Jean-François Denis, empreintes DIGITALes in Continuum
Fondée en 1989 par deux musiciens,
Fondée en 1989 par deux musiciens,
La musique électroacoustique est née vers 1950, quelque part dans les stations de radio,
Le temps des bricolages solitaires laisse vite sa place à celui de la reconnaissance et des laboratoires de recherche.
Pour certains compositeurs d’électroacoustique — ceux qui se rattachent à la musique concréte—, les notes, les hauteurs, n’existent plus en tant que telles. La musique ne s’articule plus autour d’elles mais autour du matériau sonore, élément de base d’un nouveau langage musical, souvent austère, souvent dramatique. Aussi
Pourquoi écouter de l’électro
L’électroacoustique peut ennuyer, effrayer, effarer ou irriter. On peut-étre rebuté par un domaine musical qui se complait parfois dans l’exercice solitaire d’un art abscons et élitiste, à la limite du pédantisme, comme certains titres d’œuvres l’attestent (Palimpseste, Transits élémentaires 2, Métonymie ou le corps impossible, etc.). Mais c’est un peu le danger qui guette tout musicien qui voudrait aller jusqu’au bout de son art, explorer l’inexploré. Il n’y a plus de références possibles, la musique s’égrène sans filet, et parfois s’effondre, se liquéfie, plonge dans le gouffre de la suffisance, ou se perd dans des dédales sans issue, prenant une ampoule électrique pour l’astre solaire. Il ne s’agit pas d’écrire une chanson pop, porté par une tradition bien assise, mais de construire de nouveaux archipels sonores, sans références architecturales, d’explorer des lieux
D’ailieurs, faites écouter de l’électroacousbque à un oncle breton pour qui musique rime avec binIou, le résultat ne se fait pas attendre
Présentation d’empreintes DIGITALes
empreintes DIGITALes est un label canadien voué à l’électroacoustique, créé en décembre 1989 par
J’ai fondé aussi une association, la CÉC (Communauté électroacousaque canadienne), et, par le biais de cette association, j’ai rencontré pratiquement tous les compositeurs canadiens. J’ai entendu beaucoup de bonne musique. Je savais qu’il existait de bonnes pièces mais il n’y avait aucun réseau pour la distribuer. J’ai d’abord rencontré les dirigeants des principales étiquettes de disques à Montréal pour leur proposer de développer une série électroacoustique. Mais nulle part il n’y avait l’intérêt, la conviction, de faire une série forte. Je me suis ainsi retrouvé à le faire moi-même.
J’ai sondé les compositeurs pour savoir s’ils seraient intéressés d’être sur mon étiquette de disques et les réponses étaient très positives. En parlant avec les compositeurs, je me suis entretenu avec
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C’est par défaut que c’est canadien en ce moment parce que ça existe grâce aux subventions du Conseil des Arts du Canada et en particulier d’un programme développé par le Ministère fédéral des Communications, le PADES. On ne peut évidemment pas demander de subventions pour faire un disque d’un compositeur anglais ou néerlandais. Mais l’an prochain — bonne nouvelle
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La conception graphique est très simple. C’est toujours la même présentation
La démarche artistique est simple également
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Quand je choisis d’appuyer la démarche artistique d’un compositeur, je lui donne carte blanche. Je fais confiance à l’intégrité de la personne, quels que soient ses choix artistiques. Mais si l’artiste arrive avec une bande peu satisfaisante d’un point de vue technique, par exemple si elle présente des clics, on retourne en studio nettoyer la bande.
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On peut parler de ce qui est et de ce que ça devrait être. En ce moment l’électroacoustique est une musique de concert, ce qui la fait entrer dans une catégorie que l’on peut appeler universitaire ou académique si on veut, tout comme la musique instrumentale contemporaine. Ces musiques-là ont besoin d’un moyen pour exister. Dans un cas, c’est un ensemble, un orchestre, ce qui coûte très cher. Dans l’autre cas, c’est un studio avec des appareils qui coûtent aussi très cher. Les compositeurs sont le plus souvent des types pauvres. En restant étudiant le plus longtemps possible, on a accès, dans un cas, aux studios électroacoustiques des universités ou des conservatoires et, dans l’autre cas, à des étudiants instrumentistes. Il est possible de faire jouer ses pièces pour orchestre ou pour petit ensemble, et de les voir éventuellement reprises par les institutions. Maintenant, on peut dire que c’est bien ou que ce n’est pas bien, on peut dire que cela risque de devenir un genre de dogmatisme ou de la musique qui s’écoute. Libre aux personnes de tirer leurs propres conclusions.
Ma démarche est assez unique, même si elle l’est de moins en moins
On retrouve également dans les différents cloisonnements musicaux qui existent, les musiques que l’on appelle ici actuelles, la musique nouvelle, la musique contemporaine, le Jazz, la pop. Tous ces milleux-là utilisent de plus en plus les mêmes instruments. On retrouve l’échantillonneur Akai S1000 partout, autant dans un orchestre de chambre que dans la pop évidemment ou en musique nouvelle, actuelle ou électroacoustique. On commence donc à partager les mêmes outils et l’approche de ces outils commence à être de plus en plus la même.
L’intérêt est différent. En musique instrumentale contemporaine, ce sera l’articulation des hauteurs et des rythmes, en musique actuelle, ce sera un genre d’utilisation en musique semi-improvisée — on l’appelle comme ca, c’est très injuste, mais c’est comme ca qu’on la classe — alors qu’en électroacoustique, ce sera vraiment l’exploration sonore pure, où les hauteurs et les rythmes sont secondaires. Donc un genre bâtard entre les musiques improvisées actuelles et les musiques de concert — la musique contemporaine en particulier. On est libéré des hauteurs mais on n’est pas encore assez libéré pour improviser totalement.
Le CD est une belle affaire pour la musique électroacoustique, parce qu’il s’agit du premier médium qui soit vraiment fidèle à la musique comme telle. On n’a pas besoin de compresser le son, de faire de concessions auditives. Le son est vraiment tout là. Pour moi, c’est vraiment le meilleur médium pour l’électroacoustlque.
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En outre, j’ai l’impression que les compositeurs improvisent plus en musique électroacoustique qu’en musique instrumentale contemporaine. Quand je dis improviser, j’entends que le compositeur va prendre un son, le mettre sur une bande, le capter, le traiter, l’articuler, et à un moment donné, il va trouver — par improvisation, par expérimentation, par jeu avec la matière sonore — une forme qui l’intéressera. Il va la figer dans le temps et l’espace et ce sera utilisé pour une composition ultérieure ou pour l’élaboration d’une pièce précise. Je pense donc que le compositeur en électroacoustique fonctionne beaucoup plus par expérimentation, improvisation, par essais sur la matière sonore, jusqu’à ce qu’il y ait un résultat intéressant. Ce n’est pas une musique de laboratoire. C’est une musique faite d’expérimentations.
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Que cherche la musique électroacoustique
L’électroacoustique est plutôt rébarbative. Pourquoi
L’électroacoustique, tout comme la musique balinaise, ou la raga indienne, est une forme d’expression peu connue et est traitée comme telle. On est un peu perdu en écoutant ça. Mais ce n’est certainement pas en disant que c’est une musique qui n’a ni queue ni tête que l’on pourra trouver qu’elle a en fait une queue et une tête. Les compositeurs d’électroacoustique travaillent et je crois que, pour la plupart d’entre eux, ce ne sont pas des charlatans. Ce ne sont pas des opportunistes. Ce sont vraiment des gens qui font un bon travail. il faut écouter un peu et donner sa chance à la musique. Se dire
Moi, je peux écouter du
L’électroacoustique rentre aussi dans les musiques pop, les Rita Mitsouto entre autres, parce que ces personnes-là utilisent les mêmes instruments et vont explorer le son de facon très intéressante. Mais — et là se situe la différence — l’électroacoustique se concentre sur cette seule exploration sonore, cette seule fête sonore.
Que cherche-t-elle
Pour moi, l’électroacoustique est très intéressante parce que je ne suis pas un musicien. Je ne joue pas d’un instrument de musique. L’électroacoustique est un jeu sonore qui, d’une part, m’est accessible et, d’autre part, ne semble pas avoir trop de règles. C’est vraiment très ouvert. On peut faire ce qu’on veut avec l’électroacoustique. Ca ne veut pas dire que tout est permis. La merde, ca existe quand même et il y en a beaucoup évidemment. Mais l’électroacoustique ayant le moins de règles, est le genre de musique le plus ouvert qui soit. Si je voulais pratiquer un genre de Jazz ou un genre de pop ou d’autres musiques, je serais confronté à une tradition très forte. Le Jazz existe depuis cent ans et je m’inscris là-dedans si j’en fais. L’électroacoustique existe depuis quarante ans mais c’est tellement obscur et tellement ignoré qu’en fait ca n’existe pas encore vraiment. Je peux aller là-dedans et m’exprimer par ces moyens-là, par ces sons, aller y rechercher ma sensibilité, sans me faire chier avec des considérations académiques ou publiques. C’est vraiment très personnel comme médium d’expression.
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Maintenant les œuvres sont disponibles. Il y a deux ans, l’électroacoustique n’était pas disponible. Un amateur d’électro ou un créateur n’avait aucune façon d’obtenir les œuvres pour les écouter en privé. Maintenant empreintes DIGITALes vient corriger cet aspect-là et, avec les années, corrigera cette lacune de plus en plus. Il y a des projets pour l’an prochain et pour les deux ou trois années à venir. La musique sera donc de plus en plus accessible. Il y aura de plus en plus de personnes qui pourront y avoir accès. Il y aura de plus en plus de feedback.
Il y a aussi les concerts. Il y a une très belle initiative à Montréal — et ça, ça fait partie de ma philosophie personnelle, c’est de faire sortir l’électroacoustique de la salle de concert. Selon moi, la salle de concert est la pire chose qui soit pour l’électroacoustique, car cette musique n’a le plus souvent pas besoin d’une scène, n’a pas besoin de cette rigidité, de ce protocole qu’on emprunte à la musique instrumentale, à la musique institutionnelle, à l’orchestre. C’est en fait une invention de la période industrielle. Du temps de
Ainsi il y a, d’une part, le disque qui te permet d’écouter les œuvres chez toi si ca te tente et d’autre part, les concerts qui n’ont pas lieu dans des salles de concert mais dans des lieux détournés, de nouveaux lieux, qui sont autant de nouvelles façons de présenter l’électroacoustique. Et la, il y a du public. Et même de plus en plus. Au départ il y avait cinquante personnes qui venaient ce qui était quand même beaucoup pour une musique si peu connue. Mais maintenant, au planétarium, il y a cent personnes qui viennent. Ce ne sont pas toujours les cent mêmes. On ne reconnait pas les personnes. Avant, c’était tous nos “chums”. Mais là, il y a des personnes que l’on ne connaît pas. On ne sait pas d’où elles viennent. Cela s’ouvre comme ça et empreintes DIGITALes n’est pas étranger à ce phénomène. Huit lancements de disque en deux ans, cela représente des événements, que ce soient des fêtes dans des bars ou des concerts de lancement. Cela génère beaucoup d’activités et il y a de plus en plus de gens qui trouvent que ce que nous faisons est intéressant. Alors que la musique, ce sont souvent des œuvres qui existaient il y a déjà quatre ans. Ce n’est pas que, soudainement, la musique soit meilleure. On en parle plus, c’est tout. Parce qu’empreintes DIGITALes joue le jeu de l’industrie du disque. On ne fait vraiment aucune concession à ce niveau là. On parle de nous dans les médias, d’une facon très “agressive”.
On est très présent. Il y a certaines personnes qui disent
L’avantage d’empreintes DIGITALes et des concerts
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On a tous écouté
Mais ça a été un mouvement important pour tout le monde.
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Il y a un disque de
Et il y a le disque d’
Après ça, il y a les disques de courte durée. Il y a quatre compositeurs canadiens
Je tiens à n’avoir qu’un seul compositeur par disque. Il n’y a rien qui m’emmerde plus que les disques où il y a plusieurs compositeurs. Je préfère prendre un disque, le placer dans le lecteur et écouter l’œuvre d’un compositeur. J’ai toujours fait ça avec les musiques instrumentales et je continue à le faire avec les musiques électroacoustiques. Il y a certains compositeurs qui sont très bons mais qui n’ont pas soixante minutes de bonne musique. Alors, est-ce qu’il faut attendre un an, deux ans, quatre ans avant d’entendre leur musique
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Petit lexique québécois (approximatif)
La devise du directeur de la maison de disque empreintes DIGITALes,
Il y a seulement deux ans,
Deux ans plus tard, empreintes DIGITALes a mis sur le marché sept disques compacts qui sont distribués un peu partout à travers le monde. Le dernier succès de la compagnie remonte à octobre 91 alors que l’étiquette lançait un album double de
Fort de ce succès,
Avant de devenir directeur d’empreintes DIGITALes (et maintenant de SONARt),
À l’automne, la prochaine voie que SONARt empruntera sera celle du théâtre avec l’adaptation discographique de la pièce de
Planètes ignorées, univers à découvrir, neuf disques compacts tournent déjà dans nos lecteurs
Cela commence à se savoir, mais il n’est pas mauvais de le rappeler
Les deux collections de disques compacts dont il sera question ici offrent un éventail très ouvert de styles et d’applications, témoignant ainsi de la vitalité du médium au Canada. Profusion stimulante mais qui rend le sujet de cette rubrique quelque peu pléthorique pour l’espace qui lui est alloué. Quand on saura, en effet, que ce sont… soixante-quatorze œuvres ou extraits qu’il faudrait commenter, on imaginera sans peine qu’il ait fallu faire des choix.
Coïncidence symbolique, et somme toute réconfortante, au moment où disparaît le service RCI (Radio Canada International) après la réalisation d’une dernière
La musique pour bande souffre encore de biens d’a prioris de la part de l’auditeur moyen. Une nouvelle génération de compositeurs vient bousculer les règles admises par l’intelligentsia, finis les verbiages et les cénacles, l’électroacoustique devient une expression qui s’assume enfin à part entière.
empreintes DIGITALes est un label qui vise à promouvoir des œuvres de qualité tout en leur assurant une diffusion réelle hors des milieux autorisés.
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Je suis allé faire le tour des étiquettes de disques existantes à Montréal pour connaître franchement leurs intentions, à savoir si elles étaient intéressées pour développer une série électroacoustique. Ces étiquettes étaient soit institutionnelles (Centredisques qui dépend du Centre de musique canadienne), soit de type coopératif comme Ambiances Magnétiques, les autres faisaient mal leur boulot (pas de promotion). Je voyais une nécessité à la diffusion de cette musique, il a fallu que je le fasse moi-même. Pendant plus d’un an j’en ai parlé à beaucoup de compositeurs,
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