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Francis Dhomont

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    L’école de Montréal, 1/4

    Bernard Girard, Aligre FM, Dissonances, March 16, 2004

    Bonjour, nous débutons aujourd’hui une série de quatre émissions consacrées à l’école de Montréal et, pour les deux premières à Francis Dhomont, un compositeur d’origine française qui joua un rôle déterminant dans le développement de cette école de musique concrète, bruitiste, acousmatique.

    Montréal n’a découvert la musique concrète que relativement tard. Le premier à avoir créé des musiques de bruit fut sans doute Norman McLaren, cinéaste expérimental qui dans les années 50 créa des musiques de ce type pour ses films, mais sans véritablement faire école.

    Lorsqu’on leur demande de chercher des ancêtres, les québécois citent plus souvent Hugh Le Caine, un ingénieur du son qui a inventé plus de vingt machines musicales que l’on peut aujourd’hui voir au musée. Ces machines, toutes analogiques, furent souvent pionnières et l’on peut regretter qu’elles n’aient pas eu plus de succès tant leur nom fait rêver. Ainsi, Le Caine inventa le premier synthétiseur de son qu’il appela «sacqueboute électronique». Ce beau mot «sacqueboute» n’est pas une invention d’un poète lettriste mais la reprise du nom d’un instrument né au 15ème siècle qui ressemble à un trombone dont il est l’ancêtre. Ce nom vient de sacquer qui veut dire tirer et bouter, qui veut dire pousser et il vrai que le jouer de trombone tire et pousse alternativement.

    Le Caine créa son propre studio de composition, mais son travail resta confidentiel jusqu’à la fin de ses jours, il est mort en 1977, à la veille de l’émergence de cette école de Montréal dont nous allons parler dans les semaines qui viennent.

    A la fin des années 70, la musique bruitiste se fait à Montréal pour l’essentiel dans un laboratoire de l’Université qui n’est pas très richement équipé. Quelques jeunes compositeurs, comme Yves Daoust ou Marcelle Deschênes, s’essaient à la composition, les yeux fixés sur la France où certains ont suivi des stages, au GRM de l’Ina, à Bourges. Ils commencent à s’organiser, créent une association pour favoriser le développement de ces musiques, pour les faire entendre et les éditer.

    C’est dans ce contexte que l’université de Montréal invite, pour une série de conférences, un français au parcours atypique: Francis Dhomont. Dhomont frise déjà les cinquante ans, puisqu’il est né en 1926. Musicien de formation classique, il a été l’élève de la célèbre Nadia Boulanger, de Charles Koechlin, l’un des compositeurs les plus intéressants et les plus novateurs de la première moitié du 20ème siècle, il s’est très tôt intéressé à la musique enregistrée qu’il a découverte tout seul, dans son coin, à l’époque même où à la radio Pierre Schaeffer inventait la musique concrète. Francis Dhomont explique cet intérêt précoce pour la musique des bruits par une expérience personnelle de l’aveuglement, de la cécité. Adolescent pendant la guerre, il a perdu un œil des suites, semble-t-il, des privations alimentaires et a du vivre de longues années sans pouvoir lire. A défaut donc de lecture, il a joué du piano, exploré cet univers des sons. S’il a découvert la musique concrète, Francis Dhomont ne l’a en fait que très peu pratiquée jusque dans les années 70. Parti dés le début des années 50 s’installer à la campagne, en Provence, il a du faire mille métiers pour survivre et ce n’est que dans les années 70 qu’il l’a redécouverte en participant à l’organisation d’un festival de musique qui lui avait confié la programmation des concerts de musique contemporaine.

    Appelé à Montréal pour faire des conférences, Francis Dhomont est sollicité pour devenir professeur à l’Université et pour y enseigner la musique électroacoustique. Ce travail lui permettra tout à la fois de former des étudiants, pendant les 16 ans qu’il est resté enseignant, il a formé plus de 200 musiciens, dont beaucoup se sont consacrés à la musique électroacoustique. Ce travail lui a surtout permis de se remettre à la composition. Ce qu’il a immédiatement fait, de manière originale. Sa première œuvre composée de 1979 à 1981 à Montréal, Sous le regard d’un soleil noir, tranche sur ce qui produisait à l’époque tant par sa longueur, l’œuvre dure près d’une heure, que par son ambition et par son projet. Il s’agit d’une exploration du monde de la folie, de la schizophrénie engagée à partir des textes de Ronald D Laing, textes que l’on retrouve, sous forme de citations plus que de bribes tout au long de cette pièce.

    Dans Le moi divisé, la cinquième de cette suite, il s’agit d’explorer le clivage, la fragmentation, la fissure, la fêlure, tout ce qui fait que le schizophrène est ce qu’il est. On aura remarqué le jeu sur le mot «individual» qui révèle en anglais en son cœur le verbe divide, diviser. Il y a là une allusion, volontaire chez un musicien particulièrement cultivé, aux célèbres jeux de mots de Lacan. Mais il n’y a pas que cela. Cette pièce faite de mots, de sons et de bruits, est aussi une œuvre musicale, une série de variations autour du si, note qui revient de manière obsessionnelle tout au long de cette composition [comme dans] Pétrification, réflexion sur le stade ultime de la schizophrénie, la catatonie: «il n’y a plus qu’un vide là où il y a eu quelque temps une personne». Dans cette pièce, on retrouve, comme dans d’autres parties de cette œuvre, des échos du Wozzeck d’Alban Berg. Cette très belle œuvre, originale tant dans forme que dans son projet, a tout de suite retenu l’attention. Elle a été donnée en France et primée dans des concours. On pourrait dire qu’elle a signé la naissance de cette école de Montréal. Pour la première fois, en effet, des amateurs se sont dit: il se passe quelque chose là-bas, de l’autre coté de l’Atlantique. Quelque chose qui n’est pas très éloigné de notre culture (le titre de l’œuvre, Sous le regard d’un soleil noir, évoque un poème de Gérard de Nerval que nous connaissons tous, la psychanalyse était à la fin des années 70 au sommet de sa gloire) et cependant différent tant dans la forme, c’est un mélodrame, au sens que les musiciens donnent à ce mot qui veut dire association de la voix parlée et de la musique, que dans le projet.

    Francis Dhomont aurait pu alors rentrer en France. Il a préféré rester au Canada. Et il l’a affiché dans une œuvre composée en 1981-1982: Points de fuite, titre qu’il faut entendre aussi bien dans sa dimension mathématique, géométrique que dans sa dimension plus personnelle de départ, de déplacement. On y reconnaît, à l’écoute, des glissements, des déplacements souvent rendus, de manière inattendue, par un traitement quasi-impressionnistes de la matière sonore. On devine dans cette œuvre comme un écho de certaines œuvres de Debussy.

    Points de fuite est le premier mouvement d’un cycle consacré à l’errance, qui reprend et explore plusieurs des thèmes liés à l’idée de voyage, l’embarquement, la fuite, la carte, le retour, l’abîme. Francis Dhomont a organisé son œuvre sous forme de cycles. J’ai cité le Cycle de l’errance, il y a également Forêt profonde, une œuvre construire autour des contes de fée et des travaux du psychanalyste Bruno Bettelheim, Les dérives du signe et Cycle du son qui est une célébration de la musique concrète, une exploration très personnelle de cet univers sonore, un hommage aux fondateurs d’un genre que Francis Dhomont envisage de manière radicale.

    Lorsqu’il est arrivé à Montréal dans les années 70, beaucoup de compositeurs voyaient leurs compositions musicales bruitistes comme un accompagnement, un supplément à d’autres œuvres. Yves Daoust, nous avons entendu en début d’émission, une pièce venait, de manière très significative du monde du cinéma, il avait longuement travaillé et s’était formé à l’Office National du Film. Dhomont a imposé l’idée que cette musique devait être entendue pour elle-même sans artifices, sans support, seule. Et pour marquer sa différence, il a introduit au Canada un mot, «acousmatique», que François Peignot et François Bayle avaient inventé, un peu plus tôt, à Paris, pour désigner ces musiques que l’on entend au travers de hauts-parleurs.

    Je dis inventé, mais en réalité, ce mot est ancien puisqu’il nous vient de Pythagore et désigne en grec la perception auditive (acousma). L’acousmatique est un «art du son proposé à l’oreille sans recours aux autres sens». Cette idée que la musique s’entend pour elle-même ouvre un espace aux citations musicales, à l’exploration d’une tradition, d’une culture. Et c’est ce travail du compositeur sur les œuvres de ses prédécesseurs que Francis Dhomont a entrepris dans plusieurs de ses œuvres, notamment dans ce Cycle du son.

    Objets retrouvés, composée en 1996, donc relativement récente, est un hommage à Pierre Schaeffer dont elle reprend, paraphrase l’une des toutes premières œuvres: l’étude aux objets. Un hommage qui, de manière assez caractéristique chez Dhomont, l’inscrit dans une tradition musicale plus longue. «A la fois lamento et marche funèbre, cette paraphrase de l’étude aux objets de Pierre Schaeffer n’est pas, nous dit-il, sans rapport avec le style du choral orné ou figuré. Trois voix (au sens contrapuntique du terme), élaborées à partir des éléments du premier mouvement de cette étude, viennent broder et habiter les durées prolongées des objets originaux qui constituent le «choral», quatrième voix de cette polyphonie. Le choix d’une forme classique si présente chez Bach n’est pas innocent lorsqu’il s’agit d’honorer la mémoire de Schaeffer: j’aime me persuader qu’il n’aurait pas été insensible à l’allusion.»

    Je voudrais terminer avec une œuvre qui illustre tout à la fois son rôle très particulier dans cette école qu’il a contribué plus que tout autre à développer et son intérêt pour l’histoire de la musique. Il s’agit d’une œuvre récente, elle date de 1997, composée d’un montage, collage de travaux de compositeurs canadiens qui ont souvent été ses élèves. On retrouve dans cette Frankenstein Symphony, des traces d’œuvres de Gilles Gobeil, Ned Bouhalassa, Christian Calon, Robert Normandeau, Stéphane Roy, etc. Il serait trop long de tous les citer.

    Francis Dhomont joua un rôle déterminant dans le développement de cette école de musique concrète, bruitiste, acousmatique.

    Introduction(s) to the Delights of Electroacoustic Music

    François Couture, electrocd.com, October 15, 2003

    Electroacoustic music is an acquired taste. Like it or not, radio and television have conditioned us from an early age into accepting some musical (tonal and rhythmical) molds as being “normal.” Therefore, electroacoustics, along with other sound-based (in opposition to note-based) forms of musical expression like free improvisation, is perceived as being “abnormal.” That’s why a first exposure to this kind of music often turns into a memorable experience — for better or worse. Many factors come into play, but choosing an album that offers an adequate (i.e. friendly and gentle) introduction to the genre will greatly help in letting the initial esthetic shock turn into an experience of Beauty and mark the beginning of a new adventure in sound.

    My goal with this sound path is simply to point out a few titles that I think have the potential to encourage instead of discourage, titles opening a door to a new musical dimension. Of course, this selection can only be subjective. But it might be helpful to new enthusiasts and to aficionados looking for gift ideas that would spread good music around. After all, Christmas is only a few weeks away!

    Bridges

    We usually develop new interests from existing interests. What I mean is: we explore music genres that are new to us because a related interest brought us there. That’s why when it comes to electroacoustic music, mixed works (for tape and instrument) or works related to specific topics are often the best place to find a bridge that will gently lead the listener into the new territory. For example, people who enjoy reading travel literature will find in Kristoff K.Roll’s Corazón Road the sublimated narrative of a journey through Central America. Those still young enough to enjoy fairy tales (I’m one of them) will find in Francis Dhomont’s Forêt profonde an in-depth reflection on this literary genre as inspired by the works of psychoanalyst Bruno Bettelheim, in the form of a captivating work with multiple narratives (in many languages) and electroacoustic music of a great evocative strength. Lighter and more fanciful, Libellune by Roxanne Turcotte finds its source in childlike imagination and is in part aimed at children without over-simplifying its artistic process.

    Guitar fans can turn to Parr(A)cousmatique, a wonderful project for which classical guitarist Arturo Parra co-wrote pieces with some of Quebec’s best electroacoustic composers: Stéphane Roy, Francis Dhomont (Quebecer at heart, at the very least), Robert Normandeau, and Gilles Gobeil. The latter has just released an album-long piece, Le contrat, written with and featuring avant-garde guitarist René Lussier. Lussier’s followers and people interested in Goethe’s play Faust (and its rich heritage) will find here an essential point of convergence, another bridge.

    Essential listens

    Those who want to explore further will probably want to venture into more abstract electroacoustic art. I recommend starting with the Quebec composers. Chauvinism? No way. It’s just that the music of composers like Dhomont, Normandeau, Gobeil, Yves Daoust, or Yves Beaupré seems to me to be more accessible than the music of British or French composers. It is more immediate, has a stronger impact (Gobeil, usually hitting hard), a more pleasant form of lyricism (Daoust, Beaupré), more welcoming architectures and themes (Dhomont, Normandeau). If you need places to start, try Normandeau’s Figures, Gobeil’s La mécanique des ruptures, Dhomont’s Cycle du son, and Beaupré’s Humeur de facteur.

    That being said, there are hours upon hours of beauty and fascination to be found in the works of Michel Chion (his powerful Requiem), Bernard Parmegiani (La création du monde), Jonty Harrsison (Articles indéfinis), Denis Smalley (Sources/Scènes), and Natasha Barrett (Isostasie), but they may seem more difficult or thankless on first listen. And for those interested in where these music come from, the EMF label offers L’œuvre musicale, the complete works of Pierre Schaeffer, the father of musique concrète and grandfather of electroacoustics.

    Tiny ideas

    A compilation album has the advantage of offering a large selection of artists and esthetics in a small, affordable format. Available at a budget price, eXcitations proposes a strong sampler of the productions on the label empreintes DIGITALes. The albums Electro clips and Miniatures concrètes, along with the brand new volume of the DISContact! series, cull short pieces (often under three minutes) to trigger interrogations and discoveries in those with a short attention span.

    And finally, for those of you who want to take their time and explore in short steps, the Cinéma pour l’oreille collection produced by the French label Métamkine contains many wonderful 3” CDs, 20 minutes in duration each, for a reduced price. The catalog includes titles by renown composers such as Michel Chion, Lionel Marchetti, Michèle Bokanowski, Bernhard Günter, and Éliane Radigue. These tiny albums are perfect for gift exchanges.

    Of course, all of the above are only recommendations. The best sound path to discovery is the one you follow by yourself, little by little.

    Best listens!

    Translated from French.

    Ruidos

    Francisco Ramos, Parabólica, no. 0, December 1, 2002

    Para cierto sector de la musicología, en la obra de Pierre Boulez convergen tanto los signos propios de la Vanguardia como los inherentes a estéticas más recientes. En el esplendor de Darmstadt, la obra considerada unánimemente faro de las nuevas preocupaciones de lenguaje fue Le marteau sans maître de Boulez. Ahora, en plena crisis del modernismo, Jean-Jacques Nattiez ve en el Répons de Boulez el mayor logro musical contemporáneo. En su ensayo Boulez à l’âge postmoderne: le temps de Répons, Nattiez efectúa una pertinente distinción entre modernismo y postmodernismo: “El modernismo musical, el que se da en la época de postguerra, significa la búsqueda inicial de un sistema con vocación universal, siempre ávido de lo nuevo. Ahora, los músicos postmodernos favorecen la multiplicidad de estilos, el rechazo de la idea de progreso a favor de una música no experimental, inmediata y comprensible”. Paul Griffiths, en Modern Music and After, reniega de la pluralidad de estilos y la diseminación del postmodernismo: “Desde los años 80 domina un estilo de imitación, se relajan los materiales y la necesidad de novedad se desvanece. Incluso, algunos autores e intérpretes se autopromocionan gracias a la grabación fonográfica”. Francis Dhomont es más rotundo: “El postmodernismo es impuro, permisivo, ecléctico, irónico, inmediato”.

    En cuanto a su recepción, el modernismo profundiza en el divorcio con respecto al público, mientras que el postmodernismo intenta ganar el favor de los aficionados echando mano de estilos pretéritos. La Vanguardia manejaba la idea de que un día sus creaciones serían comprendidas; el postmodernismo, en cambio, confía en ser entendido inmediatamente. Nattiez elige Répons como modelo a seguir por los despistados postmodernistas (“Répons restaura el equilibrio entre los parámetros musicales. El timbre está integrado en una estructura melódico-rítmica a dos niveles: el de la gran forma y el del detalle sin que el segundo oscurezca al primero”). Griffiths, en cambio, no tiene reparos en señalar las debilidades que, evidentemente, lastran el discurso de Répons: pobreza del arsenal electroacústico, línea melódica liviana y rudimentaria y abuso de la métrica regular. Parece observarse en Boulez un intento desesperado por ser Stravinsky, adoptando una postura objetiva ante la obra y aplicando con frialdad un lenguaje poliestilista.

    Coinciden estos musicólogos en negar a la Electroacústica toda posibilidad de alternativa válida. Ignorando que la base de esta propuesta descansa en la ESCUCHA y no en las notas, achacan a la obra electroacústica una sintaxis poco coherente, fundamentada únicamente en el uso del timbre:¿Puede el objeto sonoro, con todas sus variantes morfológicas, constituir el material de base para la elaboración de una obra?

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    La historia de la música en Occidente está estrechamente ligada a la de los instrumentos. El ejecutante ejerce un papel fundamental en la transmisión de las ideas del compositor. El problema surge cuando el excesivo culto al intérprete y al director de orquesta resta protagonismo a la obra y al autor: esa es la corriente dominante en los programas de conciertos. Desde que el músico deja de escribir exclusivamente para la gran orquesta a favor de plantillas instrumentales reducidas, el interés del público y los programadores hacia lo nuevo decae ostensiblemente: el lugar del Espectáculo -el escenario del Gran Auditorio- no admite a los pequeños conjuntos. Su armazón no se aviene con la estética de ese espacio, preparado sólo para acoger grandes fastos.

    El dominio del instrumento se ha seguido dando en la producción musical del siglo XX. En este sentido, el rompimiento con el pasado sólo se da en términos de lenguaje. Los materiales que originan el sonido de la obra moderna siguen siendo los mismos que en el clasicismo. En 1948, Pierre Schaeffer descubre las posibilidades del material electrónico. Empieza ahí a cuestionarse el dominio del instrumento convencional. Nace la música concreta.

    Aunque asumida por buena parte de compositores, hasta el punto de influir decididamente en la concepción tímbrica de muchas obras de corte orquestal, la electroacústica no ha sido acogida por los musicólogos con el mismo rango que la obra convencional. Nace aquí la paradoja de que la misma Modernidad discute el valor de un arsenal nuevo. Al seguir apegada al instrumento, cae la Modernidad en esa misma dependencia con respecto al intérprete que se critica en la música del clasicismo.

    “La música concreta es todavía sospechosa” (Michel Chion).
    En efecto, frente al reinado del instrumento, el material elaborado electrónicamente vive fuera de la historia, es aún calificado de “experimental”. El ruido es considerado un signo humilde, y a la hora de establecer alternativas a la crisis del Modernismo y encontrar nuevas soluciones estéticas en el cambio de siglo, la musicología se debate exclusivamente en territorios ocupados por la música instrumental: estéticas del pastiche, el juego de la memoria… Hay una resistencia a aceptar libremente las posibilidades expresivas de un material que es nuevo, más en razón de su escasa apreciación que por su verdadera naturaleza.

    Frente a tantas obras actuales que llevan el lastre del pasado, se yergue exultante una pieza electroacústica compuesta en 1996 por Pierre Henry de valor excepcional, Intérieur/Extérieur, auténtico y extraordinario exponente de un lenguaje comprometido con nuestro tiempo (Philips la editó en Disco Compacto).

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    El Arte Acusmático, concebido como un arte sonoro basado en el mundo exterior y visible -concreto-, se vuelve abstracto en la escucha. Elaborado a partir de sonidos grabados, este arte sonoro no tiene memoria. Al oyente se le sustraen los elementos de recurrencia típicos del discurso convencional. El ruido es un signo humilde, no apto, por su propia naturaleza, para obtener los mismos resultados que logramos con el material instrumental: un ruido no es una nota. Y es ahí donde surge el problema de la recepción del arte sonoro en el público. A éste, educado en su mayoría en las -únicas- bellezas del concierto instrumental, y al que en nada le preocupa, cuando contempla una bella pintura, que ésta se haya elaborado con materiales humildes (serrín, tierra), la sola idea de que se pueda conseguir un bello sonido a partir de un pedazo de cartón o una puerta le choca enormemente. Como dice Michel Chion (El sonido / Paidós), el material sonoro de origen sigue considerándose, por lo general, como lo que ennoblece al sonido.

    El maestro del Arte Acusmático es Francis Dhomont. Su obra fundamental la constituyen dos volúmenes: el Cycle de l’errance y el Cycle des profondeurs (discos IMED, distribuidos en España por Arsonal). Points de fuite, … mourir un peu y Espace / Escape forman un tríptico acusmático en el que, dice Dhomont, “intento expresar los símbolos y sensaciones que asociamos a la idea del viaje: la evasión, la fuga, la nostalgia, el espacio -el espacio imaginado y el de la ausencia-, pero también la errancia, los vagabundeos del ensueño, los trastornos que forjan el tejido mismo de la vida”. Es este un universo sonoro que penetra en la mente del receptor como un taladro. El genio de Dhomont consiste en actuar sobre el inconsciente. De sus sonidos (de una belleza inmarcesible), extraídos de lo cotidiano, obtenemos la escucha de lugares y sensaciones que agitan nuestros propios recuerdos, nos ponen en guardia. Luigi Nono la llamaría “música de la subversión”.

    Mucho más devastador, el Cycle des profondeurs contiene dos melodramas acusmáticos: Sous le regard d’un soleil noir recrea textos de El yo dividido de R. D. Laing. Las observaciones anotadas por el analista se alternan con descripciones atormentadas de las experiencias de esquizofrénicos. La narrada en la 7ª sección, la de la joven con síntomas catatónicos, es espeluznante.

    No menos perturbador, Forêt profonde adopta un tono dolorosamente naturalista en el tratamiento dramático de la voz. Viaje al subconsciente y sutil fábula en la que el bosque es el símbolo de nuestro errar cíclico por un sendero que conduce a lo impenetrable, a mundos secretos, Forêt acoge citas de cuentos de hadas y textos de Bruno Bettelheim.

    Dhomont: “El empleo de recursos morfológicos, gracias a la alquimia del laboratorio, procura al autor acusmático un poder de sugestión e intervención sobre el texto original capaz de expresar el inconsciente inexpresable”.

    El maestro del Arte Acusmático es Francis Dhomont.

    Musique acousmatique: Bonheur de la beauté bien pensée

    François Tousignant, Le Devoir, December 17, 2001

    La dixième manifestation de musique électroacoustique Rien à voir s’est terminée de la même façon que ce genre de festival a été inauguré: un concert consacré à Francis Dhomont. Un peu comme un salut respectueux à celui qu’on aime affectueusement appeler «l’ancêtre» de l’acousmatique ici. En fait, il y eut bien des expériences faites par des compositeurs avant son arrivée, mais sachons reconnaître la place importante qu’il occupe dans le paysage acousmatique de ce pays.

    Francis Dhomont a en effet un mérite double. Le premier est d’avoir su rassembler autour de sa passion. Ensuite, conséquence directe, celle de la faire partager, donc d’enseigner, de poser des fondements théoriques plus rigoureux sur lesquels l’intuition peut se baser pour vraiment se développer en art. Avec cette soirée de Rien à voir, non seulement se rend-on compte des fabuleuses lettres de noblesse que ce genre multiforme a su prendre, mais davantage, on pose une sorte de regard esthétique sur trois générations.

    Dans la partie de la soirée réservée aux choix de Dhomont, on a pu (ré)entendre Espaces inhabitables de François Bayle. Même si Dhomont diffuseur regrettait un peu de ne pas encore avoir mis à sa main avec toute la souplesse qu’il désire l’orchestre de haut-parleurs et la console dont il disposait, l’exploit fut loin d’être mince.

    Un grand pan de l’art de ce que l’homme de la rue appelle «musique électronique» est malheureusement voué à disparaître dès que la technologie dont il use fait date. Comme sur les produits de consommation alimentaire, on entend souvent des œuvres périmées, où les compositeurs découvraient ici la modulation en anneau, là le sono-gel, les divers oscillateurs ou générateurs algorithmiques et qui, une fois la surprise technologique passée, tombent dans les oubliettes.

    L’œuvre de François Bayle montre que, malgré tout cet attirail technique en constante évolution et une quincaillerie qui rapidement souvent devient périmée, une pensée peut s’avérer souveraine et perdurer. Ces Espaces inhabitables peuvent encore longtemps meubler notre panorama musical par leur simple et forte beauté. Bien sûr, on sent la rhétorique — et Dhomont est maître de la rhétorique au sens noble du terme et rend celle du compositeur avec une élégance raffinée. Cela n’empêche en rien que, ne se donnant pas en spectacle ni ne cherchant à être un but en soi, elle participe de plein droit au propos esthétique.

    La même chose peut se dire des œuvres de Dhomont lui-même. On sent l’école (au sens de parenté artistique), on entend et reconnaît le style. Dans une ère où l’originalité à tout cran tend à primer, s’asseoir et écouter une musique bien balisée, une technique d’écriture maîtrisée qui laisse place à l’imagination réfléchie, fait du bien. L’art de Dhomont ne s’adresse pas aux couches épidermiques de l’oreille. Le compositeur-interprète nous emmène dans le même domaine que celui des fugues de Bach du Clavier bien tempéré. L’union entre le «propos» et sa réalisation se cristallise en gestes sonores, en images — abstraites ou concrètes — qui dialoguent et qui provoquent le retour à la source de l’émotion originelle sans l’artifice du spectacle d’épate.

    Art intellectuel, certes, où la première donnée de l’équation domine et où la seconde se met au service du but recherché, cette musique s’entend avec un classicisme déconcertant de probité et de beauté.

    Oui, tout est beau, même si on peut préférer ceci ou cela.

    On a aussi découvert Cable Bay, d’Andrew Lewis. Courtes dix minutes où la musique se manifeste en pure splendeur sensuelle, que Dhomont diffuse avec un abandon musical subtil et affectueux. La richesse empoigne et, sitôt la pièce terminée, on se prend à en redemander. Dans le bel environnement sonore que se montre l’Espace Go, cela fait partie des instants bénis. La curiosité est stimulée, aveu non caché du désir de pouvoir entendre davantage du catalogue de ce compositeur.

    Des commandes

    Voilà pour les deux premières générations. La troisième s’est fait offrir un cadeau lors ce de Rien à voir. Pour remercier ceux qui, étudiants à l’époque des débuts de ces festivals acousmatiques, faisaient office de techniciens et s’occupaient dans l’ombre à installer le bric-à-brac nécessaire, tout câbler, déplacer, bref, ceux qui font que ça marche sans qu’on le sache, on a passé des commandes à ceux qu’on appelle de «jeunes» compositeurs, troisième portée de l’acousmatique formée tant par les élèves des pionniers que, parfois, par les aïeuls. Une commande par concert, en ouverture, soit cinq en tout. Des quatre pièces que j’ai entendues, toutes invitent au même genre de réflexion critique: ces artistes apprennent encore le vocabulaire, ont appris une technique, mais n’ont pas encore trouvé quoi faire avec.

    Des enfants qui s’amusent avec des joujoux, voilà ce qu’on entend, et qui tentent de se donner un vernis par ce qui, dans le fond, reste encore une scolaire imitation, un exercice. À leur décharge, le format de dix minutes peut parfois être contraignant quand on a besoin de temps. Chacun à sa manière, semble se réfugier alors dans le confort de la chose apprise (voire de la citation: jeu dangereux que celui d’harmoniser tonalement une phrase aussi caractéristique et riche que le solo de hautbois d’Octandre, de Varèse, exemple entre bien d’autres). Comme si on voulait d’abord se réapproprier l’histoire avant que d’oser se la créer.

    Attention cependant: si on doit reconnaître l’échec de ce pan de la manifestation, il faut dire tout aussi fort à quel point il doit se poursuivre. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. L’expérience reste le seul remède aux flottements entendus, allant du truisme à la baliverne, se réfugiant dans le no man’s land où se cantonnent les pleutres. C’est ce qu’on souhaite à ces «aspirants»: du courage, de ce courage qu’on mettra nous aussi à les suivre.

    Rien à voir remet ça pour une dixième fois

    Bernard Lamarche, Le Devoir, December 12, 2001

    Francis Dhomont a été invité à clôturer l’événement.

    Dans le noir, l’événement Rien à voir remet ça, dès ce soir, pour une dixième édition, un anniversaire doublé par les dix chandelles de l’organisme fondateur de la série. Pour ce faire, on a invité le compositeur Francis Dhomont, pour une finale, samedi, haute en couleur.

    Réseaux, l’organisme consacré à la promotion et à la diffusion de la musique électroacoustique, qui a mis sur pied l’événement, a toutes les raisons de festoyer, après avoir tenu le coup pendant ces années. Robert Normandeau, compositeur et cofondateur de Réseaux, souligne le parcours effectué en rappelant que Réseaux est né au début des années 90, dans un contexte de sécheresse du côté des subventionnaires. «Ça n’a pas été évident de faire la démonstration que c’était nécessaire d’avoir ce genre de société de concerts à Montréal». Il faut se rappeler qu’il existe deux sociétés de concerts d’électroacoustique au Canada, et que les deux se retrouvent à Montréal. Réseaux allait donc se spécialiser dans l’unique mandat de défendre cette musique.

    L’histoire montre que l’organisme a visé juste, et que la série autrefois baptisée Rien à voir – Tout à entendre a porté ses fruits. «Le fait qu’on propose une série dont le projet artistique est extrêmement ciblé et qu’on a été très très bien accueilli», soutient Normandeau, a joué en faveur de l’organisme. «Dans la cité de l’image et du spectacle», une série comme Rien à voir à de quoi étonner. Or, le dossier de presse de l’événement s’épaissit en même temps que le public grandit. «Ç’a été reçu comme une nécessité vitale dans le milieu», soutient le compositeur. Comparativement à ce qui se fait dans le monde, les entrées sont respectables, «le succès dépasse le succès d’estime». En plus, les tarifs étudiants permettent d’atteindre une clientèle jeune qui suit le mouvement.

    Programmation de choix
    Un des clous de cette nouvelle édition tient à la présence de Francis Dhomont, le doyen de l’électroacoustique au Québec, sa figure la plus importante. En ce sens, Réseaux boucle la boucle. Le 2 novembre 1991, l’organisme produisait le premier concert de son histoire, Top Secret, dont la tenue soulignait le 65e anniversaire du compositeur, de même que la parution de l’album Mouvances~Métaphores, sous étiquette empreintes DIGITALes. Dix ans plus tard, le concert que donnera Dhomont coïncide avec un nouvel album, Cycle du son. Lors de la soirée consacrée à Dhomont, ce dernier fera profiter les Montréalais de deux pièces inédites.

    En plus de retourner à ses sources, la série actuelle a prévu commander des œuvres à cinq jeunes compositeurs qui ont participé aux premières éditions de Rien à voir, de 1997 à 1999: Nicolas Boucher, Nicolas Borycki, Alain Gauthier, Éric Rocheleau, et Pierre Alexandre Tremblay. «Une poignée d’étudiants de l’Université de Montréal, au départ, nous ont donné un sérieux coup de main, relate Normandeau.Dans «l’esprit de la fête», la série cherche à remercier ces anciens étudiants, en leur donnant la première pièce de chacun des concerts de neuf heures.

    Dès ce soir, Jacques Tremblay débute la série. Celui qui avait été marqué par Hymnen de Kalrheinz Stockhausen proposera une nouvelle création, intitulée Empathies Entropiques, d’une durée exceptionnelle de cinquante minutes. Suivront, demain, l’Allemand Hans Tutschku, pour une première visite à Montréal, puis vendredi, le Néo–Zélandais John Young.

    Nouveauté pour cette édition, la série se déplace du Complexe Ex–Centris à l’Espace Go, rue Saint–Laurent. D’autres concerts, intitulés postrien ont lieu les 13, 14 et 15 décembre, à la Casa del Popolo, au 4873, rue Saint–Laurent.

    Soundscape For The Ears, Not The Eyes

    Peter Goddard, The Toronto Star, October 14, 2001

    Rien à voir (nothing to see) is not true. When Robert Normandeau sets up tomorrow night at the Robert Gill Theatre, the stage will in fact be filled with something — a load of sound-amplifying speakers. Anything else, like real people or just a simple music stand, might get in the way of the musical sounds. And that’s one thing that won’t happen at a Normandeau concert of electronic music. Here the sound is a spectacle even if it has nothing to show (perhaps a word should be coined for this sound-only show, something like an “auracle.” There have been those over the years who have urged the 46-year old composer to add a visual element. “But we resist,” he replies. “It’s called Rien à voir to make clear to everyone this is not a show.” This can be a problem for some people. So can the sounds Normandeau creates — abstract, tuneless rhythm-free whooshes and swooshes, and electronica that goes ping in the dark. Tomorrow night, he is joined by two other practitioners of this art in the dark: his mentor, Francis Dhomont and a younger colleague, Louis Dufort. “At this concert, there really is nothing to look at,” Normandeau says. “There is nothing of interest to sit in front of. The performance itself is minimal. It is often presented in the dark.” Does this sound like a lot of fun? Well, it can be, he goes on. “In this way, the audience becomes an audience,” he says. What happens is probably the most musical experience in anyone’s life. Electroacoustic music was Normandeau’s turf well before he got his degree in musical composition from Université Laval in Québec City in 1984. Back in the early ’80s, it looked like the place to be. It looked like it might be the future of serious music, taking it to the next level. It even had a base in popular culture. All those techno-Brit bands were making electro-sounds so fashionable in hip magazines like The Face. Even Paul McCartney talked about Stockhausen, electronic music’s Big Cheese. So much for yesterday. Instead of replacing symphonic classical music, electronic music became its frighteningly eccentric second cousin. Since then, we’ve had no choice but to love it on its own terms. “Electroacoustic music should not be compared to anything else,” says Normandeau. “The major innovation in it is that the composer does everything in the studio. He doesn’t have to care about the reality of the stage or the realism of his gestures. He doesn’t have to think about someone else reading his score.” “I think being this kind of composer is a lot closer to being a writer or sculptor. We work like sculptors; we sculpt sound and space. We have to adjust our performance to the acoustics of the hall. Basically the music is written in the studio, but we have to fine-tune it for the performance.” “But even with this kind of taped music, I don’t think a live performance can be replaced. The live performance is important for human beings. It is a ritual. Going to a place and spending time with other people is something we need in our lives. “In the past, when we thought about electronic music as being the extension of the instrumental musical world, it didn’t work out very well because the electronic instruments are pretty primitive compared to regular instruments. The quality of sound you have when you play a violin or piano comes from centuries of research. In fact, we haven’t invented a new instrument in over a century. The last one was a saxophone.” Yes, but there is the computer, he admits. This is good news for composers and bad news. The bad news is that, “when you are working with a computer, you lose contact with the music. You watch what you are doing. You lose contact with the sound. Yet because with computers so many people are working at home, music can become very personal and very intimate.”

    What happens is probably the most musical experience in anyone’s life.
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