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Robert Normandeau in La Presse

“Rien à voir, tout à entendre!”, Guy Marceau, La Presse, September 14, 2002
Saturday, September 14, 2002 Press

Aujourd’hui à l’Espace GO, la soirée sera consacrée aux œuvres de Robert Normandeau, compositeur et cofondateur de l’événement Rien à voir, ce minifestival de musique électroacoustique qui se termine demain. Dans la salle: les spectateurs; sur la scène: un orchestre de haut-parleurs. S’il n’y a rien à voir, il y a tout à entendre. Et pour imposer le genre en musique électroacoustique, tout est encore à faire.

«Le problème avec la musique électroacoustique, lance Robert Normandeau, c’est que les médias en musique classique font peu de couverture parce qu’ils n’y comprennent rien! Mais aujourd’hui, avec toutes les mouvances électroniques plus populaires, il y a un peu plus de journalistes qui s’intéressent à la scène électro.»

Tout ça est dit sans hargne particulière, mais plutôt comme une affirmation ou un constat. Depuis les premières explorations musicales électroniques, il y a plus d’un demi-siècle, on ne peut pas dire que le genre soit encore aujourd’hui très populaire, ce qui n’a pas empêché les créateurs d’ici et d’ailleurs de poursuivre leurs démarches artistiques en marge des grands courants «populaires», au même titre que les cinéastes, les peintres ou les écrivains.

Robert Normandeau est un bel exemple de pionnier en la matière. En 1992, il décrochait le premier doctorat en composition électroacoustique de l’Université de Montréal (où il enseigne depuis 1999). Son sujet de thèse: le cinéma pour l’oreille. Une métaphore qui est devenue la base conceptuelle de Rien à voir, festival de musique électroacoustique produit par Réseaux, une société de concerts qu’il a fondée avec deux autres compositeurs, Gilles Gobeil et Jean-François Denis.

«Pour l’auditeur novice en électro qui ne sait pas trop à quoi s’attendre, le cinéma pour l’oreille est encore la meilleure dénomination. Et l’analogie ne tient pas tant au cinéma commercial et narratif qu’au cinéma d’animation, par exemple. Parce que ce sont des arts enregistrés et non des arts de performance. Le cinéaste d’animation est très proche du compositeur d’électroacoustique; peu importe la technique utilisée, c’est lui qui fabrique ce qu’il va filmer ensuite, image par image, son par son, etc.»

«L’artiste est aussi l’artisan. C’est moi qui «bidouille» mes sons; ce n’est pas do-ré-mi-fa-sol et, en ce sens, on est aussi très proche du sculpteur ou du peintre. L’objet qui sort de mon studio, c’est la musique dans son ensemble; je ne peux pas la transmettre à quelqu’un d’autre comme on le fait avec une partition; le peintre ne donne pas lui non plus le mode d’emploi avec son tableau. Or, pour l’auditeur qui s’assoit dans la salle de concert, c’est tout l’univers sonore qui lui est donné à entendre, et son imaginaire peut alors s’y projeter de façon beaucoup plus forte et développée que lorsqu’une image lui est présentée.»

Robert explique que l’électroacoustique possède son langage propre et que l’auditeur doit oublier toute référence à un genre musical existant. L’enjeu n’est donc pas tant de comprendre la musique électroacoustique que de se laisser impressionner par les mille et une sonorité de ces paysages sonores, fruits des savants échantillonnages.

La soirée «carte blanche» consacrée à Robert Normandeau réserve donc plusieurs surprises aux auditeurs curieux. À 18h, place à la musique de cinq jeunes compositeurs et, à 20h, Robert Normandeau a choisi des œuvres de Randall Smith, Tod Dockstader (une pièce de 1961!), Marc Favre, Maurizio Martusciello et trois de ses propres œuvres dont la création de Chorus, une pièce qui a récemment remporté le premier prix au Concours international de musiques sacrées de Fribourg (Suisse) consacré cette année à l’électroacoustique.

«Les trois pièces que je présente sont nées du travail que j’ai fait au théâtre notamment, et surtout avec la metteure en scène Brigitte Haentjens. Par exemple, Chorus vient d’une musique que j’ai composée pour la pièce Antigone (Sophocle) présentée à Québec cette année. Chorus utilise les symboles sonores de trois religions monothéistes: la cloche d’église (christianisme), le shofar (judaïsme) et l’appel à la prière (islamisme).» D’ailleurs, Chorus sera aussi présentée demain à 16h en clôture de Rien à voir avec les deux autres œuvres lauréates du concours de Fribourg. Et comme Rien à voir débutait le 11 septembre, le concert intitulé Tolérance se fera au bénéfice d’Amnistie internationale.