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  • Forêt profonde, Francis Dhomont in Vital

    “Review”, MP, Vital, no. 69, March 1, 1997
    Saturday, March 1, 1997 Press

    Forêt profonde (which sadly translates as “Deep Forest” — remember that abysmally beige and blandish semi-Gnu Age array of ethnic samples and drum machines with the same name released three or so years ago?) is fabulous. Forêt profonde is the second part of, what is till now, a diptych (preceded by [Sous le regard d’un soleil noir]). A third part is imminent.

    Styled an acousmatic melodrama, Forêt profonde is based on the fascinating book The Uses of Enchantment by Bruno Bettelheim, and it has gradually taken shape as a composition over fifteen years, culminating in two years’ final production. It is, like Bettelheim’s book, a guided tour of the childhood soul, which itself is nothing more than a return to the initiatory world — both cruel and reassuring — of fairy tales. The composition is divided into 13 sections (6 of which are purely instrumental) all of which contain some form of quotation from Schumann’s op.15: Scenes From Childhood. Texts by Hans Christian Andersen, Dante, Those Grimm Brothers, Shakespeare and of course Bettelheim himself are used in the piece.

    The recurring theme in fairy tales of being lost in a forest (it’s up to you to work out the psychological parallels here) is reiterated here too. To anybody who has heard fairy tales, this image is unforgettable. As Bettelheim says, “… without fantasies to give us hope, we do not have the strength to meet the adversities of life. Childhood is the time when fantasies have to be nurtured.” Actually, this is probably the best CD I have heard so far this year. Monstrous. Unpredictable. Hallucinatory. It plays on the memories we all have that we connect to specific sounds. It is an intriguing voyage into familiar and dangerous territories where branches snap for no reason, where long shadows flit between the tree trunks and the passing breeze carries traces of wolf-breath. It’s the place where trapped birds are princesses, where the lure is golden, where banished sons become kissable frogs. Magickal slumber, castles and caves, locked rooms (with the key left in the lock, of course) and the endless growth of entangling vegetation…

    … an intriguing voyage into familiar and dangerous territories…

    Sous le regard d’un soleil noir, Francis Dhomont in Vital

    “Review”, MP, Vital, no. 69, March 1, 1997
    Saturday, March 1, 1997 Press

    Francis Dhomont was born in 1926 and studied under, amongst others, Nadia Boulanger and Charles Koechlin. His theoretical texts and essays are regularly published in various international journals, he lectures regularly and is the author of many radio programmes for national Canadian radio. He has received numerous prestigious awards and now divides his time between Québec and France, teaching electroacoustic composition and theory. These two releases are part of the same group of works titled “Cycle of Depths” (Cycle des profondeurs), which is comparable to his previous “Cycle of Wanderings” (Cycle de l’errance), not only available on empreintes DIGITALes but also on BVHAAST, a Dutch label partly lorded over by Willem Breuker.

    Sous le regard d’un soleil noir or “Under The Glare of A Black Sun” to folks like you and I was originally produced in 1979-80, completed in 1981 and since then has won a bunch of awards for electroacoustic composition. It was inspired by the works of British psychoanalyst Ronald D Laing (author of The Politics of Experience and The Divided Self and one of the first in his profession to explore the potential of LSD in analysis), and tells the story of a slow descent into madness. The spoken texts are quoted from the works of Laing, Plato, Kafka and Buchner. The piece makes us share the anxiety, anguish and solitude of the schizophrenic, attempting to present us with a sonorous image of a (mostly) inaccesible world. Laing himself once said “I cannot experience your experience, or vice versa.” Dhomont presents the experience he thinks they (schizophrenics) have, constructing a more general myth through which the ‘normal’ man may discover his own schizoid traits. Sous le regard d’un soleil noir tells us about ourselves, about the terrifying solitude that faces every man, as if we are sitting at the end of a cavern capable only of looking ahead. There is certainly an element of underlying danger here — not from external forces but rather from those sharp, shiny, sterile, surgical razors with which we perform psychological surgery on ourselves as we lay on a ramshackle operating table constructed out of our belief systems which itself is placed in a dimly lit corner of a huge reverberant space. Bats in the belfry. Too many toys in the attic. No room to spare in this warehouse where ominous chords pace the staves… This is the domain of archetypes.

    Polyphonie-polychrome in Crystal Infos

    “Critique”, Denis Streibig, Crystal Infos, no. 14, March 1, 1997
    Saturday, March 1, 1997 Press

    Patrick Ascione fait partie, aux côtés de Michel Redolfi, Christian Zanési et quelques autres, des compositeurs les plus doués de ce que l’on appelle la “troisième génération” de la musique électroacoustique (la première remontant à Pierre Schaeffer et Pierre Henry, la seconde constituée par leurs premiers élèves comme François Bayle ou Bernard Parmegiani).

    Membre du GMEB (Groupe de musique expérimentale de Bourges) de 1976 à 1984, il est devenu, depuis, un compositeur autonome et reconnu dont les pôles d’intérêt peuvent définir deux périodes distinctes. La première, de 1977 à 1987, correspond, de sa part, au souhait de comparer et de rapprocher la pratique électroacoustique des arts plastiques. Ses conceptions le rapprochent de Michel Chion, autre théoricien de “l’art des sons fixés”. La seconde, depuis 1987, a vu ses préoccupations glisser vers la notion de “polyphonie spatiale” (notamment avec l’utilisation de systèmes de diffusion comprenant seize pistes réelles).

    C’est encore à la première période que se rattache Polyphonie-polychrome, triptyque composé des titres Lune noire (1987-89), Sur champ d’azur (1984-86) et Valeurs d’ombre (1986). Ces trois pièces illustrent des aspirations esthétiques différentes mais complémentaires, unies par une “griffe” sonore très chaleureuse et reconnaissable.

    Lune noire est une œuvre très plastique, dans le sens où elle met en jeu des combinaisons d’associations et de métamorphoses (par recours fréquent à l’utilisation de filtres) de textures de longues durées. La pièce est à rapprocher de [l’album] Érosphère de François Bayle ou de l’album Mundus Subterraneus de Lightwave. L’écoute en est magique, le degré d’attention pouvant varier au fil du temps. Selon les moments, l’éclairage des sons change, modifiant leurs caractères, leurs rôles et la perception qu’on en a.

    Sur champ d’azur reste plus événementielle, alternance de climats de tension et de repos. Elle se veut plus musicale, selon la définition schaefferienne de la recherche de variations sur les objets sonores. La composition s’ouvre sur une brève étude rythmique basée sur l’utilisation plus le traitement des sons désuets d’une vieille boîte à rythmes. Puis s’enchainent les phrasés et trames électroniques, réutilisant avec bonheur la chaleur des timbres des synthétiseurs modulaires.

    Valeurs d’ombre semble, peut-être, plus difflcile d’accès et constitue une sorte de synthèse formelle des deux pièces proposées précédemment. Les lentes textures du début (un son me fait penser à l’orgue utilisé dans les albums Zeit et Atem de Tangerine Dream) cèdent vite la place aux conflits qui opposent des événements brefs et dramatiques. Il se dégage certes de cette dernière œuvre une certaine aridité, mais c’est une sécheresse aussi passionnante à regarder que l’est le fourmillement de vie d’un désert.

    Polyphonie-polychrome constitue, pour moi, un très bel album qui me donne envie de connaitre d’autres œuvres du compositeur.

    À signaler également le mini-CD Métamorphose d’un jaune citron [MKCD 014] du même auteur, dans la collection “Cinéma pour l’oreille” chez Métamkine, qui offre un autre aspect de son travail à travers une pièce plus ancienne.

    Polyphonie-polychrome constitue, pour moi, un très bel album qui me donne envie de connaitre d’autres œuvres du compositeur.

    Michel Chion, Jonty Harrison in Le Devoir

    “Rien à voir?”, François Tousignant, Le Devoir, February 24, 1997
    Monday, February 24, 1997 Press

    La «communauté électroacoustique» était en fête en fin de semaine à Montréal. On n’a présenté pas moins de neuf concerts en quatre soirs dans la petite salle du Théâtre La Chapelle. Comme ce genre de manifestation est rare à Montréal, il faut reconnaitre avec plaisir que l’événement a été assez couru. C’est le type de soirées qui sont fascinantes car elles nous permettent d’entendre une interprétation autre de ce répertoire malheureusement négligé que celle figée sur le disque. Bien que ce dernier demeure toujours une porte ouverte sur ce répertoire, rien ne vaut une bonne écoute, calé en salle, comme pour les concerts instrumentaux.

    On peut alors profiter à fond de la spatialisation de la musique, du volume des sonorités. Je ne parle pas seulement du niveau d’intensité sonore, mais encore plus du poids relatif des sonorités telles que retransmises par l’orchestre de haut-parleurs (qu’on nomme aussi acousmonium). J’ai donc eu la chance d’assister à deux concerts.

    Je connaissais bien les pièces de Jonty Harrison. Au disque l’impression est plus que bonne. En salle, on est déçu. Si les œuvres ont toujours ce côté insolite de la non-régularité dans le temps et que le titillement cervical est encore stimulant, l’usage de l’acousmonium n’apporte que fort peu de choses sinon une profondeur dans la perspective avant-arrière du lieu du son. La sonorisation est belle et fort «agréable» à écouter: pas de coups d’assommoir gratuits, mais n’enrichit guère le propos. Le compositeur se révèle le être un interprète ordinaire on le regrette.

    Une écoute plurielle

    On ne saurait dire de même de Tu de Michel Chion. En virtuose de la mise en habitation de sa musique, Chion force une écoute plurielle. Les petites voix tournent dans l’espace et tissent un réseau de significations parallèles au texte dont le contenu est tout tiré de La Flûte enchantée. Le compositeur joue sur les attentes, les prévisions d’écoute, parfois les satisfaisant avec humour, souvent en leur donnant une orientation nouvelle.

    L’univers sonore est moins inaccoutumé que Harrison. Chion fait encore et toujours du Chion, ce qui est loin d’être un défaut, et il joue de la séduction et du raffinement avec une maestria généreuse. Ici encore, il faut souligner la grande «humanité» de la sonorisation. Dans un tel environnement acoustique, l’oreille est stimulée et l’intelligence sollicitée sans ostentation superfétatoire. Alors on embarque dans l’univers de l’œuvre et le temps passe très vite. On aurait aimé que ce «mystère» dure longtemps encore… tant la matière semble riche sous ses apparences naïves. On pense un peu au meilleur Tournier qui s’adresse aux enfants, disant des choses d’apparence simple, mais ô combien profondes, sans que l’on sache exactement quoi. N’est-ce après tout pas là un des mystères de la musique?

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