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Robert Normandeau

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  • D’autres critiques peuvent se trouver dans les pages des albums de cet artiste.

    Bande sonore

    Dominique Olivier, Voir, 14 mai 1992

    L’électroacoustique n’est plus désormais un genre mineur, à l’aspect essentiellement expérimental, et qui ne rejoint jamais le grand public. C’est plutôt, pour le compositeur Robert Normandeau, un grand pas en avant qui permet de placer la musique au même niveau que les arts phénoménologiques comme la peinture ou la poésie, dans lesquels l’artiste travaille directement sur son matériau, sans passer par un intermédiaire. Une des principales motivations de Normandeau dans sa fréquentation de l’électro est la possibilité de travailler avec tous les sons comme un cinéaste est un chasseur d’images, d’attraper au vol ces ondes fugitives pour les regrouper et les façonner de manière à nous faire vivre les émotions qu’il choisit pour nous.

    Jadis emprisonné dans le carcan du système tonal, la musique a voulu se libérer en rejetant celui-ci pour en proposer un autre, encore plus limitatif, qui nous a menés, dit-on, dans un cul-de-sac. Mais, d’autre part, elle a tout simplement ignoré le système tonal pour rejoindre directement le matériau de base, le son, grâce à l’art acousmatique. Selon Normandeau, cet art a donc un avenir assuré qui va gagner une espèce de chaleur en perdant son côté expérimental. «Notre responsabilité maintenant est de créer des œuvres qui soient fortes», conclut-il, lui qui est déjà très avancé dans cette voie.

    En 1992, la faculté de musique de l’Université de Montréal donnera son doctorat au premier étudiant en composition électroacoustique à ne pas soumettre une seule note de musique. D’après Robert Normandeau, heureux bénéficiaire de cet honneur, c’est une première au Canada qui donne enfin à l’électro la place qui lui revient: celle d’un art majeur. Le jeune compositeur n’en est pas à ses débuts dans le métier et possède déjà une solide réputation soutenue par un cv on ne peut plus impressionnant. Au chapitre des prix internationaux, en composition électroacoustique, bien sûr, il est récipiendaire entre autres, du 1er prix du jury et du public ex-aequo au 2e concours international Noroit-Léonce Petitot à Arras, France, en 1991; du 2e prix au 12e concours internationa Luigi Russolo, en 1990; ainsi que sept autres mentions et prix prestigieux dans le monde depuis 1986.

    Il est d’ailleurs l’élève d’un des grands artistes et pédagogues qu’ait produits ce genre musical, le compositeur français résidant au Canada, Francis Dhomont. «S’il forme une école, c’est un peu à la manière de Messiaen, explique Normandeau en parlant de son professeur. Il a la même qualité, qui est de permettre aux compositeurs d’éclore selon leur tempérament, leur aspiration.» Sous la direction de Dhomont et la codirection de Marcelle Deschênes, dans le cadre de son doctorat, Normandeau a donc produit un œuvre finie, sans possibilité d’interprétation – même aux potentiomètres puisque tous les paramètres sont fixés à l’avance –, une œuvre fermée. Cette pièce musicale, cet objet sonore fignolé et parfaitement lisse, appelé Tangram, inspiré d’un puzzle chinois du même nom, a été conçu pour seize haut-parleurs, considérés comme les instrumentistes d’un orchestre de chambre. En divisant les sources sonores, le compositeur permet une perception beaucoup plus claire de chacune d’elles, clarté qui se diluerait dans l’image stéréophonique. Mais l’idée de base chère à Normandeau et qui a guidé cette création est celle du «cinéma pour l’oreille». Revendiquant le droit d’utiliser des sons référentiels, il cherche à faire passer un message, à créer des images au même titre que le cinéma. Pour nous permettre cette expérience, Tangram sera diffusée deux fois, une fois dans sa version acousmatique (sans effets visuels), et une fois dans sa version multimédia, réalisée en collaboration avec le photographe et infographiste Michel Dubreuil et la photographe Johanne Tremblay. Bon cinéma.

    Honneur à un musicien: Robert Normandeau

    Le Devoir, 16 décembre 1991

    Le compositeur québécois Robert Normandeau vient de remporter le premier prix du public ex-aequo au 2e concours international Noroit-Léonce Petitot (Arras, France) pour sa pièce acousmatique (musique électroacoustique sur bande) Éclats de voix. Il s’était déjà distinqué dans d’autres concours internationaux, notamment à Arles et à Bourges en France, ainsi qu’à Varèse en Italie et à Oslo en Norvège. Depuis 1989 Robert Normandeau assure la direction artistique de la série de concerts acousmatiques Clair de terre au planétarium Dow.

    Le premier disque de Robert Normandeau

    Alain Brunet, La Presse, 1 avril 1990

    Lieux inouïs, le disque de l’électroacousticien Robert Normandeau, était lancé dans un lieu incongru. Pas nécessairement inouï, mais inusité.

    Le concept est intéressant: goûter de savants brassages sonores au Planétarium Dow, dont le nom rappelle des brasseurs autrefois célèbres…

    Sous les étoiles et les dispositives du Planétarium, on plane. On risque certaines turbulences, mais on plane quand même. Évidemment, tout dépend du point de vue où l’on se place.

    «Je tiens à cueillir mes sons moi-même, souligne Normandeau. Chacun d’entre eux ont une histoire. Je ne me sers presque pas des synthétiseurs». Surprenant, pour un genre qui semble embrasser les plus neuves technologies.

    Le centre de l’actuelle démarche de Normandeau consiste en un projet intitulé «Cinéma pour l’oreille». «Ce qu’on a compris du cinéma peut parfois étre transposé dans le langage musical. C’est ce qui m’intéresse: raconter des histoires à partir des sons. Chacun peut y percevoir ce qu’il veut bien y piger».

    Son premier disque rassemble l’essentiel de son travail créatif depuis 1985. Ajoutons que notre homme est le premier étudiant inscrit au doctorat en électroacoustique à la faculté de Musique de l’Université de Montréal.

    Au terme de notre courte conversation, je lui dit que mon séjour au Planétarium a, somme toute, été couci-couça. Il me suggére d’écouter Lieux inouïs sans support visuel. D’accord, on essaie. C’est effectivement mieux.

    En ce qui me concerne, les plus beaux moments de cette musique sont ceux où le présent experimental se lie avec le passé classique; de très beaux chants sont ainsi repris et traités avec circonspection! Pour ce qui est du reste je sens que tout cet échafaudage manifeste énormément de travail, certes mais camoufle un peu trop le fondement du propos, le centre emotionnel de l’œuvre.

    Remarquez que je suis un pur néophyte dans ce domaine qui ne m’a pas encore totalement séduit. Mais il y a tout un milieu de créateurs qui s’acharnent à faire proliférer le genre, donnons donc la chance aux coureurs.

    … les plus beaux moments de cette musique sont ceux où le présent experimental se lie avec le passé classique…

    À propos des concerts du 16 février

    Jacques Bonnaure, La Lettre du musicien, no 84, 1 mars 1990

    En seconde partie, Robert Normandeau présentait Rumeurs (Place de Ransbeck), qui obtint le 2ème Prix du Concours international de musique électroacoustique de Bourges 1988. Le titre évoque bien ce Théâtre d’ombres (pour reprendre le titre de la dernière œuvre de François Bayle) qu’est la musique acousmatique. L’objet sonore repérable est-il le signe de la réalité, ou son ombre, sa rumeur? L’œuvre se fonde sur une grande hétérogénéité de sons: bruits, voix déformées, silences. Il y a même un élément quasi anecdotique, proche des musiques de thrillers: on entend des portes, des serrures qui grincent, de mystérieux souffles. Et puis encore… de la musique. Rumeurs (Place de Ransbeck) est la pièce la plus musicale de la soirée. Ça et là surgit un accord tonal, une voix. Robert Normandeau a élaboré quelque chose comme une harmonie acousmatique. De même que, dans les traités classiques, les dissonances se résolvent en accords parfaits, de même ici, les sons bruts, agressifs, se résolvent en oiseaux lointains, avec une remarquable fluidité. Jusqu’à la fin, Robert Normandeau aura tenu le paradoxe d’osciller «entre le sonore et le sens» sans prendre position. Et ce faisant, il remonte aux sources mêmes de l’acte musical, message sémantique et geste esthétique replié sur soi.

    Souvenirs actuels

    Philippe Tétreau, MTL, 1 mars 1989

    La trentaine bien portante, la mine souple et dégagée, tout semble réussir à Robert Normandeau. Le succès de ses études musicales n’a d’égal que ceux obtenus dans divers concours de composition, tant en Europe qu’au Canada. Faut-il alors se surprendre de voir cet électroacousticien de Québec (installé à Montréal depuis quatre ans) afficher une confiance tranquille?

    Pas le moins du monde. Il accumule les commandes, heureux de pouvoir exercer son art. Les Événements du Neuf viennent de le solliciter en ce sens. Sa nouvelle pièce, intitulée Mémoires vives, est construite de requiem composés à travers l’histoire. «Il s’agit donc de «mémoires», parce que j’utilise du matériel informatique et parce que cette pièce est composée à la mémoire de compositeurs: Ockeghem, Schütz, Mozart, Fauré. Toutefois, ce ne sera une œuvre ni morbide, ni dramatique.»

    En cette époque où l’apprivoisement des machines se traduit si souvent par une musique standardisée, Robert Normandeau s’obstine à trouver mieux. Il garde ses distances vis-à-vis du fameux New Age qui, «tel qu’on l’entend ordinairement, continue d’exploiter le système tonal populaire occidental. En fait, c’est de la chanson. C’est une musique qui n’a aucun aspect novateur».

    Robert Normandeau, à vrai dire, préfère la compagnie du cinéma et de la peinture. «Dans le métier que je fais, le monde sonore, créé en studio, peut être mis sur tout genre de support, disquette d’ordinateur ou bande magnétique. C’est une musique de support qui se rapproche du cinéma avec ses procédés de montage, de filtrage, de plan. D’autre part, les électroacousticiens évoquent souvent le langage des peintres abstraits. Ils parlent de textures, de surfaces, de grains pour décrire les sons.»

    N’étant pas le fruit d’une génération spontanée, on peut croire que l’électroacoustique est à la musique ce que le cinéma est à la peinture. Un huitième art?

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