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  • Forêt profonde, Sous le regard d’un soleil noir, Francis Dhomont dans Circuit

    «Musiques électroacoustiques», Stéphane Roy, Circuit, no 9:1, 1 janvier 1998
    jeudi 1 janvier 1998 Presse

    II y a près d’un an, le producteur d’empreintes DIGITALes lançait à Montréal deux disques optiques consacrés au compositeur canadien Francis Dhomont. Chacun comporte une œuvre d’envergure qui s’inscrit dans le dyptique intitulé le Cycle des profondeurs, qui deviendra un tryptique si le compositeur donne suite à ses nouveaux projets. La première de ces œuvres est une réédition de Sous le regard d’un soleil noir (IMED 9633), mélodrame acousmatique d’une durée de 51m35s, réalisé entre 1979 et 1981. La seconde, nouveau mélodrame acousmatique d’une durée de 58m32s, composé entre 1994 et 1996, s’intitule Forêt profonde (IMED 9634).

    Sous le regard d’un soleil noir

    Ce noir soleil brûle parfois les ailes de celui qui, tel Icare, trop s’en approche. L’œuvre, troublante, met en scène le vertige schizoïde d’un moi supplicié. Elle n’est pourtant pas l’adaptation d’une thèse sur la schizophrénie: il ne s’agit pas d’un «programme à l’œuvre», mais d’une «œuvre à programme» qui tire d’un propos extra-musical une substance expressive d’une qualité rarement égalée, à ma connaissance, en musique acousmatique.

    C’est le discours des profondeurs de la psychanalyse qui a inspiré à Dhomont cette musique magistrale en huit sections. Ce discours, Dhomont l’a puisé essentiellement dans les ouvrages du psychiatre et psychanalyste Ronald D Laing, dont la pièce offre à maintes reprises de très beaux extraits.

    Le compositeur a su créer dans son soleil noir une atmosphère mystérieuse et onirique. Le propos se centre autour du thème du moi. Le drame se tisse à mesure que s’effrite la cloison qui sépare ce moi de l’univers extérieur: l’être intérieur est alors envahi, ou plutôt il est absorbé par un trou noir, celui de la schizophrénie: «On est à l’intérieur puis à l’extérieur ce qu’on a été à l’intérieur. On se sent vide […] manger et être mangé pour que l’extérieur devienne l’intérieur et pour être à l’intérieur de l’extérieur. Mais cela ne suffit pas. […] et à l’intérieur de soi il n’y a toujours rien.» Et c’est le lever redoutable d’un soleil noir, dont le caractère torride n’a d’égal que l’intensité du drame qu’il noue.

    Ce drame porte divers visages dans l’œuvre. C’est notamment cette note si, véritable obsession, dont le timbre sert parfaitement l’expression d’une angoisse lancinante. Le drame, c’est aussi la rupture. C’est l’Engloutissement évoqué à la section 2 par l’immersion dans des sonorités fluides conduisant à l’asphyxie de la personnalité, dont il ne reste qu’une ombre inarticulée au fond de l’abysse. C’est aussi la tragique Implosion de la section 4, puis cette Pétrification progressive de la personnalité à la section 7. C’est le premier son de Citadelle intérieure, une lourde porte se refermant, qui symbolise l’isolement, l’emmurement de la personnalité. Et c’est enfin le contrepoint vocal à la fin de la même section, disséminé dans l’espace comme si cette voix au loin, fragile et presque inaudible, symbolisait la perte de contact entre le moi de l’individu et la conscience de sa propre existence.

    Forêt profonde

    Il était une fois une Forêt profonde, mélodrame acousmatique en treize sections basé sur la Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim. Les récits apparemment innocents qui ont baigné notre enfance sont autant d’arbres qui nous cachent les replis mystérieux de la forêt, profonds replis de l’âme que Francis Dhomont sonde à travers une lecture psychanalytique des contes de fées. L’œuvre fait foisonner un riche contrepoint de voix, de textes et de langues. Elle intercale au sein d’une substance sonore saisissante les illustrations alternativement mystérieuses et rassurantes du conte; l’auditeur écoute défiler treize stations qui le tiennent véritablement en haleine.

    Dans Forêt profonde, Francis Dhomont joue avec les archétypes, non seulement ceux que le récit porte en lui (la mort, le bonheur, le courage, la peur et ainsi de suite) mais encore ceux que peut évoquer le substrat sonore. Ainsi l’archétype du réconfort et de l’apaisement, suggéré par de tendres berceuses, est brusquement rompu par le caractère tragique et angoissé de sons aux morphologies instables. Cette œuvre, à l’égal des contes, enchante, ensorcelle par certains passages énigmatiques qui montrent à quel point l’art des sons parvient à exprimer l’inexprimable. «Qu’est-ce qui se passe?», murmure au début de l’œuvre une voix inquiète. Une réalité redoutable se cache derrière les paroles adressées à l’enfant: «ce n’est rien chérie, essaie de dormir…», doux réconfort qui, comme la fin heureuse des contes, nous détourne de la morbidité qui plane sur nos existences.

    Si ces deux œuvres forment un diptyque, c’est qu’au plus profond de notre forêt se consume un soleil noir; profondeur et noirceur, associées dans un même univers sémantique, se conjuguent dans ce Cycle des profondeurs pour évoquer une angoisse existentielle que nous échoit en partage. Alors que Sous le regard d’un soleil noir s’inspirait d’un mal-être qui se transforme parfois en pathologie, Forêt profonde touche à l’imaginaire de l’enfance et à la face cachée des contes qui l’ont peuplé. Dans ces deux univers, texte et musique sont si bien intégrés, l’un prolongeant ses résonances dans l’autre, qu’il est impossible de les voir dissocier. On rencontre à maintes reprises un narrateur présentant certains commentaires «cliniques», mais rien d’asséchant, qui nuirait à la trame dramatique du discours muscial. Ces commentaires rythment l’évolution du drame en offrant quelques clés à l’auditeur sur le foisonnement des symboles et des archétypes musicaux qui s’y déploient.

    Sous le regard d’un soleil noir et Forêt profonde sont des œuvres de substance qui transcendent les impératifs technologiques. Lorsqu’on se met à l’écoute de ces pièces, on découvre plein de choses sur la musique et certains de ses vertiges…

    Ces œuvres sont présentées dans deux beaux coffrets orginaux. Un livret bilingue (anglais/français) bien documenté, totalisant près de 50 pages, les accompagne. On peut y trouver les extraits cités, avec référence bibliographique, ainsi qu’un catalogue détaillé des pièces réalisées par le compositeur depuis 1972.

    Dans ces deux univers, texte et musique sont si bien intégrés, l’un prolongeant ses résonances dans l’autre, qu’il est impossible de les voir dissocier.

    Tangram dans Outsight

    «Review», Tom Schulte, Outsight, 1 janvier 1998
    jeudi 1 janvier 1998 Presse

    Normandeau creates pure adventures in sound. Crackles, animal kingdom sounds, machinery, electronic instrumentation and more flow from one to another. This series of sounds not only commands attention but is sufficiently dovetailed to strike the listener as musical. He refers to his suggestive style as “acousmantic music” in which Normandeau creates “cinema for the ear.” I can attest to his success in inspiring mental images as effectively as other music creates moods. Like the well-known Chinese puzzle, the composer puts together superficially incongruous sound-shapes into arresting and imaginative aural sculptures. (4.5/5)

    Normandeau creates pure adventures in sound.

    Forêt profonde dans Difficult Listening

    «Review», Bryce Moore, Difficult Listening, 1 janvier 1998
    jeudi 1 janvier 1998 Presse

    Sometimes dreamlike, sometimes nightmarish sound textures accompany spoken texts in a number of languages. Drawing on the ideas of Bruno Bettelheim, Forêt profonde explores the darkest recesses of the human consciousness, through telling use of myths and fairy tales, with a thrilling electroacoustic backdrop. Thoroughly engrossing from beginning to end. Highly recommended.

    Thoroughly engrossing from beginning to end.

    La théorie des nerfs creux dans The Wire

    «Soundcheck Review», Phil England, The Wire, no 167, 1 janvier 1998
    jeudi 1 janvier 1998 Presse

    Avatar’s director is Jocelyn Robert. His The Hollow Nerve Theory uses sound as a metaphor for the electrical activity of the brain, as activated by all manner of external stimuli. The set of four pieces starts off in high-activity beta mode with juxtapositions of mechanical, electrical and digital noise at a velocity approaching the cuts on John Oswald’s Plexure. there is a gradual thinning of materials (towards alpha) which only reveals further complexities: a chaos of independent activities running simultaneously and at different speeds. “Thinking is a noisy process” is the legend on the artwork. The paradox being that this CD is best experienced without the mediation of linguistic or analytical thought. Direct visceral stimulation. he sound of synapses firing. Excellent.

    Direct visceral stimulation. he sound of synapses firing. Excellent.

    Compost dans CFLX 95.5 FM

    «Délire actuel: Critique», François Couture, CFLX 95.5 FM, 1 janvier 1998
    jeudi 1 janvier 1998 Presse

    La nouveauté de la semaine est un disque étrange que seuls les milieux d’avantgarde peuvent offrir. Première constatation: le disque n’est pas rond! En effet, il est découpé de façon à épouser la forme d’un homme assis dans une chaise. Ensuite, il n’y a pas de livret. Enfin, le disque porte seulement deux mentions. D’abord ce titre: Compost. Puis cette note: Pas de noms, pas de titres, pas de copyright. Pour nous éclairer, l’étiquette Ohm éditions (de Québec) présente la chose comme une combinaison d’odeurs provenant de différents fonds de tiroirs qui “par processus biochimionumérique” se trouvera sur un disque intitulé tout simplement “Compost. “ Alors qu’est-ce? Il s’agit d’un disque de trente minutes divisé en trente plages de trente secondes chacunes. Mais cette manipulation est artificielle: il s’agit en fait d’une seule et même pièce. Nous sommes dans l’art audio. Pendant trente minutes, on nous présente un collage de différents fragments, des échantillonnages, des fragments de musique, des manipulations électroacoustiques, etc. Le tout donne une bouillie (ou un compost) consistant, d’un fort intérêt. Du kitsch à la sculpture sonore, des extraits télé aux bruits de mastication en passant par Dave Brubeck sur orgue de Barbarie, Compost crée un monde sonore éclectique et complexe. Et maintenant, qui doit-on remercier?

    Sous le regard d’un soleil noir dans Voir

    «Top Dix», Dominique Olivier, Voir, 23 décembre 1997
    mardi 23 décembre 1997 Presse

    Aquitania Ensemble Sequentia (DHM).

    Le Clavecin des Couperin Dom André Laberge (Analekta)

    Dhama Suna Tibetan Institute of Performing Arts (Erato Detour)

    Forêt profonde Francis Dhomont (empreintes DIGITALes)

    La Gaia Scienza Franz Schubert (Winter & Winter)

    Musique de table de Telemann, première production Ensemble Arion (Analekta)

    On the Muse’s Isle Daniel Taylor (Atma)

    Provenzale, Passione Cappella della Pietà de’ Turchini (Antonio Florio)

    Sérénades Roberto Alagna (EMI Classics)

    Le Voyage magnifique Maria Joao Pires (Deutsche Grammophon)

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