Le directeur de l’Association pour la création et la recherche en électroacoustiques du Québec (ACREQ), Yves Daoust, est content. Au cours de la demière décennie, Montréal est pratiquemment devenue la Mecque de la musique électroacoustique en Amérique du Nord. Des dizaines de concerts de cette musique encore trop marginale ont été donnés dans la demière année seulement. Visiblement détendu par ces premiers succés populaires, le directeur nous a donné sa définition de la musique électroacoustique.
La musique électroacoustique est un «tripotage électronique» des sons. Le travail se fait essentiellement à partir d’une information électrique pour ensuite restituer cette dernière sous forme d’onde acoustique. «Par exemple, on a un trombone qui ne joue aucun son de trombone, parce que le son est modifié par manipulation électronique», explique Yves Daoust. En fait,c’est un mélange d’instruments conventionnels ou modifiés et de montages sonores enregistrés au préalable en studio. «La musique ne se fait plus comme elle se faisait il y a 25 ans: la technologie n’est pas innocente, elle influence notre mode de production et de pensée» spécifie Yves Daoust. Pour le directeur de l’ACREQ, 90% de notre culture sonore actuelle est électroacoustique. «Notre consommation de musique se fait essentiellement par des moyens électroacoustiques comme le disque ou la radio par exemple» argumente Yves Daoust.
«L’électronique ne va pas disparaître, il va se perfectionner», affirme le directeur. Avec l’avénement des musiques mixtes, regroupant des bandes magnétiques à des instruments en direct rien ne semble vouloir arrêter la marche créative des électroacousticiens. «Le grand compositeur Pierre Boulez, qui a longtemps renié l’électroacoustique dans les années 60, s’est maintenant converti à ce genre d’approche moderne», soutient Yves Daoust.
La musique populaire a trop utilisé l’électronique au niveau de la production d’album. Ce qui fait dire à Yves Daoust que «la technologie contient toujours ses propres germes d’auto-destruction». Le directeur cite en exemple le demier Michael Jackson qui a son avis est surproduit. «C’est tellement raffinée comme travail de studio que bientôt les gens vont en avoir marre et vont avoir envie de retrouver les bonnes vieilles guitares fuzzées», affirme Yves Daoust. Contrairement à certains musiciens électroacoustiques le directeur de l’ACREQ croit que les orchestres symphoniques vont continuer d’exister. «On va toujours jouer du Mozart ou du Beethoven», affirme Yves Daoust.
La musique électroacoustique est née vers 1950 dans des stations de radio. «Elle est née de la volonté de faire de la création radiophonique», soutient Yves Daoust. C’est donc un phénomène relativement récent dont les multiples voix restent à explorer, ce qui a décidé l’ACREQ à parrainer la recherche en électroacoustique. Par exemple, on a réussi à mettre au point un «spatialisateur sonore» qui fonctionne relativement bien. «C’est une machine qui fait en sorte que le son puisse être réparti et contrôlé par ordinateur sur plusieurs haut-parleurs en même temps» explique Yves Daoust. L’ACREQ travaille en ce moment sur un système de son conçu spécialement pour répondre aux besoins particuliers de la musique électroacoustique.
L’exploration étant la plupart du temps un phénomène marginal dans le monde de la musique, il y a lieu de se demander à quoi peut bien servir une association comme l’ACREQ. Elle s’est d’abord donnée pour mission de promouvoir la musique électroacoustique québécoise. L’association édite des enregistrements musicaux sur cassettes d’artistes québécois et fait la promotion de ces derniers à l’étranger. L’association organise aussi des ateliers de création sonore dans les écoles pnmaires et secondaires. Les élèves peuvent alors s’initier à diverses techniques inhérentes à l’électroacoustique comme la prise de son, l’échantillonnage ou le montage par exemple. «La durée des ateliers est habituellement de huit heures, mais après seulement deux heures les jeunes maîtrisent déjà assez les techniques pour commencer à jouer» soutient Yves Daoust.
Le directeur de l’ACREQ sort un premier disque compact sur étiquette empreintes DIGITALes au mois de juin. Un album qui aura l’air d’une trame sonore de film. Gageons que cette première offrande sonique est trés attendue des amateurs.