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  • À l’ombre des ondes in EtherREAL

    “Critique”, Fabrice Allard, EtherREAL, July 16, 2014
    Wednesday, July 16, 2014 Press

    Kristoff K.Roll est un duo français formé par J-Kristoff Camps et Carole Rieussec que l’on avait eu plaisir à voir en live lors de l’édition 2012 du festival Présences «électronique». C’est la première fois que l’on écoute leur musique sur disque et une surprise de les retrouver chez Empreintes Digitales, une structure québécoise renommée dont nous nous sommes déjà fait l’écho.

    À l’ombre des ondes s’inscrit dans le cadre des “Siestes audio parlantes” développées par le duo. Avant tout présentées en live, ces pièces sont faites pour être écoutées au casque, allongé, les yeux mi-clos, déroulant un univers à mi-chemin entre rêve et réalité, conscient et subconscient, dans la brume de la somnolence. Ces travaux ont été présentés à de multiples reprises via un dispositif de 80 casques et autant d’auditeurs qui se sont notamment retrouvés à La Friche la Belle de Mai (Marseille) ou encore dans les jardins du Centre Pompidou—Metz.

    Grâce à cet album il est désormais possible de se prêter au jeu de ces siestes à tout moment, chez soi, dans un parc, où encore sur la plage puisque l’on est en pleine période estivale.

    Pour être franc, il vaut mieux être conscient quand on rédige une chronique, et nous n’avons pas encore écouté cet album en respectant les quelques conseils fournis par le duo. Pour autant, le plaisir est bien là et l’album se révèle vite attachant avec ces quelques personnes qui nous ouvrent les portes de l’intime en racontant leurs rêves.

    À l’ombre des ondes n’est pas un disque comme les autres: le duo construit une musique ambient-concrète, particulièrement douce, feutrée, faite de field recordings, tonalités électroniques et narration. L’auditeur est projeté dans un parc ou jardin, un avion passe dans le ciel, des enfants jouent, les insectes chantent et un homme nous raconte son rêve. Une voix nonchalante, que l’on trouvera familière, sympathique, nous embarque dans les méandres d’un rêve, sa folie, ses revirements improbables, ses incohérences qui apportent à la fois humour et une douce folie. Le rêve débute par un avion au dessus de plantations, faisant écho aux enregistrements ambiants qui semblent être à la fois une illustration et un moyen de brouiller les pistes entre rêve et réalité.

    Un train qui passe, des bruits de rue sous la pluie, des murmures sous la résonance de cloches, des pas dans des couloirs et escaliers, écoulement d’eau et clapotis contre la coque d’un bateau, puis un autre rêve, très descriptif, d’une ville imaginaire parcourue de canaux. Certains sont très précis comme ici, d’autres très vagues, flous, presque oubliés par leurs auteurs à l’image de l’hésitant Récit de rêve.

    On ne saura pas expliquer pourquoi on est particulièrement sensible à certains rêves, moins à d’autres. L’histoire, la façon de la raconter, la fluidité, l’humour, la voix… Après une superbe séquence d’un néon qui claque, c’est le rêve d’une jeune femme qui retient notre attention, alors qu’elle voit débarquer des amoureux en vélo, en voiture, en deltaplane, avant de se voir investie d’une mission dont elle ne connait pas vraiment le but…

    Un disque tendre, habité, féérique.

    Un disque tendre, habité, féérique.

    La marée in Gonzo Circus

    “Kritiek”, Robert Muis, Gonzo Circus, no. 120, July 4, 2014
    Friday, July 4, 2014 Press

    De vierde uitgave van Pierre Alexandre Tremblay op het empreintes DIGITALes-label bestaat uit twee cd’s met vijf elektroakoestische composities. Hoewel de stukken in een vrij lange periode zijn ontstaan tussen 2008 en 2013 en Tremblay voor bijna elk stuk met een andere solist op een ander instrument samenwerkt, vormen de vijf composities een sterk geheel. In techniek, sfeer en uitwerking. Iedere compositie verkent de samenkomst van elektronica en een akoestisch instrument een basklarinet, een piano, de menselijke stem en de experimentele instrumenten Baschet-Malbos-piano en de babel table. Die relatie is dynamisch en direct: de akoestische instrumenten, inclusief de zangstem, worden tijdens het spel real time elektronisch bewerkt, waarop de solisten weer kunnen inspelen. Tremblay noemt het een dialoog die geheel bestaat uit machtsspelletjes. Zo ernstig is het niet: al zijn er momenten van strijd, evenzeer zijn er momenten van rust, van aanvulling en van samenvallen. Dat laat zich al horen in het eerste stuk, met Heather Roche op basklarinet. Het bestaat uit kalm gespeelde blazersnoten, die gepaard gaan met rinkelende en ruisende elektronica. Als Roche af en toe losbarst, sluit de elektronische noise daar perfect bij aan. Bijzonder is ook de combinatie van de elektronica met de Baschet-Malbos-piano, bespeeld door Sarah Nicolls, die onder andere kan klinken als metalige percussie en dan weer als een orgel. Bij tijden is hier nauwelijks onderscheid te maken tussen de instrumenten. Peyee Chen sist, krijst en zingt in Still, Again, terwijl de elektronica passend tikt, spettert, rinkelt, knort en piept. Een volgend moment echter neemt de apparatuur de stem over om haar onverbiddelijk te vervormen. Zo beweegt elk stuk zich langs de glijdende schaal tussen confrontatie en coalitie, en tussen abstract en beeldend (of verhalend). Elk op zich zijn de vijf stukken prachtig uitgevoerde klanklandschappen; als geheel is La marée van fascinerende schoonheid.

    Elk op zich zijn de vijf stukken prachtig uitgevoerde klanklandschappen; als geheel is La marée van fascinerende schoonheid.

    Allusions sonores in Tartine de contrebasse

    “Allusions sonores, illusions phoniques”, Ehoarn Bidault, Tartine de contrebasse, June 30, 2014
    Monday, June 30, 2014 Press

    Et Tartine de contrebasse se perdit à jamais dans les méandres de l’expérimentatoire ostentation, ou dans l’expérimentation ostentatoire, bref, voici venu le jour où nos 32 fidèles lecteurs depuis 2011 vont se dire «ça y est, y sont foutus, y sont devenus un ramassi de bobos parisiens élitistes se paluchant salement dans le bruitisme le plus abscon». Et vous n’aurez qu’à moitié tort, car si paluchage il y a bien, sachez que David Berezan est bien plus qu’un simple bruitiste qui prend son pied en vous tordant l’oreille.

    Oui, on va parler musique concrète. Non, ya pas de wobble. Si, c’est écoutable. Fanboy de chez PRSPCT ou likeur compulsif de chez Peace Off, passe ton chemin sur cet article, on t’en voudra même pas. Ou tends voir l’oreille deux secondes, histoire de, tu pourrais être surpris.

    petit traité de la pédance ordinaire

    Alors, quand on va se balader sur l’infâme site web de la maison empreintes DIGITALes, on nous parle d’électroacoustique, de musique concrète, et d’acousmatique. Moi, sincèrement, j’y connais rien, et puis j’m’en fous. Alors je lance le cd en faisant la vaisselle, parce que oui, c’est comme ça, je sais faire deux choses à la fois. Et là, l’éponge dans la main droite, la tasse à café dans la main gauche, ya comme une interlocation interrogative. Oui, voyez-vous, parce que ça ressemble à rien de ce que j’ai pu entendre depuis que je m’intéresse à la musique, c’était vers l’hiver 1942. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc. C’est sautillant comme les miettes de pain dans mon évier, tendu comme le couteau à viande mal affûté et rond comme la casserolle qui contient mes vieux restes de curry de trois semaines. Faut pas se laisser abattre, je frotte de plus belle et je tend l’oreille. Mi-curieux, mi-résigné à faire disparaître le curry récalcitrant malgré les assauts de David Berezan.

    Mais force est de constater que quatre minutes plus tard, je me retrouve comme un con avec mon torchon sur l’épaule, complètement bloqué par l’écoute de cet objet improbable et fascinant. L’eau chaude s’abat vainement sur les restes de riz moitié moisis et je suis plus capable de frotter quoi que ce soit.

    Car ce que j’ai dans mon pavillon sali par le breakcore et autres IDM lourdes est tout bonnement unique. Mélange de field-recording, d’électronique et d’acoustique, je serais bien en peine de dire qui vient d’où et où ça va. Je suis complètement perdu. Qu’est-ce qui est de l’ordre du naturel dans cette musique? Est-ce qu’on peut même parler de musique? Y a-t-il une structure? Est-ce que j’aime? Où va-t-il, putain? L’ambiance de Buoy est clairement sous-marine, et les enregistrements de vagues qui percutent sont clairement pas là pour nous y tromper. Mais il apparaît vite que ce n’est qu’un leitmotiv, et que l’intérêt réside dans ce qui tourne autour. Synthés tantôt nappage tantôt brumeux, bruits indéfinissables (pour moi en tout cas) grouillants, mouvants. Mais qu’est-ce qui grouille comme ça? Organique? Inorganique? Vivant? Ce mec n’a pas enregistré le bruit du sable qui se trimballe sous la force des courants. Il l’a recréé. Tout arrive en même temps, je comprends rien. Je suis toujours debout devant mon vieux curry, mais toute mon énergie est maintenant mobilisée à l’écoute de Buoy. J’essaie de comprendre. Les images se collisionnent, et sans avoir le temps d’être sûr de les avoir vues. Je commence à comprendre une chose. Sous ses airs d’expérimentation dictatoriale sans foi ni loi, ce morceau est en fait parfaitement structuré. Chaque élément est à sa place, et le grouillement, le foisonnement, sont totalement maîtrisés. Il commence à m’apparaître que le gars vient de m’infliger un chaos apparent qui en fait est non seulement créé de toutes pièces, mais qui en plus n’est absolument pas chaotique. Sa «musique» se cale sur le bruit des vagues (je pensais pas avoir à écrire ça un jour, bordel) et se marie avec son field-recording, au point qu’on passe notre temps à flipper de ne pas savoir décerner ce qui est «réel» de ce qui est «créé».

    Ici commence le festival de comparaisons foireuses

    La méthode se précise avec Thumbs. En substance, Matt-Management-Damon dirait depuis son trip Terry Gilliesque «ya d’la thunes à se faire sur le chaos, coco». On se contentera d’une sempiternelle ritournelle à la Stephen Hawking, du chaos naîtra l’ordre, ou une connerie dans ce genre. Ou, encore, de la même façon qu’à partir de 4 pauvres bases d’ADN différentes on observe, à force de répétitions, des millions d’espèces aux génomes différents, à partir de quelques sons boisés ou métalliques, pincés ou frappés, simples et courts, répétés une infinité de fois, on observe un schéma. Il se dessine une cohérence. J’irai pas jusqu’à utiliser le terme «mélodie», faut pas pousser. Mais un mouvement. Et si tout l’intérêt purement scientifique de Thumbs réside dans la démonstration musicale de ce théorème aussi surrané que la théorie de l’évolution (franchement), son intérêt musical, sonore, est lui dans le fait que monsieur nous balade allègrement pendant douze minutes sur un fil aussi tendu que les cordes qu’il pince aussi compulsivement qu’un syndrôme de Tourette sous crack (pardonnez-moi). Continuons dans les comparaisons débiles: quand vous regardez une photo de Hubble, ben c’est d’abord le bordel. Ya des points partouts, des étoiles et des galaxies partouzant sans aucune cohérence. Mais quand vous commencez à la tourner dans tous les sens, à gratter un peu, ben c’est ordonné. Un ordre se dégage. Il suffit de savoir comment regarder. Thumbs, et l’intégrité d’Allusions sonores en fait, c’est pareil. Tantôt bordelique, tantôt ordonné, et en mouvement perpétuel entre les deux. Le pire, dans toute cette histoire, c’est qu’on s’y laisserait presque aller avec délectation.

    Le ton change de façon assez radical avec Badlands. Retour au grouillant organique. Mais cette fois, c’est pas pour aller barboter dans une mer chaudasse et enveloppante, petit chenapan. Badlands vous fera flipper comme vous avez flippé sur Alien le jour où vous avez bravé l’interdiction de maman pour aller rallumer la télé à 22h (sale mioche). <Badlands, c’est du sale. C’est dix minutes de souffle chaud de bête décharnée, de mouches à carcasse qui viennent te chatouiller l’oreille, de nuées de grillons affamés, de scolopendres qui rampent. C’est 10 minutes de ta peur enfouie de gamin, peu importe sa nature. Badlands fait appel à ce que tu n’as résolu qu’en t’en tenant soigneusement éloigné depuis que t’as trois poils au genou. Badlands, c’est la thérapie par la douleur.

    Non mais plus sérieusement

    Laissons de côté deux minutes le vocable châtié et le ton presque moqueur qui ne sert qu’à masquer mon incultance flagrante dans le domaine, et posons-nous quelques questions somme toute assez légitimes. Est-ce que Allusions sonores, de David Berezan, peut être considéré comme de la musique? Est-ce que c’est un bon album? Est-ce qu’il ne s’agirait pas, finalement, d’une vaste supercherie? Est-ce que la détention d’un Doctorat en composition électroacoustique légitime le fait de branler des bouts de bois comme un gamin de 4 ans pour en sortir un disque? Clairement, non.

    Mais.

    Moi, j’ai pas la prétention de vous faire aimer ce truc hautement expérimental et faussement dénué de repaires. D’ailleurs, j’ai pas non plus la légitimité à vous dire si c’est bien ou pas. Par contre, ce que je vois, c’est que derrière ces sons apparemment bordéliques, se cachent une organisation, une maîtrise, un sens. Et chacun de ces trois éléments justifie à lui seul la création, l’existence de cet album. Si cette organisation, cette maîtrise, et ce sens, je ne les effleure qu’à peine, et s’ils vous passent à 12 000 pieds au-dessus de votre crâne roussi par le soleil estival, ce n’est pas un problème. En tous cas pas pour moi. Car si vous avez l’envie et le courage de le réécouter (ce qui est complètement facultatif, soit dit en passant), vous commencerez à entendre que des repaires, il y en a. Ils sont juste calés sur autre chose qu’une sempiternelle batterie en 4 temps.

    La deuxième chose, c’est que si, évidemment, on a pas besoin d’un diplôme en musique pour prétendre faire de la musique, même de la musique expérimentale, il y a derrière cette gueule de jeune premier gendre parfait un esprit animé par une démarche de recherche, et que cette démarche est tangible dans le résultat posé sur cette galette. David Berezan est non seulement un expérimentateur, mais aussi un théoricien de l’expérimentation.

    Alors même si les malheureuses âmes qui ont la malchance de me connaitre et les abrutis qui perdent encore leur temps sur ce blog savent désormais que je prends plus souvent mon pied avec un bon Bong-Ra et même un médiocre Hey Colossus, j’avoue que David Berezan m’a mis ma pétée. Il n’est pas vraiment la peine de préciser qu’Allusions sonores peut énerver autant qu’il détend. Je n’essaie pas de vous vendre un disque que vous allez aimer. Ma prétention n’est que de vous le caler dans le tympan le temps d’un morceau ou deux, faites-en ce que vous voulez. Mais il n’empêche que derrière ses airs d’ambient pour hippie, d’expérimentations d’autistes ou de masturbation phono-intellectuelle, il y a chez David Berezan une véritable méthode d’étude de l’influence du sonore sur l’être humain. De la psychologie du son, en somme. On a ici entre les oreilles le résultat d’un travail accompli, cinq histoires, cinq images créées à partir de sons expérimentaux et orchestrées à mi-chemin entre l’ordre et le chaos. Et force est d’admettre que si ce résultat peut totalement vous laisser de marbre ou vous importuner au plus haut point, s’il vous touche, il saura créer des émotions inédites qui feront sans peine oublier sa forme, j’avoue, peu avenante. Mais lorsque l’on se laisse aller à guetter les sautes d’humeurs de David en acceptant peu ou prou d’être perdu entre les sons vivants, boisés ou brumeux, c’est qu’il a déjà rempli sa mission. Nous intéresser.

    Allusions sonores, de David Berezan, est disponible chez empreintes DIGITALes. Je vous suggère de l’écouter au casque, sans aucun bruit parasite, et en ayant une bonne heure devant vous. Jvous laisse, j’ai un vieux curry à gratter.

    On a ici entre les oreilles le résultat d’un travail accompli, cinq histoires, cinq images créées à partir de sons expérimentaux et orchestrées à mi-chemin entre l’ordre et le chaos.
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