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  • Cycle de l’errance, Les dérives du signe, Mouvances~Métaphores, Francis Dhomont in L’écouteur

    “L’électroacoustique”, François Bourgouin, L’écouteur, April 25, 1992
    Saturday, April 25, 1992 Press

    Le samedi 2 novembre 1991 avait lieu à la Chapelle historique du Bon-Pasteur un événement singulier. Souvent appelée à produire des concerts de musique plutôt classique, cette fois-ci, la Chapelle était le théâtre d’un lancement de disque de musique électroacoustique et par la même occasion on célébrait l’anniversaire d’un des compositeurs de cette catégorie musicale des plus importants non seulement sur la scène québécoise et canadienne mais internationale.

    Ce compositeur c’est Francis Dhomont, québécois d’adoption mais d’origine française, auquel on avait réservé pour ses 65 ans une surprise de taille. Mais avant de distinguer les nouvelles tendances qui se dessinent à l’horizon de la musique électroacoustique il serait peut-être utile de revenir vers l’arrière et tracer en quelques lignes les fondements de ce type de musique qui gagne de plus en plus d’adeptes. La musique électroacoustique est en fait l’adjonction de deux types de musique soient la musique électronique (électro) et la musique concrète (acoustique). Ce qu’on entend par musique concrète signifie que celle-ci est réalisée à partir de sons qui ne sont pas nécessairement produits par des instruments de musique. Ils proviennent donc de machines ou d’objets déjà existants. Plusieurs ont vu dans ce type de musique le bruit davantage que la musique. Les premières réalisations remontent à 1921 à Paris par les futuristes itadiens Marinetti et Russolo. Mais c’est en 1948 que la musique concrète véritable nait sous l’instigation de Pierre Schaeffer auquel on doit notamment la Symphonie de bruits et l’Étude aux chemins de fer. Ainsi, grâce à des changements de vitesse, de hauteur et de divers procédés de transformation on obtient un nouveau type de composition musicale hors des sentiers battus. Aussitôt, soit en 1949, se joint à Schaeffer le compositeur Pierre Henry dont plusieurs des œuvres marqueront les générations suivantes. On se rappellera de sa Symphonie pour un homme seul et Voile d’Orphée qui ne seront pas sans influencer un peu plus tard Pierre Boulez, Jean Barraqué et Olivier Messiaen. La musique électronique quant à elle, dont les sources remontent à 1913 (5 ans avant la mort de Debussy) est le fruit des ingénieurs Melssner et Armstrong qui imaginent la lampe triode en oscillatrice qui permet de produire des sons. Jorg Mager tirera parti de cette nouvelle tendance pour créer des instruments de musique et faire de la musique par des moyens non-traditionnels. On lui doit notamment l’invention du Spherophon. Plus tard, Maurice Martenot inventera les ondes portant son nom et qui sont à l’origine d’un nombre impressionnants de chef-d’œuvres. C’est cependant à Cologne en 1951 que prendra véritablement son essor la musique électronique sous l’influence de Herbert Eimert. À ce stade-ci de l’évolution de ce genre musical, on veut uniquement travailler avec des sons qui n’existent pas dans la nature et qui sont donc par extension «inouis». C’est à partir de 1953 que la fusion de la musique concrète à la musique électronique se réalise et qui donnera donc lieu finalement à la musique électroacoustique. La première œuvre marquante de musique dite électroacoustique de cette époque est Gesang der Jünglinge (Le Chant des adolescents) de Karlheinz Stockhausen. À partir de ce moment les choses se développent à un rythme très rapide. Les œuvres se succèdent tout autant que la création de studios de plus en plus sophistiqués. Voilà brièvement pour l’aspect européen du mouvement. Au Canada, c’est principalement dans les universités que se joueront les cartes de l’électroacoustique et qui sont encore aujourd’hui les foyers tant de la création que de l’exécution. C’est grâce à la collaboration de Hugh Le Caine et Arnold Walter que nait à l’Université de Toronto en 1959 le premier studio de musique électroacoustique. Au Québec, l’Université McGill créera en 1964 le McGill Electronic Music Studio (EMS) sous l’initiative de Istvan Anhalt et Hugh Le Caine. Cinq ans plus tard (1969) nait à Québec le premier studio francophone du pays: Le Studio de musique électronique de l’Université Laval (SMEUL) fondé par Nil Parent. Quelques années plus tard, Montréai emboite le pas et c’est maintenant qu’entrent en scène ies Éric Regener, Walter Boudreau, Robert Léonard, Louise Gariépy, Marcelle Deschênes, Jean Piché et bien sûr Francis Dhomont, l’objet principal de cet article. Au cours des années furent donc créés des programmes universitaires de baccalauréat, maitrise et doctorat en musique électroacoustique. Parallèlement, et afin de se consacrer uniquement aux musiques électroacoustiques fut créé en 1977 l’ACREQ, l’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec. Au nombre des fondateurs figurent Yves Daoust, Marcelle Deschênes et Michel Longtin. Ce groupe hors du commun permettra à la nouvelle génération de se familiariser aux tendances internationales par la venue au Canada des figures dominantes du milieu. D’autre part, Jean-François Denis et Kevin Austin fonderont en 1986 la Communauté électroacoustique canadienne (CÉC), laquelle permet la concertation entre les divers intervenants du milieu via la publication du Bulletin et de Contact! Bien entendu, on ne saurait passer sous silence la contribution au cours des années, d’une manière ou d’une autre, de personnalités aussi importantes que Serge Garant, Micheline Coulombe Saint-Marcoux, Gilles Tremblay ou Pierre Mercure. Voilà en quelques lignes le portrait de la musique électroacoustique au Québec. Cependant, il faut absolument mentionner la création en 1989 du groupe DIFFUSION i MéDIA par Jean-François Denis (mentionné ci-dessus) et Claude Schryer, lesquels ont rendu possible la création de la marque de disques empreintes DIGITALes consacrée uniquement à la musique électroacoustique. C’est dans la foulée de ce mouvement que fut donc lancé le 2 novembre 1991 le dernier né de cette marque de disques consacré cette fois à Francis Dhomont. Il s’agissait du 7e lancement pour cette jeune compagnie en moins de deux ans, soit une allègre moyenne d’un disque compact par saison. Les premiers titres furent consacrés à Christian Calon, Robert Normandeau, Alain Thibault, Daniel Scheidt, Yves Daoust et à un disque réunissant 25 compositeurs canadiens et étrangers appelé Électro clips. Donc au cours de cette soirée mémorable nous eûmes l’occasion d’entendre des œuvres de Francis Dhomont qui se retrouvent sur le coffret richement compiétés par un livre de 200 pages consacré au compositeur et agrémenté de 70 témoignages de personnalités tant du milieu québécois qu’européen. Francis Dhomont apparait donc, à la lecture de ce document, comme une personnalité phare dans le domaine de la création électroacoustique. Les 70 témoignages expriment chacun à leur façon les qualités non seulement musicales du compositeur mais surtout la reconnaissance envers l’homme dont les œuvres ont un rayonnement international. Également au menu de la soirée une œuvre-hommage, un collage réalisé avec des extraits d’œuvres de 16 compositeurs québécois et étrangers qu’ils estiment redevables, d’une manière ou d’une autre à Francis Dhomont. Ce fut également l’occasion d’annoncer publiquement le lancement d’une nouvelle société de concerts appelée Réseaux dont la première manifestation était ce concert anniversaire. Francis Dhomont, faut-il le rappeler, fut lauréat de nombreux concours internationaux dont le Concours international de musique électroacoustique de Bourges (France), la «Mecque» de la musique électroacoustique. D’ailleurs, la maison de disques Chant du Monde édite chaque année les œuvres des gagnants du concours de Bourges. Outre Dhomont, on retrouve sur l’un ou l’autre de ces disques compacts les œuvres de Normandeau, Gobeil et Calon ce qui témoigne de ia vitalité mais surtout de la qualité de nos compositeurs sur le plan international. Bref, la musique électroacoustique est en pleine évolution, elle est très dynamique, a des applications extra-musicales c’est-à-dire au théâtre, la danse, les arts visuels et même la publicité. Alors que les moyens de production étaient il y a à peine quelques années extrêmement onéreux, les développements technologiques permettent maintenant d’acquérir le matériel nécessaire à un coût beaucoup moins prohibitif et par extension permettent aux artistes la possibilité de mettre en chantier leurs idées de façon beaucoup plus souple. Les possibilités de l’électroacoustique sont vastes et méconnues. Les compositeurs n’ont pas fini de nous étonner. Leur imagination est vive et ils nous réservent encore de nombreuses surprises.

    … un des compositeurs de cette catégorie musicale des plus importants non seulement sur la scène québecoise et canadienne mais internationale.

    Cycle de l’errance, Les dérives du signe, Mouvances~Métaphores in Revue Notes

    “Critique”, Alain De Filippis, Revue Notes, no. 41, April 1, 1992
    Wednesday, April 1, 1992 Press

    empreintes DIGITALes voulait rendre hommage conséquent à Francis Dhomont à l’occasion de son 65ième anniversaire. C’est chose faite avec cette nouvelle parution: un double CD accompagné d’un livret de 210 pages (biographie, témoignages de sympathie de 67 compositeurs, catalogue des œuvres et écrits de Dhomont), le tout en coproduction internationale avec l’Ina-GRM et Bvhaast.

    Bien que français, Francis Dhomont reste peu connu sous nos latitudes. Depuis 1980 son itinéraire l’a conduit à partager sa vie entre la France et le Québec, pays où sa musique et son enseignement de l’électroacoustique semblent avoir marqué profondément la nouvelle génération de compositeurs. Cette édition discographique atteste de l’intérêt porté autant au compositeur qu’à son œuvre. La musique de Francis Dhomont se caractérise d’emblée par l’extrême richesse du matériau sonore, la mobilité de celui-ci insuffle une réelle dynamique aux compositions. Ce travail est d’une rare densité et sa cohérence rend toute critique superflue. Un disque essentiel.

    Un disque essentiel.

    Atlantide; Golgot(h)a in Le Devoir

    “Musiques sacrées”, Marie Laurier, Le Devoir, March 23, 1992
    Monday, March 23, 1992 Press

    Concert de musiques sacrées de la Société de musique contemporaine du Québec réunissant les compositeurs québécois, François Morel, Raynald Arsenault, Michel-Georges Brégent, Jean Lesage, Raôul Duguay, l’Ensemble de la Société de musique contemporaine du Québec et trois organistes solistes Danielle Dubé, Gisèle Guibord et Sylvain Barette sous la direction de Walter Boudreau. À l’église Saint-Jean-Baptiste le mercredi 25 mars à 20h. Le concert sera précédé du lancement du disque Atlantide de Michel-Georges Brégent et Golgot(h)a de Walter Boudreau et Raôul Duguay.

    Atlantide; Golgot(h)a in Voir

    “Critique”, Dominique Olivier, Voir, March 19, 1992
    Thursday, March 19, 1992 Press

    La nouvelle étiquette SONARt n’y va pas de main morte avec son premier disque, dont le lancement coïncide avec la présentation de Golgot(h)a en concert: deux de nos compositeurs les plus “heavy” se retrouvent sur cet enregistrement qui deviendra sans doute un classique. Un prix Gilson et un Prix spécial du jury du prix Italia, Golgot(h)a de Boudreau et Atlantide de Brégent se côtoient pour un mélange explosif, qui fera réagir les auditeurs les plus émotivement imperméables. Le son est excellent, on sent le travail excessivement fignolé qui mènera certainement ces deux monstres à la postérité.

    Le son est excellent, on sent le travail excessivement fignolé…

    Jean-François Denis, empreintes DIGITALes, SONARt in Continuum

    “Musiques à l’horizon”, Martin Geoffroy, Continuum, March 1, 1992
    Sunday, March 1, 1992 Press

    La devise du directeur de la maison de disque empreintes DIGITALes, Jean-François Denis, est qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Le succès que remportent les entreprises de ce compositeur québécois en témoigne da façon éloquente.

    Il y a seulement deux ans, Jean-François Denis fondait empreintes DIGITALes, une maison de disques entièrement consacrée à la production et à la diffusion de la musique électroacoustique. Entièrement dépendante de subventions, l’entreprise semblait suicidaire à prime abord, mais il fallait aussi prendre en considération qu’aucune autre compagnie de disques ne voulait investir dans l’électroacoustique. «Même des grosses compagnies comme Phillips ou Deutsche Grammophon n’étaient pas prêtes à mettre l’énergie et la qualité artistique nécessaires à une telle entreprise», souligne le directeur.

    Deux ans plus tard, empreintes DIGITALes a mis sur le marché sept disques compacts qui sont distribués un peu partout à travers le monde. Le dernier succès de la compagnie remonte à octobre 91 alors que l’étiquette lançait un album double de Francis Dhomont, compositeur émérite et professeur à l’Université de Montréal, accompagné d’un somptueux livret explicatif de 200 pages.

    Fort de ce succès, Jean-François Denis a déçidé de lancer l’étiquette SONARt, une maison de disques qui se voue exclusivement aux «musiques invisibles». Un premier disque consacré à des créations radiophoniques de Walter Boudreau et Michel-Georges Brégent sortira cette semaine. Selon Jean-François Denis, la musique invisible serait une musique instrumentale conçue exclusivement pour être écoutée sur haut-parleurs. La différence fondamentale avec l’électroacoustique (aussi une musique pour haut-parleurs) résiderait dans l’utilisation d’une instrumentation plus «classique». Par exemple, dans l’œuvre de Brégent, Atlantide, on retrouvera des chœurs, des instruments d’orchestre, une guitare électrique, des synthétiseurs et des instruments traditionnels de l’Ensemble Claude-Gervaise! Et que dire de Golgot(h)a, une œuvre de Walter Boudreau à laquelle le directeur de la SMCQ collaborera avec l’ineffable Raôul Duguay!

    Avant de devenir directeur d’empreintes DIGITALes (et maintenant de SONARt), Jean-François Denis a fait une maîtrise en électroacoustique au Mills College aux États-Unis, il a ensuite travaillé en création sonore dans un théâtre de San Francisco et est finalement revenu à Montréal comme professeur à l’Université Concordia. Compositeur de grand talent, le directeur n’a pas encore endisqué ses compositions sur empreintes DIGITALes pour des questions d’éthique. «empreintes DIGITALes et SONARt, ce n’est pas de l’auto-production, ce sont des maisons d’édition qui cherchent avant tout à diffuser du matériel original, intègre et curieux», affirme l’artiste.

    À l’automne, la prochaine voie que SONARt empruntera sera celle du théâtre avec l’adaptation discographique de la pièce de René-Daniel Dubois, Ne blâmez jamais les bédouins, mise en musique par Alain Thibault pour la soprano Pauline Vaillancourt. «Après, il y aura sans doute un volet cinéma, tout est permis», jubile le directeur. Jean-François Denis est un mélomane acharné, self-made man en dehors des conventions, il ne partage pas la vision de l’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec (ACREQ), une vénérable institution un peu trop encadrée pour un indépendant tel que lui.

    Jean-François Denis est un mélomane acharné, self-made man en dehors des conventions…

    empreintes DIGITALes in Circuit

    “L’électroacoustique sur orbite [1]”, Francis Dhomont, Circuit, no. 3:1, March 1, 1992
    Sunday, March 1, 1992 Press

    Planètes ignorées, univers à découvrir, neuf disques compacts tournent déjà dans nos lecteurs: Calon, Normandeau, Thibault, Électro clips, Scheidt, Daoust sur étiquette empreintes DIGITALes et une Anthologie de la musique canadienne, consacrée à la musique électroacoustique.

    Cela commence à se savoir, mais il n’est pas mauvais de le rappeler: l’expression «musique électroacoustique» devient, avec la prolifération des genres qu’elle recouvre, plus imprécise de jour en jour. Si, dans les années 1950 et 1960, elle renvoyait sans équivoque d’un courant de pensée — écoles concrète et électronique confondues — dont on peut dire, pour faire court, qu’il se démarquait des «musiques de notes,» et posait la question du fond en posant celle de la forme, il n’en va plus de méme aujourd’hui. En 1992, «électroacoustique» ne désigne assurément plus une quelconque tendance esthétique, mais, de façon à la fois plus pragmatique et plus vague, toutes sortes de produits sonores réalisés à l’aide des moyens qu’offre la technologie électroacoustique. Le terme est ainsi devenu progressivement l’auberge espagnole de toutes les manifestations sonores utilisant peu ou prou l’électronique. Il s’applique donc aussi bien aux instruments électrifiés de la musique populaire (guitares, boîtes à rythmes, etc.) qu’aux recherches d’organismes hautement spécialisés (Ina-GRM, Ircam, MIT, instituts et universités, etc.), sans oublier, du côté de la lutherie, le célèbre synthétiseur DX7, les «échantillonneurs» ou le protocole MIDI et, du côté des genres, les œuvres dites acousmatiques, mixtes, interactives, électro-instrumentales, etc.

    Les deux collections de disques compacts dont il sera question ici offrent un éventail très ouvert de styles et d’applications, témoignant ainsi de la vitalité du médium au Canada. Profusion stimulante mais qui rend le sujet de cette rubrique quelque peu pléthorique pour l’espace qui lui est alloué. Quand on saura, en effet, que ce sont… soixante-quatorze œuvres ou extraits qu’il faudrait commenter, on imaginera sans peine qu’il ait fallu faire des choix.

    Coïncidence symbolique, et somme toute réconfortante, au moment où disparaît le service RCI (Radio Canada International) après la réalisation d’une dernière Anthologie de la musique canadienne, surgit la toute jeune compagnie DIFFUSION i MéDIA dont la valeur semble ne pas vouloir attendre le nombre des années pour s’affirmer. Ceux qui connaissent le dynamisme de ses fondateurs, Jean-François Denis et Claude Schryer, ne s’en étonneront pas. Déjà cinq disques réalisés en moins de deux ans dont la qualité technique et le soin apporté à la présentation tant didactique qu’esthétique ou poétique sont irréprochables. Signe particulier — et assez rare pour étre souligné particulièrement — les compacts publiés par empreintes DIGITALes sont exclusivement consacrés au répertoire électroacoustique.

    … la qualité technique et le soin apporté à la présentation tant didactique qu’esthétique ou poétique sont irréprochables.
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