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  • Jean-François Denis, empreintes DIGITALes in Les Cahiers de l’ACME

    “Interview: Jean-François Denis”, Stephan Dunkelman, Les Cahiers de l’ACME, no. 112, February 28, 1991
    Thursday, February 28, 1991 Press

    Ancien président de la CÉC (Communauté électroacoustique canadienne), Jean-François Denis, que nous avons rencontré l’année passée au festival de Bourges, s’est lancé dans la production et l’édition de musiques électroacoustiques. Il nous a paru intéressant de connaitre les motivations qui ont entrainé ce type de projet.

    Qu’est-ce que DIFFUSION i MéDIA? DIFFUSION i MéDIA a été formée par Claude Schryer et moi-même dans le but de créer une société de production d’arts médiatiques, cela pour la bonne et simple raison qu’il n’en existait encore aucune au Canada.

    Qu’entendez-vous par art médiatique?

    Je veux parler des arts technologiques: l’électroacoustique, la vidéo, le théâtre musical, la publication de livres interactifs dans le genre «hypermédia» qui a été très populaire en Amérique du Nord, les CD-ROM. La première réalisation de cette société a été de créer le label de disques compacts empreintes DIGITALes qui se spécialise en électroacoustique. Cela n’existait pas et il nous a semblé indispensable de créer un type de rapport direct avec ce genre, un peu comme ECM l’a fait avec le jazz. Nos quatre premières réalisations couvrent déjà un éventail assez large du domaine électroacoustique avec Christian Calon qui est très musique concrète, Robert Normandeau qui l’est moins exclusivement puisqu’il emploie plus volontiers des sons de synthèse alors qu’Alain Thibault est tout à fait électro-instrumental, à la limite de l’électro-pop. Enfin, le quatrième disque sera consacré à 25 électro clips (pièces courtes de trois minutes) commandées à 25 compositeurs différents pour célébrer la tenue du festival «Montréal musiques actuelles».

    Quelles sont les limites que vous vous étes imposées?

    La règle première qui régit notre travail est de s’investir dans des projets qui nous tiennent à cœur. Les limites de la société seront déterminées par nos goûts et si les projets ne concernent pas l’électroacoustque, ils seront édités sous un autre nom.

    Comptez-vous vous limiter aux compositeurs canadiens?

    Dans l’absolu, non. Toutefois, au début, nous devrons nous y tenir par manque de moyens: les autorités canadiennes n’acceptant de subsidier que des compositeurs nationaux. Comme nous sommes encore trop tribunaires des aides gouvernementales, nous ne publierons, pour le moment, que des compositeurs canadiens.

    Si un compositeur étranger obtient les subsides nécessaires, peut-il se faire produire chez vous?

    Tout à fait, pour autant que le projet nous plaise.

    Y-a-t-il des rapports entre la CÉC et vous?

    Non, les seuls contacts que nous entretenons sont ceux que nous avons avec les compositeurs ou que nous pouvons avoir avec n’importe quel autre organisme.

    Votre action se limite-t-elle à des compositeurs connus et reconnus ou bien envisagez-vous aussi, par exemple, de produire un CD qui reprendrait les meilleures œuvres d’étudiants durant une période de cinq ans afin de promouvoir ainsi de jeunes compositeurs?

    Nous n’avons pas encore envisagé d’autres perspectives que celles citées plus haut: travailler avec un compositeur ou un concept, comme pour le CD Électro clips. Dans la même optique, nous travaillons sur un projet de pièces radiophoniques. Il ne peut y avoir qu’un thème fort pour que nous envisagions de rassembler plusieurs compositeurs sur un même CD. Afin de répondre plus précisément à la question, il est évident que nous sommes actuellement — j’insiste sur actuellement — encore trop tributaires des aides extérieures, ce qui explique que nous devons travailler avec des compositeurs connus. Mais, ceci est une exclusive qui tendra à disparaître au fur et à mesure du développement de notre indépendance financière.

    Avez-vous des projets en coproduction?

    Nous comptons produire, avec l’Ina-GRM, un double CD de Francis Dhomont: le concept est monté, il ne manque plus que les fonds.

    Quels sont les rapports que vous entretenez avec d’autres maisons de productions?

    Comme nous ne faisons concurrence à personne, nous ne pouvons avoir que de bons rapports avec les autres maisons, fructueux ou non. Toutefois, ceux-ci n’ont encore rien donné de concret par manque de temps. Le projet de coproduction avec l’Ina-GRM prouve que c’est possible et même souhaitable pour la diffusion mutuelle de nos productions. Nous sommes donc ouverts à toute collaboration sous fomme d’échanges de services (réseau de diffusion, fichier, etc). Nous collaborons avec une publication dont le premier numéro est sorti le mois dernier et qui s’intitule Leonardo Music Journal et nous sommes en relation directe avec une nouvelle revue de musicologie qui s’appelle Circuit. De cette manière, nous pourrons créer un réseau de producteurs car il est primordial, dans la situation où se trouve l’électroacoustique, de conjuguer les efforts fournis.

    Votre rayon d’action en Amérique du Nord se cantonne-t-il au Canada?

    Il y a un pré-circuit aux États-Unis. Le plus dur, dans notre domaine, concerne la diffusion. il est très simple de trouver un distributeur dans un pays étranger, mais il est difficile d’en trouver un «bon» dans ces mêmes pays étrangers; c’est-à-dire quelqu’un qui connaisse les endroits-clés pour diffuser notre produit et qui ne bloque pas la situation comme cela s’est déjà produit avec certaines petites marques qui ont été inclues dans des réseaux de distribution de grandes marques et qui pour des raisons de rentabilité, ont été mises au placard par ces mêmes grandes marques. Il existe, par exemple, une marque allemande disponible en France mais pas en Belgique car la marque de renom ne distribue pas celle-ci dans ce pays. Nous voulons éviter ce genre d’aberration et entrer en contact avec des petites firmes qui sont dans le méme cas que nous ou bien trouver un distributeur qui s’intéresse à notre projet.

    Vous envisagez, comme le laissait supposer le début de notre entretien, la publication de livres… Qu’en est-il exactement?

    DIFFUSION i MéDIA est, en effet, intéressé par la publication d’une série de livres. Exemple tout à fait imaginaire, Robert Normandeau travaille sur un texte pour sa thèse de doctorat: «Le cinéma pour l’oreille». Il n’est pas dit que nous ne soyions pas candidat à la publication de ce livre, qui serait complémentaire à notre travail sur l’électroacoustique. Nous comptons également — mais c’est encore à l’état de projet — publier des petits fascicules d’analyses destinés à la pédagogie. Dans cet optique, nous encodons des index dans nos disques compacts afin de pouvoir isoler des sous-sections dans une pièce et de pouvoir concentrer une analyse sur une petite partie d’une œuvre. Par exemple, dans le Concerto pour piano MIDI d’Alain Thibault, il y a trois mouvements mais aussi onze sous-sections repérées par des index.

    Ces analyses seront-elles écrites par un analyste ou par les compositeurs?

    Je pense que pour l’électroacoustique il est plus intéressant de le faire faire par le compositeur et je vois ces fascicules plus comme des indices que comme des analyses. Il est évident que nous introduirons les partitions d’écoute dans ces «indices». Il serait intéressant de créer des piles Hypercard représentatives du travail d’un compositeur et de les envoyer dans toutes les universités, ce qui constituerait un outil pédagogique intéressant pour les professeurs comme pour les étudiants qui benéficieraient ainsi de l’équivalent d’une démo pour un logiciel musical.

    Les aides gouvernementales semblent importantes dans le fonctionnement d’empreintes DIGITALes, comment, dès lors, éviter le piège de la musique exclusivement canadiennne?

    Ceci est une de nos préoccupations essentielles. Toutefois, a y a encore beaucoup de musiques québécoises et canadiennes qui méritent d’être éditées en disques compacts. Nous avons cependant différents projets — avec un compositeur anglais notamment — mais il nous faut de l’argent et aussi du temps pour en trouver. En attendant des jours meilleurs, une des solutions permettant de pallier à ce problème est d’ouvrir les portes aux coproductions. Il faut multiplier les contacts, non seulement avec les sociétés de distributions, mais aussi avec les organismes de relations entre les pays francophones.

    Quel rôle pourrait jouer votre société lors de l’organisation d’un festival d’électroacoustique au Canada, un peu celui des CD des lauréats du concours de Bourges par exemple?

    Si nous avons les fonds, c’est envisageable puisque cela correspond à la notion de concept. Pour le moment, c’est impensable sur le plan financier, d’autant plus que ce genre de projet implique d’endosser l’activité d’un groupe qui ne partage pas nécessairement les mêmes politiques que les nôtres.

    En tant qu’ancien Président de la CÉC, comment ressentez-vous les changements inhérents aux fonctions différentes effectuées dans votre nouveau travail?

    Ce travail me pemmet de moduler mes énergies qui, à la CÉC, étaient diluées. Ce projet est privé, plus personnel, je n’ai plus à être démocratique ou représentatif d’une institution. À la présidence de la CÉC, je devais consacrer une énergie incroyable à consulter les gens et à les convaincre si le besoin s’en faisait sentir. Avec DIFFUSION i MéDIA, les décisions se prennent plus rapidement et doivent enthousiasmer les deux partenaires. Le travail est donc tout à fait différent, moins prestigieux peut-être, mais plus épanouissant car il me permet de réaliser plus rapidement des idées qui me tiennent à cœur.

    Nos quatre premières réalisations couvrent déjà un éventail assez large du domaine électroacoustique…

    empreintes DIGITALes in Voir

    “Au fur et à mesure”, Félix Légaré, Voir, February 28, 1991
    Thursday, February 28, 1991 Press

    La petite maison de disques empreintes DIGITALes, la première et la seule à se consacrer exclusivement à l’électroacoustique dans toute l’Amérique du Nord, vient de souffler une bougie. Question de célébrer ses premiers pas, la famille s’embarque pour une tournée canadienne, Traces électro, qui s’arrétera dans sept villes, dont Montréal le 6 mars.

    Ravi, le compositeur Jean-François Denis, co-fondateur de l’étiquette avec Claude Schryer, pliait ses bagages quand je l’ai contacté au téléphone. Le sourire presque audible, le musicien m’annonçait que le bébé avait maintenant quelques dents: «On a constaté un profit. C’est pas hyper rentable, pas encore, mais ça peut vivre, quoi. On a reçu des subventions pour les trois premiers disques. Mais on a réussi à produire les deux derniers sans aucune aide.»

    Une performance remarquable dans un milieu où chaque disque ne s’écoule qu’à près de 400 exemplaires. Avantages: cette musique est souvent conçue directement sur bande. On s’épargne ainsi de coûteuses sessions de studio. «Puis les ventes par la poste évitent les frais de distribution et augmentent la marge de profit,» ajoute monsieur Denis.

    Raison de plus pour festoyer, le monde des sons trafiqués bouge plus que jamais au pays. «Les choses s’activent depuis la fondation, en 1986, de la CEC (Communauté électroacoustique canadienne), qui a nettement favorisé les échanges.» Et permis de rapprocher des compositeurs jusque-là isolés.

    Pendant que le fer est chaud, la toumée Traces électro, «la première qui ait jamais eu lieu ici, à ma connaissance», viendra battre la mesure de Vancouver à Québec. Les compositeurs Christian Calon, Robert Normandeau, Alain Thibault, qui ont chacun leur album chez empreintes DIGITALes, y présenteront leurs pièces tout comme Daniel Scheidt, qui en profitera pour lancer le sien, Action/Réaction. Jean-François Denis et Claude Schryer seront aussi de la partie, et six interprètes, dont le pianiste Jacques Drouin et la soprano Pauline Vaillancourt. L’événement de Montréal sera toutefois écourté, puisque trois artistes y ont déjà diffusé leurs œuvres l’an demier. Le 6 mars, au Théâtre Les Loges.

    Une performance remarquable…

    Électro clips in Les Cahiers de l’ACME

    “Critique”, Stephan Dunkelman, Les Cahiers de l’ACME, no. 112, February 28, 1991
    Thursday, February 28, 1991 Press

    Idée originale et intéressante que celle de demander à 25 compositeurs de créer, chacun, une œuvre courte (trois minutes). Exercice de style moins aisé qu’il n’y parait dans la mesure où ces compositeurs sont habitués à évoluer sur une durée beaucoup plus longue. Cette difficulté ne semble pas étrangère aux compositeurs de musique électroacoustique, mais ce genre de CD permet néanmoins d’offrir un large éventail de styles. Espérons que cette initiative se réitérera sous d’autres formes…

    Volt in Les Cahiers de l’ACME

    “Critique”, Stephan Dunkelman, Les Cahiers de l’ACME, no. 112, February 28, 1991
    Thursday, February 28, 1991 Press

    Lauréat du concours de jeunes compositeurs de Radio-Canada en 82, il remporte le concours «Sound Page Competition» organisé par le magazine américain Keyboard en 86. Travail tout à fait différent de celui des deux compositeurs précèdents, sa musique possède des attaches beaucoup plus franches avec la musique traditionnelle (proche du jazz) et se caractérise par un jeu sur les rythmes et les différences d’attaques. Sa musique plaira sûrement à ceux qui aiment l’électroacoustique — pas trop — expérimentale et à ceux qui en ont un peu assez de la sclérose de la musique contemporaine instrumentale… voir même ou aux deux.

    Lieux inouïs in Les Cahiers de l’ACME

    “Critique”, Stephan Dunkelman, Les Cahiers de l’ACME, no. 112, February 28, 1991
    Thursday, February 28, 1991 Press

    Compositeur Canadien et lauréat de nombreux concours (Phonurgia-Nova, Bourges et Luigi-Russolo), il nous propose un éventail de son évolution entre 1985 et 1989. Cette intéressante façon de faire permet de présenter un parcours clarifiant de manière plus nette la dmérence entre la première pièce, intitulée Jeu (vraisemblablement la plus aboutie et réussie) et la dernière: Le cap de la tourmente caractérisée par un plus grand nombre de sons électroniques et un travail moins fouillé sur l’espace. Mémoires vives possède la particularité — rare en électroacoustique — de plaire instantanément à un auditoire pourtant peu enclin à apprécier ce genre de musique. Robert Normandeau, adepte d’un «Cinéma pour l’oreille», a une façon légèrement différente, semble-t-il, de travailler l’espace par rapport à Calon: changements de perspectives plus brusques tout en jouant plus sur les plans proches/lointains, ce qui rend sa musique plus spectaculaire que d’autres. Cela se remarque surtout avec Jeu et Rumeurs (Place de Ransbeck) alors que Christian Calon joue plus avec l’espace gauche/droite.

    Jean-François Denis, empreintes DIGITALes in Winnipeg Free Press

    Electro Traces Here On New Music Tour”, Randall Mcilroy, Winnipeg Free Press, no. 119:89, February 27, 1991
    Wednesday, February 27, 1991 Press

    Some editions of new music are more moving than others. With a brave new concert tour called Electro Traces that concept applies in several ways.

    For one thing, with four composers and a small squad of performers, the national concert tour of new Canadian electronic/acoustic music, which stops here Friday night for one performance at Centre culturel franco-manitobain, looks more like one of those old rock ’n’ roll package jaunts than a mobile promotion for new music.

    “We’re covering all the bases with this,” enthused tour co-producer Jean-François Denis recently between rehearsals for the tour’s third performance, at The Banff Centre for the Arts.

    The concerts are only part of it. Electro Traces also promotes the new Montréal label empreintes DIGITALes, which has just issued CDs by the four touring composers — Christian Calon, Robert Normandeau and Alain Thibault, all from Montréal, and Vancouver’s Daniel Scheidt.

    For this tour, the composers will appear with Claude Schryer (clarinet), Trevor Tureski (percussion), Jacques Drouin (piano) and Catherine Lewis (soprano). An untimely attack of flu prevented another performer, the visionary American trombone, electronics expert George Lewis, from appearing.

    Denis, 31, whose own musical training includes seven years of classical guitar studies in his native Montréal, followed later by formal studies in electroaoustic music, formed empreintes DIGITALes with Claude Schryer about a year ago.

    At first, he said, the idea was to stage one showcase concert at Vancouver’s Western Front Society to promote the CDs. Then came the chance to do another gig, and soon the troupe found itself “just hopping off around the country.”

    The first shows last weekend in Vancouver went well, he said. “The public was good, the reception was good.”

    The challenge, however, is to reach the mainstream audience that has little or no exposure to modern avant-garde music, especially in Canadian cities where there is no concentrated community of instruction and performance to support it.

    Unlike many electronic-based works, which depend on prerecorded tapes and are thus essentially an audio experience, the music in Electro Traces is designed for live performance.

    Some of the music is performed completely live, with conventional instruments. Other entries mix live performance either with tapes or with an interactive computer system. “We’re having all the types of electroacoustic music on this tour.”

    With eight speakers and a mixing board, the tour sound can be arranged for any performance dimension — it sounded fine in the demi-sphere of the Montréal Planetarium, he noted — and also changed in terms of dynamic and spatial relationships, with the expressiveness of a pianist. “You can have a really different experience with the sound,” Denis said.

    It should also be a different experience for those who expect such sonic explorers to be a grim and scholarly lot. “We’re very nice people,” he said chuckling.

    … a brave new concert tour…
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