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Jean-François Denis

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    Entrevue avec Jean-François Denis, directeur d’empreintes DIGITALes

    Yves Daoust, Circuit, no 13:1, 1 décembre 2002

    C’est à l’été de 1989 que Jean-François Denis, en collaboration avec Claude Schryer, décidait de fonder une maison de disques spécialisée en électroacoustique. Ainsi naquit empreintes DIGITALes, aujourd’hui considérée comme l’une des étiquettes les plus importantes au monde dans le domaine.

    Jean-François Denis fait le point sur l’évolution de sa compagnie. (Propos recueillis le 22 juin 2002 à Montréal par Yves Daoust.)


    YD: Qu’est-ce qui t’a motivé à mettre sur pied une maison d’enregistrement?
    JFD: À l’université Concordia, où j’enseignais à l’époque, nous produisions beaucoup de concerts, si bien que nous avions accumulé un nombre impressionnant d’œuvres sur bande qui dormaient sur les tablettes. Je me suis dit qu’il fallait que ces musiques vivent, qu’elles circulent. L’idée m’est alors venue de créer une série d’enregistrements électroacoustiques qui rendraient ces œuvres accessibles à un public plus vaste que celui du concert, qui assureraient la pérennité des œuvres. Je n’ai pas eu immédiatement l’idée de fonder ma propre compagnie. J’ai d’abord fait le tour des maisons existantes, au Québec et dans l’ensemble du Canada, en leur proposant, sans succès, de développer une sous-collection électroacoustique. Devant leur refus, j’ai décidé de plonger et, avec Claude Schryer, nous avons fondé notre propre maison de production (que je dirige seul depuis 1992).

    YD: C’est donc parti de l’intention de faire connaître les œuvres québécoises?
    JFD: Il est vrai que ça a démarré avec des compositeurs qui m’étaient proches géographiquement. Mais rapidement le cercle s’est élargi: dès la deuxième année, des compositeurs étrangers, dont Denis Smalley, s’ajoutaient au catalogue. (Aujourd’hui, sur les 66 CD d’empreintes DIGITALes, 26 sont de compositeurs étrangers…)

    YD: Quel est le créneau d’empreintes DIGITALes?
    JFD: J’ai décidé de me limiter uniquement à l’électroacoustique, d’autres compagnies s’occupant des musiques instrumentales contemporaines. Par contre, j’avais une définition très large de l’électroacoustique: j’ai produit des œuvres mixtes (instruments acoustiques et bande), des documentaires sonores…

    YD: Donc on ratissait large?
    JFD: Oui, au début. Mais il y a quelques années j’ai ressenti le besoin de resserrer le créneau, de me limiter uniquement, ou presque (il y a toujours des exceptions), aux musiques de support.

    YD: Intéressant… On y reviendra. Mais revenons aux débuts. Produire des CD, c’est relativement facile. Mais le problème majeur n’est-il pas celui de la diffusion?
    JFD: Oui, tout à fait. Le travail commence vraiment le jour où on vous livre les boîtes de CD… C’est d’autant plus difficile et exigeant qu’il s’agit d’un créneau très spécialisé.

    Premièrement, j’ai établi une formule claire: chaque CD serait consacré à un seul compositeur, ce qui permet de personnaliser chaque album beaucoup plus que lorsqu’il s’agit d’une compilation d’œuvres de compositeurs différents. Sur le plan iconographique, j’ai fait en sorte que l’identification de l’étiquette soit claire et forte, porteuse de signification. Il fallait s’assurer que le public identifie dès le premier regard l’étiquette à la musique électroacoustique. Quant à la distribution comme telle, sans laisser de côté le créneau traditionnel des magasins de disques, je l’ai axée davantage sur la vente par correspondance.

    YD: Puis il y eut Internet…
    JFD: Oui, bien sûr: rapidement après l’établissement de la norme du web, nous avions notre site (dès février 1995). Actuellement, je dirais que plus de 60% de nos ventes se font directement via le site internet electrocd.com.

    YD: Ce qui nous amène sur le terrain de virtuel: est-il encore nécessaire aujourd’hui de produire des disques? Quand on pense aux mp3…
    JFD: Effectivement, on a accès aujourd’hui à tous genres de musique, en les téléchargeant directement à partir, par exemple, de sites comme mp3.com, et ce gratuitement et avec une qualité sonore intéressante (mais sans égaler le spectre et la dynamique du CD). Dans ce cas, il n’y a donc pas de producteur, mais simplement un site d’accueil où n’importe qui peut déposer sa musique. Mais est-ce que ça fonctionne? D’une part, on est privé d’iconographie: un disque, c’est un objet qui peut être beau, original dans sa présentation; et puis il y a le livret qui est très précieux, particulièrement dans le cas de musiques de recherche et de création. D’autre part on est face à une quantité étourdissante d’information, dans toutes les directions musicales. Comment choisir?

    YD: Oui, mais qu’est-ce que je risque à part une perte de temps? C’est gratuit, et puis ça permet de faire des découvertes, d’élargir ses horizons…
    JFD: Sûrement, si tu es prêt à y consacrer l’essentiel de ton temps. Mais je continue de croire que le rôle du producteur demeure primordial. Non seulement il assure le suivi et fait la promotion des titres qu’il produit, mais il donne une ‘couleur’, une orientation artistique qui non seulement permet, encore une fois, une identification claire du genre par le public, mais en plus établit une relation de confiance: on connaît le type de produits d’une étiquette donnée. Et si on aime, on sera porté à faire confiance au producteur et à se procurer un nouvel album, même si on ne connaît pas le compositeur. Il me semble très important de garder ce principe de ‘parrainage’, de direction artistique.

    YD: Donc tu ne crois pas beaucoup à la distribution virtuelle?
    JFD: Pas via les sites généralistes… Il y a cependant des exemples intéressants dont celui du site notype.com, consacré aux musiques électroniques et expérimentales. Ici aussi, pas d’objet matériel, de disque. Mais, à la différence de sites généralistes, comme mp3.com, où tout est sur le même plan, dans ce cas-ci, le webmestre regroupe les musiques de son choix en albums virtuels qu’on peut télécharger gratuitement. Il y a donc direction artistique, tout comme chez empreintes DIGITALes. Cela facilite la tâche de l’auditeur.

    YD: Alors, pourquoi ne pas faire la même chose et éliminer l’étape de production matérielle?
    JFD: Parce que la qualité sonore requise pour bien rendre l’électroacoustique n’y est pas avec le mp3 (mais il faudra me reposer la question le jour où apparaîtra une nouvelle norme vraiment comparable au CD actuel…), et aussi parce beaucoup de gens n’ont ni le temps et encore moins les moyens techniques de télécharger des fichiers de centaines de mégaoctets chacun.

    YD: Tu insistes beaucoup sur ton rôle de directeur artistique. Alors qu’est-ce qui motive tes choix? Quel est le profil du compositeur susceptible de se retrouver sur empreintes DIGITALes?
    JFD: C’est une question délicate car le choix se fait de façon très… ‘impulsive’. Le travail du compositeur doit me plaire, mais il faut surtout que je ressente une… rigueur dans sa démarche. D’autre part, je dois sentir aussi la motivation du compositeur à poursuivre et développer sa carrière, un élément important pour la diffusion du disque. Trop souvent un compositeur considère qu’une fois le CD produit il peut passer à autre chose alors qu’il faut encore faire vivre ces musiques, les présenter en concert et en parler lors d’entrevues à la radio et dans les médias écrits (imprimés ou électroniques).

    YD: J’aimerais revenir à la notion de créneau qu’on a abordée plus tôt. Tu disais que depuis quelques années tu as resserré le créneau d’empreintes DIGITALes, te limitant aux musiques de support. Pourquoi?
    JFD: J’ai voulu m’assurer qu’il n’y ait pas d’ambiguïté quant au créneau d’empreintes DIGITALes: on assiste depuis quelques années à un foisonnement important des musiques électroacoustiques qui éclatent dans tous les sens. C’est extraordinaire et porteur d’avenir. Mais je pense qu’il est crucial d’éviter la confusion des genres auprès des auditeurs. C’est pourquoi j’ai resserré l’offre, en gardant bien le cap sur les œuvres fixées. Mais afin de rendre compte de ce foisonnement et suite à la rencontre de David Turgeon, une des personnes derrière notype.com, j’ai fondé No Type, une nouvelle étiquette qui est le prolongement matériel du site web. C’est un nouveau couloir, spécialisé celui-ci dans les musiques électroniques et expérimentales alternatives.

    YD: Mais n’y a t-il pas risque de cloisonnement quand les corridors sont trop serrés? Où se loge un compositeur — et c’est de plus en plus fréquent chez les jeunes — qui pratique une sorte d’hybridation entre ce qu’on pourrait appeler l’électro «classique», issue de la tradition savante, et des approches plus alternatives, orales, issues souvent de la pop ou du techno?
    JFD: La musique expérimentale est toujours plus ou moins entre deux chaises. C’est au compositeur et à moi de décider du meilleur corridor pour tel ou tel projet de disque. Par ailleurs, sur le site de ma compagnie de distribution (electrocd.com), tout est mélangé, on y retrouve tous les titres, quelle que soit l’étiquette. Ceci dit, pour en revenir à No type, une autre raison pour laquelle j’ai décidé de créer cette étiquette, c’est que le genre dit «électroacoustique» n’a pas toujours bonne presse. Il est souvent considéré par les gens des nouvelles musiques alternatives (et par bien d’autres!) comme académique (musique froide, stérile…). Plusieurs créateurs, dont le travail pourrait selon moi très bien entrer dans le grand genre électroacoustique, préfèrent être «associés» à la zone représentée par No Type. Eh bien, allons-y. Il ne pourra y avoir que «contamination» (dans les deux sens!): les amateurs de cette collection écouteront de l’électroacoustique (mais sans le savoir nommément), sans préjugé défavorable. Avec le temps, je pense que les cloisons se briseront, qu’il y aura contamination d’un genre sur l’autre.

    YD: Donc, toujours ce clivage entre les genres…
    JFD: … que beaucoup de journalistes entretiennent malheureusement, n’établissant pas de liens historiques entre les pratiques artistiques. Mais je n’ai pas voulu m’attaquer à ça, du moins pas directement. Je fais plutôt le pari que les habitués de No Type iront fureter dans l’étiquette voisine (empreintes DIGITALes) et vice versa. Il y a déjà des exemples: l’an dernier il y a eu un événement à Montréal qui s’intitulait «Dhomontellement». Fascinés par la musique de Francis Dhomont, de jeunes compositeurs d’électronique expérimentale ont «revisité» son œuvre…

    YD: Je reviens à la soi-disant mauvaise presse qu’aurait la musique électroacoustique. Un des problèmes de cette musique ne tient-il pas au fait que, bien qu’étant une musique de support réalisée entièrement en studio, sa destination première est, règle générale, le concert? Ce sont des musiques pensées pour le concert, qui trouvent leur pleine signification dans ce cadre.
    JFD: Il y a une différence fondamentale entre la musique instrumentale et la musique électroacoustique: cette dernière est une musique de medium. Elle est donc indissociable du support sur lequel elle est couchée alors que l’enregistrement d’une musique instrumentale est essentiellement d’ordre documentaire.

    YD: D’accord, quand il s’agit de l’enregistrement d’un concert. Mais n’y a t-il pas de plus en plus de compositeurs «instrumentaux», particulièrement chez les jeunes, qui pensent, au moins un peu, en fonction de l’enregistrement?
    JFD: Il est vrai que le concert est devenu une forme très marginale de communication de la musique, particulièrement depuis le développement de la radio qui est devenue un fournisseur majeur de musique. La radio et le disque représentent certainement aujourd’hui plus de 90% de notre rapport à la musique.

    YD: Et cette écoute individuelle a complètement transformé notre rapport à la musique, à la forme, à la perception du temps. Le compositeur a perdu le contrôle…
    JFD: La musique est devenue un produit de consommation, donc les usages se sont multipliés.

    YD: Si les œuvres électroacoustiques sont des musiques de support, elles ne sont pas nécessairement pour autant des œuvres pour support dans la mesure où elles continuent d’être pensées et composées en fonction du concert et donc destinées à être écoutées dans une relation traditionnelle de représentation où la seule différence avec le concert instrumental réside dans le fait d’avoir remplacé les instruments par des enceintes acoustiques (on a même gardé le chef, qu’on appelle ‘diffuseur’…)
    JFD: C’est sans doute là où le clivage entre les tendances est le plus manifeste. Le concert dans sa forme traditionnelle reste effectivement la situation idéale de diffusion pour la majorité des compositeurs électroacousticiens, le lieu où la musique prend tout son sens: le public est captif, silencieux, sous le contrôle du diffuseur. Mais comme le concert rejoint peu de monde, on voit dans la diffusion radiophonique et surtout dans l’édition discographique un moyen d’élargir le cercle des auditeurs, en espérant qu’une partie de ces auditoires rejoints par ces media finira par venir au concert. Mais il y en a qui ont compris, et ce particulièrement chez les compositeurs des tendances alternatives, des musiques dites électroniques, que «le medium c’est le message», comme l’a dit McLuhan. Ils composent donc pour le disque, ayant compris qu’une nouvelle relation musique-public a pris forme, particulièrement depuis la standardisation du support numérique. Ils réalisent que le disque amène une relation à la forme, au temps, très différente des schèmes classiques des œuvres destinées d’abord au concert.

    YD: Mais qu’en est-il alors du concert? Est-il destiné à mourir?
    JFD: Paradoxalement, ces compositeurs inversent le processus des musiques non-commerciales, si on peut dire: au lieu d’aller du concert au disque (comme en musique intrumentale contemporaine), ils reproduisent au concert l’approche qu’ils ont de l’œuvre-disque. Ils réinventent ainsi le concert. Les œuvres sont ouvertes, le public va et vient comme il veut, parle, fume, boit… La présence des musiciens-interprètes est très discrète. Le concert devient (redevient) un espace social, un lieu d’échange, une forme de fête.

    YD: Est-ce que tu incites les compositeurs dits «savants» à développer davantage une conscience du medium «disque»?
    JFD: Non, je laisse les tendances suivre leur cour. Je préfère être un reflet de ce qui se passe plutôt qu’un moteur; un miroir, légèrement déformant… Il y a eu quand même les disques Électro clips (en 1990) et Miniatures concrètes (en 1998), qui étaient des disques concepts, et aussi, à venir, une œuvre pour disque, Le contrat, que j’ai commandée à Gilles Gobeil et René Lussier. Mais essentiellement mon rôle reste de rendre les musiques disponibles, accessibles et de contribuer à la constitution d’un patrimoine.


    (Propos recueillis le 22 juin 2002 à Montréal par Yves Daoust.)

    … Ainsi naquit empreintes DIGITALes, aujourd’hui considérée comme l’une des étiquettes les plus importantes au monde dans le domaine.

    Quebec Composers Shine in SOCAN Awards

    Rick MacMillan, SOCAN — Words and Music, no 9:3, 1 septembre 2002

    Twelve composers have won a total of $17,500 in the 2002 SOCAN Awards for Young Composers, following three days of intensive jury deliberation in Toronto. As was the case last year, Quebec composers earned the lion’s share of cash, including a pair of first-prize awards for André Ristic and a first and second prize for Martin Leclerc, both of Montréal. Ristic repeated his first-prize success in the Serge Garant Awards category, which he topped in the 2001 awards as well, this time for Motel [infini], scored for flute, clarinet, percussion, harp, violin and cello. The 29-year-old also earned top marks for Environnement de cantate, a work for violin solo that is scheduled for a pair of performances this October in both Montréal and Lennoxville, Que., in a collaboration by the Ensemble Contemporain de Montréal and the dance company Cas Public.

    “There is a lot of energy in the solo violin piece, which was clearly written for a virtuoso player,” remarked jury member Jean-François Denis, who was joined by colleagues Allan Bell of Calgary and Chris Paul Harman of Toronto. “He controlled time very well,” added Bell, “and made economical use of his material, which was strongly developed.” Jury members also lauded Ristic’s Motel [infini], noting its colorful fabric and impressive sense of direction. “What set it apart for me,” explained Harman, “is the distinct sensibility of the instrumentation, its sophistication and the playfulness of the material.”

    Martin Leclerc, who is currently studying electroacoustic music with Yves Daoust and composition with Serge Provost at the Conservatoire de musique de Montréal, dominated the Hugh Le Caine Awards category with his works … et le ça and Il y a… il y avait des fleurs. Juror Denis was most impressed with the former work’s “very abstract sounds,” which he found “extremely well organized, with various polyphonic layers.” Bell was struck by the “wonderful, multi-dimensional nature” of that same work, as well as its “strong dramatic trajectory.”

    First prize in the Sir Ernest MacMillan Awards, for orchestral works, was won by yet another Montréaler, and also a student of Serge Provost: Patrick Saint-Denis, for his work Le discours aux animaux. Bell noted the piece’s abstract references to bird and whale songs, and admired the fact that these could have appeared cliché, but did not. Saint-Denis was also a first-prize winner last year, in the Godfrey Ridout Awards category.

    “The orchestral category was one of the strongest in this year’s competition, and one of the most difficult to narrow down,” remarked Harman. “In the end, I think we succeeded in finding three works that represented technical accomplishment and different ways of approaching the orchestral medium.”

    The youngest winner this year was Gabriel Turgeon-Dharmoo of Cap-Rouge, Que., who is just 21 and a composition student of Éric Morin at the Université Laval. He won first prize in the Godfrey Ridout Awards for À L’Homme, for the unusual combination of soprano and contrabass. Allan Bell praised this work’s scintillating colours, its energy and its dramatic structure. This year’s SOCAN Awards for Young Composers attracted 158 works by more than 200 composers from across Canada. “The overall level of the entries covered a very large range,” said Harman, “from young amateurs to accomplished professionals.” “There are names here that no one has yet recognized,” added Bell, “but here they came out to shine.” Entries were judged anonymously. The SOCAN Awards for Young Composers is open to composers under the age of 30 who are members of SOCAN or not members of any other performing rights organization but are Canadian citizens.

    … Quebec composers earned the lion’s share…

    Entretien

    Ned Bouhalassa, CEC, Sur le vif / Quick Takes, 1 août 1999

    Ned Bouhalassa: L’étiquette empreintes DIGITALes célèbrera en janvier 2000 son dixième anniversaire. Elle est reconnue mondialement et reçoit régulièrement des éloges de la part des critiques. Comment est–ce que tu expliques ce succès?

    Jean–François Denis: En 1990, il n’y avait pas de maison de disques indépendantes se spécialisant en musique électroacoustique — il y avait certes des étiquettes, mais toutes étaient des activités parallèles de studios ou d’organisations. Donc il y avait ‘nouveauté’. Aussi, dès le début, empreintes DIGITALes s’est dotée d’une ‘politique’ artistique (autant sonore que visuelle) et s’est rendue très visible dans les milieux électroacoustiques et expérimentaux (par la parution de nombreuses publicités et l’envoi postal de nombreux catalogues). Donc il y avait la volonté de développer une signature, et de se faire activement connaître. Bien sûr le qualité des œuvres reste première.

    NB: Qu’est–ce qui t’a poussé à fonder ta propre compagnie de disque?

    JFD: Personne d’autre ne voulait le faire. J’ai fait le tour des maisons de disques existantes (au pays) pour leur proposer de développer une sous–collection électroacoustique, mais sans succès. J’ai aussi discuté avec plusieurs compositeurs d’un vague projet de production de disques: tous étaient très intéressés à ce que… quelqu’un le fasse. Lorsque j’en ai parlé à Claude Schryer, celui–ci m’a dit qu’il pensait lui aussi fonder une maison de disques. C’est ainsi qu’en août 1989, nous avons fondé DIFFUSION i MéDIA (qui est aujourd’hui distributeur) et les disques empreintes DIGITALes et que nous avons conçu les 4 premiers projets de la collection (Calon, Normandeau, Thibault et Électro clips).

    NB: Lancer une nouvelle entreprise est toujours risqué et c’est encore plus vrai quand il s’agit d’une compagnie de disque de musique sérieuse. Avais–tu beaucoup de doutes au départ?

    JFD: Les risques? Nous étions prêts à travailler, et avec l’indispensable complicité des compositeurs, il n’y avait que de beaux risques: produire de bons et beaux et généreux disques de musique que nous aimons. Je crois, au contraire, qu’il faut du risque, afin de toujours se redéfinir, se questionner (même si parfois on aboutit à la position de départ). Les doutes? Je me demandais ce que j’étais pour faire avec 1000 exemplaires (alors la quantité minimale) d’un même disque chez moi: Comment faire pour les faire entendre? les distribuer? les vendre? Car il nous fallait pratiquement tout inventer pour rejoindre le public! (Nous ne savions même «» était réellement ce public!)

    NB: Le premier disque double de Francis Dhomont, avec son livret généreux, fut lancé en grande pompe lors de deux concerts exceptionnels. Est–ce qu’il s’agit pour toi d’un de tes lancements les plus mémorables? Était–ce un de tes projets les plus fous?

    JFD: Les lancements montréalais ont souvent été assez fous: au Planétarium; déguisé en fête–concert; “café, croissant” à 7h le matin; dans des boîtes “disco”, des bars punks. Bien sûr le lancement du coffret Dhomont était important (mais, pour mémoire, le lancement n’était qu’un petite partie de la soirée qui était une célébration du 65e anniversaire de Francis Dhomont, avec |’œuvre–collage–hommage de ses étudiants, assemblé par Gilles Gobeil. Il y a eu aussi des lancements à Vancouver, à Norwich (UK), à Toronto, à Birmingham (ÉU), à Paris…

    NB: L’image de ton étiquette est immédiatement reconnaissable. Ce qui frappe toujours est l’attention qui est portée envers la qualité du travail graphique. Pourrais–tu décrire le rôle de Luc Beauchemin?

    JFD: Luc Beauchemin a conçu la première refonte graphique de 1991 (avec le Daoust), et la seconde en 1996 (avec le Harrison). (La boîte cartonnée “OPAK”, utilisée depuis 1996, est une conception commune.) Quant à l’image de couverture, c’est le compositeur qui la propose ou qui la commande à un artiste. (Luc Beauchemin étant aussi illustrateur–infographe, certains images de couverture sont ses créations.)

    NB: Les seuls disques de ton étiquette qui regroupent des œuvres de plusieurs compositeurs sont les disques de clips (Électro clips et Miniatures concrètes). Pourquoi ne regroupes–tu pas des pièces de durée normale de plusieurs compositeurs dans un même disque?

    JFD: Car je trouve ce genre de disques très ennuyeux à écouter. Chaque CD empreintes DIGITALes est la représentation d’une seule “pensée” musicale; à titre d’auditeur cela me plaît énormément. Les deux exceptions notés ont un “concept” très fort et assez inusité (surtout en 1990): celui la pièce électroacoustique entière de trois minutes. Je crois que ces disques s’écoutent bien grâce à cette unicité.

    NB: Comment est–ce que tu choisis les projets de disques?

    JFD: D’abord par les musiques (entendues en concert, lors de festivals — mais très rarement via les “démos” reçus par la poste) et ensuite par la démarche, par l’intégrité de la démarche du compositeur.

    NB: Comment est–ce qu’un compositeur peut t’intéresser à un projet de disque?

    JFD: Difficilement en fait, puisque je croule déjà sous le courrier quotidien — parmi lequel il y a quelques fois un “démo” — et que je suis passablement débordé. Mais disons que lorsqu’un compositeur m’est recommandé par un collègue, cela va beaucoup mieux. (Il ne faut pas oublier par contre que la production d’un CD demande principalement du financement.)

    NB: Qu’est–ce que tu penses de la distribution de musique par Internet? Est–ce que tu projettes un jour d’offrir à tes clients d’acheter des pièces qui peuvent être téléchargées?

    JFD: Le disque compact n’est qu’un support. Son avantage sur les supports antécédents est sa qualité sonore—dans le cas des musiques électroacoustiques — sa durée et sa longévité. Dès qu’il y aura un autre support offrant une grande qualité sonore… il faudra offrir les musiques dans ce format. Cela va de soit. Donc la réponse est oui.

    NB: Tu as écrit plusieurs œuvres durant les années 80. Est–ce que tu penses un jour faire un disque à partir de tes œuvres?

    JFD: Quelques pièces tiennent peut–être encore la route (dix et quinze ans plus tard). Je n’y avais pas vraiment pensé. Qu’en penses–tu?

    … reconnue mondialement et reçoit régulièrement des éloges de la part des critiques

    Discreet Music

    Chris Yurkiw, Montreal Mirror, 12 février 1998

    On the 50th anniversary of “musique concrète,” Montréal’s electroacoustic composers are still watching the cement dry.

    “At first the art of music sought and achieved purity, limpidity and sweetness of sound. Then different sounds were amalgamated, care being taken, however, to caress the ear with gentle harmonies. Today music, as it becomes continually more complicated, strives to amalgamate the most dissonant, strange and harsh sounds. In this way we come ever closer to ‘noise-sound.’”

    Whenever this quote from Luigi Russolo is bounced around, the kicker is that the futurist artist wrote it in his manifesto The Art of Noises back in 1913. Russolo was ushering in the modern era and he gets cited because he turned out to be a damn good futurist. By the ’20s, French composers like Érik Satie and George Antheil were writing ballets for sirens, crying babies and typewriters; a generation later, American John Cage was reinforcing the idea that all sounds — including silence — were musical; into the rock era it was no great leap to the feedback of Hendrix, the kling klang of Kraftwerk and the scratching of Grandmaster Flash.

    But long before the avant-garde became popular, a pair of Pierres named Schaeffer and Henry made a crucial discovery while playing around with the new technology of magnetic recording tape in 1948. In the studios of Radiodiffusion-télévision française [(RTF)] they manipulated recorded sounds — both ‘musical’ and non — by splicing the tape, rearranging it, varying the speed, looping it and overdubbing it. Schaeffer called it “musique concrète,” and with that he allowed for the possibility of a truly ‘artificial’ music. Not many considered it to be music then, and even 30 years later people were still railing against studio creations with the battle cry, “Disco sucks!

    Fifty years after the birth of musique concrète (and a few changes in name, like electroacoustic or acousmatic music), Pierre Schaeffer’s break is certainly not lost on Jean-François Denis. Denis is one of the pillars of Montréal’s vibrant electroacoustic scene — the French connection not insignificant — a composer first but nowadays more of an instigator who spends most of his time promoting the music by releasing it on the crucial empreintes DIGITALes label. It’s a tiresome job pushing an ambient, jarring and intellectualized music, but Denis places more faith in its acceptance by the proverbial ‘people’ than any industry, media or festival.

    “I think electroacoustic music is becoming less bizarre for the public,” says Denis, “and more present in their lives. The scores for lots of films, for example, are often verging on electroacoustic music, but it’s never pointed out to the audience.”

    So Denis and composers Robert Normandeau and Gilles Gobeil, a trio who make up the electroacoustic promotional body Réseaux, are using the 50th anniversary of musique concrète to try to make their point once again. Not that they need an excuse: the upcoming concerts Rien à voir are the third in a series presented by Réseaux in the past year. But the link with the past is going to be made clear with the works and presence of two European figures; Frenchman Bernard Parmegiani, one of the godfathers of electroacoustic music whose work dates just post-Schaeffer, and Belgian Annette Vande Gorne, whose breaking of the gender barrier in yet another boys club has inspired Canadian “électroacousticiennes” such as Wende Bartley and Roxanne Turcotte.

    Works by Denis, Normandeau and Gobeil will also be accompanied by those of Montréaler Christian Calon and Mark Wingate, one of the few American practitioners of a form rooted much more firmly in Europe and its stronger outposts. And while the presence of the composers is a nice touch, it’s certainly not needed in electroacoustics, where the recorded works are played for the audience via a surround-sound style set up of 20 loudspeakers.

    “When the lights go down at an electroacoustic concert,” says Denis, “I always think, ‘I have no idea what this might sound like.’”

    Pierre Schaeffer’s break is certainly not lost on Jean-François Denis

    Label Profile

    Daniel Plunkett, Jeff Filla, N D - Magazine, 1 juin 1997

    The label empreintes DIGITALes has long caught our eyes and ears as a label dedicated to bringing forward some of the most compelling work of new and historic artists involved with electroacoustic music. The following interview with Jean-François Denis explores the history and exploration of new artists. 23 questions by Daniel Plunkett and Jeff Filla.


    ND: Could you give a brief background of the activities revolving around DIFFUSION i MéDIA?

    Jean-François Denis: Founded in 1989 with Claude Schryer, DIFFUSION i MéDIA’s first activity was the setup of its electroacoustic music CD label empreintes DIGITALes. This label was founded because that genre of music was not being “served” by any other “real” record label I knew of at the time. (I knew of the GRM and of the Cultures électroniques-Bourges collections in France, but not anywhere else.) It is while teaching electroacoustic music at Concordia University (1985-89) in Montréal, and through the call for works for its annual electroacoustic concert series that I became aware of the extensive accumulated archives of Canadian (700+) and international (300+) electroacoustic pieces. Some of them masterpieces, but not available. If you had missed the concert or the one radio broadcast — too bad! There was a need to “materialize” some of these works. No other existing local or national label would go into that field. I was left to do it by myself. Claude Schryer was also concerned about the “diffusion” of that music, so we decided to simply found a label.

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    We had four projects to start the label with: Calon, Normandeau, Thibault and the special Électro clips. I wanted to have many CD plans in order not to setup yet another “One-CD” label. The funding from the Canada Council (for the Arts) for sound recording projects helped us tremendously in doing things “right:” good sound, good color covers, complete booklet, full of information and full English translation.

    DIFFUSION i MéDIA is a media arts producer, since 1992 run by one person. Its main activities are two-fold:

    1. Production of empreintes DIGITALes CDs. That collection focuses on electroacoustic music, musique concrète, acousmatic, mixed works… (Another label, SONARt, was set up in 1992 to focus on “radiophonic” works, program music, sound works that “try” to tells a story — either clearly or abstractly. We have stopped development for that label).
    2. Distribution — direct mail-order of our productions and of productions by “friend” labels from abroad. LA LISTE, a “New Music” promotional mailing list database project (mostly for the Montréal area), has been active since 1992: more than 12 new music (actuelle-electro-contemporary) concert producers have merged their mailing lists into one in order to reach a larger audience.

    Areas of interest are the publication of written documents (in French and in English) about electroacoustic music. (Much that is happening in Europe — France, UK, Sweden — does not reach North America.) I travel to keep up with research, ideas, composers, concerts, festivals… these books would fill in gaps in the available literature, mostly for teaching purposes.


    ND: How do you select the artists which you release?

    JFD: I travel a lot, meet many composers, and listen to many works, mostly during festivals. If I like what I hear or if I feel the composer’s integrity, I get in touch and try to design a string of pieces that will make a wonderful livingroom loudspeaker disc. That last point is important, I try to focus on good sounding loudspeaker music. Recordings that will sound good in livingrooms. I am not too interested in “documenting” performances.


    ND: Could you pinpoint any goals or aspirations?

    JFD: Well this one is hard. The goal is to make the music heard; make it available; at the most affordable price possible. Keep titles in print. Provide promo copies to radio stations (national ones but mostly college and community based stations). Make the music heard.


    ND: Does DIFFUSION i MéDIA sponsor any concerts?

    JFD: When I started the CD label, nobody else was serving that area. In terms of concert production, many other organizations work in that field already. So the answer is no, not directly. DIFFUSION i MéDIA has organized three concert tours called Traces électro: Canada in 1991, French-speaking Europe in 1992, UK in 1994. With composers Robert Normandeau and Gilles Gobeil, we have founded a concert organization, Réseaux, that specialized in musique concrète concerts (projected on a large number of loudspeakers).


    ND: There seems to be a healthy musical and artistic activity in Montréal.

    JFD: This city is quite surprising in that respect indeed. Is there a sense of urgency caused by the French-speaking minority (6 million) in an English-speaking immediate majority (300 million)? In terms of electroacoustics: the four universities and the conservatoire have programs (from 3 or 4 course to full-fledged undergraduate, graduate and doctorate programs), enrolled some 125 students yearly, and produce some concerts. Plus ACREQ is an independent electroacoustic music concert producer in town. So there is activity. Things are moving and the more they move the more exciting they become.


    ND: What are some of the upcoming and planned releases?

    JFD: 1996 was good for empreintes DIGITALes:

    {colcat:imed_9525; imed_9526; imed_9627; imed_9628; imed_9630; imed_9631; imed_9632; imed_9633; imed_9634; imed_9635; imed_9736; imed_9837; imed_9838}

    Cirque by Paris composer Michèle Bokanowski; Zoo by Dan Lander (Toronto); Articles indéfinis by Jonty Harrison (UK); Délirantes (2 CDs of mixed works by Cuban-born Canadian composer Sergio Barroso; Kaleidos by Stéphane Roy (Montréal); Transformations by Hildegard Westerkamp (Vancouver); the opera for six singers and electroacoustic music Léone by Philippe Mion and Philippe Minyana (Paris); two releases by Montréal-based French composer Francis Dhomont Sous le regard d’un soleil noir and Forêt profonde and American pioneer Jon Appleton Contes de la mémoire.

    1997-98 has more to offer: [Autour by] Claude Schryer, [Miniatures concrètes] a new Électro clips-like release with 24 new 3-minute pieces (composer from USA, France, UK, Italy, Canada, Sweden, Québec…), [Les corps éblouis by] Christian Calon, [and projets with] Yves Daoust, Ned Bouhalassa, Daniel Leduc, Jacques Tremblay, Darren Copeland, Michel Chion


    ND: Where do you find the most positive reaction?

    JFD: From people without prejudices: electroacoustic music has had bad press and bad reputation in many countries for various reasons, good and bad. Tape music in the USA has a bad name for instance, being called academic, intellectual, dead and these are found in the “underground-alternative” music stores. They read the specialized magazines and listen to selected radio stations. Geographically, Europe is where empreintes DIGITALes has had the most positive response so far.


    ND: What is the connection between Metamkine and DIFFFUSION i MéDIA?

    JFD: Metamkine is a mail-order distributor in Europe based in Rives (near Grenoble), France which also specializes in electroacoustic, musique concrète, acousmatic music and experimental music. It also produces its own CD label: Cinéma pour l’oreille. It is the main representative of empreintes DIGITALes in Europe. DIFFUSION i MéDIA helps distribute its Cinéma pour l’oreille collection in North America (and also serves as a North American address for its catalog). We have both developed our labels to serve different needs. We “share” many composers (and more to come) and consult on each other on our projects in order to coordinate events, launches, concerts, etc. Besides, Jérôme Noetinger and I are great friends, both working for the same ideals, in similar complementary ways.


    ND: Many of the composers you have released, with the exception of a few, are not very well known, even within certain circles of people who listen to experimental music. It takes a long time for people to become aware of certain artists. Does this ever frustrate you?

    JFD: No, being “not well known” is the norm in electroacoustic music. It is more demanding in terms of promotion (not only do I have to promote the existence of the disc, I have to promote the existence of that “musical genre” and of that one “composer”) but is absolutely normal. How many artists are well known in the circles of truly experimental music?


    ND: Are there certain books or publications you could recommend to people who would be interested in knowing more about this kind of music, and the history of it?

    JFD: Yes, but most of them are in French at this time. Books by authors, and most time composers, Michel Chion, François Bayle, the late Pierre Schaeffer; The LIEN collection directed by Annette Vande Gorne, and a few issues by Francis Dhomont. Simon Emmerson (UK) wrote a book 20 years ago and updated it a few years ago. Joel Chadabe (USA) recently wrote a book on electronic music which I have not seen yet. Most of the English books I know of were written over 15 years ago. But I am not a good person to ask.


    ND: Electroacoustic music is usually very stereophonically dynamic and emphasizes changing environments and abrupt changes in sound sources. AMM’s Keith Rowe said “the key to understanding this music is to consider it “cinema for the ear” (this is the title for Metamkine’s 3” CD series).

    JFD: The term “Cinéma pour l’oreille” has been around for many years now; I can’t trace its source though. It is also a term used by Robert Normandeau (from the intro of his Tangram CD): “the quintessence of my work during 1990-93, and exemplify the perspective which I’d embraced during that period: cinema for the ear. Basically, this consists of seeking inspiration outside of the musical context, specially in the work of cinema. Themes are inspired directly from the titles; once elaborated, they then underlie the work, becoming axes around which the composition takes shape. They serve as landmarks for the listener exploring these unheard-of spaces.”


    ND: The manner in which this sort of music is “performed” seems very appropriate to the music’s character. Is performance what the composer has most in mind when at work in the studio?

    JFD: Of course two (maybe more) answers are possible here. I think that composers, while composing, keep in mind that their music will be mostly heard: 1) on the radio — stereophonic sound; 2) in concert — with a sound projection system using 12, 16, or 24+ loudspeakers; 3) at home — via the compact disc — stereo sound. Some pieces work well in the concert space only, other in the living room only. Many work well in both settings. But I would say that many composers work with sound, with its texture, its position in space, its movement in space. Thus, the concert is where their music can take the full spectrum.


    ND: Also, please describe the setting for these performances and the means in which the music is played.

    JFD: The loudspeakers are placed in the room, many in front, some on the side, some in the back, some above, some in the audience. The master tape (stereo), via the console’s faders, may feed each speaker independently. The “sound projectionist,” using those faders, “performs” the piece by sending the sounds to different speakers, thus moving the sound in space, but also in colors (since the loudspeakers are different models, “sounding” differently.) Projectionists usually make “diffusion” scores, rehearse the pieces in each space — adapting the movement/color ideas to specific sound system installation, and perform “live” from the center of the room, and of the audience.


    ND: Do these artists ever perform instruments live at such events?

    JFD: There are three main kinds of electroacoustics: musique concrète, acousmatic music, tape music… (these are piece for loudspeakers only); mixed works…(these are for instrument(s) and tape); and live pieces, interactive music… (these are all live). It is also important to note that for some (mostly in the USA) electroacoustic is not a musical genre, but descriptive (such as “piano music” or “symphonic music”); for others it is a genre, a different approach to composition. So to answer your question, yes.


    ND: Relatively few works in the French electroacoustic tradition are readily available.

    JFD: By available you mean “in my local record shop.” Specialized music is available via specialized networks. France electroacoustic music is available on more than 60 CDs. There is basically one French label: Cinéma pour l’oreille. The GRM is a studio and has an important collection of CDs. The GMEB, with its competition, has also an important CD catalog. Most French studios have their own “in-house” label (all are available, by mail, via METAMKINE).


    ND: Which works are thought to exemplify excellence in this medium? (What works do you find personally inspiring?)

    JFD: Well, as a CD label director, I try to present, in varied styles, excellence. Naming is excluding, forgetting and reductionist, and I am not very good at it. There are many, many important works; some are already available on CD, many are not. But I can dive in and say that the work of French composers François Bayle, Francis Dhomont, Michel Chion, Bernard Parmegiani are “important.” Many other composers — from other countries — are also important: Åke Parmerud, Gilles Gobeil, and Jonty Harrison, but that’s only seven names.


    ND: The vast majority of “20th Century” compositions that are available are for instrumentations typical of traditional classical music. Your label has tended to emphasis studio “tape music”-style works. Do you feel that there is a importance in distinguishing between the two mediums?

    JFD: Yes. While mixed works and live works are extensions of the instrumental musical language, studio pieces (tape, musique concrète) may be radically different, a new approach to sound art and sound composition. This is why I was referring to the difference in the meaning of the term electroacoustic earlier. For the label I tend to focus on the work that has a footing in the sonic world rather than in the instrumental world.


    ND: You mentioned earlier that tape music in the USA has a bad name. There does exist a resentment among many private enthusiasts of experimental music here toward the products of academia, often due to the fact that self-taught artists are usually ignored in academic circles (literature, festivals, etc.) How do you view composers who have been involved mostly in a University system versus those in the underground?

    JFD: To me, if the music sounds good, it sounds good. While most composers come out of schools, as most filmmakers come out of schools, electroacoustic music composers do also. They have access to instruments, to knowledge, and to masters there. Why not go? But this does not mean that what comes out “sounds good” to me. Where composers come from is (to an extent) their personal life. If their music is good (to my subjective self) then that is what matters. Today, with the technology, many musicians are doing a kind of “live” tape music (so to speak) using found sounds, changing and transforming them and “pasting” them together (composition.) Some do it within the rock music genre, some in the industrial music genre… some in the form of concert music (thus less “popular” thus “less known” thus “more difficult” thus “reserved to the few” thus “elite” — I do not believe this at all but that is the general thinking here…) or even the more abstract form of musique concrète (to use one of its many names.)


    ND: Is it true that electroacoustic music is almost always produced in the studios of Universities?

    JFD: Well, this is not accurate. The music from the universities might be more visible (via the network of conferences, festivals and competitions), but most music in Québec is made in composers’ personal studios; most music made in France is made in (state funded) local studios, for example.


    ND: Did all of your label’s artists come to electroacoustic music by way of classical music study in a University setting?

    JFD: Most have been associated with institutions (this includes universities — mostly in the anglo-saxon world, the conservatories — mostly in the French world, and structures — mostly state funded) but not all: Christian Calon and Randall Smith have not, for instance.


    ND: Would you say that most such composers are interested in classical music?

    JFD: Many only work in electroacoustics.


    ND: Is electroacoustic music seen as a form of expression tied to traditional themes to the extent that classical music is (with Western literature, religion, mythology, etc.)?

    JFD: Human beings’ expression is tied to human beings’ lives.


    ND: I find it fascinating that on many of your label’s releases (and similar labels) are works that had gone long unheard by willing enthusiasts — works buried in a University archives for many years, if not decades. Why do you think that these original works were never individually released? Do University policies prevent private release of works from their studios?

    JFD: Once again I am swapping the word “university” for “institution.” Economics is one: In the 70s, a few commercial record labels have released LPs of (specialized) music (Subotnik, Parmegiani). Most of these were not commercially viable enough for the major labels to continue. Another reason: Producing and recording is quite easy, distributing is quite difficult. The compact disc and the home digital studio have changed the economics of production. What remains is the economics of distribution. My positions via the old debate of institutions versus the public is that it is an old debate, while superficially founded in many cases; it is irrelevant down deep. I do know that the whole funding agencies are based on institutional relationships; and I think that this is why there is so many bad feelings about government supported art. There are fewer bad feelings about government supported chemical industries. Last note: we — I, but also the CEC and most of the European community — tend to write the word ‘electroacoustic’ in one word, making it a unified genre, rather than a combination of things.

    … a label dedicated to bringing forward some of the most compelling work of new and historic artists…

    L’art de la transformation

    Daniel Feist, SOCAN — Paroles & Musique, no 2:7, 1 juillet 1995

    Le Canada est célèbre pour son hockey, ses Rocheuses et son saumon rouge, ses recherches en médecine et ses films d’animation, et même pour sa technologie de l’ère de l’espace. De quoi étre fier!

    Mais qui aurait pu croire qu’il est aussi chef de file en musique électroacoustique? La plupart des Canadiens, selon toute vraisemblance, ne connaissent même pas ce style de musique.

    Cela n’empêche pas Francis Dhomont, Robert Normandeau et Gilles Gobeil, du Québec, Barry Truax et Paul Dolden, de Vancouver, et Bruno Degazio, de Toronto, de faire partie d’un groupe grandissant de compositeurs de musique électroacoustique canadiens acclamés partout dans le monde.

    «Le Canada joue un rôle unique dans le domaine de l’électroacoustique, affirme le compositeur torontois Al Mattes. Il suffit de consulter la liste des lauréats des principaux prix qui sont remis tous les ans à Bourges, en France.»

    Cofondateur il y a deux décennies de l’avant-gardiste Music Gallery de Toronto, Mattes est actuellement président de la Communauté électroacoustique canadienne (CÉC), le seul groupe de soutien pancanadien pour les obsédés sonores. Fait révélateur, l’adhésion à la CÉC a presque doublé depuis deux ans.

    «Je crois qu’il serait légitime d’affirmer que la musique électroacoustique a été inventée au Canada, dit Mattes. Il existe plusieurs souches différentes, naturellement, mais l’idée du contrôle du voltage est véritablement issue de l’œuvre de Hugh Le Caine.»

    Le Caine (1914-1977) était une personne extraordinaire et il n’est donc guère surprenant que le prix de la composition de musique électroacoustique de la SOCAN, remis annuellement, porte son nom. En tant que directeur du Laboratoire de musique électronique du Conseil national de recherches à Ottawa au début des années 40, Le Caine était habité par la motivation de créer des instruments et des sons nouveaux. Certaines de ses plus remarquables inventions, tels la saqueboute et le générateur de structures sonores sérielles, furent des précurseurs des synthétiseurs d’aujourd’hui.

    On doit aussi à Le Caine d’avoir jeté les fondations des premiers studios électroacoustiques d’importance au Canada, d’abord à l’Université de Toronto et ensuite à l’Université McGill de Montréal. Les départements de musique des universités de toutes les régions du Canada constituent depuis un environnement fertile pour l’univers effervescent de l’électroacoustique. Maintenant à la retraite, des pionniers comme Istvan Anhalt (Université Queen’s) et Otto Joachim (qui a son propre studio depuis le milieu des années 50), ont été suivis par des compositeurs tels Gustav Ciamaga (Université de Toronto), alcides lanza (McGill) et Jean Piché (Université de Montréal).

    La CÉC compte environ 250 membres dans ses rangs, mais selon l’administrateur Ian Chuprun, «le nombre d’électroacousticiens qui ne sont pas membres est beaucoup plus élevé. La culture pop a commencé à faire davantage appel aux techniques électroacoustiques dans tous les secteurs — à la télévision, au cinéma, dans la publicité — et l’ensemble de ce domaine est du même coup devenu plus accessible.»

    Kevin Austin, de l’Université Concordia à Montréal, abonde dans le même sens: «Nous ne parlons pas de musique au sens traditionnel. Dans une large mesure, il s’agit d’une exploitation du son sans l’intervention directe des notions de hauteur et de rythme telles que nous les comprenons. Mais il est beaucoup plus facile d’apprécier la musique électroacoustique maintenant qu’à l’époque où elle faisait ses premiers pas, étant donné que plusieurs des sons utilisés ne sont plus perçus comme étant très inhabituels.»

    Très actif dans les milieux de la musique électroacoustique depuis plus de 25 ans, Austin a mis sur pied l’ensemble MetaMusic en 1972, ainsi que le Groupe électroacoustique de Concordia en 1982. Il a aussi joué un rôle déterminant dans la création de la CÉC en 1986.

    «Dans les années 50, la transformation d’un son pouvait prendre des semaines, déclare Austin. De nos jours, il suffit d’utiliser un générateur et de raccorder une résonance vocale à l’attaque d’une guitare, et bingo! vous venez de créer un nouveau son.»

    L’un des compositeurs de musique électroacoustique les plus en vue du Canada, Paul Dolden, ne partage pas cette vision des choses: «Je n’aime pas du tout le mot électroacoustique. Je préférerais dire que je suis un compositeur faisant appel à la technologie. Ce que je fais, c’est de la musique orchestrale embellie. J’aime les notes, cela est indéniable. Je suis peu intéressé aux soi-disant ‘objets sonores’ et je déteste les sons synthétisés. Mais comme je travaille sur bande et qu’aucune de mes œuvres ne peut être exécutée en direct, je suppose qu’on peut classer le tout dans la catégorie ‘musique électroacoustique’. Mais je crois sincèrement que nous n’avons pas besoin de ce terme.»

    Ces jours-ci, Dolden s’est enrichi de 10 000$ en remportant l’un des deux Prix de composition musicale Jean A. Chalmers, l’autre étant allé à Jean-François Denis. Ce dernier enseigne [de 1985 à 1989] les rudiments de la musique électroacoustique à l’Université Concordia, et son prix lui a été remis afin de souligner sa contribution à titre de présentateur de concerts, d’éditeur et de fondateur d’empreintes DIGITALes, une étiquette de disques accumulant les succès. Quant à Dolden, c’est sa composition L’ivresse de la vitesse qui a retenu l’attention du jury.

    «Cela consiste en 400 pistes d’instruments acoustiques, explique Dolden. Vous devriez voir la partition. Elle contient des millions de notes! Ce que j’ai fait, essentiellement, c’est réduire cinq symphonies à une durée de 15 minutes. Le but visé était d’accélérer la musique au point d’en arriver à un état d’ivresse.»

    Le mois dernier, Dolden a présenté sa récente œuvre en première dans le cadre d’un concert de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) à Montréal. «Je l’ai appelée The Heart Tears itself Apart with the Power of its own Muscle. Resonance #3, précise-t-il. «La portion sur bande fait appel à une grande quantité d’artefacts de la culture pop. C’est du rock pour intellectuels.»

    À l’autre antipode de l’univers électroacoustique se trouve Barry Truax, de l’Université Simon Fraser. Compositeur et académicien influent depuis le début des années 70, il a reçu, grâce à sa pièce Riverrun, ie très convoité Prix Magisterium à Bourges, où se tient le plus prestigieux concours de musique électroacoustique au monde.

    «Jadis il y avait la musique sur bande, la musique électronique et la musique informatique, se souvient Truax. Il y avait des regroupements distincts qui mettaient l’accent sur les technologies. Les trois factions entretenaient peu de rapports. Mais les barrières se sont mises à tomber, notamment en raison de la différence entre l’analogique et le numérique.»

    Truax doit sa réputation à son travail dans le domaine de la musique assistée par ordinateur, et il fut l’un des premiers à programmer ses propres logiciels. «Cela était nécessaire dans les années 70, dit-il. De nos jours, c’est devenu un inconvénient.»

    Le compositeur de la côte ouest travaille actuellement à exécuter une importante commande pour le compte de la International Computer Music Conference, qui aura lieu au début de septembre. Cet événement annuel marquant s’est tenu à Copenhague l’année dernière et à Tokyo en 1993. Cette année, c’est Banff, Alberta, qui en sera l’hôte.

    Les expérimentations acoustiques de la compositrice vancouveroise Hildegard Westerkamp, une associée de longue date de Truax, ont toujours porté sur les sons environnementaux. «Il m’arrive souvent de concilier l’écologie et la composition sonore, explique-t-elle. J’espère donner la première d’une nouvelle pièce à l’ISEA95 Montréal (Symposium international des arts électroniques) en septembre à Montréal.»

    Récemment revenue d’un symposium de deux semaines sur les sons, organisé par l’Akademie der Kunste à Berlin, Westerkamp est l’éditrice du Soundscape Newsletter, l’organe officiel du World Forum for Acoustic Ecology. «Le médium électroacoustique est tellement fascinant. Je trouve dommage qu’il y ait si peu de femmes qui s’y intéressent. Je crois que la technologie représente l’obstacle majeur. Méme si cela ne décourage pas tout le monde, il y a aussi le contexte plutôt difficile lié au domaine qui peut parfois aussi rebuter certaines personnes.»

    Le cas de Bruno Degazio, un compositeur et concepteur de sons chevronné de Toronto, illustre bien ce point de vue: «Actuellement je travaille à l’aide d’un contrôleur d’instruments à vent WX7 et d’un VL1 de Yamaha. Le VL1 est un synthétiseur de modélisation physique qui réagit comme un instrument de musique lorsqu’on en joue. C’est la voie de l’avenir.»

    Cette année, Degazio est engagé à plein temps dans des projets de films IMAX. Parmi ses récentes œuvres, on retrouve d’impressionnantes trames sonores dont celles de Titanica, The Last Buffalo et The Fires of Kuwait, un documentaire mis en nomination aux Oscars.

    Comme cela se produit dans nombre d’autres domaines, l’électroacoustique se conçoit différemment au Québec. Beaucoup de compositeurs québécois ont été profondément influencés par l’école de la musique concrète en France, qui s’attarde surtout à étudier la manipulation électronique d’«objets sonores» plutôt que les sons crcés électroniquement. Par conséquent, leur approche créative tend à être différente.

    L’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec (ACREQ), mise sur pied par Yves Daoust et Marcelle Deschênes en 1978, est l’un des regroupements importants de la province. Bon nombre de compositeurs remarquables lui sont affiliés, dont Alain Thibault, Robert Normandeau et Gilles Gobeil, qui ont tous remporté plusieurs prix internationaux. Gobeil a pour sa part décroché le deuxième prix au Ars Electronica, un festival présenté en Autriche.

    «Le milieu est en pleine effervescence à l’heure actuelle, dit Gobeil. Plusieurs changements sont survenus et je suis particulièrement heureux de voir que nous commençons à communiquer davantage et à écouter les œuvres de nos collègues.»

    L’étiquette empreintes DIGITALes de Jean-François Denis permet de mesurer l’ampleur de ces déblocages. «Notre catalogue contient maintenant 24 compacts et, oui, il y a un marché pour eux! Je ne me contente pas de fabriquer ces disques. je les vends aussi!» insiste Denis. Je ne suis pas surpris non plus par le potentiel de la musique électroacoustique, étant donné qu’il y a beaucoup d’artistes sensibles qui ont opté pour ce genre.

    Pour obtenir un aperçu du talent de ces musiciens, on peut écouter DISContact! II, une compilation récente de 51 œuvres de membres de la CÉC. Bien qu’aucune des pièces ne dure plus de trois minutes, plusieurs d’entre elles témoignent d’un développement d’idées acoustiques sortant de l’ordinaire.

    … qui aurait pu croire qu’il est aussi chef de file en musique électroacoustique?
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