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Robert Normandeau

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  • Robert Normandeau dans Le Devoir

    «Un grand interprète des haut-parleurs», François Tousignant, Le Devoir, 16 septembre 2002
    lundi 16 septembre 2002 Presse

    La soirée est chargée: plus de trois heures de musique, de quoi assouvir le plus vorace appétit. Auparavant, une courte rencontre avec le compositeur à l’honneur en ce samedi, Robert Normandeau, membre fondateur de cette manifestation Rien à voir avec Gilles Gobeil et Jean-François Denis. C’est la douzième édition de cette sorte de festival quasi bisannuel de l’acousmatique et ce dernier concert est entouré d’une aura spéciale.

    Robert Normandeau y tient le haut du pavé, comme compositeur et comme interprète. «Oui, dans ce genre de métier, nous sommes vraiment des interprètes; la diffusion — certains parlent de projection, en analogie avec le cinéma — est primordiale car, pour notre forme de musique, rien n’est plus essentiel que la manière dont on met le son en espace.» Le concert s’annonce donc bien puisque, en plus, on y entendra Chorus, une œuvre pour laquelle Normandeau a remporté le premier prix au premier Concours international de musique sacrée de Fribourg. Robert Normandeau fait de la musique sacrée?

    «Absolument et je vous prie de ne pas confondre avec musique religieuse», lance-t-il aussi amicalement que Messiaen avait l’art d’aborder ce sujet. «Mon œuvre se base sur le son d’une cloche, représentant le christianisme, la shofa [une sorte de gros hautbois], qui est un instrument rituel judaïque, et l’appel des muezzins, pour l’islamisme. Il ne s’agit donc pas de parler de religion, davantage de spiritualité au sens moderne et dans une perspective individuelle. J’aimerais croire que cette musique amène à une réflexion.» On en jugera plus avant, après le concert.

    Formidable interprète

    Entré dans la salle, Normandeau présente d’abord des pièces d’autres compositeurs qui le passionnent — et nombre d’entre elles sont des premières ici.

    C’est la formule consacrée de cette série de concerts. Un premier constat s’impose: Normandeau est un formidable interprète. Plutôt que de jouer de l’à-plat des haut-parleurs devant nous pour ensuite faire «tourner» le son dans le volume de la salle, il crée presque systématiquement — c’est son style — un axe oblique qui va du côté jardin au fond de la salle qui s’oppose au côté cour. Ainsi, nous nous trouvons au centre même de l’espace sonore, dont l’entièreté est intimement ressentie. On suit alors avec un émerveillement renouvelé les pérégrinations spatiales de la musique.

    On apprivoise The Unmoved Center (Randall Smith) avec joie. Surtout, on découvre cette musique de pionnier qu’est l’œuvre de Dockstader — datant de 1961 — qui s’impose comme une forte réponse au Poème Électronique de Varèse, possédant la même aspiration à l’énergie de la nouveauté.

    L’Athanor, de Marc Favre, sonne plus académique; ce qui stupéfie ici, c’est la mise en sonorisation qu’en fait Normandeau, attentif à tous les détails. Puis arrive le chef-d’œuvre et l’interprétation de génie, l’un semblant fructifier l’autre et vice-versa en ce contexte: pièce la plus «longue», ce fut celle qui, imagination incroyable, séduisante et passionnée imposant l’attention fervente, parut la plus brève. Sur un rire d’enfant, de petits riens de bruits de pierres, on ne pressent rien: Normandeau nous fait pénétrer de plain-pied dans un univers magique qu’on tient absolument à retrouver ultérieurement, tant la découverte fut forte.

    Un autre regard

    Pour ses propres œuvres, un autre regard est nécessaire. Erinyes, issue d’une musique de scène écrite pour l’Électre de Sophocle, nous fait entrer dans le monde de l’horreur et de la souffrance. Le cri humain de douleur psychologique ou de révolte fort discernable, qu’il soit féminin ou masculin, se confronte à un monde violent de heurts. Le paratexte est important: la pièce fut créée à Belfast et les raccourcis artistiques du grand créateur glacent le sang par leur efficacité.

    Chorus s’avère de la même veine. Trois éléments semblent vouloir se confondre. Cet appel à l’œcuménisme vire rapidement au drame, tout en étant entraîné dans un maelström qui amalgame et fait se choquer les idées de bases, à l’image même de la réalité. La virtuosité de l’écriture et de l’interprétation laisse pantois! On attend la création de Strin(G/D)berg avec impatience.

    Pour déchanter amèrement. Sur un ostinato de quinte à vide, Normandeau joue du filtre harmonique comme un débutant s’amuse avec cet élément de la quincaillerie. Assurément, ces sons durent être efficaces lors des représentations de Mademoiselle Julie. La pseudo-œuvre tirée de ce travail théâtral, à l’opposé des deux œuvres entendues précédemment, montre un net recul de la pensée et de la curiosité technique dont pâtit l’art. En plus, la diffusion est d’un ordinaire consternant et l’imagination montre sa pauvreté dès que les modèles (le Stockhausen de Stimmung, Unsichtbarer Chöre ou Oktophonie, les passions d’Ian Moody et certaines pages «planantes» de Tavener ou harmoniquement réductrices d’Adams ou de Glass) imposent leur nette supériorité. Tous les créateurs ont leur moment d’égarement et succombent une fois à la facilité. Espérons que c’est là la situation, qu’on souhaite très passagère.

    Auparavant, il y eut un concert consacré aux jeunes compositeurs. Deux noms ressortent: Félix Boisvert et Martin Messier. Plus que de belles promesses, déjà une maîtrise assedz originale de ce qu’il y a à dire et comment le dire. Le reste est en général scolaire et sans grand intérêt, sauf qu’une constatation se doit d’être respectueusement faite, qui s’adresse à tous: le haut niveau de qualité que montrent tous ces jeunes à rendre adroitement vivante dans l’espace la musique parfois gauche qu’ils tentent d’inventer.

    Normandeau est un formidable interprète.

    Robert Normandeau dans La Presse

    «Rien à voir, tout à entendre!», Guy Marceau, La Presse, 14 septembre 2002
    samedi 14 septembre 2002 Presse

    Aujourd’hui à l’Espace GO, la soirée sera consacrée aux œuvres de Robert Normandeau, compositeur et cofondateur de l’événement Rien à voir, ce minifestival de musique électroacoustique qui se termine demain. Dans la salle: les spectateurs; sur la scène: un orchestre de haut-parleurs. S’il n’y a rien à voir, il y a tout à entendre. Et pour imposer le genre en musique électroacoustique, tout est encore à faire.

    «Le problème avec la musique électroacoustique, lance Robert Normandeau, c’est que les médias en musique classique font peu de couverture parce qu’ils n’y comprennent rien! Mais aujourd’hui, avec toutes les mouvances électroniques plus populaires, il y a un peu plus de journalistes qui s’intéressent à la scène électro.»

    Tout ça est dit sans hargne particulière, mais plutôt comme une affirmation ou un constat. Depuis les premières explorations musicales électroniques, il y a plus d’un demi-siècle, on ne peut pas dire que le genre soit encore aujourd’hui très populaire, ce qui n’a pas empêché les créateurs d’ici et d’ailleurs de poursuivre leurs démarches artistiques en marge des grands courants «populaires», au même titre que les cinéastes, les peintres ou les écrivains.

    Robert Normandeau est un bel exemple de pionnier en la matière. En 1992, il décrochait le premier doctorat en composition électroacoustique de l’Université de Montréal (où il enseigne depuis 1999). Son sujet de thèse: le cinéma pour l’oreille. Une métaphore qui est devenue la base conceptuelle de Rien à voir, festival de musique électroacoustique produit par Réseaux, une société de concerts qu’il a fondée avec deux autres compositeurs, Gilles Gobeil et Jean-François Denis.

    «Pour l’auditeur novice en électro qui ne sait pas trop à quoi s’attendre, le cinéma pour l’oreille est encore la meilleure dénomination. Et l’analogie ne tient pas tant au cinéma commercial et narratif qu’au cinéma d’animation, par exemple. Parce que ce sont des arts enregistrés et non des arts de performance. Le cinéaste d’animation est très proche du compositeur d’électroacoustique; peu importe la technique utilisée, c’est lui qui fabrique ce qu’il va filmer ensuite, image par image, son par son, etc.»

    «L’artiste est aussi l’artisan. C’est moi qui «bidouille» mes sons; ce n’est pas do-ré-mi-fa-sol et, en ce sens, on est aussi très proche du sculpteur ou du peintre. L’objet qui sort de mon studio, c’est la musique dans son ensemble; je ne peux pas la transmettre à quelqu’un d’autre comme on le fait avec une partition; le peintre ne donne pas lui non plus le mode d’emploi avec son tableau. Or, pour l’auditeur qui s’assoit dans la salle de concert, c’est tout l’univers sonore qui lui est donné à entendre, et son imaginaire peut alors s’y projeter de façon beaucoup plus forte et développée que lorsqu’une image lui est présentée.»

    Robert explique que l’électroacoustique possède son langage propre et que l’auditeur doit oublier toute référence à un genre musical existant. L’enjeu n’est donc pas tant de comprendre la musique électroacoustique que de se laisser impressionner par les mille et une sonorité de ces paysages sonores, fruits des savants échantillonnages.

    La soirée «carte blanche» consacrée à Robert Normandeau réserve donc plusieurs surprises aux auditeurs curieux. À 18h, place à la musique de cinq jeunes compositeurs et, à 20h, Robert Normandeau a choisi des œuvres de Randall Smith, Tod Dockstader (une pièce de 1961!), Marc Favre, Maurizio Martusciello et trois de ses propres œuvres dont la création de Chorus, une pièce qui a récemment remporté le premier prix au Concours international de musiques sacrées de Fribourg (Suisse) consacré cette année à l’électroacoustique.

    «Les trois pièces que je présente sont nées du travail que j’ai fait au théâtre notamment, et surtout avec la metteure en scène Brigitte Haentjens. Par exemple, Chorus vient d’une musique que j’ai composée pour la pièce Antigone (Sophocle) présentée à Québec cette année. Chorus utilise les symboles sonores de trois religions monothéistes: la cloche d’église (christianisme), le shofar (judaïsme) et l’appel à la prière (islamisme).» D’ailleurs, Chorus sera aussi présentée demain à 16h en clôture de Rien à voir avec les deux autres œuvres lauréates du concours de Fribourg. Et comme Rien à voir débutait le 11 septembre, le concert intitulé Tolérance se fera au bénéfice d’Amnistie internationale.

    Robert Normandeau dans Voir

    «Passion aveugle», Réjean Beaucage, Voir, 12 septembre 2002
    jeudi 12 septembre 2002 Presse

    Robert Normandeau compte parmi les compositeurs québécois qui font le plus rayonner la musique d’ici sur le plan international grâce à sa participation à des concours et festivals un peu partout sur la planète. Il remportait justement en juillet dernier le premier prix du Festival de musiques sacrées de Fribourg (Suisse), ouvert pour la première fois à la musique électroacoustique. La pièce récipiendaire, Chorus, sera entendue lors du concert que Robert Normandeau donnera ce 14 août, à 20 h, dans le cadre de Rien à voir; de plus, elle sera reprise lors du concert hors série donné le 15 à 16 h au bénéfice d’Amnistie internationale et qui présentera les trois œuvres lauréates du concours de Fribourg. J’au rencontré le compositeur dans son studio afin de discuter de son travail et de cette 12e édition de Rien à voir.

    Le concert que donnera Normandeau ce samedi s’intitule Mise en son; mise en scène, et s’il est un fervent défenseur de l’expression «cinéma pour l’oreille» lorsqu’il s’agit de décrire la musique acousmatique (musique qui se développe en studio et se projette en salle, sur un orchestre de haut-parleurs), c’est cette fois de théâtre qu’il est question. «C’est un peu par hasard que je fais des musiques de théâtre, me dit Normandeau; j’ai d’abord été l’assistant de Denis Gougeon qui faisait la musique pour Roberto Zucco du Théâtre Ubu en 1993. J’ai retravaillé par la suite avec lui et Denis Marleau pour Nathan le Sage, qui a été présenté à Avignon en 1997, mais depuis j’ai surtout travaillé avec Brigitte Haentjens. Elle me laisse carte blanche plus que tout autre metteur en scène avec qui j’ai pu travailler. Par conséquent, j’ai toujours fait un travail très électroacoustique. Forcément, ce n’est pas une musique qui a la densité d’une musique de concert, parce qu’il n’y aurait plus alors de place pour le texte, mais après je peux prendre les matériaux de base et les retravailler dans le sens d’une musique de concert.»

    C’est ainsi que les musiques composées pour la scène sont «recyclées» en suites de concert. Le dernier disque de Robert Normandeau, Clair de terre, paru chez empreintes DIGITALes, comptait deux morceaux de ce type: Malina, dont la musique est dérivée de celle qui fut composée pour la pièce du même titre mise en scène par Haentjens en 2000, et Erinyes, dérivée de son travail pour Électre de Sophocle, également mise en scène par Haentjens en 2000. Dans cette dernière pièce, que le compositeur diffusera lors de son concert du 14, tout le matériel musical de base est constitué par les voix des comédiens de la pièce, transformées à l’extrême et ordonnées par le génie de Normandeau. Aussi au programme, la création de Strin(G/D)berg, composée à partir d’éléments sonores réalisés pour Mademoiselle Julie de Strindberg (mise en scène de Brigitte Haentjens, 2001) et Credo d’Enzo Cormann (mise en scène de Christiane Pasquier, 2001). Enfin, Chorus, qui emprunte certains éléments sonores, mais aussi le thème de la tolérance, à Nathan le Sage. Normandeau explique: «J’y utilise les signatures sonores des trois grandes religions monothéistes, c’est-à-dire la shofa pour le judaïsme, les cloches d’église pour le christianisme et l’appel à la prière pour l’islamisme.» Bien que venu d’un texte écrit au 18e siècle, on peut certes dire que le sujet reste d’actualité. Robert Normandeau présentera lors du concert du 14, en plus des siennes, des œuvres de Tod Dockstader, Marc Favre et Maurizio Martusciello. Ses propres pièces seront cependant présentées en versions multiphoniques à 16 voies. Toutes les œuvres seront diffusées sur un orchestre de 24 haut-parleurs.

    La pièce Chorus sera reprise durant le concert du dimanche, donné au profit d’Amnistie internationale. «Ça faisait longtemps que je voulais faire quelque chose pour Amnistie et lorsque l’on s’est rendu compte à Réseaux que les dates retenues à l’Espace Go, les seules disponibles, correspondaient à l’anniversaire du 11 septembre et qu’en plus, je revenais de Fribourg avec le premier prix reçu pour une pièce dont le thème est la tolérance, on a pensé que c’était le moment.»

    La série de concerts débutait le 11 septembre avec le compositeur danois d’origine américaine Wayne Siegel. Elle se poursuit le 12 avec le compositeur brésilien Flo Menezes, et la soirée du vendredi 13 nous permettra de découvrir l’Américaine Elainie Lillios. Avant le concert de Robert Normandeau le 14, à 18 h, ce sera le traditionnel concert des jeunes compositeurs (qui jouent à demi-prix). Ça fait déjà beaucoup, mais on peut encore ajouter des rencontres avec les compositeurs (en français le 12 à 19 h avec Menezes et Normandeau, en anglais le 13 avec Siegel et Lillios).

    Puis il y a les POSTrien, qui se déroulent chaque soir à compter de 22 h 30 juste l’autre côté de la rue, soit à la Casa del Popolo, où se produisent des représentants d’une faction certes moins institutionnelle de la musique électroacoustique. Là-dessus, Robert Normandeau précise: «Malheureusement, il y a un clivage important entre musique populaire et musique de concert, mais les rapprochements s’opèrent de part et d’autre entre ‘électronica’ et électroacoustique. Alors à Réseaux, comme à l’ACREQ aussi d’ailleurs, on cherche à fabriquer des chemins de traverse; de plus, entre l’Espace Go et la Casa, c’est si facile que l’on espère que ça pourra fonctionner dans les deux sens.»

    À surveiller à la Casa: la reprise du duo que Magali Babin et Guillaume Rancourt donnaient à Québec en février dernier dans le cadre du Mois-Multi (le 12); l’Américain Click Tracy (de son vrai nom Todd Drootin), qui présentera le même soir un «hommage au free jazz», en prélude à son concert du samedi sous le nom Books on Tape; la première prestation solo de Frédérick Blouin, bien connu des amateurs de l’étiquette No Type sous le nom d’Oeuf Korreckt, et la soirée de clôture avec quatre artistes des États-Unis.

    Robert Normandeau compte parmi les compositeurs québécois qui font le plus rayonner la musique d’ici sur le plan international…

    2 octobre 2002: Finalistes du Métamorphoses 2002

    mercredi 17 juillet 2002 En concert

    Le jury du concours Métamorphoses 2002 (Francis Dhomont, Beatriz Ferreyra, Annette Vande Gorne, Hans Tutschku) s’est réuni dans les studios Métamorphoses d’Orphée, à Ohain (Belgique), afin de déterminer les finalistes et les participants à la finale publique dans le cadre du festival L’Espace du son, tenu à Bruxelles le 2 octobre 2002. Parmi les finalistes on retrouve les compositeurs Gilles Gobeil, Monique Jean et Robert Normandeau.

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