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  • All Your Dreams Are Meaningless dans EtherREAL

    «Critique», Fabrice Allard, EtherREAL, 23 novembre 2003
    dimanche 23 novembre 2003 Presse

    Coin Gutter est un [duo] canadien, basé à Vancouver pour être précis, formé par Graeme et Emma. Ensemble ils produisent films et musique depuis 3 ans, et ont créés leur propre structure afin de diffuser leur musique avec le micro-label Vanity Records, exclusivement dédié à leurs productions. Après 3 CDs, dont le premier intitulé Promo, les voici signés chez No Type aux côtés de Tomas Jirku, Books on Tape ou Headphone Science dont on parlera très bientôt. Cet album, qui est aussi pour eux une chance de se faire connaître auprès d’un plus large public, présente la plupart de leurs précédents travaux puisque l’on retrouve ici, à la manière d’une compilation, de nombreuses pièces déjà sorties sur leurs trois précédents CDs.

    L’album s’ouvre sur Lift With the Knees qui, avec ses 36 minutes, composait à lui seul leur deuxième disque. Une longue pièce généralement ambient malgré ses deux passages bruitistes, composées d’une multitude d’éléments: on démarre avec quelques grésillements et une rapide explosion qui forme une longue nappe de bruit grésillant. Quand celle-ci s’éteint, elle ne laisse derrière elle que quelques bleeps suraigus. On passe alors à des paysages désolés formés par des souffles, des ronronnements de machines, de moteurs et autres bruits sourds, des ambiances moites, des voix lointaines extraites d’ondes radio, des nappes produites par la résonance infinie de quelques tintements, des martèlement sourds qui font penser aux battement d’un cœur, des grésillements et grincements saturés qui nous rappellent une imprimante matricielle, et pour finir, un retour à l’apaisement avec de longues notes plus claire.

    Si l’ensemble est plutôt original et d’une construction intéressante, ce n’est rien au regard de ce qui nous attend.

    Lullaby par exemple débute par une voix grave, déformée, inquiétante. Une fraction de seconde bruitiste sert de coupure et semble nous transporter dans une autre dimension: musique classique avec solo de piano et bientôt une voix à mi-chemin entre le chant religieux et l’opéra, dans lequel se glisse quelques erreurs numériques imitant un CD qui saute ou encore ces textures bruitistes qui s’immiscent au beau milieu de ce chant. Le genre de morceau sur lequel pourraient se retrouver les fans de Dead Can Dance et Fennesz. A propos de Fennesz, Terminal nous rappelle fortement le travail de l’autrichien: ils font ici pleurer les machines avec une magnifique mélodie cruellement noyée dans des distorsions numériques. Le mélange se révèle de toute beauté, fin et sensible.

    D’ailleurs le duo se rapproche petit à petit de l’intime puisque sur Solitaire et Timewise des voix viennent donner vie et apporter une dimension cinématographique à la musique de Coin Gutter. Des boucles ambient se répètent et évoluent lentement, un femme répète «He’s gone… he’s just gone» de façon de plus en plus triste, émouvante. Puis une autre voix prend le relais et ajoute «She’s crying» à la manière d’une voix off. Quand on les abandonne, il n’y a que le tic-tac de la pendule qui continue, imperturbable.

    S’il y a parfois des raisons de se dire que l’electronica tourne un peu en rond, ce genre de disque, tout comme celui de Leafcutter John chroniqué il y a quelques temps, nous redonne confiance en ouvrant de nouveaux territoires d’expérimentation. A ce titre et pour sa charge émotionnelle, Coin Gutter est notre gros coup de cœur du moment.

    … pour sa charge émotionnelle, Coin Gutter est notre gros coup de coeur du moment.

    Ned Bouhalassa, Marie Chouinard, Louis Dufort dans Le Devoir

    «Stockhausen, Quay, Chouinard et Dufort, sans les autres», François Tousignant, Le Devoir, 17 novembre 2003
    lundi 17 novembre 2003 Presse

    La soirée commence par un ratage monumental. La présentation d’Automates surlaplage montre exactement le piège dans lequel on tombe en art technologique quand on croit que le média est le message — surtout quand le média est défectueux (ici je reste très poli). Au moins, on prouve par l’absurde que MacLuhan avait tort. On oublie aussi le vidéoclip de Bradley Grosh: amusant, sans plus, mais Walt Disney fait mieux, sauf peut-être dans le propos «critique sociale» à la mode de l’obésité Made in USA.

    Il y a aussi mOrpheus du tandem Bouhalassa et Vu Dang. Quelques belles images, bien traitées, mais cette tentative de reconstruction du mythe d’Orphée dans le Berlin contemporain, où les Enfers sont le zoo de cette vielle et la lyre du demi-dieu une guitare fait bien facile… L’histoire d’Orphée est longue, les œuvres qu’elle a suscitées sont nombreuses, et ce pavé n’apporte rien à l’édifice.

    Voilà qu’arrivent les Brothers Quay qui se sont trouvé l’heureux courage de travailler avec le redoutable Stockhausen pour in Abstentia. La musique est ici formidable. Du grand Stockhausen qui renoue avec la verve du Gesang der Jünglinge et d’Oktophonie, incluant des traitement vocaux en parfait développement avec Stimmung et certains passages des Unsichtbare Chöre.

    Dans ces conditions, on aurait vraiment aimé une diffusion sur haut-parleurs plus élaborée, vivante et enveloppante. Ce qu’on a entendu reste malheureusement trop plat et démonstratif et montre un contentement certain sinon un petit vide d’imagination interprétative. Quant à la vidéo, le film des frères Quay a assurément tiré bien des démons de l’enfance du maître allemand.

    Dans une esthétique qui se réclame du meilleur film noir américain comme de l’expressionnisme de Murnau, voire du surréalisme du Un chien andalou d’un autre tandem célèbre, Buñuel / Dali, on tire des images saisissantes de la folie de cette pauvresse, de la déconstruction psychologique. Vraiment tres bon, oul, et passionnant, mais on se présentait à l’Usine C surtout pour autre chose.

    Qui était la nouvelle création vidéo de la chorégraphe Marie Chouinard et du compositeur Louis Dufort. Cantique II est la poursuite du travail entrepris avec Cantique I. L’œuvre se révèle à nous avec une remarquable force de conviction. Enfin, dans cette soirée, nous voici devant une création totalement quoiqu’il fasse émettre quelques réserves sur la sonorisation qui s’avère un peu tiède encore — n’est pas Granular Synthesis ou Jonty Harrison qui veut.

    Des photos ou petits bouts de films s’enchaînent de manière absolument fluide, comme si la photo qui fixe et se répète devenait mouvement expressif. Haute qualité de la définition picturale oblige, la conception visuelle de Chouinard use des nouvelles technologies pour tout démultiplier sur huit écrans, quatre pour l’homme, quatre pour la femme. Ils tentent de se rejoindre, de s’aimer, et la querelle éclate comme pour montrer l’impossibilité de la fusion. Les bouches font des sons que Dufort utilise de manière idoine, fusionnelle ou heurtante, en un contrepoint foudroyant. On réinvente ici la fugue à huit voix dans une perfection qui rendrait un Jean-Sébastien Bach jaloux. Se lon le nombre d’images, l’épaisseur sonore s’enrichit ou s’amenuise et quand huit écrans font huit sons, on suit cette polyphonie visuelle acoustique avec une fascination toujours renouvelée.

    Une construction dans le plus pur des granits, une forme toujours nette, un discours hautement original où l’émerveillement devant la perfection de la chose l’emporte sur les émotions qu’elle peut susciter, une véritable œuvre abstraite, aboutie, voilà ce qui ressort de cette présentation. Voilà aussi ce qui fait que l’Élektra festival mérite toutes ses lettres de noblesse en permettant à une salle archicomble de découvrir et partager tout cela. Surtout, à une époque où un certain conservatisme tente de s’insinuer davantage, pouvoir voir les avancées vivantes mérite bien des bravos.

    … mérite bien des bravos.

    We Remain Faded dans Jade

    «Critique», Julien Jaffré, Jade, 10 novembre 2003
    lundi 10 novembre 2003 Presse

    No Type a sans doute marqué un tournant dans son approche musicale autant qu’une petite révolution dans la ligne directrice de sa production, en sortant l’an passé des références aux pourtours «mélodiques». Fers de lance dans des domaines autres, essentiellement la musique improvisée et la création électroacoustique, David Turgeon a ouvert le champ des possibles du label en offrant une alternative musicale qu’on qualifiera de «narrative et rythmique»; l’occasion pour des formations tel qu’Œuf Korreckt, et à présent Headphone Science de laisser libre court à une imagination débridée.

    Une aventure que ce Headphone Science, barrée par le capitaine du navire.

    Pour ambient que soit le ton général de l’album, s’affiliant auditivement à des formations expertes et trop rares tels que The Orb (et ses premiers chef-d’œuvres) ou FSOL (période Dead Cities), cet album reste profondément marqué par le hip-hop et l’essence de son rythme.

    Une atmosphère obscure et ombrée, qui garde pourtant une visée optimiste; un climat sur lequel vient s’agglomérer une formidable foule de rythmiques énergiques, saccadées, finement ciselés comme une exégèse / une interprétation personnelle des travaux mis en avant par Scott Herren voire quelquefois d’Autechre (Air Bubble Material). Dustin Craig (Headphone Science), résident d’Oakland en Californie réalise pour No Type, après divers albums en ligne sur Subverseco et Observatory un We Remain Faded d’une grande lucidité et attractivité (le très jazzy To Dine in Distance). De l’abstract hip-hop qui aurait sombré dans les limbes d’un océan d’ambient. Un excellent moment.

    De l’abstract hip-hop qui aurait sombré dans les limbes d’un océan d’ambient. Un excellent moment.

    Bleak 1999 dans Jade

    «Critique», Julien Jaffré, Jade, 10 novembre 2003
    lundi 10 novembre 2003 Presse

    Amateur du festival Mutek, complice de longue date de Robin Judge, activiste éclairé de structures diverses et heureuses, pêle-mêle Intr-Version, Alien8 ou Force Inc. voir Klang Electronik, voilà le pédigree sommaire, sans être réducteur, de Tomas Jirku.

    Dans le cas présent de ce Bleak 1999, sa musicalité voit s’opposer 2 facettes supplétives où les rythmes irraisonnés et les beats tranchants s’exposent, assimilent la matière radiophonique, et diffusent des ondes radios inertes. Un climat fort se dégage de ce disque. On pourrait aisément qualifier cette musique de Dark-Ambient, tant elle concentre les caractèristiques d’artistes tels qu’Hybrids ou Starfish Pool.

    La simplicité de la main-d’œuvre invite l’auditeur à canaliser son attitude sur la frugalité mélodique, l’aisance des traitements . Des titres tels que Psychosis, Cefuroxime étonnent par leur simplicité d’accès, envoutent par la rotondité de leur rythme, imprégnent l’auditeur d’un désir de «trance méditative».

    La présence au mastering de l’électroacousticien Louis Dufort (Vulvatron 2000, Concept 2018957, Connexion) renforce l’expression de sombre poésie narrative qui se dégage de cet album. Très bon No Type

    PS: à noter le sublime design du disque signé également du même Tomas Jirku

    … étonnent par leur simplicité d’accès, envoutent par la rotondité de leur rythme, imprégnent l’auditeur…

    Sings the Blues dans Jade

    «Critique», Julien Jaffré, Jade, 10 novembre 2003
    lundi 10 novembre 2003 Presse

    On se figurait avec une bonne grosse dose de dépit et de raccourcis intellectuels que l’horizontalité d’une ville telle que Los Angeles finissait par marquer sévérement les esprits de ses habitants, leurs interdisant toutes ambitions d’ascension ou d’investissement culturel.

    Un relief que n’a pas manqué de souligner puis d’épouser le public Canadien à l’écoute des premiers jets de Books on Tape (autrement connu sous Click Tracy, Sluts on Tape, Tape Science Version ou Box Social); engouement constant depuis Throw Down Your Laptops (Deathbomb Arc) sans évoquer les maxis sur Piehead et Winning Rec. No Type qui après un 10” diffuse ici son long métrage expose avec toute sa franchise la dynamique rythmique que le label souhaitait offrir à son identité.

    Du beatpunk, selon les termes de leurs amateurs, dissimulé au long de ce disque sous des mélopées électroniques, couloirs dub, voire des révérences à l’électronique Body Musique et aux résurgences néo-industriel (7) dans ce cas précis sans intêret.

    En résumé, les plis crasseux de la jeunesse sonique et les contre ourlets complexes des écuries Tigerbeat/ Warp/ Planet Mu. Une union heureuse au delà du papier qui scelle nous l’avons dit, après Headphone Science et Œuf Korreckt l’appétit du label pour une musique rythmique en marge.

    Books on Tape (Todd Drootin) avec ce Sings the Blues en dépit d’une abscence quasi totale de références au style (si ce n’est le clin d’œil de l’intitulé) donne à entendre une vision passionnée des genres qui transcende les étiquettes et les clivages. Si d’aucun hurleront à l’hérésie, au mariage contre-nature, il est pourtant ici davantage question de transcendance.

    Une union heureuse au delà du papier qui scelle […] l’appétit du label pour une musique rythmique en marge.

    We Remain Faded dans Music Club

    «Recensione», Roberto Michieletto, Music Club, 1 novembre 2003
    samedi 1 novembre 2003 Presse

    Headphone Science (aka Dustin Craig, da Oakland) appartiene a quella schiera di musicisti che sbucano fuori dal nulla e piazzano subito il colpo vincente. Sei pezzi distribuiti su 38’ che compongono un lavoro breve o un EP esteso (a seconda dei punti di vista), in cui ci si ritrova catapultati in un contesto metropolitano, fatto di spy movies, sobborghi poco illuminati, scarti ritmici downtempo oppure mutuati dal trip-hop, parentele non ben definite (seppur esistenti) con Dj Shadow, convinti e riusciti agganci melodici, loop suadenti, soluzioni jazzy, groove morbidi e un lavoro meticoloso sulle voci (tagliate, ricomposte, filtrate, ecc.). Un’opera prima di tutto rispetto e di cui è previsto un seguito sulla label viennese Skylab Operations.

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