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Flotter dans la forêt d’ifs et d’asphalte
À La chambre blanche en ce moment, nous est offert la très précieuse occasion de s’abandonner à l’image et au son, de flotter sans attaches hors du temps, de déambuler en apesanteur dans un espace qui n’est nulle part.
C’est une proposition éminemment onirique que nous fait
En intégrant pour la première fois la vidéo à son travail audio, il nous livre un espace déroutant qui transforme notre rapport avec les choses les plus simples du quotidien
C’est encore une fois une œuvre redoutablement efficace qui a le pouvoir d’animer dans nos têtes une beauté à la fois familière et étrange.
Vous le savez je suis toute nouvelle dans ce monde de l’art audio et j’avance avec enthousiasme et sans retenue sur ce territoire non balisé. Je suis fascinée par la faculté qu’a l’art audio (le bon on s’entend) de brosser des tableaux complexes, de faire surgir des images qui se collent à notre rétine. Finalement l’art audio (le bon) est une forme d’art visuel, je pense…
Le traducteur
Séquence présente une installation sonore de l’artiste
Avec
Alors qu’on se serait attendu à voir les touches des instruments s’enfoncer en suivant le doigté d’une présence fantôme, les pianos à demi morts ne semblent plus pouvoir être que des caisses de résonance. Ils vrombissent dans un tumulte aliénant, devenus vibraphones presque grossiers, digérant l’impulsion de moteurs intégrés qui les rend indépendants de tout musicien. L’un se montre franchement grave, l’autre plus aigu, et les six se relancent, s’étouffent, se suivent, puis se relancent de nouveau, suivant un protocole difficile à décrypter.
Ce n’est qu’après avoir parcouru toutes les salles d’exposition que l’on peut comprendre le véritable objet de ces mastodontes estropiés de la musique. Tout au fond, un avenant salon d’écoute laisse entendre une musique plus conventionnelle. Des partitions patientent sur une table basse, à portée des visiteurs.
En fait,
L’organisation de l’espace, proposant d’abord les pianos traducteurs, puis le salon d’écoute faisant entendre les pièces originales, permet au visiteur de s’approprier peu à peu l’exposition, appréciant sans idée préconçue les différents instruments, découvrant leurs particularités, écoutant leur sonorité précise. On voudrait percer leur secret, attendant que leur individualité émerge. Chaque piano, d’ailleurs issu d’une époque différente, est envisagé comme unique malgré son association évidente avec ses semblables, ce qui n’aurait pas été possible si le trajet du visiteur avait été inversé.
À noter que, pour ceux qui auraient particulièrement apprécié leur expérience, plusieurs œuvres sonores d’
Ventres de pianos
Un concert inusité a cours chez Oboro.
Cinq des six pianos annoncés par le titre de l’installation (l’autre étant trop usé ou exploité uniquement comme sculpture) vibrent étrangement grâce à des moteurs désaxés placés sur les tables d’harmonie. Les vieilles carcasses s’animent par à-coup, générant une musique concrète qui pourrait avoir des liens de parenté avec Dada et
En fait, au dire de l’artiste, son travail revisite une référence moins lointaine qui est celle du
L’approche de
Intitulé
L’écoute du concert soulève l’enthousiasme à partir du moment où l’appariement se fait entre le collage sonore et les vibrations de pianos. La progression de la pièce va, par exemple, d’un fragment de
Un cimetière de pianos
Érick d’Orion s’approprie la musique d’autrui et la dépouille jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un squelette.
À la musique abstraite s’oppose la musique concrète, née dans les années 40 et développée par des compositeurs aussi importants que Stockhausen ou John Cage. Dans un travail de spatialisation, le son est sculpté jusqu’à ce qu’il forme un objet purement sonore, un fluide malléable qui écrase souvent les idées traditionnelles d’harmonie ou de rythme.
C’est peut-être à la célèbre image du
La résonance, c’est là le nerf que d’Orion titille dans l’installation présentée au centre d’artiste Oboro, vecteur, depuis un quart de siècle, des pratiques culturelles émergentes liées de près aux nouvelles technologies. L’œuvre se déploie en deux temps, et dans autant d’espaces. Dans une première salle — décor austère et lumière crue — se trouve un premier piano, qu’on dirait apparu soudainement. Il en sort une musique inconfortable, minuterie sans fin au terme de laquelle se déclenche une attaque cérébrale qui ne vient pas
On passe ensuite dans la salle des machines. Six pianos éventrés, tordus, craqués sont disposés en arc et leur caisse de résonance lâche le râle ininterrompu d’une baleine en train de mourir, résultat surround de la musique montant de la première pièce, ici décomposée, diffractée, torturée, accueillie par six pianos qui la filtrent et l’amplifient pour en révéler la vraie nature inconsciente. On a l’impression d’entrer dans cette chambre psychique de Twin Peaks, dont les seules parois sont de lourds rideaux écarlates et flottants, et où parle à l’envers un nain inquiétant…
Cabaret polymorphe
Construire le son
Je l’ai écrit à maintes reprises, ce que je trouve le plus exaltant dans l’art, c’est la possibilité de se plonger tout entier dans l’inconnu, d’arpenter sans guide ni repères un territoire potentiellement miné. Un de ces territoires que je parcours à l’aveuglette depuis un peu plus d’un an, est celui d’Érick d’Orion, artiste audio émérite et, à ma connaissance, unique.
Je dis artiste audio et en même temps je cherche comment le décrire. Il n’est pas musicien puisqu’il ne joue pas d’instruments de musique. Ce n’est pas un musicien techno, il ne fait pas de beat ou d’ambiance.
Vous le voyez ici en pleine performance vendredi le 15 février dernier au Café-bistrot L’Abraham-Martin de Méduse dans cette superbe photo d’Idra Labrie.
Il y présentait la pièce À l’infinitif, une improvisation minimaliste utilisant des extraits de poèmes récités par les artistes dadas Raoul Hausmann, Tristan Tzara et Kurt Schwitters.
Pour vous plonger à votre tour, à corps perdu dans l’inconnu, faites un saut à Oboro du du 23 février au 29 mars 2008 pour
Vous m’en donnerez des nouvelles.
