Jeîta ou murmure des eaux: Recollection GRM
François Bayle
… rencontre avec le compositeur français, pionnier de l’
« acousmatique» , qui revient sur le singulier processus créatif de son œuvre avant-gardiste. — Libération, France
- Composer(s): François Bayle
LP vinyl (REGRM 034, 2026)
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- Label: Shelter Press
- REGRM 034
- 2026
- 315 mm × 315 mm × 8 mm
In the press
François Bayle: « Il ne faut pas avoir peur de dire que c’est bizarre, tout ça»
À l’occasion de la reparution de
Un
Libération
Je l’ai connue dans ses derniers moments heureux avant la bascule. La fin de ma composition, sinistre, annonce ça. Il y a des espèces de sifflets, un sentiment de tous aux abris. Mais quand j’y suis allé en 1969, pour l’inauguration [de la galerie supérieure, ndlr] c’était le bonheur. On devait faire un festival, une biennale en alternance à Baalbek et Jeita. Et j’ai programmé le premier concert avec un programme dédié à
Libération
J’avais fait une pièce qui s’appelait
Libération
Et puis bon, c’était tout de même une musique bizarre.
Libération
C’est une musique bizarre parce qu’on ne comprend pas l’origine des sons, qui sont comme des entités fantomatiques qui se promènent dans l’espace, qui évoquent des causalités trompeuses, parce que dès qu’on a une piste, elle est contredite par un autre événement qui fait appel à d’autres ressources de l’imagination. C’est une musique invisible, les causalités sont refoulées et remplacées par des réminiscences qui sont créées par l’auditeur lui-même, donc chacun a son écoute. Il ne faut pas avoir peur de dire que c’est bizarre, tout ça.
Libération
On n’y est pas encore pour l’analyse formelle, on n’a pas de musicologie, alors que ça fait un siècle bientôt que cette musique existe. Il y a des grands auteurs, comme
Libération
Du public qui écoute sans comprendre, qui absorbe, qui vient, il y a beaucoup de monde. Mais on est toujours encore, on dirait, à la lisière – c’est un titre de
Libération
Méconnu, c’est quand même trop dur, il y a tout un monde qui grouille sous cette pierre. Mais il faut dire aussi que le prestige de la musique instrumentale est si fort… Elle est réincarnée chaque fois qu’elle est jouée, on voit le pianiste, on voit le chef d’orchestre, on voit un savoir énorme, un travail énorme. La musique électroacoustique se débarrasse de tout ça, c’est un flux qui arrive. On est au cinéma, on écoute des images sonores, on est transporté mais on ne sait pas bien sur quoi fixer l’attention. Il y a encore du chemin à faire pour que ce soit une langue dans laquelle on se reconnaisse.
Libération
On a fait tout ce qu’on a pu et ça a marché localement. Même si c’est un peu le mythe de Sisyphe, il n’y a pas de concert de répertoire – les concerts, c’est toujours des créations. On ne va pas cracher dans la soupe, hein, c’est bien. C’est une aventure quand même. Et c’est ce qui est bien aussi, il y a des bifurcations, des pertes de perspectives qui font qu’on a l’impression que c’est tout neuf, que ça vient de sortir, comme dirait
Libération
Oui, c’est tout neuf. Avec tout de même la distance du matériel utilisé qui date un peu les choses, le type de synthétiseur, les sons qui sont là-dedans. Mais vous savez, je suis un compositeur tardif, j’ai débuté sans beaucoup de formation. Donc je me suis lancé là-dedans… Je faisais un titre par soir, chaque soir, pendant trois semaines. Je venais dans le studio après mon travail à 20 heures et je restais jusqu’à 2 heures du matin. J’étais déjà responsable au GRM.
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On lance un son, on enregistre deux ou trois fois, ça devient une idée, on accroche un autre son… Quelquefois, on a jeté quelque chose qui était bien, il faut le retrouver, il y a des énervements, des gesticulations, la création quoi – la bataille, comme un peintre, comme un écrivain, qui rature, qui cherche, qui trouve. Ce qui est trouvé, en général, est trouvé en un instant. Et puis on passe des heures pour rabouter deux choses qui ne s’emboîtent pas bien.
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Elle est liée à la vie, à la vitalité de l’invention technologique qui est derrière, de l’attente entre les deux. Il y a des outils, et tout d’un coup on pense à produire un son bizarre qui bouge d’une certaine façon, et puis ça donne quelque chose. Moi, j’ai vécu. Je suis étonné d’ailleurs de cette trajectoire…
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Au départ j’étais un petit instituteur de rien du tout. Il n’y avait aucune chance que j’aboutisse à quoi que ce soit. Des compositeurs comme
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Oui, moi j’estime que j’étais un peu un voltigeur. J’ai profité un peu de tout, j’ai butiné, j’ai fait des petites choses. Je me considère comme une sorte d’aquarelliste, un
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D’un père menuisier et c’est le plus important. À Madagascar, il fallait tout faire, mettre des volets aux fenêtres, créer des armoires, des étagères. Moi, j’avais une mission exemplaire
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Je pense que j’écoute la musique comme des paysages. C’est pour ça que je suis venu assez tard aux musiques constituées –
Libération
La chance de ma vie, c’est que je suis arrivé au moment où le 33 tours a pris la place du microsillon. J’étais à l’université, à Bordeaux, j’ai délaissé les mathématiques à cause de la musique. Et alors là, j’ai plongé dans la soupe, complètement, parce que, évidemment, j’avais aucun niveau. Donc j’ai pris un petit boulot d’instituteur, puis j’ai entendu parler de
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Un beau jour, il a réussi son coup de créer un service avec une capacité d’embauche, et je suis devenu son assistant calepin. C’était un boulot terrible, ça commençait à 10 heures, ça finissait à pas d’heure. C’était la route la plus incertaine qui soit mais j’avais besoin d’un père. De quelqu’un avec une boussole. Le service de la recherche qu’il créait, je me suis embarqué là-dedans, puis j’ai rendu des services et je m’en suis bien sorti.
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Grâce au fait que tous les ans il y a quelques jours de congé. J’ai fait toute ma musique dans la période entre le 15 août et le 10 septembre. Je me donnais à faire deux minutes par jour. C’est pour ça que mes musiques sont un peu cavalées comme ça. Le reste du temps j’observais, j’écoutais. J’étais merveilleusement secondé par
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Non, très peu. Je perds un peu la mémoire, je suis vieux maintenant. Mais enfin, j’essaye de faire quelque chose. Je voudrais composer pour le 100e anniversaire d’
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