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electrocd

Émilie Laforest

4 results

Louis Dufort, Fides Krucker, Émilie Laforest, Alexis Nouss, Pauline Vaillancourt in Ici Montréal

“Opérer l’opéra”, Sarah Lévesque, Ici Montréal, May 5, 2005
Thursday, May 5, 2005 Press

Une histoire, celle d’un procès intenté à l’Archange du mal. À la barre, trois témoins (Fides Krucker, Émilie Laforest, Frédéricka Petit-Homme) chantent leurs drames devant juge Jean Maheu) et public. «Le grand défi était de transmettre un texte sans que cela sonne opéra à la Castafiore, explique Louis Dufort. Les chanteuses m’ont donné un grand coup de main sur la façon de diriger la voix pour justement éviter ce piège.» L’exercice est nouveau pour le compositeur de musiques électroniques qui utilise d’habitude la voix sous une forme plus abstraite.

L’«opér’installation» de Chants Libres, conçue et mise en scène par Pauline Vaillancourt, est avant tout une histoire collective de mariage des arts. Le point de départ? Le texte d’Alexis Nouss utilisé comme fil conducteur à la musique de Louis Dufort et à la vidéo-installation d’Alain Pelletier (assisté de Pascal Dufaux), matérialisé par des sculptures et une quarantaine d’écrans. «Les premiers spectacles multimédias ont été de l’opéra, spécifie Dufort. Avec Wagner, par exemple, on commençait à avoir des shows de lumières, de théâtre… C’était du cinéma, en fait. Déjà, tous les ingrédients étaient présents.»

Après avoir connu son apogée au XIXe siècle, l’opéra peut-il encore se renouveler? Figé dans une formule, son potentiel de relecture semble aujourd’hui infini. Au début du XXe, Arnold Schönberg avec son Pierrot lunaire modernise l’approche par ses voix parlées et non chantées. Chez Chants Libres, le genre se transforme par l’intégration de la vidéo, un support de plus en plus souple, accessible, peu importe les budgets de création. Quant à la musique, elle évite aussi des pièges d’autrefois. Dufort dose les degrés d’intensité, n’accompagne pas les montées dramatiques du texte. «J’ai pris cette décision après avoir joué avec beaucoup d’intentions et d’émotions il y a un an à l’Usine C. Je voulais plus de subtilité. Il s’agit de jouer avec la notion de malaise et non de prononcer le mal au marqueur. Sinon, on reste toujours au premier niveau.»

Pour cette œuvre dense et complexe, le compositeur enregistre chacune des rencontres avec les chanteuses, les réécoute comme matériel d’inspiration et de construction. «Des fois, je chantais moi-même sur ce que je faisais pour entendre les mots collés aux sons, pour voir comment ils interagissaient.» Une attention toute particulière a justement été accordée au choix des sources sonores afin qu’elles transmettent cette impression de dérangement. «J’ai fait beaucoup de prises de sons de verre, de bois et de styrofoam que je casse, de matériaux de construction qui se font et se défont.» Car le mal, comme l’opéra, construit et déconstruit là où on ne l’attend pas.

April 28 – May 14, 2005: Dufort Premieres Opera L’archange

Monday, April 18, 2005 In concert

Louis Dufort is finishing the opera L’archange, on a libretto by Alexis Nouss, with visual work by Alain Pelletier, and staged by Pauline Vaillancourt. The opera is produced by Chants libres and will be presented at Sation C (Montréal) on April 28, 29, 30 as well as on May 5, 6, 7, 2005. It will also be presented during the Elektra festival on May 12, 13, 14, 2005. With Jean Maheux, Fides Krucker, Émilie Laforest, and Frédéricka Petit-Homme.

Marie Chouinard, Louis Dufort, Émilie Laforest, Marie-Chantal Leclair, Claire Marchand in Le Devoir

“Louis Dufort, le polymorphe”, François Tousignant, Le Devoir, January 24, 2005
Monday, January 24, 2005 Press

On peut diviser ce concert en deux parties. D’abord celle qui utilise les instruments traditionnels en combinaison avec l’électronique, en temps direct comme en «bande» (faute de meilleur terme pour le nouveau support sonore).

On assiste à trois états du «théâtre» musical. D’abord le plus intellectuel et pictural: Accident, où Marie-Chantal Leclair fut renversante. L’interaction avec l’électronique comme sa provocation par ses interventions révèlent un univers aussi parlant que prenant. Un son part du saxophone, l’électronique le magnifie avant de le lui rendre, ou vice-versa, sous forme de moult péripéties, sorte d’accidents dans un parcours formel net et saisissant. Les adjonctions d’effets spéciaux (bruits de clés, usage de grelot qui tinte ou qui choque l’instrument) s’inscrivent dans la trame évolutive; le truc anecdotique, Dufort n’en veut pas, il lui redonne un sens.

Pour Spiel, la parole poétique des quelques vers cités guide mieux l’auditeur. La flûtiste Claire Marchand avait déjà ébloui à la SMCQ plus tôt cette saison; on la retrouve ici aussi maîtresse de tout ce qu’elle a à faire au point que l’on n’écoute plus que ce qu’elle a à dire. Qui pense que ce type de répertoire n’est que facilité ou vision absconse se voit ici enveloppé dans un monde de sonorités stellaires qui rejoint le plus intime de l’Être (pour parodier le bref texte utilisé par Dufort). Malgré certains éclats, cette œuvre intimiste mérite de se voir reprise, souvent et en divers milieux pour que chaque nouvelle interprétation en apporte une vision plus intérieure. Voilà une des forces de Dufort: nonobstant ce qu’il présente de mieux, on sent qu’il y a là potentiel à évolution interprétative selon les conditions de présentation, une des caractéristiques de cet art acousmatique.

Avec Consomption, le théâtre fait son entrée de plain-pied. Un éclairage plus soigné aurait aidé à mieux faire passer le jeu d’Émilie Laforest. Sa bouche se fait parfois émettrice du cri (sous toutes ses formes), parfois elle devient émettrice virtuelle de ce que diffusent les haut-parleurs. Le jeu est assez surprenant, malgré une mise en scène un peu lourdaude. L’expression n’en est pas moins poignante et le résultat, encore une fois, se montre digne d’un grand créateur.

La seconde partie se consacre plus directement à l’électronique «pure». Sound Object, avec ses trois écrans qui peignent l’origine des sons transformés, reste un premier essai; soigné, certes, mais sans réelle conséquence que ludique et superficielle. La démonstration l’emporte sur le reste, surtout quand on sait ce que ce domaine a déjà donné de fort.

Grain de sable est curieusement plus conventionnel. L’idée est trop simple pour supporter un traitement original, et Dufort se contente de rester dans les sentiers battus, Après le reste, cela décevait un peu. On s’est repris en revoyant Cantique no 2, toujours aussi efficace et intrigant, laissant perplexe, et dont la lecture aux niveaux deux ou trois sans les manipulations polyphoniques d’images et de sons demeure encore aussi stimulante.

L’interaction avec l’électronique comme sa provocation par ses interventions révèlent un univers aussi parlant que prenant.