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Francis Dhomont

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  • Francis Dhomont dans Musicworks

    «Sublime Sublimation», John Kamevaar, Musicworks, no 70, 1 mars 1998
    dimanche 1 mars 1998 Presse

    Francis Dhomont is an internationally recognized pioneer of electroacoustic music composition, specifically within the genre known as “musique concrète” or acousmatic music. In general terms, the primary method of the genre is the manipulation and signal-processing of recorded sonic events (controlled or observed) from an unlimited scope of sound sources (frequently not musical instruments). These elements are often combined in various ways with electronic music produced on synthesizers and computers. In concert, the most preferred presentation is through multiple speaker arrangements, facilitating variable dynamic spatial location of sound. In the past twenty years, Dhomont has divided his time between France and Montréal, having until recently taught at the Université de Montréal. Both his work and his teaching have had an enormous impact on the development of the art-form in this country.

    Forêt profonde, Sous le regard d’un soleil noir, Francis Dhomont dans Circuit

    «Musiques électroacoustiques», Stéphane Roy, Circuit, no 9:1, 1 janvier 1998
    jeudi 1 janvier 1998 Presse

    II y a près d’un an, le producteur d’empreintes DIGITALes lançait à Montréal deux disques optiques consacrés au compositeur canadien Francis Dhomont. Chacun comporte une œuvre d’envergure qui s’inscrit dans le dyptique intitulé le Cycle des profondeurs, qui deviendra un tryptique si le compositeur donne suite à ses nouveaux projets. La première de ces œuvres est une réédition de Sous le regard d’un soleil noir (IMED 9633), mélodrame acousmatique d’une durée de 51m35s, réalisé entre 1979 et 1981. La seconde, nouveau mélodrame acousmatique d’une durée de 58m32s, composé entre 1994 et 1996, s’intitule Forêt profonde (IMED 9634).

    Sous le regard d’un soleil noir

    Ce noir soleil brûle parfois les ailes de celui qui, tel Icare, trop s’en approche. L’œuvre, troublante, met en scène le vertige schizoïde d’un moi supplicié. Elle n’est pourtant pas l’adaptation d’une thèse sur la schizophrénie: il ne s’agit pas d’un «programme à l’œuvre», mais d’une «œuvre à programme» qui tire d’un propos extra-musical une substance expressive d’une qualité rarement égalée, à ma connaissance, en musique acousmatique.

    C’est le discours des profondeurs de la psychanalyse qui a inspiré à Dhomont cette musique magistrale en huit sections. Ce discours, Dhomont l’a puisé essentiellement dans les ouvrages du psychiatre et psychanalyste Ronald D Laing, dont la pièce offre à maintes reprises de très beaux extraits.

    Le compositeur a su créer dans son soleil noir une atmosphère mystérieuse et onirique. Le propos se centre autour du thème du moi. Le drame se tisse à mesure que s’effrite la cloison qui sépare ce moi de l’univers extérieur: l’être intérieur est alors envahi, ou plutôt il est absorbé par un trou noir, celui de la schizophrénie: «On est à l’intérieur puis à l’extérieur ce qu’on a été à l’intérieur. On se sent vide […] manger et être mangé pour que l’extérieur devienne l’intérieur et pour être à l’intérieur de l’extérieur. Mais cela ne suffit pas. […] et à l’intérieur de soi il n’y a toujours rien.» Et c’est le lever redoutable d’un soleil noir, dont le caractère torride n’a d’égal que l’intensité du drame qu’il noue.

    Ce drame porte divers visages dans l’œuvre. C’est notamment cette note si, véritable obsession, dont le timbre sert parfaitement l’expression d’une angoisse lancinante. Le drame, c’est aussi la rupture. C’est l’Engloutissement évoqué à la section 2 par l’immersion dans des sonorités fluides conduisant à l’asphyxie de la personnalité, dont il ne reste qu’une ombre inarticulée au fond de l’abysse. C’est aussi la tragique Implosion de la section 4, puis cette Pétrification progressive de la personnalité à la section 7. C’est le premier son de Citadelle intérieure, une lourde porte se refermant, qui symbolise l’isolement, l’emmurement de la personnalité. Et c’est enfin le contrepoint vocal à la fin de la même section, disséminé dans l’espace comme si cette voix au loin, fragile et presque inaudible, symbolisait la perte de contact entre le moi de l’individu et la conscience de sa propre existence.

    Forêt profonde

    Il était une fois une Forêt profonde, mélodrame acousmatique en treize sections basé sur la Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim. Les récits apparemment innocents qui ont baigné notre enfance sont autant d’arbres qui nous cachent les replis mystérieux de la forêt, profonds replis de l’âme que Francis Dhomont sonde à travers une lecture psychanalytique des contes de fées. L’œuvre fait foisonner un riche contrepoint de voix, de textes et de langues. Elle intercale au sein d’une substance sonore saisissante les illustrations alternativement mystérieuses et rassurantes du conte; l’auditeur écoute défiler treize stations qui le tiennent véritablement en haleine.

    Dans Forêt profonde, Francis Dhomont joue avec les archétypes, non seulement ceux que le récit porte en lui (la mort, le bonheur, le courage, la peur et ainsi de suite) mais encore ceux que peut évoquer le substrat sonore. Ainsi l’archétype du réconfort et de l’apaisement, suggéré par de tendres berceuses, est brusquement rompu par le caractère tragique et angoissé de sons aux morphologies instables. Cette œuvre, à l’égal des contes, enchante, ensorcelle par certains passages énigmatiques qui montrent à quel point l’art des sons parvient à exprimer l’inexprimable. «Qu’est-ce qui se passe?», murmure au début de l’œuvre une voix inquiète. Une réalité redoutable se cache derrière les paroles adressées à l’enfant: «ce n’est rien chérie, essaie de dormir…», doux réconfort qui, comme la fin heureuse des contes, nous détourne de la morbidité qui plane sur nos existences.

    Si ces deux œuvres forment un diptyque, c’est qu’au plus profond de notre forêt se consume un soleil noir; profondeur et noirceur, associées dans un même univers sémantique, se conjuguent dans ce Cycle des profondeurs pour évoquer une angoisse existentielle que nous échoit en partage. Alors que Sous le regard d’un soleil noir s’inspirait d’un mal-être qui se transforme parfois en pathologie, Forêt profonde touche à l’imaginaire de l’enfance et à la face cachée des contes qui l’ont peuplé. Dans ces deux univers, texte et musique sont si bien intégrés, l’un prolongeant ses résonances dans l’autre, qu’il est impossible de les voir dissocier. On rencontre à maintes reprises un narrateur présentant certains commentaires «cliniques», mais rien d’asséchant, qui nuirait à la trame dramatique du discours muscial. Ces commentaires rythment l’évolution du drame en offrant quelques clés à l’auditeur sur le foisonnement des symboles et des archétypes musicaux qui s’y déploient.

    Sous le regard d’un soleil noir et Forêt profonde sont des œuvres de substance qui transcendent les impératifs technologiques. Lorsqu’on se met à l’écoute de ces pièces, on découvre plein de choses sur la musique et certains de ses vertiges…

    Ces œuvres sont présentées dans deux beaux coffrets orginaux. Un livret bilingue (anglais/français) bien documenté, totalisant près de 50 pages, les accompagne. On peut y trouver les extraits cités, avec référence bibliographique, ainsi qu’un catalogue détaillé des pièces réalisées par le compositeur depuis 1972.

    Dans ces deux univers, texte et musique sont si bien intégrés, l’un prolongeant ses résonances dans l’autre, qu’il est impossible de les voir dissocier.

    Forêt profonde, Francis Dhomont dans Le Devoir

    «Critique», François Tousignant, Le Devoir, 8 mars 1997
    samedi 8 mars 1997 Presse

    Chose promise… Voici donc la deuxième partie de ce fabuleux mélodrame de Francis Dhomont Cette fois c’est par la porte des contes de fées, de Grimm notamment, que l’imagination créatrice de Dhomont vient nous déranger et nous enrichir.

    Il s’agit de la troisième version que le compositeur livre de son œuvre, lui qui, comme Boileau, cent fois sur le métier… La musique y est plus prégnante que dans la première partie du cycle. On pourrait lancer l’hypothèse que le compositeur s’est plus servi de la parole comme moteur dans la première partie du cycle (Sous le regard d’un soleil noir), territoire des adultes, et qu’il a plus besoin d’enrobage sonore pour aborder le monde de l’enfance, plus fugitif et plus intuitif. Le discours de deuxième niveau est donc plus utilisé.

    S’inspirant fortement des travaux de Bruno Bettelheim sur les contes pour enfants, de manière un peu trop soulignée en un certain passage, Dhomont tente d’allier discours fantastique et séduisant (on pense parfois à des trames sonores d’Hollywood) à celui plus exigeant de la confrontation avec des utilisations acousmatiques pures et dures (la «fureur humaine»). Le résultat est fascinant. Comme par exemple, dans le début de la troisième partie où la trame narrative est claire et efficace. Des sons «bizarres» et tout à coup une chaude voix de femme qui dit «Ce n’est rien» et plus loin: «Qu’est-ce qui se passe?».

    Oui, il faut vraiment écouter cela comme un conte de fées. Francis Dhomont se révèle ici un formidable conteur. Et même les enfants embarquent dans son périple, y comprenant bien ce qu’ils peuvent, comme nous d’ailleurs.

    On oublie la technique tant tout cela est fait avec l’inéluctabilité de la vérité qui se dévoile. Je parle ici aussi bien de la réalisation sonore et de la mise en bande (équivalent à l’écriture de la partition pour Dhomont) que de la structure du propos. Un mélodrame, c’est avant tout du théâtre, et Dhomont se montre dramaturge trés original et sûr. Sitôt qu’on pense que la pièce va tourner en rond, arrive une clé — sons synthétiques, parole, sons familiers, Scènes d’enfants de Schumann, bruits connus — qui nous ouvre une nouvelle porte de perception et de compréhension. Encore une fois, Dhomont joue du Labyrinthe en véritable Dédale: il conçoit un édifice dans lequel on pénètre sans savoir comment on en sortira, chacun à sa manière.

    C’est donc la partie forte du cycle qui se clôt ici. On a l’impression qu’on ne saurait applaudir: on est tellement pris par cette musique, que quand se fait le silence, on le cultive afin de mieux se pénétrer de ce qui pourrait bien être en passe de devenir une des réussites acousmatiques les plus grandes de cette fin de siècle.

    … une des réussites acousmatiques les plus grandes de cette fin de siècle.

    Sous le regard d’un soleil noir, Francis Dhomont dans Le Devoir

    «Aux antipodes des apparences», François Tousignant, Le Devoir, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    Magnifique cadeau que cette mise en compact de la musique de Francis Dhomont. Vraiment, il faut saluer bien bas et avec une infinie gratitude l’initiative des Jean-François Denis et consorts pour avoir vaillamment produit ces disques magnifiquement et très originalement présentés, qui ne cessent de nous faire faire des découvertes et qui sont d’une qualité plus qu’exceptionnelle.

    J’ai écouté trois fois la première partie du Cycle des profondeurs que l’on présente ici et qui s’intitule Sous le regard d’un soleil noir (je vous parlerai bientôt de la seconde, Forêt profonde), pour chaque fois me demander; «Mais qu’est-ce que cette cette musique de la non-musique a pour m’émouvoir si musicalement?»

    Ce qu’on entend, c’est d’abord un texte qui s’inspire de la réflexion psychanalytique (fuyant donc tout le psychologisme facile) et de la difficulté de l’existence dans son sens le plus vaste. S’y allie cet intérêt de Dhomont pour orienter son message par une qualité littéraire certaine et sérieuse. On ne lit pas ce texte comme un poème; on le lit comme prétexte au poème ultime qu’est sa mise en sonorisation dans l’univers d’apparence discret du compositeur. Attention: en art, les apparences sont trompeuses!

    Le verbe prend toute sa portée dans son contexte. Ici, il se conjugue avec un traitement subtil des mots dits, des significations orientées par le contexte musical. Ou alors serait-ce le contraire? Est-ce que la mise en forme de ce texte, la vraie porteuse de sens dans sa profondeur car la moins immédiate, ne serait-elle pas cet état béni de l’art musical que le mot nettement énoncé vient révéler à notre conscience acoustique?

    On le comprend, le va-et-vient entre les formidables réseaux créés ici par Dhomont est infiniment riche. A chacun, donc, sa propre stratégie, dont l’effort lui sera récompensé par une émotion — oui, une véritable et profonde émotion — d’autant plus pleine qu’on désire recommencer l’expérience.

    Le compositeur se fait Virgile et nous Dante. Le labyrinthe de l’Enfer, s’il est moins violent ici que dans les images apocalyptiques de l’Italien, n’en rejoint pas moins la même originalité, faisant renaître en nous cette quête d’un idéal nouveau. L’exploration est sombre.

    Le court poème sur «l’m No One, l’m A No One» va peut-être servir de clé pour tout à coup comprendre à quel travail s’est livré le compositeur pour nous livrer sa pièce. Faites attention: le travail n’est pas la pièce. Cette dernière est le résultat du travail, ne serait-ce que celui d’une main tendue vers l’extérieur.

    On ne trouve pas ici le plaisir léger des valses viennoises, confronté que l’on est aux douleurs de la «maladie mentale». Il y en a que cela choque, mais je suis sûr qu’ils admirent van Gogh. Alors, pourquoi se refuser de faire un autre type d’expérience esthétique? Physiquement, rien n’agresse. Artistiquement, on est pris, séduit et enrichit. Et aussi comblé.

    Physiquement, rien n’agresse. Artistiquement, on est pris, séduit et enrichit. Et aussi comblé.

    Forêt profonde, Francis Dhomont dans Vital

    «Review», MP, Vital, no 69, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    Forêt profonde (which sadly translates as “Deep Forest” — remember that abysmally beige and blandish semi-Gnu Age array of ethnic samples and drum machines with the same name released three or so years ago?) is fabulous. Forêt profonde is the second part of, what is till now, a diptych (preceded by [Sous le regard d’un soleil noir]). A third part is imminent.

    Styled an acousmatic melodrama, Forêt profonde is based on the fascinating book The Uses of Enchantment by Bruno Bettelheim, and it has gradually taken shape as a composition over fifteen years, culminating in two years’ final production. It is, like Bettelheim’s book, a guided tour of the childhood soul, which itself is nothing more than a return to the initiatory world — both cruel and reassuring — of fairy tales. The composition is divided into 13 sections (6 of which are purely instrumental) all of which contain some form of quotation from Schumann’s op.15: Scenes From Childhood. Texts by Hans Christian Andersen, Dante, Those Grimm Brothers, Shakespeare and of course Bettelheim himself are used in the piece.

    The recurring theme in fairy tales of being lost in a forest (it’s up to you to work out the psychological parallels here) is reiterated here too. To anybody who has heard fairy tales, this image is unforgettable. As Bettelheim says, “… without fantasies to give us hope, we do not have the strength to meet the adversities of life. Childhood is the time when fantasies have to be nurtured.” Actually, this is probably the best CD I have heard so far this year. Monstrous. Unpredictable. Hallucinatory. It plays on the memories we all have that we connect to specific sounds. It is an intriguing voyage into familiar and dangerous territories where branches snap for no reason, where long shadows flit between the tree trunks and the passing breeze carries traces of wolf-breath. It’s the place where trapped birds are princesses, where the lure is golden, where banished sons become kissable frogs. Magickal slumber, castles and caves, locked rooms (with the key left in the lock, of course) and the endless growth of entangling vegetation…

    … an intriguing voyage into familiar and dangerous territories…

    Sous le regard d’un soleil noir, Francis Dhomont dans Vital

    «Review», MP, Vital, no 69, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    Francis Dhomont was born in 1926 and studied under, amongst others, Nadia Boulanger and Charles Koechlin. His theoretical texts and essays are regularly published in various international journals, he lectures regularly and is the author of many radio programmes for national Canadian radio. He has received numerous prestigious awards and now divides his time between Québec and France, teaching electroacoustic composition and theory. These two releases are part of the same group of works titled “Cycle of Depths” (Cycle des profondeurs), which is comparable to his previous “Cycle of Wanderings” (Cycle de l’errance), not only available on empreintes DIGITALes but also on BVHAAST, a Dutch label partly lorded over by Willem Breuker.

    Sous le regard d’un soleil noir or “Under The Glare of A Black Sun” to folks like you and I was originally produced in 1979-80, completed in 1981 and since then has won a bunch of awards for electroacoustic composition. It was inspired by the works of British psychoanalyst Ronald D Laing (author of The Politics of Experience and The Divided Self and one of the first in his profession to explore the potential of LSD in analysis), and tells the story of a slow descent into madness. The spoken texts are quoted from the works of Laing, Plato, Kafka and Buchner. The piece makes us share the anxiety, anguish and solitude of the schizophrenic, attempting to present us with a sonorous image of a (mostly) inaccesible world. Laing himself once said “I cannot experience your experience, or vice versa.” Dhomont presents the experience he thinks they (schizophrenics) have, constructing a more general myth through which the ‘normal’ man may discover his own schizoid traits. Sous le regard d’un soleil noir tells us about ourselves, about the terrifying solitude that faces every man, as if we are sitting at the end of a cavern capable only of looking ahead. There is certainly an element of underlying danger here — not from external forces but rather from those sharp, shiny, sterile, surgical razors with which we perform psychological surgery on ourselves as we lay on a ramshackle operating table constructed out of our belief systems which itself is placed in a dimly lit corner of a huge reverberant space. Bats in the belfry. Too many toys in the attic. No room to spare in this warehouse where ominous chords pace the staves… This is the domain of archetypes.

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