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  • Shohjohkisshohtan in Revue & Corrigée

    “Critique”, Julien Jaffré, Revue & Corrigée, no. 66, December 1, 2005
    Thursday, December 1, 2005 Press

    En attendant la sortie prochaine du Musique Cosmique Électro-acoustique (en français dans le texte) de Kawabata Makoto, le jeune label canadien C3R, fondé par le trio / quatuor Zach Murr, Mark Lougheed, Chris Worden, Justin Salter nous envoie de ses nouvelles à l’occasion de la sortie de cet album de Tsurubami. De loin en loin, on avait entendu parler du petit label avec les sorties successives de deux albums de Merzbow, ainsi que d’un split album réussi entre Maja Ratkje et Lasse Marhaug.

    Formé en 1994, Shohjohkisshohtan est le huitième album de Tsurubami; ce groupe est la réunion de trois musiciens, la jeune et frêle Emi Nobuko, batteuse de son état, membre par ailleurs de Emi Nobuko et d’Astral Traveling Unity, encadrée par la sagesse et l’expérience de Higashi Hiroshi et Kawabata Makoto, tous deux membres fondateurs d’Acid Mothers Temple, entre autres projets (à ces trois-là vient s’adjoindre Higashi Hiroshi à la basse et aux synthétiseurs en live).

    La musique de Tsurubami n’a pas perdu de sa prestance, de sa prégnance, de sa puissance; à la manière du bon vin, elle a gagné en caractère, laissant de nouvelles saveurs et fragrances se diffuser au fil de ses compositions. Tsurubami est le prescripteur d’une musique à la fois préoccupée par les vertus d’une noise sans dogme et d’un amour irrésolu pour les musiques progressives / psychédéliques. En ce sens, elle n’est jamais éloignée des attentes esthétiques de Merzbow, Acid Mothers Temple, Jazzkammer, Masonna ou Daniel Menche. Des effets de manches (de guitares), une maîtrise de la résononce qui apparente par moments les compositions et des musiques chamaniques / sacrées, une prédilection pour les montées cataclysmiques font de ce groupe un fondement incontournable pour tout amoureux du bruit blanc / culture Noise. Exigeant et pénétrant.

    Exigeant et pénétrant.

    Speaker Swinging & Piano Mechanics in Revue & Corrigée

    “Critique”, Jérôme Noetinger, Revue & Corrigée, no. 66, December 1, 2005
    Thursday, December 1, 2005 Press

    Le label de Toronto C3R annonce la réalisation de trois disques du compositeur canadien Gordon Monahan.

    Le piano occupe une place centrale dans l’œuvre du compositeur. Qu’il soit préparé comme dans This Piano Thing (1989) ou monumentale installation activée par le vent dans Long Aeolian Piano (1984). Avec Piano Mechanics (1981-86), l’idée est de l’utiliser, sans préparations, comme une machine mécanique de synthèse acoustique. À travers huit parties, autant d’explorations de hauteurs, de résonances, d’attaques, Gordon Monahan explore, dans un jeu très physique au clavier et dans les cordes, le corps de l’instrument et les possibilités de le faire sonner autrement, nous fait partager toute la tension des cordes. C’est dans la rapidité qu’il peut tenter d’éliminer les attaques pour se concentrer sur les harmoniques. Faire disparaitre la mélodie pour découvrir celle des harmoniques. Un véritable tour de force. Speaker Swinging se rapproche plus de la performance. Trois hauts-parleurs accrochés à des cables sont balancés dans l’espace en tournoiement par des performeurs. Gordon Monahan diffuse, à partir de neuf oscillateurs, un registre de fréquences de 1 à 8000 hz. Vrombissement de moteurs comme autant de rhombes électriques. Et là aussi la dimension physique est fortement perceptible. Un matériel sonore volontairement minimal pour mieux souligner l’effet recherché et la dimension étude de l’effet Doppler, «le décalage entre la fréquence de l’onde émise et de l’onde reçue lorsque l’émetteur et e récepteur sont en mouvement l’un par rapport à l’autre». Et c’est bien parce que le son est un phénomène ondulatoire qu’on peut le constater. Ces deux pièces sont des études de vibrations — l’essence même du son et dans l’étude de phénomènes acoustiques isolés traités comme le cœur de la composition, elles s’inscrivent dans la lignée directe de la pensée d’Alvin Lucier.

    Métamorphoses 2004 in Revue & Corrigée

    “Critique”, Pierre Durr, Revue & Corrigée, no. 66, December 1, 2005
    Thursday, December 1, 2005 Press

    Créée par l’acousmaticienne Annette Vande Gorne, l’association belge Musiques & recherches œuvre depuis plus de vingt ans à la promotion des activités liées au développement des musiques électroacoustiques. Organisant régulièrement des rencontres internationales, tel l’Espace du son, elle s’est associée cette année à Elektrophonie (association de Besançon) et au département musique de l’université de Birmingham pour organiser les Nuits Bleues (présentées début juillet à Arc et Sénans, plus récemment à Binningham et au courant de cet automne à Bruxelles).

    Elle édite depuis peu des enregistrements, reprenant les lauréats de ces dernières éditions. Le double compact issu de l’édition 2004 présente une dizaine de pièces, d’origines très diverses (Prague, Thessalonique, Québec, Portugal, États-Unis, Moscou, Tokyo). Le choix des œuvres retenues doit beaucoup à leur qualité de spatialisation et intègre aussi bien des créateurs déjà largement connus dans les cercles de musiques électroacoustiques (tels Robert Normandeau — son époustouflant et très expressionniste Hamlet-Machine with Actors figure aussi sur son dernier recueil sur empreintes DIGITALes — ou Elizabeth Anderson avec Les Forges de l’invisible), d’autres encore trop confidentiels malgré un parcours parfois bien dense, pamis lesquels l’auditeur que je suis retient plus particulièrement Theodore Lotis pour ses Théories sous-marines (une vraie plongée entre tension — l’effet des hautes pressions sous-marines? — et une ivresse euphorisante), et, regroupés sur le second CD, quelques étudiants, québécois (Nicolas Bernier), russe (Vera Ivanova), grec (Apostolos Loufopoulos) et japonais (Saburo Ubukata) d’inspiration finalement assez variée. Dans le premier CD règne, effectivement, une certaine unité stylistique, soulignée par quelques intitulés voisins (Evidence of Things Unseen, Les Forges de l’invisible).

    Le choix des œuvres retenues doit beaucoup à leur qualité de spatialisation…

    Pierre Alexandre Tremblay in Voir

    “Électroacoust[iks]”, Réjean Beaucage, Voir, December 1, 2005
    Thursday, December 1, 2005 Press

    Pierre Alexandre Tremblay: «Je ne suis pas confiné à un style en particulier».

    Pierre Alexandre Tremblay participe à la deuxième édition de la série de concerts Akousma, présentée par Réseaux. La musique électroacoustique dans tous ses états…

    Ceux qui ne connaissent Pierre Alexandre Tremblay que comme bassiste du groupe de jazz contemporain [iks] pourraient être surpris de le voir participer à un événement organisé par la société de concerts Réseaux. Ce serait ignorer que notre homme vient de compléter un doctorat en composition électroacoustique avec Jonty Harrison, à l’Université de Birmingham en Angleterre. C’est d’ailleurs là qu’il habite depuis août dernier, soit depuis qu’il est lui-même professeur de composition à l’Université d’Huddersfield. Voilà qui risque de ralentir les activités de [iks], qui faisait paraître l’été dernier son sixième disque (Inner Whatever, chez ORA), l’une des meilleures productions québécoises de l’année. «Évidemment, nous n’avons plus nos deux répétitions chaque semaine, explique Tremblay, mais le groupe a muté en un ensemble qui fonctionnera plutôt par projets. Avec la cohésion que nous avons développée au fil des ans, on peut se permettre ça.»

    Le compositeur a tout de même de quoi s’occuper entre deux cours: «Je termine actuellement un disque qui paraîtra chez empreintes DIGITALeses, je travaille à une composition pour le piano rythmique Baschet (commande qui sera créée à Paris), je ferai pour la première fois cette semaine un set en solo à la basse électrique avec traitement en temps réel, et puis j’ai commencé à faire de la vidéo, alors je ne chôme pas!»

    Tremblay a une palette stylistique assez large: du rap aux musiques improvisées en passant par la musique électroacoustique.

    «Les trois mondes que l’on considère généralement comme étant séparés, pour moi, c’est une seule chose; je ne suis pas confiné à un style en particulier.» Le programme qu’il présentera durant la série de concerts Akousma en fera la démonstration.

    Les directeurs de Réseaux se font un point d’honneur d’offrir une place à la relève. Ainsi seront présentées en première partie des trois premiers concerts de la série les compositions primées lors du dernier Concours des jeunes compositeurs de la Fondation SOCAN (catégorie électroacoustique). On y entendra donc les musiques de Mathieu Marcoux (premier Prix, 6 décembre), de Martin Leclerc (deuxième Prix, 8 décembre) et de Sylvain Pohu (troisième Prix, 9 décembre). Ce dernier, qui diffusera sa pièce Le Temps des cerises (2005), est nul autre que le guitariste et cofondateur de [iks]! Il était donc normal que sa musique ouvre la soirée consacrée à Pierre Alexandre Tremblay. «C’est super, Sylvain a toujours été mon premier auditeur, et vice versa, alors c’est très agréable. Il y a aussi Stefan Schneider, le batteur de [iks], qui participe au concert. Il y aura donc les trois cinquièmes du groupe dans ce programme!» Également au programme, Au Croisé, le silence, seul, tient lieu de parole (1999), une pièce qu’on pourra entendre sur le disque que complète actuellement Pierre Alexandre Tremblay. «C’est ma pièce pour bande préférée, et elle n’a pas été jouée si souvent, alors ce sera une bonne occasion de la réentendre.»

    Le concert se terminera sur une longue pièce d’une cinquantaine de minutes, La Rage, pour batteur de free jazz, traitement en temps réel et bande octophonique. «C’est aussi la pièce de résistance de mon doctorat, explique le compositeur; ça a été quelque chose d’exigeant à composer. Il s’agit d’une œuvre en 30 mouvements, très narrative, et je peux dire que c’est dans ma tête depuis 15 ans. C’est basé sur le roman de Louis Hamelin, que j’ai lu à mon entrée au cégep et que j’ai trouvé hallucinant. Je m’identifiais assez bien avec l’espèce de punk à lunettes qu’on y rencontre!»

    Akousma présente aussi des soirées avec le Vancouvérois John Oliver (le 6), le [Français] Patrick Ascione (le 7) et le Montréalais Ned Bouhalassa (le 10).

    Tremblay a une palette stylistique assez large: du rap aux musiques improvisées en passant par la musique électroacoustique.

    Trilogie d’ondes in Octopus

    “Le CD de la semaine”, Steven Hearn, Octopus, November 29, 2005
    Tuesday, November 29, 2005 Press

    Ce [DVD-Audio], également DVD-ROM et [DVD-Vidéo], regroupe trois œuvres d’une grande unité du canadien Gilles Gobeil pour ondes martenot et son interprète Suzanne Binet-Audet.

    Avant d’entrer dans le vif du sujet, permettons-nous un bref rappel historique: Maurice Martenot (1898-1980), violoncelliste de formation et radiotélégraphiste pour l’armée française pendant la première guerre mondiale, fut séduit par la vibration électronique mobile et particulièrement pure des nouvelles lampes triodes avec lesquelles il travaillait. Il cherche à en faire la base d’un véritable instrument de musique pouvant répondre à la plus fine intention expressive d’un musicien. Jusqu’à sa mort en 1980, Maurice Martenot s’emploiera inlassablement à perfectionner ses ondes. À travers ces transformations, l’instrument — toujours monodique — s’additionnera de résonateurs acoustiques et sera pourvu de deux modes de jeu: l’un à la bague, qui permet de multiples possibilités de glissandi et l’autre au clavier, qui se prête à une plus grande virtuosité. Suzanne Binet-Audet (ici, l’interprète) dira: «Le Martenot se distingue par une approche sensorielle intimement liée au système nerveux de l’interprète et capable de répondre par sa plasticité à sa moindre intention musicale.»

    Mais revenons à Trilogie d’ondes! L’onde y est utilisée dans la plus stricte définition de Suzanne Binet-Audet! Son emploi est si riche qu’il est parfois difficile de la reconnaître! Le geste, qui préside à tout le cycle, est le dialogue de deux thèmes (dixit le compositeur et son interprète), cellules récurrentes de l’œuvre: celui de l’arrachement, déployé selon un long glissando ascendant, et celui de l’âme, plus harmonique et doux, qui permet une respiration après la douleur de l’arrachement et qui, dans son lyrisme en demi-teinte, est plus serein. Ces thèmes pour ondes se fondent, dans leur succession, avec le matériau riche en timbres divers, de la bande magnétique. Il s’agit d’un disque du sentiment, de la justesse expressive plus que de la démonstration d’une virtuosité technique. Si le résultat peut paraître, sur le plan sonore, abstrait, il existe ici une dramatique certaine qui, sans parler de narration, fait évoluer l’auditeur dans des états émotionnels très différents. Dans un même élan lyrique et poétique, le travail de Gobeil pourrait se définir comme une exploration et incarnation de l’âme, voyage ou quête de soi… Les ondes Martenot, tour à tour agressives et mystérieuses, calmes et inquiétantes, dans un parcours initiatique qui figure l’aventure mystique d’une conscience en questionnement. Parfois, l’onde Martenot évoque la voix humaine; parfois, le disque semble nous murmurer quelques paroles à l’oreille… Saurez-vous les entendre?

    Dans un même élan lyrique et poétique, le travail de Gobeil pourrait se définir comme une exploration et incarnation de l’âme, voyage ou quête de soi…
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