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Louis Dufort

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  • Louis Dufort, Fides Krucker, Alexis Nouss, Pauline Vaillancourt dans Le Devoir

    «Problèmes et réussite», François Tousignant, Le Devoir, 2 mai 2005
    lundi 2 mai 2005 Presse

    La création en opéra fait face à de terribles dilemmes que sa présentation sous une autre manière que la traditionnelle exacerbe: comment user de la voix dans un langage qui s’en est aussi radicalement éloigné, comment éviter les tics d’accompagnement (à l’italienne) et oser tenter encore l’intégration (wagnérienne) tout en poursuivant les acquis du siècle dernier, de Berg à Zimmermann, et encore innover? À ces questions se bute L’archange, dernier projet porté héroïquement à bout de bras par Chants Libres.

    Avec des moyens financiers limités, on aboutit à une représentation précieuse en ce qu’elle ose, par sa manifestation même, s’inscrire dans le questionnement actuel. Le jugement par contumace de L’archange, ce prototype du mal qui devient l’artiste qui choque les bonnes moeurs d’une société qui, elle, tolère la violence faite aux enfants, aux immigrants, aux femmes, ne passe malheureusement pas la rampe: son théâtre n’est pas assez percutant.

    Le verbe du livret, tout explicite qu’il soit, dont l’implicite se voit reproduit en images, les écrans relayant une psyché sur télés visant l’abstrait naissant du concret, et le contrepoint intérieur de la musique de Dufort avec lequel la vidéo forme un amalgame qu’on voudrait revoir pour mieux saisir toutes ses finesses, ces éléments donc ne réussissent pas à viser juste, effleurant seulement l’essence.

    L’inconfort vient de l’utilisation de la ligne vocale, même rendue par trois magnifiques interprètes. Parfois belle, elle demeure généralement beaucoup trop simple pour ce à quoi elle doit s’intégrer. Alors, chacune des trois premières scènes, passionnante qu’elle puisse être dans son idée, tombe vite à plat. Seul moment de rédemption, le finale. Le Juge lit on ne sait trop quoi pendant que s’unissent les voix en un trio presque digne de figurer aux côtés de celui du Chevalier à la rose, de Strauss II — quoi que d’une tout autre esthétique: les longues tenues vocales qui montent sur ces couches sonores qui s’empilent témoignent d’une réelle rencontre, absente auparavant.

    Sortie de la narration, de son rôle premier de porteur de texte, la voix s’y fait véhicule de l’émotion en un univers qui demande poursuite. Si, malgré les quelques bons coups de ce qui précède, on s’enlise un peu, pour cette fin, il faut faire le détour. Libéré du mot et de sa littéralité, l’opéra se dévoile dans ce qu’il a de plus près de nous dans cet environnement technologique auquel, enfin, la voix s’unit musicalement et dramatiquement.

    Telle semble s’annoncer cette nouvelle émancipation de la voix à l’opéra (déjà perçue par des Kagel ou Vivier), désormais non plus porteuse du mot, seulement révélation physique du drame, présence conductrice entre d’autres, grâce à son interprète, dans le réseau que tisse toute la machinerie du théâtre, forçant l’humanité dans un univers à priori rébarbatif. Au bout du compte, malgré les écueils, voilà ce que commence à réussir Dufort.

    Louis Dufort dans Voir

    «Le jugement dernier», Réjean Beaucage, Voir, 28 avril 2005
    jeudi 28 avril 2005 Presse

    Le compositeur Louis Dufort signe la musique de l’oper’installation L’archange, de la compagnie de création lyrique Chants libres. Un véritable opéra du troisième millénaire.

    La compagnie Chants libres, dont la soprano Pauline Vaillancourt assure la direction artistique, aligne depuis 1990 les créations les plus iconoclastes et renouvelle à chaque fois les conventions opératiques. Opéras pour voix solo (!) aux mises en scène extravagantes (Ne blâmez jamais les bédouins en 1991 ou Chants du capricorne en 1995) ou intégration de musiques techno (Lulu, le chant souterrain, en 2000) et électroacoustique (L’enfant des glaces, aussi en 2000), rien n’arrête le désir de Pauline Vaillancourt de faire sortir l’opéra de ses gonds. Cette fois-ci, avec L’archange, une mise en scène de «l’éternel procès de l’archange du mal», elle le sort aussi du contexte habituel de la salle de concert pour investir une salle underground de la rue Sainte-Catherine. Et elle fait appel au compositeur Louis Dufort.

    De la musique acousmatique à la vidéo-musique, en passant par la musique mixte avec traitements électroniques en direct, la musique pour spectacles de danse (pour Marie Chouinard et Jocelyne Montpetit) ou la symphonie portuaire, Louis Dufort est un compositeur hyperactif dont l’inventivité surprend l’auditeur à chaque détour. Tout de même, Louis Dufort à l’opéra, ça reste un peu surprenant, non? «Plus ou moins, explique-t-il, parce que je suis un fanatique de l’art total… Je fais de la vidéo ou de la musique pour la danse et je suis très inspiré par les œuvres «enveloppantes», comme celles de Granular Synthesis ou Octophonie de Stockhausen.» Dans le genre «art total», on peut dire que L’archange ne donne pas sa place… Éclairages et costumes, bien sûr, mais aussi des sculptures-installations (que l’on peut voir chaque jour dès 16h) diffusant sur une quarantaine d’écrans une vidéo d’Alain Pelletier. Et la musique électroacoustique de Louis Dufort.

    Pour concevoir la musique de L’archange, il a rencontré les trois interprètes (la mezzo-soprano Fides Krucker et les sopranos Émilie Laforest et Frédéricka Petit-Homme), en studio, afin de mieux connaître leurs possibilités avant de créer l’œuvre. «C’est ma méthode de travail habituelle, explique-t-il; je ne suis pas un compositeur de musique instrumentale et je n’ai pas le métier pour l’écriture abstraite: il faut que je parte du son. Chaque interprète a ses particularités, et je préfère travailler sur mesure. De toute façon, c’est si rare qu’une pièce soit rejouée qu’il y a peu de chances qu’elle soit jouée par quelqu’un d’autre que la personne pour qui je l’ai écrite… De plus, comme je travaille le son directement, il y a beaucoup de choses que je veux faire qui ne s’écrivent pas. C’est pourquoi le contact avec les interprètes est important. Le son d’abord, la partition ensuite, toujours.»

    Le livret d’Alexis Nouss, qui nous fait littéralement assister à un procès dans lequel les trois interprètes agissent comme témoins devant un juge (l’acteur Jean Maheu), comporte un texte très descriptif qui ne se laissait pas mettre en musique si facilement. «La mise en scène de Pauline Vaillancourt met vraiment le texte en valeur et c’était là la base de toute notre démarche, de garder le texte en avant, sans que la musique ne puisse lui nuire. Contrairement à ce que j’ai fait dans certaines productions récentes, je n’avais pas l’intention de transformer leur voix électroniquement, mais je voulais justement les faire chanter comme elles savent très bien le faire. J’ai imaginé une musique très dense, peut-être la plus complexe que j’aie composée jusqu’à maintenant, et il devenait difficile d’y attacher des mélodies vocales…» La musique de Louis Dufort se caractérise par une forte charge narrative et, dans ce cas-ci, il était important de s’assurer que la musique ne soit pas simplement une illustration redondante de ce que raconte le livret. «Ça démarre de façon très pointilliste, mais l’harmonie s’installe à mesure que se développe l’œuvre. Le travail que nous avons fait ensemble, avec les interprètes, a été très important et on peut certainement dire qu’elles ont contribué à l’élaboration de la musique.»

    Les trois dernières représentations de L’archange seront présentées dans le cadre du festival Elektra, mais le tout débute dès le 28 avril. Louis Dufort participera aussi à Elektra en présentant sa nouvelle collaboration avec Marie Chouinard, une installation interactive intitulée Cantique no 3, placée dans le hall de l’Usine C; il y fera aussi entendre une nouvelle œuvre acousmatique.

    28 avril – 14 mai 2005: Dufort signe l’opéra L’archange

    lundi 18 avril 2005 En concert

    Le compositeur Louis Dufort signe l’opéra L’archange, sur un livret d’Alexis Nouss, avec les créations visuelles d’Alain Pelletier, dans une mise en scène de Pauline Vaillancourt. L’opéra est produit par Chants libres et sera présenté à la Sation C (Montréal) les 28, 29 et 30 avril ainsi que les 5, 6 et 7 mai 2005. Il sera également repris dans le cadre du festival Elektra les 12, 13 et 14 mai 2005. Avec Jean Maheux, Fides Krucker, Émilie Laforest et Frédéricka Petit-Homme.

    Louis Dufort, Alexis Nouss, Pauline Vaillancourt dans La Scena Musicale

    «Chants Libres présente L’archange», Réjean Beaucage, La Scena Musicale, no 10:7, 1 avril 2005
    vendredi 1 avril 2005 Presse

    On entend souvent pester contre le conservatisme des grandes compagnies d’opéra et contre l’absence de renouvellement du répertoire opératique. Si la première observation est sans doute assez juste, la seconde ne saurait être émise que par des gens qui regardent au mauvais endroit. La compagnie lyrique de création Chants Libres, fondée en 1990 par la «chantactrice» Pauline Vaillancourt, en association avec Joseph Saint-Gelais et Renald Tremblay, bâtit contre vents et marées un répertoire opératique adapté au temps présent.

    Les réalisations de la compagnie sont déjà nombreuses et méritent d’être citées: Ne blâmez jamais les bédouins (1991), musique d’Alain Thibault sur un livret de René-Daniel Dubois; Il suffit d’un peu d’air (1992), de Claude Ballif et Renald Tremblay; La princesse blanche (1994), de Bruce Mather et Renald Tremblay; Chants du capricorne (1995), de Giacinto Scelsi; Le vampire et la nymphomane (1996), de Serge Provost et Claude Gauvreau; Yo soy la desintegración (1997), de Jean Piché et Yan Muckle; Lulu, le chant souterrain (2000), d’Alain Thibault et Yan Muckle; L’enfant des glaces (2000), de Zack Settel et Pauline Vaillancourt; Manuscrit trouvé à Saragosse (2001), de José Evangelista et Alexis Nouss; Pacamambo (2002), de Zack Settel et Wajdi Mouawad.

    La lecture de cette liste de créations rappelle à ceux qui ont eu la chance d’assister à ces spectacles des souvenirs en forme de surprise et d’émerveillement devant des mises en scène d’une grande originalité et, surtout, devant une Pauline Vaillancourt aux mille visages et aux cent voix. Résolument tournée vers la création contemporaine qui utilise le langage et les outils d’aujourd’hui, quand ce ne sont pas ceux de demain, la chanteuse et conceptrice ne cesse de repousser les limites du genre, de l’opéra de chambre pour voix solo à l’électr-opéra et jusqu’à l’opéra pour enfant (Pacamambo, qui remporte un succès bien mérité à chacune de ses présentations et que l’on reverra à Montréal à l’automne).

    Poursuivant ses recherches de nouvelles formes d’opéra, Pauline Vaillancourt nous propose cette fois un opéra’installation dont elle signe la mise en scène: L’archange (musique de Louis Dufort, livret d’Alexis Nouss, création visuelle d’Alain Pelletier). Elle explique: «C’est un peu la continuation de la recherche que j’avais entreprise dans L’enfant des glaces: le rapport au temps, la mémoire et la non-mémoire, la répétition de nos actes, le Mal, qui est partout, en nous et autour de nous, de plus en plus présent par la multiplication des moyens de communication et des médias; on a l’impression de pouvoir y toucher… Ça me préoccupe beaucoup, ça me concerne, et j’ai la possibilité de pouvoir faire quelque chose, de tenter de sensibiliser une partie du public.»

    On assiste donc à un procès, celui du Mal, qui se déroule en l’absence d’avocats («on n’a pas trouvé d’avocat pour prendre la défense du Mal»). C’est donc au juge (l’acteur Jean Maheu) qu’incombe la tâche de se faire… l’avocat du diable. Défilent devant lui des «témoins», cette artiste (la mezzo-soprano Fides Krucker), capable de faire du beau à partir du mal, une jeune fille abusée par son père et qui l’a assassiné (la soprano Émilie Laforest) et le fantôme d’une femme décédée dans l’attentat du World Trade Center de septembre 2001 (la soprano Frédéricka Petit-Homme).

    Fait intéressant, la méthode de travail qu’emploie Pauline Vaillancourt prend sa source chez les interprètes. Elle fait d’abord avec elles un travail de théâtralisation du texte, pour voir comment elles le ressentent et comment elles croient qu’il devrait être chanté. Ce n’est qu’après que le compositeur Louis Dufort rencontre les chanteuses en studio pour élaborer la musique.

    La grande innovation, au niveau de la forme, tient au fait que l’opéra est présenté au cœur d’une installation vidéo de l’artiste Alain Pelletier incorporant une quarantaine de moniteurs. Celle-ci peut être visitée en tout temps durant les heures d’ouverture du lieu de présentation, et elle devient le décor de l’opéra durant les représentations. «L’action se déroule sur deux plans, ça n’a rien d’une présentation ‘à l’italienne’, explique la responsable de la mise en scène. Au départ, nous voulions que l’action se déroule en bas, et que le public la regarde d’en haut, comme dans une arène, mais ce sera finalement l’inverse: le public sera ‘dans l’arène’, avec le juge.»

    La liste des projets de Chants Libres ne raccourcit pas, au contraire, et compte à moyen terme une collaboration avec l’Opéra de Montréal pour un opéra de Gilles Tremblay! Malheureusement, le budget ne suit pas la même courbe, comme c’est le cas pour trop d’organismes culturels importants… Mais ça, c’est une histoire qui se renouvelle sans arrêt!

    Marie Chouinard, Louis Dufort, Émilie Laforest, Marie-Chantal Leclair, Claire Marchand dans Le Devoir

    «Louis Dufort, le polymorphe», François Tousignant, Le Devoir, 24 janvier 2005
    lundi 24 janvier 2005 Presse

    On peut diviser ce concert en deux parties. D’abord celle qui utilise les instruments traditionnels en combinaison avec l’électronique, en temps direct comme en «bande» (faute de meilleur terme pour le nouveau support sonore).

    On assiste à trois états du «théâtre» musical. D’abord le plus intellectuel et pictural: Accident, où Marie-Chantal Leclair fut renversante. L’interaction avec l’électronique comme sa provocation par ses interventions révèlent un univers aussi parlant que prenant. Un son part du saxophone, l’électronique le magnifie avant de le lui rendre, ou vice-versa, sous forme de moult péripéties, sorte d’accidents dans un parcours formel net et saisissant. Les adjonctions d’effets spéciaux (bruits de clés, usage de grelot qui tinte ou qui choque l’instrument) s’inscrivent dans la trame évolutive; le truc anecdotique, Dufort n’en veut pas, il lui redonne un sens.

    Pour Spiel, la parole poétique des quelques vers cités guide mieux l’auditeur. La flûtiste Claire Marchand avait déjà ébloui à la SMCQ plus tôt cette saison; on la retrouve ici aussi maîtresse de tout ce qu’elle a à faire au point que l’on n’écoute plus que ce qu’elle a à dire. Qui pense que ce type de répertoire n’est que facilité ou vision absconse se voit ici enveloppé dans un monde de sonorités stellaires qui rejoint le plus intime de l’Être (pour parodier le bref texte utilisé par Dufort). Malgré certains éclats, cette œuvre intimiste mérite de se voir reprise, souvent et en divers milieux pour que chaque nouvelle interprétation en apporte une vision plus intérieure. Voilà une des forces de Dufort: nonobstant ce qu’il présente de mieux, on sent qu’il y a là potentiel à évolution interprétative selon les conditions de présentation, une des caractéristiques de cet art acousmatique.

    Avec Consomption, le théâtre fait son entrée de plain-pied. Un éclairage plus soigné aurait aidé à mieux faire passer le jeu d’Émilie Laforest. Sa bouche se fait parfois émettrice du cri (sous toutes ses formes), parfois elle devient émettrice virtuelle de ce que diffusent les haut-parleurs. Le jeu est assez surprenant, malgré une mise en scène un peu lourdaude. L’expression n’en est pas moins poignante et le résultat, encore une fois, se montre digne d’un grand créateur.

    La seconde partie se consacre plus directement à l’électronique «pure». Sound Object, avec ses trois écrans qui peignent l’origine des sons transformés, reste un premier essai; soigné, certes, mais sans réelle conséquence que ludique et superficielle. La démonstration l’emporte sur le reste, surtout quand on sait ce que ce domaine a déjà donné de fort.

    Grain de sable est curieusement plus conventionnel. L’idée est trop simple pour supporter un traitement original, et Dufort se contente de rester dans les sentiers battus, Après le reste, cela décevait un peu. On s’est repris en revoyant Cantique no 2, toujours aussi efficace et intrigant, laissant perplexe, et dont la lecture aux niveaux deux ou trois sans les manipulations polyphoniques d’images et de sons demeure encore aussi stimulante.

    L’interaction avec l’électronique comme sa provocation par ses interventions révèlent un univers aussi parlant que prenant.

    Louis Dufort dans Le Devoir

    «Des rendez-vous originaux», Christophe Huss, Le Devoir, 20 janvier 2005
    jeudi 20 janvier 2005 Presse

    Les mélomanes intéressés pourront se retrouver le lendemain au Monument-national pour le portrait de Louis Dufort dans le cadre d’Akousma. Montréalais né en 1970, Louis Dufort avoue une passion pour les musiques électroniques mais aussi un amour pour le cinéma, la peinture et la danse contemporaine, ce qui l’amène à intégrer des éléments extramusicaux dans ses compositions. Ainsi, dans Sound Object, œuvre de vidéo-musique qui ouvrira le concert, Dufort utilise son «outil audio-vidéo granulaire, le grainKrusher». La veille, demain donc, Akousma organise sa première soirée danse-musique. Faites votre choix…

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