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Robert Normandeau in Le Devoir

“La cinquième salle de la PdA sied mal à la musique”, Carol Bergeron, Le Devoir, June 1, 1992
Monday, June 1, 1992 Press

Ce concert d’ouverture du Musée d’art contemporain de Montréal servalt également à l’inauguration d’une toute nouvelle salle. Sans nom si ce n’est qu’on la dit «Ia cinquième» du quadrilatère de la Place des Arts, cette salle a toutefois été conçue pour un usage pluridisciplinaire. C est en somme un autre lieu polyvalent qui, ainsi qu’il semblait facile de le prévoir, n’aura avec la musique que des liens accessoires.

Comment ne pas s’étonner qu’en cinq tentatives, on ne soit pas encore parvenu à doter le plus important complexe culturel de la ville d’un seul espace véritablement conçu pour le concert!

Les musiciens devront donc s’accommoder de ce petit théâtre de 350 places ou le laisser à d’autres utilisateurs qui profiteront de sa «géographie variable». Ils exerceront encore une fois leur patience à attendre. À attendre la très hypothétique constructlon du Conservatoire de Montréal dans lequel, avec un peu de chance, on fera enfin l’effort de doter la Place des Arts d’au moins une salle exclusivement consacrée à la musique de chambre.

Nettement trop sèche, l’acoustique de cette «cinquième salle» étouffe irrémédiablement les instruments conventionnels: la percussion, le piano, les vents, les cordes y travaillent dans le vide. Seule la musique électroacoustique pourrait-elle y trouver son profit. Capable de créer l’illusion de son propre espace sonore, il ne lui resterait plus qu’à trouver un dispositif idéal de diffusion en se servant notamment de la grande mobilité des sièges — on parle de 41 configurations possibles.

Acoustiquement la plus magique, musicalement la plus captivante l’œuvre de Robert Normandeau fut la seule à pouvoir donner du volume à cette salle trop basse de plafond. Partagés de manière à servir d’introduction aux cinq autres pièces du programme ses Fragments étaient diffusés à travers un orchestre de 16 haut-parleurs alimentés par un magnétophone 16 pistes.

Dans la même logique, les deux claviers-synthétiseurs DX-7 ajoutèrent à la percussion et au cor anglals une certaine résonance artificielle bienvenue. Mais cela Serge Arcuri ne pouvait l’avoir prévu lui qui accompagna ses Fresques imaginaires des sonorités apaisantes et inoffensives du «nouvel age».

Le minimalisme insignifiant de Hoketus provoqua une réaction presque unanime de rejet. L’auditoire hua copieusement ce que le compositeur néerlandais Louis Andriessen avait peut-être écrit pour tourner en dérision les répétitifs américains.

Les Cinq études pour figures de Jean Derome cherchent apparemment dans la laideur des associations de timbres qui ne parviennent pas à masquer l’indigence de la pensée musicale. Le contraire de ce qu’avec aussi peu d’instruments, la Torontoise Alexina Louie est parvenue à imaginer pour donner au trombone virtuose d’Alain Trudel quelques minutes de séduisante poésie sonore.

Destinés à conjuguer les effectifs instrumentaux du NEM et de la SMCQ (une trentaine de musiciens) les pièces de Bouchard et de Longtin souffrirent différemment de l’aridité de l’acoustique. Ire tourna ainsi à la colère vaine qui ne permit point de juger de l’apparente qualité de l’écriture orchestrale de Linda Bouchard Hommage à trois peintres québécois, Gaboriau, Toupin, Ferrron et les autres… permit à Michel Longtin de s’amuser avec une opulente formation qui contenait trois pianos, des percussions, des vents et des cordes. Une œuvre qui capte avec bonheur les vibrations invisibles qui, pour un musicien, habitent l’univers de la peinture.