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  • Sous le regard d’un soleil noir, Francis Dhomont dans Le Devoir

    «Aux antipodes des apparences», François Tousignant, Le Devoir, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    Magnifique cadeau que cette mise en compact de la musique de Francis Dhomont. Vraiment, il faut saluer bien bas et avec une infinie gratitude l’initiative des Jean-François Denis et consorts pour avoir vaillamment produit ces disques magnifiquement et très originalement présentés, qui ne cessent de nous faire faire des découvertes et qui sont d’une qualité plus qu’exceptionnelle.

    J’ai écouté trois fois la première partie du Cycle des profondeurs que l’on présente ici et qui s’intitule Sous le regard d’un soleil noir (je vous parlerai bientôt de la seconde, Forêt profonde), pour chaque fois me demander; «Mais qu’est-ce que cette cette musique de la non-musique a pour m’émouvoir si musicalement?»

    Ce qu’on entend, c’est d’abord un texte qui s’inspire de la réflexion psychanalytique (fuyant donc tout le psychologisme facile) et de la difficulté de l’existence dans son sens le plus vaste. S’y allie cet intérêt de Dhomont pour orienter son message par une qualité littéraire certaine et sérieuse. On ne lit pas ce texte comme un poème; on le lit comme prétexte au poème ultime qu’est sa mise en sonorisation dans l’univers d’apparence discret du compositeur. Attention: en art, les apparences sont trompeuses!

    Le verbe prend toute sa portée dans son contexte. Ici, il se conjugue avec un traitement subtil des mots dits, des significations orientées par le contexte musical. Ou alors serait-ce le contraire? Est-ce que la mise en forme de ce texte, la vraie porteuse de sens dans sa profondeur car la moins immédiate, ne serait-elle pas cet état béni de l’art musical que le mot nettement énoncé vient révéler à notre conscience acoustique?

    On le comprend, le va-et-vient entre les formidables réseaux créés ici par Dhomont est infiniment riche. A chacun, donc, sa propre stratégie, dont l’effort lui sera récompensé par une émotion — oui, une véritable et profonde émotion — d’autant plus pleine qu’on désire recommencer l’expérience.

    Le compositeur se fait Virgile et nous Dante. Le labyrinthe de l’Enfer, s’il est moins violent ici que dans les images apocalyptiques de l’Italien, n’en rejoint pas moins la même originalité, faisant renaître en nous cette quête d’un idéal nouveau. L’exploration est sombre.

    Le court poème sur «l’m No One, l’m A No One» va peut-être servir de clé pour tout à coup comprendre à quel travail s’est livré le compositeur pour nous livrer sa pièce. Faites attention: le travail n’est pas la pièce. Cette dernière est le résultat du travail, ne serait-ce que celui d’une main tendue vers l’extérieur.

    On ne trouve pas ici le plaisir léger des valses viennoises, confronté que l’on est aux douleurs de la «maladie mentale». Il y en a que cela choque, mais je suis sûr qu’ils admirent van Gogh. Alors, pourquoi se refuser de faire un autre type d’expérience esthétique? Physiquement, rien n’agresse. Artistiquement, on est pris, séduit et enrichit. Et aussi comblé.

    Physiquement, rien n’agresse. Artistiquement, on est pris, séduit et enrichit. Et aussi comblé.

    Léone dans Revue & Corrigée

    «Critique», Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no 31, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    Terminons cette série de nouveautés avec le CD de Philippe Mion. Léone, un opéra composé entre 1987 et 1993 avec un livret de Philippe Minyana. On est en plein burlesque délirant et absurde basé sur l’ambiance “Détective” et autres torchons à scandales. La partie électroacoustique (excellente) de Mion va dans le sens du foisonnement de l’action devenant presque un personnage supplémentaire parmi Léone et sa farnille, ou bien un baromêtre nous indiquant les pressions en jeu.

    On est en plein burlesque délirant et absurde…

    Transformations dans Revue & Corrigée

    «Critique», Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no 31, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    Membre elle aussi de la Communauté électroacoustique canadienne (CEC), Hildegard Westerkamp s’intéresse aux sons de l’environnement et à l’écologie acoustique. On retrouve très bien ces preoccupations dans Cricket Voice (1987) ou Beneath the Forest Floor (1992). Elle réussit parfaitement à créer des paysages sonores imaginaires à partir d’environnements sonores réels comme le désert ou la forêt. Des pans entiers d’espaces dissimulés s’ouvrent à nous. Nous y plongeons ou sommes happés au passage d’un oiseau ou du chant d’un criquet. C’est la même chose avec A Walk Through The City (1981) sauf qu’ici les sons proviennent d’un environnement urbain agité et agressif. Dans son travail Hildegard Westerkamp se situe par rapport au monde dans lequel elle vit et nous fait découvrir sa dimension sonore.

    Elle réussit parfaitement à créer des paysages sonores imaginaires…

    Forêt profonde dans Revue & Corrigée

    «Critique», Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no 31, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    Treize ans après, Francis Dhomont continue son cycle avec Forêt profonde (1994-96) basé sur des textes de Bruno Bettelheim. Aujourd’hui le son et son façonnage ont changé, ainsi que les outils de sa réalisation (et il en découle un plus grand lissage de l’ensemble), mais le propos reste le même. Cependant il me semble moins fortement atteint que dans la pièce précédente. Ici nous avons affaire à un trop de texte qui donne une dimension presque didactique. D’autre part, une absence de gravité.

    Sous le regard d’un soleil noir dans Revue & Corrigée

    «Critique», Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no 31, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    De Francis Dhomont on connaissait déjà le Cycle de l’errance et Les dérives du signe sortis en double CD (IMED 9107/08). Ils sont de nouveau disponibles et cette fois-ci séparément. Réédition également d’une pièce maîtresse de l’œuvre du compositeur franco-québécois, Sous le regard d’un soleil noir sorti à l’origine en LP (Ina-GRM 9109) en 1982. Nous sommes plongés dans la premiére partie du Cycle des profondeurs qui repose sur des réflexions psychanalytiques (textes de Ronald D Laing). Francis Dhomont évoque parfaitement, illustre même parfois, toutes ces fragmentations, ces divisions de l’individu en superpositions de couches, de profondeurs. Par l’utilisation d’exemples de cas cliniques, il amène une dimension réellement bouleversante. On se sent touché au plus profond de notre étre. Franchement, c’est la seule musique qui, à chaque écoute, me fait peur!

    Franchement, c’est la seule musique qui, à chaque écoute, me fait peur!

    Filmusique-Filmopéra dans Revue & Corrigée

    «Critique», Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no 31, 1 mars 1997
    samedi 1 mars 1997 Presse

    Blinkity Blank, ça vous dit quelque chose? C’est un film de Norman McLaren réalisé en 1955, sans caméra, directement sur la pellicule, et la musique (des sons gravés directement sur la piste optique de la pellicule) est une réalisation de Maurice Blackburn. Ce double CD présente ses musiques pour le cinéma et l’opéra. Il y a même un portrait sonore du compositeur réalisé par Yves Daoust.

    … des sons gravés directement sur la piste optique de la pellicule…
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