En tant qu’enseignante au Studio de musique électroacoustique de l’Université Laval (1972-1977) ou à l’Université de Montréal (1980-1997), Marcelle Deschênes a certainement exercé une grande influence sur de nombreux compositeurs québécois. Elle ne se gêne pas, en revanche, pour effectuer de son côté quelques emprunts à des collègues, créant une sorte de remix qui offre un tel écheveau de styles et de sens que même en version «audio seulement», ses œuvres ont un caractère multimédia.
On trouve sur ce dvd-Audio (stéréo seulement) des œuvres anciennes et plus récentes, qu’il était grand temps de recueillir sur ce qui n’est rien de moins que la première monographie consacrée à la compositrice. On peut enfin entendre Moll, opéra lilliput pour six roches molles (1976), pour deux clarinettes, trois trombones, trois groupes de percussions, jouets d’enfant et bande (premier prix, catégorie mixte, 1978 et Euphonie d’Or 1992 au Concours inter-national de musique électroacoustique de Bourges). L’enregistrement reproduit ici, qui date de 1978, est époustouflant tant l’intégration des instruments et de la bande y est parfaite. L’œuvre regroupe 17 miniatures inspirées par des rêves, et qui sont autant d’univers différents; elle a été créée en 1976 à la Société de musique contemporaine du Québec, et un 18e rêve pourrait être de vouloir réentendre ça en concert un de ces jours! Lux (1985) a déjà été publié dans une version un peu plus courte sous le titre Lux æterna (disque «Halogènes», étiquette ummus — umm 101- 1989). Il s’agit d’une musique électroacoustique composée pour un spectacle multimédia de Renée Bourassa et on peut y entendre de longs emprunts à Alain Thibault (Quark’s Muzik, de 1983 et OUT, de 1985). Le style de Deschênes ne ressemble à aucun autre et s’accomode très bien de l’incorporation d’éléments comme ceux-là, eux-mêmes pourtant très personnels; ils y sont parfaitement appropriés. Les œuvres plus récentes, deux extraits de Griffes (2000, en cours), sont dérivés de la musique composée pour Musique défilé (2000 — une collaboration avec Linda Bouchard qui impliquait les musiciens du Nouvel Ensemble Moderne et… un défilé de mode!). Le premier extrait (Indigo), incorpore des extraits empruntés à Bernard Fort, Gilles Gobeil et Jean-François Laporte, tandis que le second (Le bruit des ailes) est truffé d’autocitations de provenances diverses. On sent bien peu le passage du temps entre ces différentes œuvres, qu’elles datent d’il y a 30 ans ou de moins de 10, et c’est là que le style apparemment baroque de Deschênes prouve son unité.
Quant aux petits Big Bangs du titre, ils sont bien là, en ouverture (Big Bang II, 1987-1995) et en clôture (Big Bang III, 1992). De courtes pièces électroacoustiques prévues pour accompagner des installations de George Dyens, elles évoquent davantage le Big Bang de la fin du monde que celui du début des temps. Mais pour un grand nombre d’auditeurs, il s’agit surtout encore d’un territoire à découvrir.