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Jean-François Denis

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  • Jean-François Denis, empreintes DIGITALes in Voir

    “Phénomène électro”, Réjean Beaucage, Voir, no. 876, February 5, 2004
    Thursday, February 5, 2004 Press

    Jean-François Denis est un pilier important de la communauté électroacoustique montréalaise. On discute avec lui des séries de concerts MusMix (2) et Rien à voir (15), présentées ce mois-ci par l’organisme Réseaux.

    Il ne se passe pas grand-chose du côté de la scène électroacoustique montréalaise sans que Jean-François Denis y soit pour quelque chose. Directeur de la maison de disques empreintes DIGITALes, seule étiquette québécoise qui ne fasse paraître que des disques de musique électroacoustique, il dirige aussi DIFFUSION i MéDIA, la porte d’entrée chez nous d’un bon nombre d’étiquettes étrangères du même genre. Le disque Jalons, de Francis Dhomont, qui remportait le 25 janvier dernier le prix Opus du «Disque de l’année — Musiques actuelle, électroacoustique», c’est empreintes DIGITALes qui l’a publié; une étiquette qui célébrait ses 14 ans le 31 janvier dernier. Jean-François Denis est aussi membre, avec les compositeurs Gilles Gobeil et Robert Normandeau, de la société de concerts Réseaux, qui présente ce mois-ci deux importantes séries: MusMix, une collaboration avec le Nouvel Ensemble Moderne (NEM) et le Centre de création musicale Iannis Xenakis (CCMIX), et Rien à voir, dont la 15e édition sera aussi la dernière.

    MusMix: Si vous lisez ces lignes le jour de leur publication, il ne reste qu’un concert à la série MusMix. Jean-François Denis explique: «Le projet est assez précis. Il s’agit d’un événement biennal qui présente des musiques mixtes de compositeurs canadiens. On sait que le Québec est internationalement reconnu en ce qui concerne la musique électroacoustique, mais la musique mixte reste quelque chose de moins courant. Par ailleurs, ce sont surtout les compositeurs de musique instrumentale qui font de la musique mixte; alors, même si ces concerts peuvent attirer un public amateur de musique électroacoustique, il s’agit souvent de compositeurs qui lui sont moins connus. Mélanger l’instrumental et l’électronique, ça donne peut-être le genre de musique le plus délicat à mener à bien». Mais comme le programme est le fruit d’un appel d’offres largement diffusé et pour lequel les organisateurs reçoivent de nombreuses propositions, la sélection proposée offrira le meilleur des deux mondes. Avec l’expertise de Réseaux en matière de diffusion de musique électroacoustique et avec celle du NEM dans l’interprétation des musiques contemporaines, les conditions optimales sont réunies pour une soirée réussie. On y présentera deux créations, de Martin Bédard et Alcides Lanza, qui participaient déjà à la première édition il y a deux ans et dont les œuvres avaient été remarquées par un représentant du CCMIX qui a invité les compositeurs à venir travailler sur une nouvelle œuvre à Paris. Aussi au programme: Andrew Staniland, Kotoka Suzuki, John Oliver, Farangis Nurulla-Khoja et Monique Jean. (Le 6 février, 20 h, Salle Beverly Webster-Rolph du Musée d’art contemporain.)

    Rien à voir: Ce mois de février 2004 nous amène du même souffle la 15e et dernière édition de la série de concerts Rien à voir, qui célèbre depuis 1997 la musique acousmatique (diffusée, dans la pénombre, par un orchestre de 24 haut-parleurs encerclant le public). «Réseaux est en repositionnement au sujet de la façon de présenter ses concerts, explique Jean-François Denis. Bien sûr, présenter huit concerts en cinq jours, c’est économique et efficace, mais c’est dur pour le public qui voudrait tout suivre, alors on cherchera une meilleure façon de faire. Idéalement, ce serait plutôt quelque chose comme un concert par mois, mais c’est une tout autre histoire, notamment au niveau budgétaire…» Ce genre de projet serait possible dans un lieu dédié à ce type de diffusion, c’est pourquoi Réseaux est partenaire avec le NEM et les Productions SuperMusique dans un projet visant à mettre sur pied une «maison» regroupant les activités des trois organismes. Un lieu où seraient réunies musiques actuelle, contemporaine et électroacoustique. On croit rêver. «On y travaille, acquiesce Jean-François Denis, mais c’est un gros projet qui se développe lentement.» D’ici là, c’est à l’Espace Go que l’on ira entendre Randall Smith, Hildegard Westerkamp, Andrew Lewis et Yves Daoust, du 11 au 15 février.

    … un pilier important de la communauté électroacoustique montréalaise.

    February 14, 2003: Machines 08 at Méduse, Québec City

    Monday, February 10, 2003 In concert

    More than a technical challenge, Machines 08: “Le chemin des machines” is a wonderful networked improvised composition. 4 musicians live through the internet, 8 others scattered in strange places in the Méduse complex and 4 electroacoustic composers to spatialize the result on a loudspeakers orchestra. A prowess you don’t want to miss! With participating artists Diane Labrosse, Alexandre St-Onge, Steeve Lebrasseur, A_dontigny, James Schidlowsky, Julie Rousse, Raphaël Simard, Mathieu Lévesque, Jocelyn Robert (California), Kevin M Krebs (British-Columbia), the Frequenza_Minima duo (Italy) and in the main room composers Jean-François Denis, Gilles Gobeil, Marc Tremblay, and Louis Dufort. February 14, 2003 at 8:30pm.

    Yves Daoust, Jean-François Denis, empreintes DIGITALes in Circuit

    “Entrevue avec Jean-François Denis, directeur d’empreintes DIGITALes”, Yves Daoust, Circuit, no. 13:1, December 1, 2002
    Sunday, December 1, 2002 Press

    C’est à l’été de 1989 que Jean-François Denis, en collaboration avec Claude Schryer, décidait de fonder une maison de disques spécialisée en électroacoustique. Ainsi naquit empreintes DIGITALes, aujourd’hui considérée comme l’une des étiquettes les plus importantes au monde dans le domaine.

    Jean-François Denis fait le point sur l’évolution de sa compagnie. (Propos recueillis le 22 juin 2002 à Montréal par Yves Daoust.)


    YD: Qu’est-ce qui t’a motivé à mettre sur pied une maison d’enregistrement?
    JFD: À l’université Concordia, où j’enseignais à l’époque, nous produisions beaucoup de concerts, si bien que nous avions accumulé un nombre impressionnant d’œuvres sur bande qui dormaient sur les tablettes. Je me suis dit qu’il fallait que ces musiques vivent, qu’elles circulent. L’idée m’est alors venue de créer une série d’enregistrements électroacoustiques qui rendraient ces œuvres accessibles à un public plus vaste que celui du concert, qui assureraient la pérennité des œuvres. Je n’ai pas eu immédiatement l’idée de fonder ma propre compagnie. J’ai d’abord fait le tour des maisons existantes, au Québec et dans l’ensemble du Canada, en leur proposant, sans succès, de développer une sous-collection électroacoustique. Devant leur refus, j’ai décidé de plonger et, avec Claude Schryer, nous avons fondé notre propre maison de production (que je dirige seul depuis 1992).

    YD: C’est donc parti de l’intention de faire connaître les œuvres québécoises?
    JFD: Il est vrai que ça a démarré avec des compositeurs qui m’étaient proches géographiquement. Mais rapidement le cercle s’est élargi: dès la deuxième année, des compositeurs étrangers, dont Denis Smalley, s’ajoutaient au catalogue. (Aujourd’hui, sur les 66 CD d’empreintes DIGITALes, 26 sont de compositeurs étrangers…)

    YD: Quel est le créneau d’empreintes DIGITALes?
    JFD: J’ai décidé de me limiter uniquement à l’électroacoustique, d’autres compagnies s’occupant des musiques instrumentales contemporaines. Par contre, j’avais une définition très large de l’électroacoustique: j’ai produit des œuvres mixtes (instruments acoustiques et bande), des documentaires sonores…

    YD: Donc on ratissait large?
    JFD: Oui, au début. Mais il y a quelques années j’ai ressenti le besoin de resserrer le créneau, de me limiter uniquement, ou presque (il y a toujours des exceptions), aux musiques de support.

    YD: Intéressant… On y reviendra. Mais revenons aux débuts. Produire des CD, c’est relativement facile. Mais le problème majeur n’est-il pas celui de la diffusion?
    JFD: Oui, tout à fait. Le travail commence vraiment le jour où on vous livre les boîtes de CD… C’est d’autant plus difficile et exigeant qu’il s’agit d’un créneau très spécialisé.

    Premièrement, j’ai établi une formule claire: chaque CD serait consacré à un seul compositeur, ce qui permet de personnaliser chaque album beaucoup plus que lorsqu’il s’agit d’une compilation d’œuvres de compositeurs différents. Sur le plan iconographique, j’ai fait en sorte que l’identification de l’étiquette soit claire et forte, porteuse de signification. Il fallait s’assurer que le public identifie dès le premier regard l’étiquette à la musique électroacoustique. Quant à la distribution comme telle, sans laisser de côté le créneau traditionnel des magasins de disques, je l’ai axée davantage sur la vente par correspondance.

    YD: Puis il y eut Internet…
    JFD: Oui, bien sûr: rapidement après l’établissement de la norme du web, nous avions notre site (dès février 1995). Actuellement, je dirais que plus de 60% de nos ventes se font directement via le site internet electrocd.com.

    YD: Ce qui nous amène sur le terrain de virtuel: est-il encore nécessaire aujourd’hui de produire des disques? Quand on pense aux mp3…
    JFD: Effectivement, on a accès aujourd’hui à tous genres de musique, en les téléchargeant directement à partir, par exemple, de sites comme mp3.com, et ce gratuitement et avec une qualité sonore intéressante (mais sans égaler le spectre et la dynamique du CD). Dans ce cas, il n’y a donc pas de producteur, mais simplement un site d’accueil où n’importe qui peut déposer sa musique. Mais est-ce que ça fonctionne? D’une part, on est privé d’iconographie: un disque, c’est un objet qui peut être beau, original dans sa présentation; et puis il y a le livret qui est très précieux, particulièrement dans le cas de musiques de recherche et de création. D’autre part on est face à une quantité étourdissante d’information, dans toutes les directions musicales. Comment choisir?

    YD: Oui, mais qu’est-ce que je risque à part une perte de temps? C’est gratuit, et puis ça permet de faire des découvertes, d’élargir ses horizons…
    JFD: Sûrement, si tu es prêt à y consacrer l’essentiel de ton temps. Mais je continue de croire que le rôle du producteur demeure primordial. Non seulement il assure le suivi et fait la promotion des titres qu’il produit, mais il donne une ‘couleur’, une orientation artistique qui non seulement permet, encore une fois, une identification claire du genre par le public, mais en plus établit une relation de confiance: on connaît le type de produits d’une étiquette donnée. Et si on aime, on sera porté à faire confiance au producteur et à se procurer un nouvel album, même si on ne connaît pas le compositeur. Il me semble très important de garder ce principe de ‘parrainage’, de direction artistique.

    YD: Donc tu ne crois pas beaucoup à la distribution virtuelle?
    JFD: Pas via les sites généralistes… Il y a cependant des exemples intéressants dont celui du site notype.com, consacré aux musiques électroniques et expérimentales. Ici aussi, pas d’objet matériel, de disque. Mais, à la différence de sites généralistes, comme mp3.com, où tout est sur le même plan, dans ce cas-ci, le webmestre regroupe les musiques de son choix en albums virtuels qu’on peut télécharger gratuitement. Il y a donc direction artistique, tout comme chez empreintes DIGITALes. Cela facilite la tâche de l’auditeur.

    YD: Alors, pourquoi ne pas faire la même chose et éliminer l’étape de production matérielle?
    JFD: Parce que la qualité sonore requise pour bien rendre l’électroacoustique n’y est pas avec le mp3 (mais il faudra me reposer la question le jour où apparaîtra une nouvelle norme vraiment comparable au CD actuel…), et aussi parce beaucoup de gens n’ont ni le temps et encore moins les moyens techniques de télécharger des fichiers de centaines de mégaoctets chacun.

    YD: Tu insistes beaucoup sur ton rôle de directeur artistique. Alors qu’est-ce qui motive tes choix? Quel est le profil du compositeur susceptible de se retrouver sur empreintes DIGITALes?
    JFD: C’est une question délicate car le choix se fait de façon très… ‘impulsive’. Le travail du compositeur doit me plaire, mais il faut surtout que je ressente une… rigueur dans sa démarche. D’autre part, je dois sentir aussi la motivation du compositeur à poursuivre et développer sa carrière, un élément important pour la diffusion du disque. Trop souvent un compositeur considère qu’une fois le CD produit il peut passer à autre chose alors qu’il faut encore faire vivre ces musiques, les présenter en concert et en parler lors d’entrevues à la radio et dans les médias écrits (imprimés ou électroniques).

    YD: J’aimerais revenir à la notion de créneau qu’on a abordée plus tôt. Tu disais que depuis quelques années tu as resserré le créneau d’empreintes DIGITALes, te limitant aux musiques de support. Pourquoi?
    JFD: J’ai voulu m’assurer qu’il n’y ait pas d’ambiguïté quant au créneau d’empreintes DIGITALes: on assiste depuis quelques années à un foisonnement important des musiques électroacoustiques qui éclatent dans tous les sens. C’est extraordinaire et porteur d’avenir. Mais je pense qu’il est crucial d’éviter la confusion des genres auprès des auditeurs. C’est pourquoi j’ai resserré l’offre, en gardant bien le cap sur les œuvres fixées. Mais afin de rendre compte de ce foisonnement et suite à la rencontre de David Turgeon, une des personnes derrière notype.com, j’ai fondé No Type, une nouvelle étiquette qui est le prolongement matériel du site web. C’est un nouveau couloir, spécialisé celui-ci dans les musiques électroniques et expérimentales alternatives.

    YD: Mais n’y a t-il pas risque de cloisonnement quand les corridors sont trop serrés? Où se loge un compositeur — et c’est de plus en plus fréquent chez les jeunes — qui pratique une sorte d’hybridation entre ce qu’on pourrait appeler l’électro «classique», issue de la tradition savante, et des approches plus alternatives, orales, issues souvent de la pop ou du techno?
    JFD: La musique expérimentale est toujours plus ou moins entre deux chaises. C’est au compositeur et à moi de décider du meilleur corridor pour tel ou tel projet de disque. Par ailleurs, sur le site de ma compagnie de distribution (electrocd.com), tout est mélangé, on y retrouve tous les titres, quelle que soit l’étiquette. Ceci dit, pour en revenir à No type, une autre raison pour laquelle j’ai décidé de créer cette étiquette, c’est que le genre dit «électroacoustique» n’a pas toujours bonne presse. Il est souvent considéré par les gens des nouvelles musiques alternatives (et par bien d’autres!) comme académique (musique froide, stérile…). Plusieurs créateurs, dont le travail pourrait selon moi très bien entrer dans le grand genre électroacoustique, préfèrent être «associés» à la zone représentée par No Type. Eh bien, allons-y. Il ne pourra y avoir que «contamination» (dans les deux sens!): les amateurs de cette collection écouteront de l’électroacoustique (mais sans le savoir nommément), sans préjugé défavorable. Avec le temps, je pense que les cloisons se briseront, qu’il y aura contamination d’un genre sur l’autre.

    YD: Donc, toujours ce clivage entre les genres…
    JFD: … que beaucoup de journalistes entretiennent malheureusement, n’établissant pas de liens historiques entre les pratiques artistiques. Mais je n’ai pas voulu m’attaquer à ça, du moins pas directement. Je fais plutôt le pari que les habitués de No Type iront fureter dans l’étiquette voisine (empreintes DIGITALes) et vice versa. Il y a déjà des exemples: l’an dernier il y a eu un événement à Montréal qui s’intitulait «Dhomontellement». Fascinés par la musique de Francis Dhomont, de jeunes compositeurs d’électronique expérimentale ont «revisité» son œuvre…

    YD: Je reviens à la soi-disant mauvaise presse qu’aurait la musique électroacoustique. Un des problèmes de cette musique ne tient-il pas au fait que, bien qu’étant une musique de support réalisée entièrement en studio, sa destination première est, règle générale, le concert? Ce sont des musiques pensées pour le concert, qui trouvent leur pleine signification dans ce cadre.
    JFD: Il y a une différence fondamentale entre la musique instrumentale et la musique électroacoustique: cette dernière est une musique de medium. Elle est donc indissociable du support sur lequel elle est couchée alors que l’enregistrement d’une musique instrumentale est essentiellement d’ordre documentaire.

    YD: D’accord, quand il s’agit de l’enregistrement d’un concert. Mais n’y a t-il pas de plus en plus de compositeurs «instrumentaux», particulièrement chez les jeunes, qui pensent, au moins un peu, en fonction de l’enregistrement?
    JFD: Il est vrai que le concert est devenu une forme très marginale de communication de la musique, particulièrement depuis le développement de la radio qui est devenue un fournisseur majeur de musique. La radio et le disque représentent certainement aujourd’hui plus de 90% de notre rapport à la musique.

    YD: Et cette écoute individuelle a complètement transformé notre rapport à la musique, à la forme, à la perception du temps. Le compositeur a perdu le contrôle…
    JFD: La musique est devenue un produit de consommation, donc les usages se sont multipliés.

    YD: Si les œuvres électroacoustiques sont des musiques de support, elles ne sont pas nécessairement pour autant des œuvres pour support dans la mesure où elles continuent d’être pensées et composées en fonction du concert et donc destinées à être écoutées dans une relation traditionnelle de représentation où la seule différence avec le concert instrumental réside dans le fait d’avoir remplacé les instruments par des enceintes acoustiques (on a même gardé le chef, qu’on appelle ‘diffuseur’…)
    JFD: C’est sans doute là où le clivage entre les tendances est le plus manifeste. Le concert dans sa forme traditionnelle reste effectivement la situation idéale de diffusion pour la majorité des compositeurs électroacousticiens, le lieu où la musique prend tout son sens: le public est captif, silencieux, sous le contrôle du diffuseur. Mais comme le concert rejoint peu de monde, on voit dans la diffusion radiophonique et surtout dans l’édition discographique un moyen d’élargir le cercle des auditeurs, en espérant qu’une partie de ces auditoires rejoints par ces media finira par venir au concert. Mais il y en a qui ont compris, et ce particulièrement chez les compositeurs des tendances alternatives, des musiques dites électroniques, que «le medium c’est le message», comme l’a dit McLuhan. Ils composent donc pour le disque, ayant compris qu’une nouvelle relation musique-public a pris forme, particulièrement depuis la standardisation du support numérique. Ils réalisent que le disque amène une relation à la forme, au temps, très différente des schèmes classiques des œuvres destinées d’abord au concert.

    YD: Mais qu’en est-il alors du concert? Est-il destiné à mourir?
    JFD: Paradoxalement, ces compositeurs inversent le processus des musiques non-commerciales, si on peut dire: au lieu d’aller du concert au disque (comme en musique intrumentale contemporaine), ils reproduisent au concert l’approche qu’ils ont de l’œuvre-disque. Ils réinventent ainsi le concert. Les œuvres sont ouvertes, le public va et vient comme il veut, parle, fume, boit… La présence des musiciens-interprètes est très discrète. Le concert devient (redevient) un espace social, un lieu d’échange, une forme de fête.

    YD: Est-ce que tu incites les compositeurs dits «savants» à développer davantage une conscience du medium «disque»?
    JFD: Non, je laisse les tendances suivre leur cour. Je préfère être un reflet de ce qui se passe plutôt qu’un moteur; un miroir, légèrement déformant… Il y a eu quand même les disques Électro clips (en 1990) et Miniatures concrètes (en 1998), qui étaient des disques concepts, et aussi, à venir, une œuvre pour disque, Le contrat, que j’ai commandée à Gilles Gobeil et René Lussier. Mais essentiellement mon rôle reste de rendre les musiques disponibles, accessibles et de contribuer à la constitution d’un patrimoine.


    (Propos recueillis le 22 juin 2002 à Montréal par Yves Daoust.)

    … Ainsi naquit empreintes DIGITALes, aujourd’hui considérée comme l’une des étiquettes les plus importantes au monde dans le domaine.

    August 18, 2002: Jean-François Denis Rebroadcasted

    Tuesday, June 25, 2002 In concert

    Jean-François Denis was guest at Radio-Canada’s Chaîne culturelle radio programme “Nicholson” on December 9, 2001 to talk about the evolution of empreintes DIGITALes since its first release in 1990 and electroacoustic creation in general. This radio programme has been selected for rebroadcast on August 18, 2002 at 8 pm (EDT; UTC -4). The works on the programme are: Forêt profonde (3 excerpts) by Francis Dhomont, Derrière la porte la plus éloignée… by Gilles Gobeil, Éclipse by Ned Bouhalassa, Cut 1, 2, 3 Progress by Åke Parmerud, Mass by Richard Karpen, Oaristys by Jacques Tremblay, Inside Out by Randall Smith, the mixed version of Impromptu by Yves Daoust (with Jacques Drouin and Lorraine Vaillancourt), and Péroraison by Yves Beaupré.

    Jean-François Denis, empreintes DIGITALes in CEC, Sur le vif / Quick Takes

    “Interview”, Ned Bouhalassa, CEC, Sur le vif / Quick Takes, August 1, 1999
    Sunday, August 1, 1999 Press

    Ned Bouhalassa: In January 2000, the empreintes DIGITALes label will celebrate its tenth anniversary. It is recognized around the world and its catalogue receives rave reviews from the critics. How do you explain this success?

    Jean–François Denis: In 1990, there were no independent record labels specializing in electroacoustic music. There were labels of course, but these were parallel activities of studios or organizations. We were a ‘fresh’ idea. Also, from the start, empreintes DIGITALes developed an artistic ‘policy’ (regarding both sound and graphics) and became very visible in the electroacoustic and experimental circles (due to its large publicity and the many mailings of catalogues). So there was a will to develop a signature, to be recognized. Of course, the quality of the works was always a priority.

    NB: What inspired you to set up your own record company?

    JFD: No one else wanted to do it. I went around to the other existing record companies (of this country) to offer to develop an electroacoustic sub–division, but returned unsuccessful. I also talked to several composers about a record production project: all were very interested… that someone else do it. When I spoke about it to Claude Schryer, he mentioned that he had been thinking about setting up a label as well. So in August 1989, we founded DIFFUSION i MéDIA (today a distributor) and the label empreintes DIGITALes, and we conceived the first 4 projects of the collection (Calon, Normandeau, Thibault and Électro clips).

    NB: Starting a new business is always risky, even more so in the case of a serious music record company. Did you have many doubts in the beginning?

    JFD: The risks? We were ready to work and, with the indispensable help of the composers, we faced only beautiful risks: to produce decent, superb, lavish CDs of music that we like. I believe that we need risk in order to constantly redefine ourselves, to question ourselves (even if it may mean going back to the starting point). The doubts? I wondered then what I would do with 1000 copies (the minimum at the time) of the same disc in my home: how do I get them out there to be heard? what about distribution? sales? We almost had to invent ways to reach our public! (We didn’t even know where to really find this public!)

    NB: The first Francis Dhomont double–cd, with its large booklet, was launched with pomp and circumstance before two exceptional concerts. Was this one of your most memorable launches? One of your wildest projects?

    JFD: The Montréal launches have always been a little special: in a Planetarium; disguised as a party–concert; café–croissant at 7 AM; in disco or punk bars. Of course the Dhomont box–set launch was important, though, if my memory serves me right, it was but a small part of a night which was celebrating Francis Dhomont’s 65th birthday. There was also a collage–homage piece from his students, assembled by Gilles Gobeil. There have also been other launches in Vancouver, Norwich (UK), Toronto, Birmingham (USA), and Paris…

    NB: The image of your label is immediately recognizable. What is always obvious is the attention that is given to the quality of the graphics. How would you describe Luc Beauchemin’s role?

    JFD: Luc Beauchemin conceived of the first design overhaul in 1991 (with the Daoust), as well as the second in 1996 (with the Harrison). (The OPAK cardboard box, used since 1996, is a collaborative effort.) As for the cover art, the composer is the one who suggests a work or commissions an artist (since Luc Beauchemin is also a graphic artist, some of the covers feature his work).

    NB: The only CDs on your label that feature works by different artists on the same release are the clips CDs (Électro clips and Miniatures concrètes). Why don’t you combine normal length pieces by different composers on one cd?

    JFD: Because I find these (mixed composers) CDs uninteresting to listen to. Each individual empreintes DIGITALes cd represents a unique musical ‘idea’; as a listener, I find that extremely enjoyable. The only exceptions stem from a very strong and original ‘concept’ (especially in 1990): that of the 3–minute electroacoustic clip. That, to me, is what makes it ‘possible’ to listen to these kinds of CDs.

    NB: How do you choose your cd projects?

    JFD: It usually starts with the music (heard in concert, during festivals — but very rarely from ‘demos’ received by mail) and follows with the composer’s approach, the integrity of their artistic approach.

    NB: How can a composer interest you in a cd project?

    JFD: It’s not easy actually, since I’m already drowning in daily mail in which I occasionally find a ‘demo’ – and I’m somewhat overloaded with work. But I can say that when a composer is recommended by a colleague, it usually helps (one should not forget as well that the production of a cd depends greatly on it being somewhat funded).

    NB: What do you think of distribution via the Internet? Do you intend one day to allow your clients to buy works that can be downloaded?

    JFD: The cd is only a medium. The advantage that it offers over previous formats is its sound quality specifically in the case of electroacoustic music duration and durability. As soon as there exists another support which offers similar sound quality, we’ll offer music in that format. It’s pretty obvious. So my answer is yes.

    NB: You wrote many works during the 80s. Do you think that you might one day make a cd featuring your own works?

    JFD: A few pieces have withstood the test of time (ten and fifteen years later). I really haven’t thought seriously about this. What do you think?

    … reconnue mondialement et reçoit régulièrement des éloges de la part des critiques
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