui date un peu les choses, le type de synthétiseur, les sons qui sont là-dedans. Mais vous savez, je suis un compositeur tardif, j’ai débuté sans beaucoup de formation. Donc je me suis lancé là-dedans… Je faisais un titre par soir, chaque soir, pendant trois semaines. Je venais dans le studio après mon travail à 20 heures et je restais jusqu’à 2 heures du matin. J’étais déjà responsable au GRM. Jeîta, c’est une sorte d’improvisation, des idées d’un soir qui au bout de la soirée me donnaient deux minutes, trois minutes, quatre minutes.

    Libération: Comment improvise-t-on la musique acousmatique?

    On lance un son, on enregistre deux ou trois fois, ça devient une idée, on accroche un autre son… Quelquefois, on a jeté quelque chose qui était bien, il faut le retrouver, il y a des énervements, des gesticulations, la création quoi – la bataille, comme un peintre, comme un écrivain, qui rature, qui cherche, qui trouve. Ce qui est trouvé, en général, est trouvé en un instant. Et puis on passe des heures pour rabouter deux choses qui ne s’emboîtent pas bien.

    Libération: Votre œuvre est-elle liée à l’évolution de la technique?

    Elle est liée à la vie, à la vitalité de l’invention technologique qui est derrière, de l’attente entre les deux. Il y a des outils, et tout d’un coup on pense à produire un son bizarre qui bouge d’une certaine façon, et puis ça donne quelque chose. Moi, j’ai vécu. Je suis étonné d’ailleurs de cette trajectoire…

    Libération: Pourquoi étonné?

    Au départ j’étais un petit instituteur de rien du tout. Il n’y avait aucune chance que j’aboutisse à quoi que ce soit. Des compositeurs comme Luc Ferrari, Ivo Malec, Bernard Parmegiani, c’étaient des poids lourds dans la musique.

    Libération: Mais vous également?

    Oui, moi j’estime que j’étais un peu un voltigeur. J’ai profité un peu de tout, j’ai butiné, j’ai fait des petites choses. Je me considère comme une sorte d’aquarelliste, un Dufy par rapport aux solides peintres qui ont constitué le répertoire. Mais il faut de tout! Et je ne me suis jamais pris au sérieux. Je me suis toujours dit, le sérieux, c’est les autres.

    Libération: Vous êtes né à Madagascar.

    D’un père menuisier et c’est le plus important. À Madagascar, il fallait tout faire, mettre des volets aux fenêtres, créer des armoires, des étagères. Moi, j’avais une mission exemplaire: je redressais les clous. Parce que la chose rarissime c’étaient les clous, et quand on dévissait les caisses ils étaient tordus. Quand on avait fini quelque part, tous les clous étaient droits donc on pouvait repartir à zéro.

    Libération: Votre imaginaire serait-il né de cet environnement sonore dans lequel vous avez grandi?

    Je pense que j’écoute la musique comme des paysages. C’est pour ça que je suis venu assez tard aux musiques constituées – Bach, Mozart, Beethoven, Fats Waller, Duke Ellington… Des sons qui bougent, qui sont des friandises, extrêmement agréables dans leur bougé, dans leur manière d’être, dans leur swing.

    Libération: Et vous disiez que votre formation était limitée: parce que, contrairement à Pierre Henry, vous n’avez pas étudié avec Nadia Boulanger?

    La chance de ma vie, c’est que je suis arrivé au moment où le 33 tours a pris la place du microsillon. J’étais à l’université, à Bordeaux, j’ai délaissé les mathématiques à cause de la musique. Et alors là, j’ai plongé dans la soupe, complètement, parce que, évidemment, j’avais aucun niveau. Donc j’ai pris un petit boulot d’instituteur, puis j’ai entendu parler de Schaeffer, dont j’avais acheté le livre au marché aux puces de Bordeaux. Je ne comprenais rien du tout, mais quand je suis monté à Paris, je me suis dit, j’aurai peut-être des éléments pour comprendre de quoi il retourne. Je m’intéressais aussi au spiritisme, à Gurdjieff, à Ouspensky, des gens qui parlaient de la conscience, des différents états de conscience. Je trouvais que la musique c’était un état de conscience aussi, qu’on traversait des qualités d’attention. Mais j’étais marié, j’avais une famille, il fallait faire attention. Pourtant, j’ai mal tourné.

    Libération: En allant voir Schaeffer?

    Un beau jour, il a réussi son coup de créer un service avec une capacité d’embauche, et je suis devenu son assistant calepin. C’était un boulot terrible, ça commençait à 10 heures, ça finissait à pas d’heure. C’était la route la plus incertaine qui soit mais j’avais besoin d’un père. De quelqu’un avec une boussole. Le service de la recherche qu’il créait, je me suis embarqué là-dedans, puis j’ai rendu des services et je m’en suis bien sorti.

    Libération: Combien de temps entre le moment où il engage et celui où vous composez?

    Schaeffer m’a mis en couveuse pendant trois, quatre ans.

    Libération: Toutes ces années, que vous soyez assistant de Schaeffer ou directeur, vous n’avez jamais cessé de composer.

    Grâce au fait que tous les ans il y a quelques jours de congé. J’ai fait toute ma musique dans la période entre le 15 août et le 10 septembre. Je me donnais à faire deux minutes par jour. C’est pour ça que mes musiques sont un peu cavalées comme ça. Le reste du temps j’observais, j’écoutais. J’étais merveilleusement secondé par Ivo Malec, et puis Parmegiani, et il y avait des jeunes, Denis Dufour, Jacques Lejeune, Jean Schwarz… Et Pierre Henry qui continuait sa démarche en solitaire, mais avec beaucoup de sympathie et de liaison avec nous.

    Libération: Votre dernière création, Objeux, a été jouée en 2025. Est-ce que vous composez encore beaucoup?

    Non, très peu. Je perds un peu la mémoire, je suis vieux maintenant. Mais enfin, j’essaye de faire quelque chose. Je voudrais composer pour le 100e anniversaire d’Henry en 2027. J’aimerais faire ça avant d’en finir.

    ——

    François Bayle, Jeîta ou murmure des eaux (Recollection GRM, coéditée par le GRM et Shelter Press).

    … rencontre avec le compositeur français, pionnier de l’«acousmatique», qui revient sur le singulier processus créatif de son œuvre avant-gardiste.

    Lointain intérieur dans Weirdosphere

    «Untethered Sounds — Ingrid Drese, Lointain intérieur», Michael Eisenberg, Weirdosphere, 28 avril 2026
    mardi 28 avril 2026 Presse

    Nothing but epics here. Remember those Yes albums with the Roger Dean gatefold covers? Well, Topographic Oceans just got mapped. Relayer got real. Close to the Edge becomes the fall it only hinted at when your sixteen-year-old self first opened that cover. Dean would have a field day with this. Time holds in suspension and the Word is BE! (And it is). The sounds on this recording are Progressive — with a capital “P” — but there are no Mellotrons. No capes. Moogs? Unlikely. Rickenbackers, Gibsons? No. Only the orphan, cause-less cries of a world between you and the angelic. Ingrid Drese: bridge maker par excellence. […]

    Ingrid Drese: bridge maker par excellence.
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