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No Type

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  • The Freest of Radicals, No Type, No Type (web) in Voir

    “Critique”, Nicolas Houle, Voir, February 14, 2002
    Thursday, February 14, 2002 Press

    Actif depuis trois ans dans le milieu de la musique électronique expérimentale, le label virtuel No Type a publié plus de 70 albums en format MP3. Pour sa quatrième année d’existence, l’étiquette se lance dans les parutions CD avec The Freest of Radicals, une compilation double comptant près de 40 titres. Du noise au jazz, de l’ambient à la house, l’album offre une série d’univers musicaux singuliers, peuplés de boucles analogiques et de programmations atypiques parfois exigeantes, mais toujours dignes d’intérêt. Véritable historique sonore de l’étiquette, The Freest of Radicals témoigne bien de la qualité et de l’inventivité des artistes de No Type, qu’ils soient québécois (Magali Babin, Napalm Jazz) ou étrangers (Tomas Jirku, Chris Degiere).

    The Freest of Radicals témoigne bien de la qualité et de l’inventivité des artistes de No Type.

    The Freest of Radicals, No Type, No Type (web) in Voce del Popolo

    “No Type: nous sommes une créature du présent”, Simon-Pierre Beaudet, Voce del Popolo, no. 01:02, December 15, 2001
    Saturday, December 15, 2001 Press

    Loisirs cacophoniques. Sons apaisants pour bébés mutants. Musique de chambre à gravité zéro. Le non-sens comme divertissement domestique. L’inertie comme motif compositionnel. Électro-sculptures stoïques. Le genre de dub contre lequel vos parents vous ont prévenus.

    Voilà les noms de quelques fichiers que vous pouvez télécharger sur No Type, un site web qui publie gratuitement de la musique électronique. Mais qui sont-ils? Et que veulent-ils nous dire?

    Si on tente de concevoir ce qu’est actuellement la musique en format MP3, on songe immédiatement à Napster et ses suivants, à MP3.com, à ces artistes qui offrent «généreusement» — presque avec défi — des pièces à télécharger avec l’espoir, bien sûr, que le brave consommateur courra chez son disquaire se procurer le dernier opus. Pourtant, on est encore loin de l’utopie d’une musique enfin libérée des contingences de l’industrie, que tout le monde annonce sans qu’on puisse voir là un mouvement de masse. Ils sont peu à avoir entrevu dans les technologies modernes la possibilité de publier à peu de frais, et sans intermédiaires, leurs créations. Ils sont encore moins nombreux à l’avoir fait. No Type est de ceux-là.

    Basé à Montréal, le site publie essentiellement de la musique électronique et contemporaine depuis trois ans, ce qui en fait certainement un des pionniers dans le domaine. Sporadiquement, de nouveaux projets et de nouveaux artistes sont présentés, et quelques-uns font même des incursions dans ce monde abusivement appelé «réel» en publiant des disques (consultez la section «no shop» du site) ou en se commettant en spectacle. À l’excellence de la musique répond l’excellence de la conception graphique, laquelle est vraiment exceptionnelle. Le tout en fait un espace vraiment unique sur le web.

    No Type fait la part belle aux artistes québécois. Mentionnons David Turgeon (Camp), Philémon Girouard et Alex Warren (Potlatch W), Aimé Dontigny et Érick d’Orion (morceaux_de_machines, Napalm Jazz), Frédérick Blouin (Oeuf Korrect, Surfing Secrets), James Schidlowsky & Magali Babin. À cela ajoutons des gens venus d’autres horizons, ayant signé précédemment sur d’autres étiquettes, comme Le chien borgne (Guillaume Théroux-Rancourt, de l’étiquette de Québec Alterflow), Sam Shalabi (Alien8) et Martin Tétreault (Ambiances Magnétiques). Et bien sûr des Américaines (Alphacat, Lyric Morgan O’Connor), et plus récemment une Suédoise (Claudia Bonarelli) et un Espagnol (Kanito).

    Nous avons eu en entrevue (électronique, il va sans dire) David Turgeon, musicien, fondateur, graphiste et directeur spirituel de No Type, ainsi qu’Aimé Dontigny, également musicien, directeur de la série «Sine Fiction», projet musical en cours sur No Type.

    Simon-Pierre Beaudet: Quand a commencé No Type, et pourquoi?

    David Turgeon: La version officielle — DONC LA SEULE VRAIE!!! — est que No Type est apparu sur Internet en octobre 1998. Nous étions pauvres, jeunes et idéalistes, alors nous avons décidé de publier notre musique sur le web en MP3 plutôt que de perdre de l’argent à produire des disques, en se disant que ça pourrait payer plus tard. Aujourd’hui, nous sommes toujours aussi pauvres, moins jeunes et peut-être encore plus radicaux dans notre approche. Tous les autres fournisseurs de MP3 cherchent à faire de l’argent, alors que nous n’avons plus cette illusion. Le MP3, tout comme le OGG, un format alternatif en code ouvert, est un format jetable et temporaire, comme la radio. Par contre, les retombées indirectes existent: crédibilité accrue, même des contrats de disques dans certains cas (Tomas Jirku, Dick Richards).

    Aimé Dontigny: Les bénéfices pour les musiciens sont même énormes: outre la liberté de créer, il y a la chance d’enfin rejoindre un public attentif et de partager avec d’autres artistes ayant des visées communes. Il y a beaucoup d’échanges dans No Type; remix, collaborations, spectacles, contacts, etc. Nous ne sommes pas limités par notre groupe. Il ne tient qu’à nous, aussi, de faire fructifier No Type (par exemple, plusieurs américains organisent des shows sous la bannière No Type; les artistes de No Type peuvent aussi accepter de nouveaux musiciens eux-mêmes). La formule permet également d’atteindre un certain degré d’achèvement pour les projets. Les albums sur No Type sont de vrais albums mais sans la contrainte physique de la production: ils sont toutefois publics! Pour des subventions, des séminaires ou des festivals, c’est très important de pouvoir démontrer une pré-existence. Très peu sont ouverts aux musiciens «vierges» (non-reconnus par leurs pairs, pour utiliser la langue subventionnaire). No Type offre et donne cette reconnaissance.

    Simon-Pierre Beaudet: Combien d’artistes se trouvent sur No Type, et combien de projets avez-vous publiés?

    David Turgeon: Nous représentons plus d’une quarantaine d’artistes, parfois sous des noms divers, et avons publié plus de soixante-dix albums, dont la grande majorité sont toujours disponibles, certains ayant été effacés pour diverses raisons. C’est en fait assez peu, compte tenu de la liberté de moyens dont nous disposons. Contrairement à d’autres sites, nous choisissons les artistes avec lesquels nous travaillons, ce qui assure une certaine qualité dans les œuvres et l’interprétation, mais limite en même temps la quantité de matériel que nous pouvons publier.

    Simon-Pierre Beaudet: Votre approche radicale semble vous exclure de certains réseaux. Pouvez expliquer votre refus de collaborer avec ceux-ci?

    Aimé Dontigny: Il faut d’abord mentionner qu’il s’agit d’un vrai label, pas d’un fourre-tout du genre MP3.com. David est le directeur artistique et le catalogue représente une certaine vision des nouvelles musiques électroniques. De plus, il s’agit d’une utilisation non-commerciale du web. Ce n’est pas un start-up. Ça ne recueille pas d’informations sur les visiteurs. Il n’y a pas de pubs. Et ce n’est pas temporairement ainsi pour attirer d’éventuels investisseurs qui vont changer la donne après. C’est tout.

    David Turgeon: Et, de fait, la réalité est que personne ne veut collaborer avec nous, parce que nous n’offrons aucun revenu et aucune publicité. Par exemple, un site au nom de «epitonic» m’a contacté il y a un an; ils espéraient faire une sorte de collaboration. Je leur ai expliqué que nous étions des mélomanes aguerris, plus intéressés à travailler sur notre musique qu’à faire un succès sur la scène des «point-com», mais qu’il serait quand même intéressant de développer un partenariat, et ils ne m’ont jamais rappelé. Depuis, ils servent de point de promotion pour diverses étiquettes indépendantes. Ils seront probablement rachetés d’ici quelques mois, si ce n’est déjà fait. Même chose quand le président de MP3.com m’a appelé, lors de l’ouverture du site. Sous le couvert d’une interview, il voulait surtout savoir si nous pensions tout transférer notre musique sur son site plutôt que de la publier nous-mêmes (ce qui est bien sûr suicidaire). Évidemment, il n’a jamais parlé de nous, et puis maintenant il change les couches de Jean-Marie Messier. Je pourrais aussi parler de la fois où l’ADISQ m’a invité à être panéliste lors de la rencontre annuelle de l’industrie, mais bon, tu vois où je veux en venir.

    Aimé Dontigny: L’industrie est tellement stratifiée (les musiciens veulent plaire aux producteurs, qui veulent plaire aux radios, qui veulent plaire aux publicitaires, qui paient les radios, qui donnent de l’argent aux organismes de gestion de droits d’auteurs, qui paient les musiciens qui veulent d’autres chèques, alors tentent de plaire aux producteurs, etc.) qu’il n’y a aucune alternative pour les musiques différentes. No Type est une alternative ANARCHISTE. Nous sommes un groupe LIBRE: aucun contrat, aucun frais, aucune promotion. Nous sommes sur No Type parce que nous croyons à la liberté de créer. Notre musique est gratuite, disponible en tout temps et sans aucun compromis artistique.

    Simon-Pierre Beaudet: Quelles conceptions avez-vous de la musique électronique, et comment vous situez-vous par rapport à l’héritage musical du XXe siècle?

    David Turgeon: Nous sommes une créature du présent. Si on parle de musique, les courants que nous choisissons sont très contemporains: musique électronique à saveur «techno», recherche sonore post-moderne, etc. Évidemment, on peut faire des liens. Entre autres avec John Cage qui croyait que tous les sons pouvaient être de la musique. Bien sûr, il ne faut pas prendre ceci au pied de la lettre; nous y répondons en offrant de la musique que les éditeurs de disques refusent. Cela amène nécessairement une dimension politique, mais nous contribuons aussi à la diversité musicale.

    Il y a plusieurs écoles de pensée en musique électronique. L’une d’elles est la position «classique», qui trouve un écho dans la musique électroacoustique contemporaine. Historiquement, la musique électroacoustique est une sorte de réconciliation entre les possibilités sonores de la musique électronique pré-1970 (Stockhausen, par exemple, mais aussi Kraftwerk) et les nouvelles formes de composition apportées par la musique concrète de Pierre Schaeffer et consorts en 1950. Plus récemment, il y a l’école «techno» (au sens large), qui se réclame davantage de l’héritage de Kraftwerk, et qui fut modelée en grande partie par la technique: le «beatbox», par exemple, a influencé le rythme régulier et la répétition. Aussi, il s’agit souvent d’une musique qui se veut «utilitaire» au sens où la musique sert à faire danser les gens (elle a une «utilité»).

    De ces deux écoles de pensée ont surgi divers courants qu’on pourrait appeler hybrides. C’est surtout là que nous nous situons, bien que ces micro-écoles hybrides ne s’entendent pas nécessairement entre elles. Nous essayons de concilier ces positions qui n’ont, à mon avis, aucune raison d’être contradictoires. Il existe par exemple beaucoup de musiques électroniques d’inspiration «techno» qui expérimentent avec le son et la structure; ceci a donné le IDM (Autechre, Aphex Twin). D’autre part, il y a des courants d’origine plus académique, de la musique dite «de recherche», qui s’inspire de courants plus populaires et utilitaires; ce qui donne le «microsound» (Pita, Kim Cascone). Nous puisons notre musique un peu partout; alors ce foisonnement d’idées et de mélanges nous est bénéfique.

    Aimé Dontigny: Toutes les facettes de la musique nouvelle — ou actuelle, terme que j’aime bien car il regroupe l’innovation de l’instrumental à l’électronique — sont représentées et il faut vraiment préciser que toutes ces musiques sont atypiques. Même dans les genres en vigueur dans l’électronique populaire, les artistes de No Type profitent de la liberté complète pour s’affranchir de ces étiquettes. On y trouve peut-être du techno, mais jamais le techno qu’on entend dans les raves (transe, goa, etc.) Il y a peut-être de l’électroacoustique plus formelle, mais jamais de l’académisme réducteur.

    David Turgeon: Étrangement, malgré le fait que nous soyons constamment «mis à part» dans l’univers de la musique contemporaine «populaire» — plus spécifiquement la musique électronique —, les électroacousticiens ont été les premiers à nous reconnaître comme des pairs. C’est bien sûr ironique puisque notre musique n’entre que très rarement dans le créneau électroacoustique classique. Pour les autres, il semble que nous soyons trop éclectiques, pas assez centrés sur un genre en particulier, donc peut-être trop difficiles à comprendre. Mais à quoi s’attendre d’autre d’un site qui s’appelle «no type»?

    Site internet: www.notype.com

    Nous sommes sur No Type parce que nous croyons à la liberté de créer.

    The Freest of Radicals, No Type in Le Devoir

    “Une étiquette virtuelle et vivante”, David Cantin, Le Devoir, December 8, 2001
    Saturday, December 8, 2001 Press

    Quatre ans après son éclosion, voilà que le site montréalais de mp3 No Type s’associe à l’étiquette de musique électroacoustique empreintes DIGITALes afin de mieux diffuser le travail «de nouveaux créateurs ignorés des circuits habituels».

    Toujours en marge de l’industrie, la première réalisation est une double compilation qui regroupe 35 œuvres originales par autant d’artistes de No Type. De plus, du 13 au 15 décembre, c’est ce premier site de mp3 gratuit au Canada qui prendra également en charge le volet post rien (ainsi nommé parce qu’il succède [aux événements de la série de concerts électroacoustiques] Rien à voir (10)) à la Casa del Popolo. À Québec, le jeudi 13 décembre, la soirée Machines: abstractions sonores électroniques s’installera pour une incursion initiale dans le studio d’essai de Méduse, en collaboration avec Avatar et Alterflow.

    Pour Érick d’Orion, membre des formations de Québec morceaux_de_machines et Napalm Jazz, The Freest of Radicals est en quelque sorte un best-of des 70 albums pour la plupart encore disponibles gratuitement sur No Type. En tout, on compte pas moins d’une quarantaine d’artistes provenant du Québec, du Canada, des États-Unis, de l’Espagne, de la Suède et de l’Angleterre. «Au début, David Turgeon, le fondateur de No Type, souhaitait rendre accessible au plus grand nombre une musique dite trop bizarre, trop bruyante ou encore pas assez vendable. Trois règles deviennent alors essentielles: la liberté créatrice, le musicien demeure en contrôle de tout et il n’y a pas d’argent qui entre, juste de l’argent qui sort.» Jusqu’en janvier 1999, les premiers à se joindre au collectif seront surtout des gens de Québec, puis la rumeur commencera à courir un peu partout. Désormais chez Alien8, le Torontois de réputation internationale Tomas Jirku s’est d’abord fait connaître grâce à No Type.

    Une occasion rare

    En ce qui concerne d’Orion, toujours à Québec, ses projets se rapprochent davantage de l’esprit du free-jazz, mais en utilisant les machines plutôt que les instruments traditionnels. Une facette parmi tant d’autres sur ce label. Il parle plus précisément de «free-bruit» dans le cas de Napalm Jazz alors que morceaux_de_machines expérimente plutôt du côté de la «noise-pop». «On ne cherche à effrayer personne puisqu’il existe un véritable public pour ce genre d’approche radicale. Il faut aussi savoir que seulement 30% de la production de No Type touche essentiellement à la «noise». La compilation double a l’avantage de présenter aussi les autres volets d’une musique dite de recherche.» Bien qu’Érick d’Orion se soit produit à maintes reprises à Montréal, il veut désormais installer un créneau pour ces diverses tendances de la musique électronique dans la Vieille Capitale. Après la soirée du 13 décembre au studio d’essai de Méduse, il prévoit une suite à cet événement lors du prochain Mois Multi. Le musicien insiste par contre sur quelques détails: «Il ne faut pas que les spectateurs s’attendent à entendre de la techno comme dans les raves ou un académisme purement réducteur. Cela n’a rien à voir avec ce que No Type préconise comme idée des musiques différentes. On veut proposer une véritable alternative.»

    Lors de ce spectacle-lancement, des noms comme Monobor Télécom, de la France, Arborisation Terminale, du collectif Alterflow, E3F1, de Montréal, et morceaux_de_machines se produiront sur scène. Une occasion, plutôt rare à Québec, de s’initier à ces nouvelles musiques électroniques. À suivre dans un futur rapproché.

    No Type s’associe à l’étiquette de musique électroacoustique empreintes DIGITALes afin de mieux diffuser le travail “de nouveaux créateurs ignorés des circuits habituels”.
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