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  • 30 septembre 2002: Une soirée «branchée»

    jeudi 19 septembre 2002 En concert

    Le lundi 30 septembre 2002, le 4e festival Orgue et couleurs vous invite à une soirée «branchée» où instruments traditionnels et technologie actuelle se rencontrent pour notre plus grand plaisir. Robert Normandeau y présente sa pièce Chorus, récemment primée au Concours international de composition de musiques sacrées 2002 (Fribourg, Suisse); Gilles Gobeil révèle au public québécois sa toute nouvelle création, La perle et l’oubli pour bande et ondes Martenot (interprétée par l’ondiste Suzanne Binet-Audet); également, le duo d’orgue et piano Majoya. À l’église Saint-Nom-de-Jésus (Montréal) dès 20h.

    Robert Normandeau dans Le Devoir

    «Un grand interprète des haut-parleurs», François Tousignant, Le Devoir, 16 septembre 2002
    lundi 16 septembre 2002 Presse

    La soirée est chargée: plus de trois heures de musique, de quoi assouvir le plus vorace appétit. Auparavant, une courte rencontre avec le compositeur à l’honneur en ce samedi, Robert Normandeau, membre fondateur de cette manifestation Rien à voir avec Gilles Gobeil et Jean-François Denis. C’est la douzième édition de cette sorte de festival quasi bisannuel de l’acousmatique et ce dernier concert est entouré d’une aura spéciale.

    Robert Normandeau y tient le haut du pavé, comme compositeur et comme interprète. «Oui, dans ce genre de métier, nous sommes vraiment des interprètes; la diffusion — certains parlent de projection, en analogie avec le cinéma — est primordiale car, pour notre forme de musique, rien n’est plus essentiel que la manière dont on met le son en espace.» Le concert s’annonce donc bien puisque, en plus, on y entendra Chorus, une œuvre pour laquelle Normandeau a remporté le premier prix au premier Concours international de musique sacrée de Fribourg. Robert Normandeau fait de la musique sacrée?

    «Absolument et je vous prie de ne pas confondre avec musique religieuse», lance-t-il aussi amicalement que Messiaen avait l’art d’aborder ce sujet. «Mon œuvre se base sur le son d’une cloche, représentant le christianisme, la shofa [une sorte de gros hautbois], qui est un instrument rituel judaïque, et l’appel des muezzins, pour l’islamisme. Il ne s’agit donc pas de parler de religion, davantage de spiritualité au sens moderne et dans une perspective individuelle. J’aimerais croire que cette musique amène à une réflexion.» On en jugera plus avant, après le concert.

    Formidable interprète

    Entré dans la salle, Normandeau présente d’abord des pièces d’autres compositeurs qui le passionnent — et nombre d’entre elles sont des premières ici.

    C’est la formule consacrée de cette série de concerts. Un premier constat s’impose: Normandeau est un formidable interprète. Plutôt que de jouer de l’à-plat des haut-parleurs devant nous pour ensuite faire «tourner» le son dans le volume de la salle, il crée presque systématiquement — c’est son style — un axe oblique qui va du côté jardin au fond de la salle qui s’oppose au côté cour. Ainsi, nous nous trouvons au centre même de l’espace sonore, dont l’entièreté est intimement ressentie. On suit alors avec un émerveillement renouvelé les pérégrinations spatiales de la musique.

    On apprivoise The Unmoved Center (Randall Smith) avec joie. Surtout, on découvre cette musique de pionnier qu’est l’œuvre de Dockstader — datant de 1961 — qui s’impose comme une forte réponse au Poème Électronique de Varèse, possédant la même aspiration à l’énergie de la nouveauté.

    L’Athanor, de Marc Favre, sonne plus académique; ce qui stupéfie ici, c’est la mise en sonorisation qu’en fait Normandeau, attentif à tous les détails. Puis arrive le chef-d’œuvre et l’interprétation de génie, l’un semblant fructifier l’autre et vice-versa en ce contexte: pièce la plus «longue», ce fut celle qui, imagination incroyable, séduisante et passionnée imposant l’attention fervente, parut la plus brève. Sur un rire d’enfant, de petits riens de bruits de pierres, on ne pressent rien: Normandeau nous fait pénétrer de plain-pied dans un univers magique qu’on tient absolument à retrouver ultérieurement, tant la découverte fut forte.

    Un autre regard

    Pour ses propres œuvres, un autre regard est nécessaire. Erinyes, issue d’une musique de scène écrite pour l’Électre de Sophocle, nous fait entrer dans le monde de l’horreur et de la souffrance. Le cri humain de douleur psychologique ou de révolte fort discernable, qu’il soit féminin ou masculin, se confronte à un monde violent de heurts. Le paratexte est important: la pièce fut créée à Belfast et les raccourcis artistiques du grand créateur glacent le sang par leur efficacité.

    Chorus s’avère de la même veine. Trois éléments semblent vouloir se confondre. Cet appel à l’œcuménisme vire rapidement au drame, tout en étant entraîné dans un maelström qui amalgame et fait se choquer les idées de bases, à l’image même de la réalité. La virtuosité de l’écriture et de l’interprétation laisse pantois! On attend la création de Strin(G/D)berg avec impatience.

    Pour déchanter amèrement. Sur un ostinato de quinte à vide, Normandeau joue du filtre harmonique comme un débutant s’amuse avec cet élément de la quincaillerie. Assurément, ces sons durent être efficaces lors des représentations de Mademoiselle Julie. La pseudo-œuvre tirée de ce travail théâtral, à l’opposé des deux œuvres entendues précédemment, montre un net recul de la pensée et de la curiosité technique dont pâtit l’art. En plus, la diffusion est d’un ordinaire consternant et l’imagination montre sa pauvreté dès que les modèles (le Stockhausen de Stimmung, Unsichtbarer Chöre ou Oktophonie, les passions d’Ian Moody et certaines pages «planantes» de Tavener ou harmoniquement réductrices d’Adams ou de Glass) imposent leur nette supériorité. Tous les créateurs ont leur moment d’égarement et succombent une fois à la facilité. Espérons que c’est là la situation, qu’on souhaite très passagère.

    Auparavant, il y eut un concert consacré aux jeunes compositeurs. Deux noms ressortent: Félix Boisvert et Martin Messier. Plus que de belles promesses, déjà une maîtrise assedz originale de ce qu’il y a à dire et comment le dire. Le reste est en général scolaire et sans grand intérêt, sauf qu’une constatation se doit d’être respectueusement faite, qui s’adresse à tous: le haut niveau de qualité que montrent tous ces jeunes à rendre adroitement vivante dans l’espace la musique parfois gauche qu’ils tentent d’inventer.

    Normandeau est un formidable interprète.
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